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Full text of "Éléments d'anthropologie générale"

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ELEMENTS 

D'ANTHROPOLOGIE GÉNÉRALE 



Digitized by the Internet Archive 
in 2013 



97-84. — CoMtu.. Typ. el »tér. Cebté. 

http://archive.org/details/lmentsdanthropolOOtopi 






ELEMENTS 





LE D" PAUL TOPINÀRD 

Professeur à l'École d'Anthropologie, 

Secrétaire général de la Société d'Anthropologie de Paris, 

.Membre des Sociétés d'Anthropologie de Lyon, Bordeaux, Bruxelles, 

Londres, Munich, Berlin, Moscou, Vienne, 

Budapest (Acad. des Se), Florence, Washington, etc., 

Directeur de la Revue d'Anthropologie. 



Avec 229 figures intercalées dans le texte 

ET 5 PLANCHES 




PARIS 

ADRIEN DELAHAYE ET EMILE LECROSNIER, ÉDITEURS 

PLACE DE l'école-de-médecine 

1885 

Tous droits réservés. 



A MES MAITRES : 



PAUL BROCA 

Fondateur de la Société d'Anthropologie de Paris. 



A. DE QUATREFAGES 

Professeur d'Anthropoloj^ie au Muséum d'Histoire naturelle. 



PRÉFACE 



H y a huit ans, je publiai un petit volume ayant pour titre 
r Anthropologie. Il répondait à un besoin ; c'était un manuel à la 
portée de tous, destiné à tracer le programme des matières que com- 
porte l'histoire naturelle de l'homme et à servir de vade-mecum aux 
commençants et aux voyageurs (1). Il obtint la faveur du public et 
des corps savants : quatre éditions françaises, plusieurs traductions 
étrangères, une médaille d'or à la Faculté de médecine de Paris et 
un second prix à l'Institut, en font foi. Il exposait les idées de mon 
maître immédiat Paul Broca et de l'école à laquelle il appartenait. 

Le présent ouvrage a un tout autre caractère. Éclairé par le résumé 
même que j'avais esquissé, je n'eus d'autre souci, depuis, que 
d'élucider les points qui étaient restés obscurs dans mon esprit et 
me paraissaient exiger de nouvelles recherches. Appelé à enseigner 
chaque hiver à l'Ecole d'anthropologie et quotidiennement au la- 
boratoire Broca, les parties qui traitent spécialement de l'homme 
vivant, du squelette et du crâne, et à répondre aux voyageurs qui 
viennent au laboratoire s'initier aux méthodes et procédés d'obser- 
vation avant de se mettre en route, j'ai fait de ces sujets l'objet 
de mes prédilections. 

Il m'a semblé que la période de l'histoire de l'anthropologie que 
nous venons de traverser, était une phase de transition entre la dis- 
cussion du monogénisme et du polygénisme, qui a pris fin avec le 
livre de M. de Quatrefages sur \U7iité de l'espèce humaine et le mé- 
moire de Broca sur Vllybridité, et la renaissance de la doctrine fran- 
çaise de Buffon et de Lamarck développée par Darwin et Hœckel ; et 
que le moment était venu d'adapter l'anthropologie à ce nouvel 
état de choses. J'ai pensé surtout que la science de l'homme devait 
rompre avec certaines croyances, envisager certaines questions autre- 

(I) V Anthropologie, par Paul Topinard. Bibliotlièquc des sciences contemporaines, 
r« édition française en 1870, 4^ en 1884. Paris, C. Reinwald, éditeur. 



VIII IMU'FACK. 

mi'iif, revoir stw m/'lliodcv d. piiisaiit ;i toutes les sourcts, se faire 
internationale. 

La (lireelion, de lait on de iinm. ijue j ai en de la licnic ddnthru- 
polo(/i(\ de(inis nne donzaine d'anin'es, le soin (jne j'ai lonjonrs 
appoit»' à la [larlie loneernant les revnes étran^^ères, et les r(dalions 
«|ne jai enti'etenih'S avec les antlii'ojKdoLnstes les plus éniinenls de 
tons |»a\<. (Uit l'onsideialdenH'nt l'aeilile ma làelie(l). 

C'e>t, en somme, lasuhslaïu'e de mes cours pendant hnit années à 
riù'ole (rantliropolo«rie {\\\c je pnblie anjonrd'luii, c'est-à-dire nne 
(eiiM-e persoinudle, le tVnit de recherches incessantes. 

i'in eommnnion de pensée avec mon savant maître Hroca jnsqii'à 
son dernier jour, ce sont encore ses idées ipie j'exposerai le jdii< 
souvent, celles qui ressortenl des documents qu'il accumulait 
depuis vingt ans et a laissées au laboratoire, celles qu'il eût professées 
sans nul doute. 

Ce livre se partage virtuellement en trois parties. La première est 
consacrée aux gém'ralilés : hist(n*i(ine, j)rincipes, méthodes géné- 
rales, questions d'ensemble, de t\j»es, de races, de milieux, de clas- 
sifications, etc. C'est le seuil du temple, la première étape. La seconde 
s'adresse aux travailleurs de laboratoire, (die insiste sur les idées qui 
dirigent les recherches cràniologi([ues et cniniométriques, discute les 
mesni'es, donne les résultats ac(juis et se t(Minine pai* une double liste : 
l'une étendue, l'autie réduite ; c(dle-ci à titi'e de mesures internatio- 
nales pour tous. La troisième concerne les voyageurs, elle insiste sur 
la conduile (juils ont a teiiii-, sur raiillii-opomélrie et ses résultats 
juxpi'à ce jour. criti([ue, simplifie et remanie les procédés, et se ter- 
mine de même par nne double liste d'instructions pour le vivant : 
l'une étendue, Tauti-c réduite. 

Partoiil sont aecumuh's des malt-rianx puis(''s à toutes les sources, 
mais le plus gi'and nombi'e iiu'dits, pris dans nos propres notes et 
dans les regi>lres du laboratoire; Hroca. 

Notre tache, nous devons le reconnaître, a souveiil el('' dtdicale ; 
il nous a fallu (|utd(iuefois trancher avec témérité des (|uestions dé- 
ballue<. Nous esjK'i'ons «pie le lecteur aura poui" nous la bienveillance 
(juil nous a d«''ja témoigm'e. 

I U'-i ue tt 'iiithropo/f.'jir, IoikIc.' »'ii |S"'J jtai- l'.uil I5r<>«-;i, |^:•J-l^^.>, Il voluiiJ''^. Pans. 



TABLE DES CHAPITRES 



Préface. 



CHAPITRE PREMIER 
Historique. 

Antiquité : Premiers voyageurs. Hérodote, Hippocrate, Aristote, Galien. — Renais- 
sance de l'anatomie : Muudinus, Vésale. — Voyageurs du douzième au dix-hui- 
tième siècle. — Progrès des sciences naturelles : Belon, Tyson, Linné. — Notion 
de espèce 1 

CHAPITRE II 
Historique (Suite). 

Buffon, le fondateur de l'histoire naturelle do l'homme, le précurseur de Lamarck. 
Sa notion de race 32 

CHAPITRE III 
Historique (Suite). 

Origine et premières phases du monogcuisrae et du polygénismo : saint Augustin, 
La Peyrère, Kaimes, Zimmermann, Blumcnbach. — Premiers classements de races. 

— Premiers essais de crâniologic : Spiegel, Daubenton, Camper. — Anatomie com- 
parée des races : Sœmmering. — Premiers essais d'anthropométrie : Rollin, Whitc. 

— Société des observateurs de l'homme 48 



CHAPITRE IV 
Historique (Suite). 

De 1800 h 1859. — Suite et fin de la discussion des raonogénistcs et des polygéuistes : 
Cuvier, Prichard, Wiseman, Virey, Bory de Saint-Vincent, Desmoulins, Xott et 
Gliddun, Broca. — Suite des classificaiions de l'homme et des races humaines. .. 77 



TAHLK DES CIIAÎMTIIKS. 

• Il V l'iTH !•: V 

Historique Smt. . 



.Notu^ii «1 ••«•[)tH*i\ suiit' : l.amArck, Kt. GfoiTroy Saini-Hilaire. — Noiiou de raco : 
A. Thierry, \V. Kdwards. — Kiliiioiiraphin oi oïlinolo^'ie. — Linguistique. — D'Or- 
bigny 



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cii.vi'iTiu-: VI 

Historique (Suite). 

Histoire «le la cràni<>logie, suilo. Méthode dt-s arif^los, cràîiioscopic, etc. : Gall, .M<»r- 
ton, Van der Hocven, Baer, etc. — Conclusions. — Origines du préhistorique. — 
Renaissance du transformisme. — Fondation do la Société d'atilhropologic de 
Paris 127 



CIIAIMTUK Vil 
Généralités. 

Définition de l'anthropologie. — Son programme. — Ses sciences cardinales et ac- 
cessoires. — Ses rapports avec les sciences médicales. — Sociologie. — Psycho- 
logie. — Préhistorique. — Linguistique. — Place de l'authropologie dans les 
sciences . . . 148 



i:iI\IMTUK Vil! 
Généralités Suite). 



Divisions de l'antliropolc gi» 
nalitt'S. — Conclusions. 



— (larart^res. — Typi 



W. 



Peuples. — Natio- 



I8i 



Cl! M'ITH i: 1\ 



Méthodes générales. 



liiM-^i-ns des caractères physiques : Programme de leur étude. — Ohservatioussur le 
vivant. — Recherches de laboratoire.— .anthropométrie : Mélhodcs des moyennes, 
de l'ordination, trignnométiique. — Comparaison des mesures sur le squelette et 
sur le vivant. — Crùniologie : Nomenclature, pnidts cràniométriques, cràniométrie. 
— Méthode figurative : Photographie 



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«illM'lTilK X 



Caractèbes chitks dans lfs cLA»9ifiCATio>s DE RACKs. — Type» et races d'Isidore 
Gcoflfroy Saini-Hilaire. 



TABLE DES CHAPITRES. XI 

Cheveu. — Système pileux : partie anatomiquc, partie descriptive, partie physiolo- 
gique. — Nombre, longueur et grosseur, Euroulement en spirale. Indice. — Types 
de chevelure, leur répartition géograpliique. — Applications à la classification des 
races. 

Nez. — Squelette : indice de l'ouverture nasale. Indice nasal do Broca. — Carti- 
lages. — Types morphologiques. Narines. Indice nasal. — Comparaison du sque- 
lette et du vivant. — Applications à la classification 2G3 



CHAPITRE XI 
De la couleur. 

Matières colorantes de l'organisme. Pigment cutané : Anatomie, physiologie et patho- 
logie. — Nomenclature. — Variations. — Influence des milieux. — Types blond, 
châtain, roux, brun, jaune, noir. — Statistique de la coloration des cheveux et 
des yeux. — Classification par la couleur •'^07 



CHAPITRE XII 

Indice céphalique. 

Indice crâniométrique. — Méthodes de Baer, Broca, Davis, Flovver, Ihcring, Wclckcr. 
— Divergences. — Nomenclatures. — Indice céphaloraétrique. — Variations sui- 
vant lage, le sexe, les individus et les races. — Sériations et moyennes. — - Appli- 
cation h la classification des races 350 



CHAPITRE XIII 

De la taille. 

Généralités sur le squelette : formation des os: points d'ossification primaires et 
complémentaires. Variations suivant les âges : rythme de la croissance dans les 
races blanches, jaunes et noires ; maximum de taille ; sénilité. — Variations in- 
dividuelles chez l'adulte : nains et géants ; méthode de la sériation. — In- 
fluence des milieux: professions, déplacements; état de maladie. — Difi'érences 
sexuelles 



CHAPITRE XIV 
De la taille (Suite). 

Nomenclature. — Moyennes suivant les races. — Répartition géographique en Afri- 
que, Océanio, Amérique, Asie ; Europe préhistorique ; France, lies Britanniques,, 
Scandinavie, Russie, Allemagne, Italie, Espagne, etc. — Application à la classifi- 
cation des races 461 



\ll TABLE DES r.HAIMrUKS. 

CIlAlMTIli: \V 
Poids de l'encépliale. 

Historique. — Procode». — Différences suivant les àgos : Loi do croissance, terrao 
de doviloppiMueiii, atrophie sénile. — Moyenne chez l'homme, européen el adulte. 
— I\app»>rl au poids «lu corps ti à la taille. — Différences individuelles. — Nomen- 
clature chez l'honjme ^^^ 

CIIAIMTUK \V1 
Poids de l'encéphale Suite). 

hifforeucos individuelles ^suite). — lluninies d élit.-. — Alit'ués ol assassins. — Ma- 
crocéphalf's et microcéphales. — Différences chez la f»imme. — Différences suivant 
l'indice céphalique. — Différences suivant les races. — Poids du cervelet, des 
hémisphères, des lobes antérieurs. — Mensuration de loncéphale. — Sa mor- 
phologie générale ^* ' 

r.llAl'lTUK Wll 
Cubage de la cavité crânienne. 

Partie tooliniquo : .laugrat;o et cubage basés sur la science de la granulistifjue; luis 
do l'écoulement el du tassement des corps granubiux. Méthodes de Busk, Flower, 
Uanke, liroca. etc. — Partie descriptive : Nomenclature. — Moyennes de races. 
— Variations individuelles. — Différences dans le temps, chez les hommes distin- 
gues, chez les assassins 



5Î)0 



i.IlM'lTUi: W 111 

DEVELOPPEMENT i.u cnANB : Son embryogénie. — Ordre d apparition des points d'ossi- 
fication, ordre de fermeture de ses sutures. — Parallélisme de croissance do l'en- 
céphale el du crâne. — Le crâne est la quatrième enveloppe de l'erjcéphale. 

CoRRKSPoNDANCK DU CONTENANT AVEC LE CONTENU : DoctHiie cràhioscopique dc Gall.— 
Héfulation. — Les deux lames du crâne soumises à des influences différentes. — 
Bosse du meurtre. — Topographie crâuio-cérébrale C32 



CIIAI'ITHK \l\ 

Cbamométuie (.knkiui.k ; Mesures générales ; tro.s circonférences, trois diamètres, 
conduisant à un aperçu du volume extérieur. — M<»dule do Schmidl. — Indicon 
verticaux. — .Mesures partielles : longitudinales et transversales; rayons et angles. 

CÉPiiALOMÉTBiK cÉRÉUHALE '. Circouféronccs, diamètres, etc., sur lo vivant (.'î 



TABLE DES CHAPITRES. XIII 



CHAPITRE XX 



Crâne cébébral. — Caractèurs desciuptifs : nornia diverses, courbes, voûte en toit, 
on carène, etc. — Anonialios de volume : hydrocéphalie, nncrocéphalic. — Défor- 
mation posthume. — Déformations pathologiques par synostose : scaphocéphalio, 
acrocéphalie, trigonocéphalie, plagioccphalie. — Déformations ethniques : leur 
classification, Macrocéphales, déformations françaises 



CHAPITRE XXI 
Caractères zoologiques ou sériaires. 

De la vertèbre et de ses annexes. — Unité de composition du crâne dans la série 
des vertébrés. — Arcs viscéraux crâniens. — Adaptation des os à leur usage. — 
Théorie vertébrale. 

Caractères zoologiqdes. — Anomalies réversives: troisième condyle de l'occipital; 
apophyse jugulaire; os japonicum; os des Incas et interpariétal; persistance de la 
suture médio-frontale ; anomalies du ptérion. — Caractères descriptifs : convergence 
des lignes courbes temporales; variations des échancrures nasales 762 

CHAPITRE XXII 
Caractères zoologiques (Suite). 

Situation et inclinaison du trou occipital. — Crâne antérieur et crâne postérieur. — 
Angles occipitaux de Daubenton et de Broca, angle orbito-occipital. — Séparation 
du crâne et de la face. — Angles olfactifs et sphénoïdaux. — Séparation du front 
et de la face. 

Crâne facial. — Rapport de la face et du crâne ; comparaison de leurs aires et vo- 
lumes. — Limite inférieure de la face. Angle orbito-alvéolo-condylien 804 

CHAPITRE XXIII 
Caractères esthétiques. 

Méthode des projections. — Attitude naturelle du crâne. — Plans d'orientations pro- 
posés, conditions qu'ils doivent remplir ; conclusion en faveur du plan des axes 
orbitaires. — Stéréographie. 

Crâne facfal (Suite) : Profil de la face, angle maxillaire de Camper, angle facial de 

Camper 840 



CHAPITRE XXIV 
Caractères esthétiques (Suite). 

Modifications apportées à l'angle facial de Camper : angles de Cuvier, do Cloquet, 
de Jacquart, de Hiering, de Virchow, de Schmidt. — Angle facial alvcolo-condy- 



\1V TADLE DES CIIAI'I I IIES. 

lien. — Ppognalhismo ei ses varicio aaaioiuijjuos. — AdrIo facial inférieur et 
angle «ymphysien. — Applications au vivant 871 



CIIAPITIIK \\V 
Caractères empiriques. 

Cham KAaAL (Suitei : Mesures d'ensemble (suite) : Indice facial total, itidicf facial 
supérieur. — Eurygnaihisiue et indices de largeur. — Contours antérieur et pus- 
icrieur do la face, — Angle de Quatrefanes. — Indices fronto-zyi;*iiiiati(|U<' et 
gonit>-xygoniaii(|ue 01 i 

CilAl'lTKi: WVI 
Caractères empiriques Suite). 

i ranc facial, mesures partielles. Hégion frontale, angle des bosses. — Régions orbi- 
taires : Intervalle des orbites; leur profondeur; angle uaso-malaire do Flower ; 
indice orbiuiro de Broca. — Région nasale postérieure. — Région palatine : Indice 
palatin, courbes alvéolaires. — Mandibule : .\nglo goniaque. 

C.vHACTi:»Es HAhMOMyLEs : Les types de Kolhnanti 939 

CIlAlMTUi: WVJI 
Conclusions crâniométriques. 

r.>suiné : Mesures allemandes de Francfort. — Mfsures anglaises de Flower, de 
Busk. — Conclusion; l»"* liste : mcsuns essentielles; 2* liste : mesures complé- 
mentaire'» 964 

C II A PI T m: WVI II 
De la tête sur lo vivant. 

Visage : ses limites et contours. — Métbude liabituclb; ilo mensuration. — Méthode 
des pn)joctions : proportions vorticales d»; la tête vue de face; sa division en trois 
et en quatre parties, ses proportions transversales. — Pommett»*?;, bouche, ouver- 
tures palpébrales, œil chinois, iritervalle oculaire, oreilles, etc 9S2 

'MIAI'ITUl \\i\ 
Corps et squelette. — Caractères descriptils. 

Coni-N. - .-simple aperçu : tronc, cou, épaules, ouM'Ilun-, 8léato|)ygitî, tablier des Hot- 
tentotcs, plis de la main, molb-t, pied plat, etc. 

SfjiELtrrTE. — Humérus perforé, fémur à pilasiro, tibia platycnémiquo, cubitus in- 
curvé, péroné cannelé, iroisiômo trochanter, etc 1008 



TABLE DES CHAPITRES. XV 

CHAPITRE XXX 
Caractères ostéométriques. 

Développement du squelette. Soudure des cpipliyses. Loi de croissance. — Carac- 
tères ostéométriques, mensuration des os longs. — Proportion des membres supé- 
rieurs et inférieurs. Rapport du radius à l'humérus, du tibia au fémur. Indices 
de l'olécrane, du calcanéum, de la rotule, du bassin, du thorax 1025 

CHAPITRE XXXI 
Caractères anthropométriques (vivant). 

Canons anthropométriques, leur historique. — Canon des Grecs, des ateliers actuels, 
de Quételet. — Proportions du tronc, de la tête, des membres en totalité. — 
Grande envergure. — Proportions intrinsèques du tronc, des membres : épaules, 
bassin, nombril, mollet, talon. — Indice antibrachial. — Coudée, main et pied. — 
Synthèse : canon européen moyen 1052 

CHAPITRE XXXII 
Caractères anthropométriques (Suite). 

Influence de 1 âge, du sexe, de la taille, des professions sur les proportions du corps. 
— Variations individuelles. — Unité ou pluralité des types de proportions. — Cri- 
tique des méthodes et procédés anthropométriques. — Choix des mesures et des 
points de repère. — Instruments. 

CoNXLDSiONS. — Instructions pour le vivant : r liste étendue; 2° liste courte et 
simple 1095 



Tnriiriii-.l \iilh|-„p CriU'r.lle 



IM, I 




liitp Bnf fhnf 



iTs. Pans 



ÉLÉMENTS 

D'ANTHROPOLOGIE GENERALE 



r r 



CHAPITRE PREMIER 

HISTORIQUE 

Antiquité : Premiers voyageurs, Hérodote, Ilippocrate, Aristote, Galien. — Renaissance 
de lanatomie : Mundinus, Vcsale. — Voyageurs du douzième au dix-huitième siècle. — 
Progrès des sciences naturelles : Belon, Tyson, Linné. — Notion de l'espèce. 

L'introduction à une science, particulièrement dans un volume de ce 
genre qui est le premier d'une série sans doute appelée à embrasser 
toutes les branches de l'anthropologie, est naturellement l'histoire de 
ses origines et de ses développements, l'histoire des idées et des luttes qui 
ont préparé sa phase présente. Notre ferme volonté étant de tenir la ba- 
lance égale entre toutes les doctrines, entre tous les travaux qui se pro- 
duisent à l'époque contemporaine dans toutes les parties du monde, 
notre premier devoir est d'être équitable envers les travaux trop mécon- 
nus de nos devanciers. 

L'anthropologie n'est pas une science nouvelle, comme on se plaît à le 
dire, un produit delà seconde moitié du xix*" siècle; elle date de loin. 
Mais depuis une vingtaine d'années elle a atteint son âge adulte, rompu 
ses entraves, conquis son indépendance, pénétré toutes les parties du 
corps savant et gagné la faveur du grand public. Sous son nom actuel, 
avec son but, ses divisions, ses méthodes, ses sciences complémentaires, 
l'anthropologie existait, dès la fm du siècle dernier. Au delà même, à la 
Renaissance, dans l'Antiquité, unie à d'autres genres d'étude elle se re- 
trouve avec les problèmes palpitants qui ont contribué à son évolution. 

L'homme lui-même fut l'objet de ses premières spéculations philoso- 
phiques : se contempler, se demander ce qu'il est et d'où il vient devait 
être son premier acte, comme Ta dit Gondillac. La curiosité fut son 
premier mobile dans ce sens, cet effort vers lui-même fut le premier va- 

TopiNAiu). — Anthropologie. 1 



î CHAPITUE PHKMIKR. 

gissemcnt do son intelligence sélevaiil au-dessus de la salisfaclion de 
•^es besoins vulgaires, le premier hégaienient de la science. 

Sans empiéter sur une délinition à discuter, (juclques mots sont ici 
nécessaires sur l'objet de l'anthropologie pour guider nos investigations 
(lans son histoire. L'anlhrop(dogie, c'est l'étude de l'homme, froide et 
impartiale, comme s'il s'agissait de l'animal le plus indiflérent, la connais- 
sance pleine et entière de cit lioinine dcpoiiillé de son prestige et passé 
au creuset «le la réalité. 

L'homme moral fut donc le pieiiiicr terrain de cctle étude : il exigeait 
moins de temps, était plus accessible, donnait une satisfaction immé- 
diate et se dégageait aux yeux de lObservateur avec son auréole de gloire. 
L'homme physique, (jui demande des observations précises, ne vint 
modestement (iu'a[nes, apj)elé un jour il détioner son prédécesseur. 
Lors(|ue .\ristote (pialiliait d*(//////ro/yo/«>////^'<» les philoscjphes qui dissertaient 
gravenniil >ur la iialiiie de riioniine, il ne se doiilail pas que c'est à lui 
(pie ce titre appartenait par son llis'uire des Aun/iaud-. L'anthro|)ologie 
na(iuit elleclivement i\ Alll(•ne^ trois siècles avant notre ère, avec .\rislote. 

Mais ainiin lioninie de génie, «juelqu'en avance de son teuips qu'il j)a- 
[•aisse, ne surgit spontanément dans la plénitude des idées qu'il rej)résente. 
Aii-'tote eut (les juécurseurs ou des préparateurs : les uns, des voyageurs 
coiniiie llannoii et Ilainihar, les plusanciens connus ; les autres, des mé- 
decins comme Ilippocrate, des historiens comme Hérodote ou des natu- 
ralistes comme Alcma'on de Crotone, l'^uipédoile, etc. 

Les voyageurs jouent un rôle considérable dans l'histoire de l'anthropo- 
logie comme dans celle de toutes les sciences naturelles. Ce sont eux 
((ui préparent les grandes crises, ils colb.'ctionnent les observations et 
iloivent dans ces temps reculés être rapprochés des historiens et des géogra- 
phes. A leur suite apparaissent les médecins qui étudient l'homme pour le 
guérir et les nalurali-^tes qui le prennent comme terme de comparaison 
avec les autres animaux. Les trois groupes solliciteront constamment 
notre attention, les derniers davantage. Pendant longtemps, cependant, 
nous serons embarrassé pourdire lescpiels contribuent le plus aux progrès 
de l'anthropologie : des médecins ou des naturalistes, lescjuels tiennent 
le iil conducteur qui devra nous diiiger au milieu des péripéties que tra- 
versera notre science. 

L'hi>tori(iue est souvent regardé comme un chapitre de luxe, où l'auteur 
fait étalage d'érudition et qu'on peut passer. (Jnuii se détrompe, ici sur- 
tout. Cet historique, croyons- nous, sera Tune des parties les plus ins- 
tructives de ce livre et donnera la clef du présent. 

La nature n'a pas varié dans le court espace de temps (]Me nous auron> 
à parcourir, les circonstances seules ont changé; les passions d'aujour- 
d'hui sont, sous une autre forme, celles de jadis, les mêmes écueils 
se présentent. Observer le passé, c'e^t (piitter le rôle d'acteur pour celui 
de spectateur, le spectacle est le inènie. 



HISTORIQUE. $ 

Aucune science uulantque l'anthropologie n'exige de calme el tle rai- 
son, nulle ne prOte davantage aux entraînements personnels. La jeunesse 
est sans mesure, elle croit trop ou fait table rase impitoyable m eut ; la 
vieillesse doute à l'excès ou cède à la routine. La sagesse est entre les deux, 
mais elle ne s obtient qu'avec le temps et h ses dépens. Attendre est péni- 
ble, on voudrait voir juste de suite. Cette sagesse, l'histoire la donne à quf 
sait la comprendre. A côté de l'effet elle montre la cause, à côté de l'idée 
elle met l'homme, sa force elsa faiblesse, son âge et son milieu, ses hési^ 
iali-uns cl ses variations. Elle fait voir Linné et tant d'autres syslémaU^ 
^[uenient orthodoxes, Buffon prudent à l'excès. Bory de Saial*Vincent 
■voltairien à outrance, Nott esclavagiste; et cependant elle apprécie avec 
indulgence et reconnaissance les services qu'ils ont rendus, chacun à leur 
façon, dans la voie du progrès. Gel historique seul fait comprendre qu'une 
science aussi légitime que l'anthropologie, qui intéresse directement notre 
personnalité et est ia première entre toutes les sciences, ait autant tardé 
i\ se développer au grand jour, lorsque tous les objets de la nature, tous 
les êtres vivants étaient librement étudiés. 

L'historique a du reste un avantage considérable dans le plan que 
nous nous sommes tracé, c'est de permettre d'aborder les questions 
générales, celles qui plus tard devront fixer particulièrement l'attention 
du lecteur, de les montrer à leur éclosion même, et de les suivre pas à 
pas jusqu'au moment où à notre tour nous devrons les apprécier à l'aide 
des faits, en nous éclairant de toutes les données nouvelles. Dans l'ordre 
logique, ces questions devraient venir après l'étude analytique des élé- 
ments qui servent à les juger. Grâce à l'historique, nous pourrons les 
poser avant. 

Certes je n'entends pas donner à cette partie l'étendue qu'elle com- 
porte, je serai rapide; mais je compte laisser au lecteur l'impression 
qu'en effet le passé est la clef du présent, et que l'historique est le 
premier chapitre à méditer de l'anthropologie. Nulle part cet historique 
n'a été fait dans son ensemble (1), la lâche est délicate, je l'essaierai, 
sachant que la bienveillance du lecteur ne me fera pas défaut. 

Une dernière remarque avant de commencer. Les peuples sont comme 
les individus, sauvages ou civilisés ils rapportent tout à eux; les mytho- 
logies en sont la preuve : Dieu est l'inconnu qui a présidé à leurs origines, 
la terre est le pays qu'ils dominent. Notre civilisation européenne issue 
de la civilisation gréco-latine, et celle-ci de la civilisation chaldéo-égyp- 
tienne, procède de même dans son historique des sciences, des arts, des 
lettre^ et de la politique. Elle se demande à peine la part que la civilisation 
chinoise ou toute autre peut-être disparue ont pu exercer sur le dévelop- 
pement de la nôtre. Nous suivrons l'usage, nous serons anthropocentri- 

f\) P. Topinard, Historique de V Anthropologie, leçon de l'ouverture à l'École d'Anthro- 
poloçi". in Gaz. méd. Paris, 1876-1877. 



r.llAl'lTUK PUIMIKU. 

„..es suivant lo.prcsion do M.-rM. et ...nl.a.ise.o,.. n..s p,■o^ù^ro. 
?:;s;,galio„sau..u,- au ha.si„.U. la Mé,li..n :.,,..... 

, .•i.i....ri,-.. - L'histoire de lanlliiopolopie peut se par- 

-:;.,'■ ;;:;;;:r;:ar::;;:;;^™:.;.;:""^ --^ 

.-..'t conlim.6 *> «o, « ava.l «M. "';';:";;"„„ ,„„, ,,rifmo 

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r;r,r;;;;::r rr::;:;::;:;;.;;::^:: '"^^ "-« '- ■■ 

veulent dan- la pleine possessi.n. d'elle-môme. 

,„,„„Ue .gv...,ne, .le se '-•'''\;-'''\-";::: . , rAs,uréme^ 

trouvaient les savants d'alors lorsqu ds env,> j^eaunl . .a -^ 

rivélcs parranti,uc ..ibU„tl,e,,ue ^';^ ^^^' ^H^^^^ ,,tJon est 
„i, la .laie la plus anc.cnne mentionnée ■^';^ ' ' ^ ^^ S,,,,, 

1„„ ,,H.. avant noire 6re, '''';;•;;;,';;;■ ;."^,^;'" ; Uroglyphes 
,„il lin au premier empire '''•''''-•'•'' ^'' ' ''"'J.., ,1,,, ,,,,,,„xima- 
e,vp,iens nous apprennent avec >' ;;, •' " ^^^ "^ , J Ml',,,ph.l,a. 
livc la plus anciei.ue ne reu le ijiuie .pi .1 nr,.., 1 



IIISTORIQUli:. — ANTIQUITÉ. 5 

de la (lix-ncnvième dynastie, refoula les Tamahou (hommes du Nord), 
les Sardes et les Étrusques? Les légendes dont leur mythologie était 
le reflet principal sont confuses. L'origine des Hellènes succédant, en 
Grèce, aux Tliraces superposés eux-mêmes aux Pclasges (l)," faisait 
partie de ces traditions. La plus ancienne, i\ en juger par ce qui 
nous a été transmis, était celle que Platon rapporte d'après Solon 
qui la tenait dos prêtres égyptiens, d'un continent atlantide submeigé 
quehiue dix mille ans auparavant (2). Les traditions de la guerre de 
Troie vers l'an 1000 avant notre ère, i\ la fin de l'époque du bronze, 
de l'expédition une ou multiple d'IIercule en Europe et de celle des 
Argonautes au Caucase étaient relativement récentes. Au contraire, les 
grandes pyramides de Chéops et de Chéphren, de la quatrième dynas- 
tie égyptienne, qu'ils connaissaient parfaitement, devait représenter pour 
eux une civilisation considérable très éloignée. Aristote naquit, en effet, 
il y a 2250 ans, et les grandes pyramides remontent à 5850 ans; plus de 
temps s'est donc écoulé entre Aristote et les pyramides qu'entre nous et 
Aristote. 

Tout cela fait présumer la possibilité de connaissances, de la part des 
premiers savants grecs, plus grandes qu'on ne le croit en général. Nous ne 
savons d'eux, en réalité, que ce que le hasard a bien voulu nous laisser 
sous la forme de manuscrits échappés à l'incendie ou à la moisissure, 
et de récits mythiques. 

C'est ainsi que les Phéniciens nous apparaissent dans les brumes d'un 
passé médiocrement lointain, comme de hardis navigateurs entraînés par 
l'instinct commercial particulier à la race sémite, au delà de la Méditer- 
ranée, par la mer Rouge vers le pays de Koush et les Indes, et par les 
colonnes d'Hercule sur les rives de l'océan Atlantique (3). 

La première relation authentique d'un de ces voyages est celle de Oan- 
non, chargé par Carthage, à une époque que l'on estime à l'an 1000 
environ, de transporter un convoi de colons sur les côtes de Libye, au 
sud du cap Soloïs. L'intérêt de ce voyage, pour l'anthropologiste, est dans 
la curieuse aventure ci-après [A) : 

Hannon, après avoir franchi les colonnes d'Hercule avec soixante voiles, 
prit au sud et atteignit, après dix ou douz^ jours de navigation, l'île de 
Cerné « située à la môme distance des colonnes d'Hercule que celles-ci 
étaient de Carthage», y déposa ses colons et reprit sa route vers le Midi. 

(1 Vanderkiiidere, Sur /es caractères physiques des anciens Grecs, in Bull. Soc. antl). 
de Bruxelles. 1883, p. 8. 

(2' Les dragages profonds, dans la zone répondant à la région supposée de cette Atlan- 
tide, rendent cet affaissement très probable. Le fond y est volcanique; les Açores, les 
Canaries, les îles du cap Vert seraient le reste de la chaîne principale de volcans qui l'occu- 
pait. Mais le phénomène serait très éloigné et peut-être contemporain du soulèvement du 
Sahara. 

(3, Pour les dates les plus anciennes de l'Europe occidentale, voir Lagneau, De quelques 
datei reculées, in Revue d'Anthrop., 1880, p. 4il. 

(4 Ed. Charton, Voijagcs anciens et modernes, t. I, pages 2-.'>. Paris, 2 vol. in-i, 18')4. 



6 CIIAIMTHK l'IU Mll.ll. 

I/iiitlicalioii (lu iioiDhri' do jniii^ pendant Ic^fiucN il iiaNi;«'iia est piMi \\v{>- 
cise. Vers le dnn/lèine ou sei/.u''ine jour, st'inhle-t-il, il lencniilra sur la 
cote dos «( sauvages, (|ue ses interpirles appcITTent des (iorjrades », mot 
dont i»n fil plus tard, par inadvcrlanre, celui de ijuriltr^ et qu'Hannon 
décrit comme il suit : 

<« ('.es sauvaires étaient velu<, ils fuyaient à Iraxcrs les précipices avec 
une élnimanle a^'ililé eu nous jetant des pierres. Nous réussîmes cepen- 
dant A prendre trois femmes, mais comme elles brisaient leurs liens, 
nous inoi'daient et nous déchiraient avec ardeur, nous fûmes obligés de 
les tuer. » 

Telle est la p^emi^re mention que l'on poss^d^ de l'existence en Afri- 
que de grands singes pouvant (""tre confondus par des esprits prévenus 
avec l'homme. La description de llannon semble calquée sur celle de 
Ducliaillu, d'un jeune gorille dont il était parvenu \ s'emparer. L'endroit 
où Hannon les rencontra n'est pas exactement détei-miné, mais il devait 
ôtre (pielque part entre le tropique du Cancer et le Sénégal, c'est-:Vdire 
plus au nord qu'on ne trouve actuellement le gorille et le chimpanzé. 

Vers le même lenij)s, un autre suflète de Carthage, 111111110011, dépassa 
les mémos colonnes d'Hercule, tourna au nord, découvrit les îles Estrym- 
nides (Sorlinguos), et eut connaissance des îles d'Albion et d'Krin. qui 
ne furent visitées que quehiues siècles plus tard par Pythias, lorsqu'il 
remonta au nord jusqu'au pays <( où les nuits n'ont (jue {\v\\\ ou trois 
heures de durée ». 

Les noms piécédcnls appartiennent à la période légendaire, celui 
d'Hérodote ouvre la période de l'histoire. Les Histoires de l'illustre mé- 
decin de (^os sont de celles (pu^ l'anthropologiste est appelé à consulter 
le plus souvent avec profit. Il voyageait et recueillait les récits de 
la bouche mc^me des personnes les plus autorisées, habituellement 
des prêtres. Ses premiers livres furent communiqués aux Jeux Olym- 
piques en 456 avant notre ère. Ses renseignements si précieux por- 
tent sur les populations de la Libye, où il ne dépassa pas la petite 
Syrte à l'ouest, de l'Kgyple, de la Grèce, de l'Asii^ Mineure, de la Col- 
chide et de la Scythie. Nous en rappellerons qiiehjues-uns : le voyage 
des Nasamons, sur les frontières extrêmes de l'Algérie actuelle, au 
del.\ des Mazes ou A'Mazigs, ancêtres des Berbers-Touaregs actuels, 
dan> un j)ays dont les conditions hydrographiques ont depuis changé ; 
le dénombrement de l'armée de .Xerxès, où les Ethiopiens armés 
de flèches :\ [jointe formée par un silex aiguisé sont partagés en 
orientaux aux cliev<Mi\ droits, et occidentaux aux cheveux crépus, 
division sur lafjuelhî nous aurons souvent à revenir, qui a devancé, 
par conséfjuent, de l'.VM) ans la division semblable émise par Huxley ; 
la répartition des populations au nord et ;\ l'ouest du Pont-Euxin, où, 
comme \ peu près partout, se découvrent dès celte éjjoquc deux genres 
de p(q)ulation : des sédenlaires ici cultivateurs, probablement autoch- 



HISTORIQUE. — HERODOTE. 7 

lones, et des conquérants nomades, les Scylhes proprement dits, dont 
l'une des tribus portait le nom de Scythes Royaux. Ces tribus venues 
d'Asie peu auparavant avaient été chassées du pays au delà de l'Araxc 
par les Massagèles, et avaient :\ leur tour déplacé les Cimmériens des 
bords du Pont-Euxin. Les autochtones étaient-ils de race finnoise, les 
Scythes de race mongole? C'est une question à réserver. Dans ces pays 
existaient du reste des peuplades aux yeux bleus et aux cheveux roux, 
les Budins , par exemple, à quinze journées de marche au nord du 
Palus Méotide. Les Cimmériens, qu'on assimile (à tort suivant Roger de 
Belloguet) aux Cimbres de Marins, Cambriens d'Angleterre et Kymris du 
pays de Galles, étaient également blonds. Quant aux Massagètes, ils 
étaient décidément asiatiques; polyandres comme certaines des tribus 
thibétaines de nos jours, ils tuaient et mangeaient leurs parents âgés 
pour leur éviter les désagréments de la sénilité. 

Deux fois Hérodote parle du crâne humain : une fois pour remarquer 
sur l'ancien champ de bataille de Platée que les crânes des Perses sont 
minces et ceux des Egyptiens très épais, ce qu'il attribue, chez les pre- 
miers, à l'habitude de se couvrir la tête et de ne pas sortir de leirrs 
habitations, et chez les seconds à celle de se raser la tête dès l'enfance 
et de s'exposer au soleil sans coiffure. C'est la théorie de l'influence des 
milieux faisant son apparition comme la chose la plus naturelle. 

Scylax complète Hérodote sur quelques points. Voyageur et géogra- 
phe, il écrivit, en 420 avant notre ère, un périple de la Méditerranée dont 
un abrégé nous est parvenu. « Des colonnes d'Hercule au montPyrénée, 
dit-il, s'étendent leslbères, ensuite jusqu'au Rhône un mélange d'Ibèreset 
de Ligures, et après le Rhône des Ligures seulement. » C'est sur un passage 
de lui que Broca s'appuya pour combattre l'opinion de Shaw que les 
blonds de l'Aurès sont les restes des Vandales de Bélisaire. Les habitants 
du golfe de Gabès (à l'endroit par lequel on voulait, dans ces der- 
niers temps, faire pénétrer les eaux de la Méditerranée dans les chotts 
de l'Algérie), disait Scylax aune époque bien antérieure par conséquent 
à Bélisaire, sont blonds et de haute taille. La doctrine soutenue par 
Broca a été prouvée depuis par les monuments égyptiens qui montrent, 
vers 1450 avant notre ère, une invasion des Lebous ou Libyens, au nom- 
bre desquels lesTamahou, grands et blonds^ repoussés par Menephtha, 
de la dix-neuvième dynastie, ainsi qu'il a été dit tout à l'heure. 

Un dernier voyageur, ctesia.s, sur lequel M. de Quatrefages a appelé 
l'attention à plusieurs reprises, est à indiquer. Ses récits ne peuvent tou- 
jours être pris à la lettre, mais ils renferment des renseignements que la 
science a confirmés. Médecin d'Artaxerxès Mnémon, il était à proximité 
de l'Inde sur laquelle il a écrit, si même il n'y a voyagé. H y décrit des 
indigènes de petite taille, aux cheveux et à la barbe longues, au teint noir 
et au nez camus, que signalent aussi les annales japonaises, et qui cor- 
respondent au type sous lequel on doit se représenter les habitants des 



g CIIAIMTIIK l'UKMlKR. 

forôls (lonl parU' If ll'inwijnua cl (jur M. .K' «juali-cfages considère cojinne 

lies Nrgrili>>. 

Mais arrivuiis i\ la pari des médecins, à ■■ippocmte i\\n h. ce moment 
les résume tous. Il llurissait vers l'an \m aNanl nulri' ère et luuinil un 
premier exemple de la fai:on .l..nl le. Iminnus de ^'énie sont, pour une 
bonne pari, la résnllanle di's milieux et le i)roduit des circonstances. 
Les malades cpii s'adrc-saient aux priMrcs dépositaires de la Iradilion 
médicale élaienl dans l'usage de suspendre aux ••olonne^ du Iciiiph' This- 
loire de leurs maux et des moyens qui les avaienl f^uéri>. L'un de ces 
temples élait dans l'ile de Cos, où la lamille des Asclépiades se vouait 
de génération en génération au culte d'Kscnlape. llipp.)crate était le 
deuxième de ce nom dans celle lamille ; il sut proliter des documents amas- 
ses et écrivit une dizaine de livres dont deux intéressent ranlliropologie. 
Le premier, intitulé Ih la nalure (h l'Iunnnu;, commence par ces re- 
maniuahles paroles .pii impliquent toute une méthode, celle de l'obser- 
vatiun, par opposition avec celle de lintuition et du raisonnement des 
phil..sûphes : M Ceux (pii >nnt accoutumés i\ entendre parler de la nature 
de l'homme à de> personnes qui veulent la connaître par des moyens 
étrangers à la médecine, ne trouveront rien dans cet ouvrage qui les 
satisfera. » Or, (ju'on étudie l'homme puur le connaître simplement ou 
pour le guérir, la méthode est forcément la même. 

Le second a pour titre Aes airs, les eaux et les lieu.v.W y soutient pour la 
première fois la doctrine si controversée depuis de l'inlluence des milieux 
sur l'homme, ses caractères physiques et moraux aussi bien que ses 
aladies. Tout d'abord il constate les diderences physiques que présen- 
t les hommes qui habitent des climats dillerenls, sans prononcer le 

l de ;v/rr(iu'on ne retrouve nulle part dans l'antiquité. Ils se ressem- 

hlent entre eux, dit-il, autant qu'ils dillèrent des peuples voi^ins. Ces 
dillérences sonl déterminées par les conditions des lieux, l'humidité ou la 
sécheresse, etc. Ainsi les montagnes élevées et pourvues d'eaux C(»u- 
rantes produisent des hommes de haute taille et vigoureux ; les plaines 
couvertes de pâturages, des sujets de petite taille, trapus, chargés de 
graisse et aux cheveux noirs, comme les Scythes nomades ; les pays secs 
et dénudés, des gens nerveux et secs, plutôt l,lon(l>: et les pays chauds, 
humides, marécageux et boisés, des hommes de haute taille, au Icmt 
jaune, comme les Phasiens. llunnn ne .'exprima pas autremenl vingt 
siècles plus lard. 

M;ii> dan^ (pielle m.-ure les milieux agissent-ils ? Leur action se 
limile-t-elle à l'uidividu, ou, en se prolongeant sur une suite de généra- 
lions, Iransforme-t-elle le gn.iipe entier? L histoire des Marro.éphales y 

répond. 

LesMacrocéphales sont l'un des peuples. pu étaient Mines en Asie, « a la 
droite du levant d'été Justin" au VAu. Meotide (p.i sépare l'Asie de l Lu- 
n)p.M) Ce nom leur vient de la forme parti. uli.T.' qu'ils dounaienl :\ leur 



m 

seii 

un 



HISTORIQUE. — IIIPPOCIUTE. 9 

lête par suite des idées de noblesse qu'ils altachaieiU à ccLLc forme. 
Lorsqu'un enfant venait au monde et que sa tôte était encore molle, on la 
façonnait avec les mains, on la forçait à s'allonger h l'aide de bandes 
et d'appareils qui en changeaient la forme arrondie et en augmentaient 
la hauteur. « Dans le principe, grâce à cette coutume, le changement de 
forme était dû i\ ces manccuvres violentes, mais avec le temps cette forme 
s'identifia si bien avec la nature que celle-ci n'eut plus besoin d'être con- 




^-^fr.£ 



Fig. 1. — Macroccpliale du temps d'Hippocrate. Recueilli par M. Chantre dans le 
cimetière ancien de Samtliravo, près de Tiflis. 



trainte par la coutume et que la puissance de l'art devint inutile. Car 
puisque ceux qui naissent de parents chauves sont chauves, ceux qui 
naissent de parents aux yeux bleus ont des yeux bleus, ceux qui naissent 
de parents louches sontlouches, et ainsi du reste, pourquoi un père à tête 
allongée ne donnerait-il pas naissance à un enfant à lête allongée (1)? » 
Jusqu'ici, le doute n'est pas permis, l'auteur croit à la transmission par 
hérédité de la déformation acquise artificiellement de la tête. Mais il ter- 
mine brusquement comme il suit : « Aujourd'hui cette forme n'existe 
plus comme autrefois, parce que la coutume est tombée en désuétude par 

(1) Œuvres d'Hippocrate, traduct. franc, de Ch. Darcmberg, 2 vol. Paris, 1855, 2« édit. ; 
et môme ouvrage, traduct. franc, de Littrc, 3 vol. 1839-) 861, t. II, p. 5'.). 



10 CllAlMTlli: l'IlKMlKK. 

la tV<'(jiii'iil.ili<in (It's aiili('> nations. >• Ce passage el les précédents sont 
exirails il«» la Iradnclion des «l'uvres d'Hippocrate parCh. Dareinher^;. Le 
ni^nie est ain^i lihelh' dans la Iratlnclion de Lillré : " Mais aujourdlini 
eela n'airivc pins cnnnne anlreluis, la «unUinie s'élanl pridiie pai- la né- 
gligence des hommes. » 

P<»nr moi, eelle del•ni^l•e phia>e (rilippociate ne conlredil pas son opi- 
nion piiM-cdcnle d'une façon absolne, ain^i (pii' l'.i pcn^-é lUiiiiicnbach ; 
cependant elle laisse nn donte. 

llippociale se trompe lors(in'il dit «jne la contnme s'e>t perdne ; 
elle a persisté au contraire ;\ tiavers les siècles dans le Caucase, où 
M. Smirnow et M. Chantre l'ont retrouvée :\ l'époque actuelle sur le 
vivant, semblable ;\ celle <|ue présentent les crânes anciens de l'époque 
du lei- et du bronze recueillis en Ciimée et au Caucase, et à celle que cer- 
taines initiations regardées comnu' ciminériennes ont transportée jus- 
qu'en Occident. Les crânes déformés de la Crimée et ceux qu'on a ren- 
contrés en Suisse, sur les bords du lUiin, dans le Jura, sont, en somme, 
ceux des Macrocéphales d'Hippocrate ou de leurs descendants. 

A côté de cette grande doctrine de l'inlluence des milieux et de l'héré- 
dité des caractères acquis dont nous voyons ainsi l'origine, il y a deux 
mille ans passés, se trouvent, dans le môme livre Des airs, des eaux et des 
lieux, d'excellentes descriptions de peuples à signaler: celle des Phasiens 
qui, toujours î\ droite du levant d'été, bâtissent leurs habitations au milieu 
des eaux, à la fac^on sans doute des habitations lacustres anciennes de la 
Suisse; celle des Scythes nomades, qui complètent les descriptions d'Hé- 
rodote et conlirment ce que nous en avons dit. Petits, trapus, gros, basa- 
nés, manquant de poils, les Scythes étaient bien des Mongols; c'est 
parmi eu.Y (lue se trouvaient ces Enarées aux formes efféminées [eunuchi, 
ad coïlum impote)i(es), dont Broca a retracé l'histoire quelques mois avant 
sa mort (I). 

Hippocrate, en somme, est le fondateur de la doctrine de l'inlluence 
des milieux dans la production des caractères physiques, physiologicpies 
et pathologiques des hommes. H est le précur>eur de Bud'on sur un autre 
point encore : sa notion de ressemblance entre eux des individus d'un 
même groupe, soumis ;\ des conditions extérieures communes; personne 
n'a été plus aflirmalif dans cette voie depuis; il ne lui a luancpié (pie de 
prononcer le mot de 7-ace. 

Ariatote fut pres(fue le contemporain d'Hérodote. No ù Stagyre, sur 
les c<.nliu> de la Macédoine, il vécut de .'JS4 à 3:22 avant notre ère, et fut 
le premier, i)eul-èlre le plus extraordinaire des encyclopédistes. La 
longue iiilluence ((u'il exerça est absolument légitime. 

Sa conduite à l'aurore de la science ne .^aurait trop être notée. «^ L'ex- 
périence par lis sens, dit-il, est la source première de tcjutes nos con- 

I Uroca. Hull. Soc. anth., ô fcvrier IS*'.). 



HISTORIQUE. — ARISTOTE. Il 

îiaissances ; il faut ajouter plus de foi aux phénomènes qu'aux piincipes 
rationnels; ceu\-ci ne peuvent donner la même certitude que les faits 
sensibles. » Peu conséquent, il est vrai, il accepte que « la nature ne 
fait rien en vain », et il s'égare parfois dans la recherche des causes finales. 

En histoire naturelle, la seule partie de ses immenses productions où 
nous ayons à le suivre, il écrivit trente-six livres dont vingt-cinq nous 
sont parvenus. Les huit plus importants comprennent son Histoire dvs 
animaux, etc., dans laquelle la zoologie est comprise dans son entier. 

Aristote n'eut que de pâles précurseurs : AlcmiXîon de Grotone, vers 520 
avant J.-C. ; Empédocle et Anaxagore vers 440; Démocrite vers 350. 11 
semble avoir directement puisé dans le grand livre de la nature, grâce à 
la libéralité de son élève et ami Alexandre le Gi'and. Son œuvre diffère 
essentiellement de celles qui l'ont suivie. Buffon s'est attaché aux mœurs 
des animaux et à leurs fonctions, et en a tracé une série de tableaux char- 
mants; Cuvier s'est préoccupé de la morphologie en vue de la classifica- 
tion ; Aristote considère l'animalité dans son ensemble et en indique les for- 
mes les plus frappantes, planant sur les faits et les effleurant tout à la fois, 
insistant sur les points de contact et ne perdant jamais de vue la synthèse. 

Il part de l'homme et rapporte tout à l'homme comme étant l'animal le 
plus complet dans toutes ses parties, celui qui, ajuste titre, nous inté- 
resse davantage, et parce que, « de tous les animaux, c'est celui que 
nous connaissons le mieux ». 

Cette dénomination ^'animal, qui est le point de départ de l'anthropo- 
logie, sa pensée fondamentale, il la répète à satiété, naïvement, sans 
songer qu'on puisse émettre un doute à cet égard, et qu'un jour elle 
froisserait quelques-uns de ceux qui en sont l'objet. En plaçant ainsi, 
d'emblée et résolument, l'étude de l'homme sur son véritable terrain et 
n'en faisant pas une exception, Aristote était en avance de vingt siècles 
sur l'humanité. 

Aristote a fait plus. Du premier coup, et parce que son cerveau sur ce 
point n'était pas'non plus obscurci par les dogmes, il a reconnu et parfai- 
tement précisé les caractères essentiels qui distinguent le premier des ani- 
maux du suivant, l'homme de la brute; son parallèle a été repris, aug- 
menté, développé, mais on n'y a rien ajouté de saillant. 

« Le cerveau de l'homme, dit-il, est beaucoup plus gros que celui des 
autres animaux proportionnellement à la masse du corps. » C'est le 
caractère anatomique fondamental que nous considérons aujourd'hui 
comme le seul creusant une apparence d'abîme entre l'homme et les ani- 
maux. « L'homme seul a deux pieds, avec les oiseaux. » C'est le second 
caractère anatomique admis de nos jours. Vingt autres caractères lui 
sont subordonnés, mais tous renfermés dans le mot de bipède. Conti- 
nuons : (( Un seul animal est capable de délibérer et de réfléchir, c'est 
l'homme. » C'est ce que, vingt siècles plus tard, Linné, cherchant un 
caractère distinctif absolu entre l'homme et la brute, a dit, ce que 



12 CIIAIMTIU-; IMtKMIKH. 

ti)ijs répMenl en rampliliant. *« Li's (luadiiipèdes oui des voix difr/Tcntes, 
mais auniii ne poss^de la faeullé d'articuler, celle facullé esl parliciiliî're 
à rhornnie... ('.erlaines perdrix disent lii, tri, d'autres cac, cac, mais ce 
ne sont ni des syllabes ni des sons articulés. » C'est la fameuse caracté- 
ristique moderne tirée du laniraj^e, celle qui, suivant les préhistoriens, 
établirait la li^Mie tle démarcation entre l'iiomme vrai et son précurseur 
anthropomorphe. 

Ces quatre caractères, deux analomiijues et deux physiologiques, lésu- 
ment tout ce que ranthroi)ologie UKxh'ine enseigne sur la dislincliou 
réelle eiitie l'homme et les animaux. 

Ceux (lu'Aristole indique i\ leur suite, (;i\ et h\, ont un moindre intérêt. 

L'iiomme est le seul des animaux (jui ait un visage, le seul dont l'oreille 
.suit immobile, le seul dont la couleur des yeux varie considérablement 
d'un sujet à l'autre ce (pii, par parenthèse, prouve que les races étaient 
déjà mélangées dans les groupes sur lesquels observait Aristolej, celui 
dont les yeux sont le plus rapprochés, le seul, à part quelques singes, qui 
ait des cils aux paupières, etc. 

« L'homme a le cœur placé plus à gauche qu à droite, tandis que les 
autres animaux l'ont exactement au milieu de la poitrine ; » ce qui est 
vrai d'une manière générale, sauf chez les singes anthropoïdes qui par 
là sont semblables à l'homme. « Tous les animaux ont la poitrine étroite 
(resserrée d'un coté à l'autre , l'homme l'a large ; » ce qui est exact sauf 
[)our les anthropoïdes (jui, par là encore, sont construits sur le modèle de 
l'homme, etc. 

De l'homme, Aristote passe aux singes, aux (juadrupèdes, aux amphi- 
bies, aux reptiles, aux oiseaux, aux poissons, aux mollus(iues, aux polypes 
et aux insectes, ne tentant aucune classification, mais posant les bases 
de celles (jue les naturalistes ont adoptées depuis avec une justesse par- 
faite (Cuvier). l^artout })erce l'idée de gradation : la nature ne fait pas de 
sauts. D'une part <( le passage des êtres inanimés aux animaux se fait 
peu à peu, la continuité des gradations couvre les limites (]ui séparent 
ces deux classes d'êtres et soustrait à l'œil le point (jui les divise. » De 
l'autre « il y a des animaux comme les singes, les cébes et les cynocé- 
phales qui, par leur nature ambiguë, tiennent à la fois de l'homme et du 
quadrupède. » Dans son parallèle précédent entre les deux, ce groupe 
intermédiaire avait, en effet, été mis de coté; ici, reprenant les mômes 
caractères, il les niontre tenant à la fois de l'homme et du singe : u Les 
singes ont des pieds et (les mains, mais les pieds peuvent leur servir de 
mains. » Une proposition, plus bas, est curieuse à noter : « Le bras du 
singe esl court par comparaison avec l'avant-bras, la cuisse par compa- 
raison avec la jambe. »> Deux mille ans plus tard, \Vhite, reprenant celte 
proposition, en démontrait rexactitude, cl l'étendant aux nègres, éta- 
blissait (jue sous ce rapport ils sont intermédiaires à l'homme blanc et 
aux singes. 



HISTORIQUE. — ARISTOTE. 13 

VHiHoire des animaux contient en outre une foule de remarques, de 
rapprochements et de vues vraies ou ingénieuses dont l'anthropologie 
actuelle peut encore faire son profit. Les parties sur l'hérédité, les croise- 
monts, les proportions du corps dans l'enfance, la distribution des poils, 
la fonction de reproduction, quelques passages sur les nègres, le crâne et 
ses sutures, sont aussi ù. lire. 

Mais ce qui appelle davantage l'attention, c'est la méthode suivie, l'al- 
liance mesurée de l'analyse et de la synthèse. Les grandes divisions zoolo- 
giques adoptées depuis, sont indiquées. On y voit l'animalité formant un 
tout et en même temps se diversifiant à l'infini, et jusqu'au grand prin- 
cipe de Geoffroy Saint-Hilaire, de l'unité de composition, exprimé dans 
le passage suivant : « On peut comparer les plumes et les écailles, les os 
et les arêtes, les ongles et la corne, la main de l'homme et la pince de 
récrevisse; c'est ainsi que les parties qui composent les individus sont à 
la fois les mêmes et différentes (1). » 

On s'est demandé si Hippocrate et Aristote avaient disséqué l'homme ; 
il est généralement admis que non. Certains passages dans lesquels Aris- 
tote commet de grosses erreurs donnent àlepenser, mais d'autres, tels que 
celui relatif à, la position du cœur, laissent des doutes. Ses quatre livres 
de Descriptions anatomiques qui ne nous sont pas parvenus eussent tran- 
ché la difficulté. 11 est permis en tout cas d'entrevoir qu'il a senti son in- 
suffisance à cet égard et dut pousser dans cette voie son disciple, son 
petit-fils, dit-on, Erasistrate, l'un des anatomistes defécole d'Alexandrie. 

L'anatomie humaine, le fondement de l'anthropologie, aurait pris 
naissance dans l'Inde, à en juger par un livre de médecine, VAyurveda, 
écrit en sanscrit quelque mille ans avant notre ère. Vers la même époque 
on trouve dans Y Iliade d'Homère des témoignages multiples, relevés par 
Malgaigne, de connaissances anatomiques assez sérieuses. Mais ce n'est 
qu'à Alexandrie, dans la brillante école fondée, en 323 avant notre ère, 
par Ptolémée Soter et Ptolémée Philadelphe, que l'anatomie humaine 
sortit de ses langes. Erasistrate et Héropiiiie y disséquèrent pendant 
quarante ans le cadavre humain. Le mouvement malheureusement ne se 
continua pas après eux, et pour voir l'anatomie refleurir il faut franchir 
quatre siècles, passer de l'empire grec à l'empire romain et arriver à 
Galien. 

Cialien vécut de 131 à 200 ans de notre ère. Né à Pergame, en Asie 
Mineure, il voyagea, se fixa à Rome et fut le médecin de Marc-Aurèle. 
Son savoir était immense. Il a écrit sur toutes les parties de la médecine, 
en portant une attention plus spéciale à l'anatomie. Il la recommande 
comme la base de la médecine, et c'est par elle qu'il appartient à l'histoire 
de l'anthropologie. Ses principales œuvres dans cette branche sont : un 
Manuel de dissection; les Administrations anatomiques ; V Utilité des parties 

(I) Aristote, Histoire des animaux, traduct. franc, de Camus, 2 vol. in-4. Paris, 1783. — 
Jules Geoffroy, L'Anatomie et ta physiologie d'Aristote. Varis, 1878. Thèse inaugurale. 



14 CIIAI'ITUK l'IlKMlKH. 

du corps humain ; VAnatomie des os (1); puis une foule de monographies 
sur les muscles, les artères, les nerfs, l'utérus, la formalion du fcptus. 
(i Eu écrivant ces livres, disait-il, je coinpose un hyuiiic à raiiUur de la 
Natiiri' 2 . ■ 11 était liiiali>ti' ('(.1111111' Arislole : <* Tout f^>l pour K' luicuv 
dans la natiirr. ■ 

Les iiMivri's de tuult's sortes de (ialieii oui jcui avec celles d'Aristote, 
pendant treize cents ans, de l'auturité la plus absulue (pie l'un puisse 
rôver. Ses descriptions anatomi(]ues étaient seules acceptées en méde- 
cine, on s'inclinait avec révérence devant elles. Le viayister d'uit clô- 
turait toutes les controverses. Lt cependant cette anatomie, ce qu'on 
ne ilécouvrit (pi'à la Henai-sance avec André Vésale, ne reposait pas 
>ur l'élude du cadavre lniinain. Les animaux l'avaient fournie, les 




Fig. 'J. — (Id'ur (le fjuadnipt'tlt' cliicn. 

sin^'os surtout, le magot plus particulièrement suivant Cuvier, de 
lUainville et liroca, l'orang suivant Camper. Les rapports avec Bornéo et 
Sumatra étaient difliciles et douteux au temps de (ialien, l'opinion de 
Camper est peu jjrohahle. mais le magot est certain. Pendant treize cents 
ans tout le monde s'y linnipa. 

La confusion vint des disciples et non du maître, car jamais 
(ialien n'a [)rélendii avoir disséqué l'homme. Il ne cesse tout au contraire 
de dire « qu'il déci il pailiculiéremenl le singe comme étant ranimai (}ni 



:ii (iùivres (\o (;ali<'i), i. I, p. CST, ir.idnri. fraiu;. de (.11. I)ar<Mnl)Crg. Paris, 18:.i, 2 vol. 
— (jalicn, Anatomif tief os, traduct. Iraiiç. de (ianappc, 1851. 

{'it Dan;mbcrK, à propos d un«î allusion à Moisc, écrit ceci : « Gali«'n refusait à Diou la 
toute-puissance absolue. c«*lle par cxeuiplt; de faire un homme d'une pierr»-... La vraie diflo- 
rence, entre Moïse et Galinn, c'est que pour Galien les lois de la nature sont antérieures 
et supérieures à Dieu, tan lis qu<> pour Moïse I)i<.'U créa en niimi; irnips la matière cl 
te» lois. » 



HISTORIQUE. — GALIEN. 15 

ressemble le plus à l'homme. » « On n'apprend pas l'anatomie en inspec- 
tant les parties qui se présentent au hasard sur les blessés, il faut avant 
tout disséquer des animaux. » « Le singe a, parmi tous les animaux, la 
plus grande ressemblance avec l'homme quant à ses viscères, ses mus- 
cles, ses artères, ses nerfs et ses os... Celui qui veut s'exercer dans la 
dissection des muscles commence par écorcher un singe suffoqué dans 
l'eau; j'avais d'abord fait écorcher mes singes par mes serviteurs, mais 
plus tard j'ai préféré les suffoquer et les écorcher moi-même. » 

11 reste à savoir si, par exception et secrètement, Galien n'a pas vérifié 
une fois ou deux sur l'homme ce qu'il avait constaté publiquement sur 
le singe. Disséquer un cadavre humain à cette époque était une profana- 
tion. 11 y avait les suppliciés exposés à la porte Esquiline et les ennemis 
tués sur le champ de bataille. Chercha-t-il à en tirer parti? « Si je vis, 




Fig. 3. — Cœur de bipède (homme). 

dit-il une fois, je décrirai quelque jour la structure du corps des 
bêtes et je ferai l'anatomie exacte de toutes leurs parties comme je fais 
maintenantl'anatomie de toutes les parties de l'homme (1). «Mais ce pou- 
vait être une licence de langage qu'autorisait sa conviction de l'identité 
anatomique de l'homme et du singe; et par son mot de bêles il pouvait 
entendre les quadrupèdes, à la façon d'Aristote, les animaux autres que 
les singes et l'homme. 

Pour le squelette, les renseignements sont précis. 11 raconte comme 
une bonne fortune l'occasion qu'il a eue « d'examiner à loisir une pre- 
mière fois des os humains, qu'une rivière débordée avait jetés dans un 
endroit marécageux après avoir démoli un tombeau récemment cons- 
truit » ; et, une seconde fois, » ceux d'un voleur tué par un voyageur que 



(2) Galien, De l'usage des parties, lib. IV, cap. iv. 



to ciiAPiTHi: l'UKMir.a. 

persttmif n'.iN.iil Nniilii l'iilciii'i- p.ircf ijii'nii t'iait ai-^c (jii'il servît de 
l>Aliire aux Naiiloiirs ... Il va jiis(iiri\ reroiinnandcr à ceux (]ni veulent 
éluilier r»)sl(''()loj4ii' humaine d'aller ;\ Alexandrie voir un ou deux sque- 
lettes qui s'y trouvaicnl. 

Mais vcfiei ([ui juge la (jneslion. l-jilre l'iiomme et le singe les difl'é- 
renees analiuniciucs sont faibles, mais sulli^anles pour qu'on reconnaisse 
(•(•lui (pii a donné lieu à la de>rrii)lion. Les exemples suivants en sonl 
une preuNi' : 

Le cieur de riiouinu' e>t oMitiucnieul dirit^é en bas et à gauche et 
adhère, par son enveloppe, au diaphragme sur lequel il s'appuie. Le 
citur des (|uadrupèdes est relativement vertical, prescjuc sur la ligne mé- 
diane, et repose sur le sternum. La plus grande partie est en arrière des 
cotes gauches chez l'homme et en arrière du sternum chez les quadru- 
pèdes. Les singes se partagent en deux groupes sous ce rapport : les 
grands singes ou anthropoïdes se rapprochent du premier type ; les singes 
ordinaires ou proprement dits rentient dans le type des quadrupèdes. Or 
Galien a décrit le cœur de l'honnne tel (]u'il est chez les quadrupèdes. 

Le sternurn n'a (jue 3 pièces chez l'homme, il en a G ou 7 chez les sin- 
ges ; Galien l'a décrit avec G pièces. 

L'utérus, d'autre part, simple et à une seule cavité chez l'iKjmme, est 
partiellement cloisonné et bicorne chez les quadrupèdes. Galien l'a 
décrit comme étant bicorne. Les dispositions des muscles, celle du 
peaucier, des iléchisseurs des doigts fournissent des arguments analogues. 

L'enseignement à tirer de ce débat, c'est quje la ressemblance de 
l'homme et du singe était une idée fortement accentuée à Home et à 
Athènes, dans l'esprit de tous, avant que l'intervention du christianisme 
soit venue déclarer la chose monstrueuse; qu'elle ne heurtait personne 
et ([ue la dissecti(Hi du singe suppléait ;\ celle de l'homme. La ressem- 
blance interne est, en eflel, considérable lorscju'on se contente de ras|)ect 
général des organes. Pour découvrir les dillérences de détail il faut les 
développements (jue l'analyse anatoiuique a pris depuis Galien, il faut 
l'intention de déterminer ces dillérences et un examen mélliodiciue une il 
une de toutes les parties, ain>i (juc Hroca le faisait i\ son cours d'anthro- 
pologie Z(jologique. 

Un curieux objet d'art découveil à Konie, il y a une centaine d'années, 
dans une villa ayant appartenuà .Musa, le médecin d'.\uguste, montre ce 
qu'était alors l'enseignement courant. Il s'agit d'un marbre, actuellement 
au Vatican, qui représente le torse ouvert d'un homme : extérieurement, 
c'est le tronc et les formes de l'homme ; intérieurement, ce sont les vis- 
cères du singe. 

Lu dehors de ceux (pii précèdent, l'anticpiilé ne pn-sente plus aucun 
umui auquel nous devions nous ariôter. Après Aristote, l'histoire naturelle 
(pii venait du premier coup de jeter un si vif éclat, s'obscurcit; vers le 
premier siècle de notre ère elle jette une dernière lueur avec Pline et tout 



IIISTOKIQUE. — GALIEN. 17 

est dit : Pline, compilateur intéressant, mais de peu de discernement, 
qu'Isidore GeonVoy-Saint-Ililaire juge un peu sévèrement. 

En revanche, l'histoire et la géographie nées avec Hérodote fournissent 
une brillante carrière. Pour ne citer que les noms les plus intéressants à 
notre point de vue, ce furent Thucydide, Xénophon, César l'historien de 
nos origines nationales, qui distingue trois races en Gaule, Pomponius 
Mêla, Strabon, Ptolémée, Diodore de Sicile précieux pour los Celtes, 
Tacite l'historien des Germains, Tite-Live, Polybe, Ammien Marcellin, 
Jornandès l'historien des Gaules, Procope l'historien des Vandales, et 
vingt autres dont M. Lagneau a mis en relief les renseignements dans ses 
savantes recherches sur les origines des races de l'Europe occidentale. 

Au point où nous en sommes, le monde occidental profondément 
troublé laissait place à l'histoire et retirait aux médecins et naturalistes 
le recueillement nécessaire à leurs travaux. Du bout de TOrient un flot 
de peuples et de races jusque-là inconnus se précipitaient; les anciens 
empires se disloquaient, de nouveaux se reformaient. De ce cataclysme 
sortirent les nationalités modernes (1). 

Conclusion. — En résumé, dans l'antiquité, l'histoire naturelle de l'homme 
n'existait pas en tant que science spéciale détachée de l'histoire générale des 
animaux, mais les éléments en étaient éparsdans les écrits des médecins, 
des naturalistes et des philosophes. Les principes qui en sont la base 
étaient affirmés, ses méthodes d'étude étaient fondées, quelques-unes de 
ses questions fondamentales étaient posées. L'homme était accepté fran- 
chement à titre d'animal analogue au singe, s'en distinguant parle cerveau, 
l'intelligence, le langage, la station verticale ; la notion de race elle-même 
était née : « des collections d'hommes semblables entre eux par le fait de 
l'action des milieux;» enfin l'origine de l'homme ou mieux des hommes, 
comme on le verra plus tard, était agitée. Les événements n'eussent pas 
interrompu le cours de la civilisation, dans le bassin de la Méditerranée, 
que l'anthropologie, c'est-à-dire la science de l'homme sans autre but 
que de le bien connaître, eût bientôt pris naissance. 

Les savants de cette époque avaient une qualité : ils abandonnaient les 
spéculations aux philosophes et cherchaient dans l'observation môme 
de la nature les éléments de leurs connaissances. La décadence, après 
Galien, vint de l'abandon de cette méthode que l'érudition et l'ergotage 
sur les textes remplacèrent. Vainement quelques médecins grecs, 
tels qu'Oribase, Aétius, Alexandre de Tralle, Paul d'Egine, s'efforcèrent 
d'arrêter le courant ; la tradition scientifique disparut de l'Occident et dut 
se réfugier chez les Arabes, à Bagdad, à Samarcande,àBassora. Le champ 
resta aux controverses religieuses. 

(1) Lautli, Histoire de Vannlomie, t. I, Strasbourg, 181.'), — Kart Spengel, £'.vsai 
d'une histoire jnorpnatique de La médecine, irad. franc, de Geiger. Paris, 180!). — Pey- 
rillie, Histoire de la chirurgie. Paris, 2 vol., 1780. 

Topinaru. — Anthropologie. 2 



18 en API Tin: phemiku, 

»eroiid«* pérlofle. l|enuiMauu<-e. — l/lO^'liSf (lliclicnne RVail des 
inuint'> (U' Itiiitt"' sdilcs : les uns si ignoiauls, (iiit* (^harlcnia^iu' roiidil une 
ordonnance (jui K's obligeait à savoir lirt' et éciire jxnir se pié^ciiter ;\ la 
prôtrise; d'autres se livrant:^ l'enseif^'Heuieiit dans un but de piopagande; 
les antres animés d'une sainte ardeur pour les lettres et les sciences. 
C'est aux derniers que sont dus la conservation et le retour en Occi- 
dent dt's (luivres de l'antiquité ; on les voit dc's le sixième siècle se livrer 
un peu partout à la prali(jue médicale. 

Dans cette voie, plusieurs ordres devinrent célèbres, tels (|ue les 
bénédictins. Les couvents d'Italie, du Mont-Cassin et de Salerne acqui- 
rent aiubi une grande renommée. On s'y faisait soigner au retour des 
croisades ; c'était une source de profits, où les prières et les reli(iues 
jouaient le principal rôle : à Salerne, les os de saint Malliieu. Peu i\ peu 
les ouvrages de médecine latins et grecs se répandant et des protec- 
teurs puis^ants venant i\ point, de véritables écoles de médecine se 
formèrent. Deux hommes surtoutjouèrentun rôle considérable dans cette 
transformation : Itoger, roi de Sicile, et Frédéric II, empereur d'Allemagne, 
ce dernier, un naturaliste distingué, auteur d'un traité sur les Oiseaux, 
dans lequel il soutient que la zoologie doit reposer sur la zootomie. 

Ce naturaliste-souverain rendit en 1230 une ordonnance prescrivantque 
«nul ne peut exercer la médecine s'il n'a fait des études pendant 7 ans, 
savoir : 2 ans de logique et 5 ans de médecine dont 1 an au moins de dis- 
section sur le corps humain, et obtenu un brevet de capacité à l'Ecole de 
Salerne ». Vn pape, en 299, avait déclaré péché mortel l'ouverture 
du corps humain ; Frédéric fut excommunié par deux fois, mais sans en 
être touché. 

Telle fut la fa(;on dont l'anatomie humaine reparut au m(»yen âge et 
le motif qui nous a fait choisir cette année 123(1 pour limite entre la pre- 
mière et la seconde période de rhistori(|ue de l'anthropologie. 

L'ordonnance de Frédéric II ne semble pas avoir donné des résultats 
immédiats, et ce n'est (ju'en I3UG el 131 ri, un siècle après, qu'on en vit 
les ellets. Un médecin italien, llundinus, lit publiquement, à Florence, 
raulo[)sie de deux femmes [[]. A partir de ce moment, l'usage de la dis- 
section se répandit rapidement. Née en Italie, elle fut autorisée à Mont- 
pellier en 137(i et était depuis longtemps en pratique j\ Paris en i iTH. 
Moins d'un siècle après, Columbo se vantait d'avoir dissé(iué en une seule 
année jusqu'à quatorze cadavres. 

.Miiiidiims mil à pridit ^es dissections; il publia un petit livre intitulé: 
Awitontui Mttni/ini a cai>iit' nsfjue al //(-{les, (jui ne tarda pas à remplacer dans 
les écoles le volumineux traité de Galien. Les viscères y sont décrits avec 
soin, mais les vaisseaux, muscles et os sont négligés, et il n'est pas 
question des nerfs. Le fait suivant, (jui ferasourire les étudiants d'aujour- 

[\ Choreau, Histoire dt innntutnic, iii Lucycl. sciences luédicalos, lîiGd, liv. I, t. IV, 
p. Vi:{. 



HISTORIQUE. — VÉSALE. 19 

d'hui, en donne l'cxplicalion. Miindinus conseillait pour étudier les tendons 
de faire dessécher le corps au soleil et de les examiner au bout de trois 
ans, et pour les nerfs de faire macérer le corps dans l'eau courante. 

Le livre de ^fundinus, malgré son insuffisance, rendit de grands servi- 
ces. Il répandit le goût des recherches anatomiques directes, resta le vade 
mecum de l'étudiant pendant deux siècles et prépara la brillante époque qui 
allait suivre. Galien cependant était toujours l'autorité suprême. En pré- 
sence du cadavre, le doute finit pourtant par se produire : ce n'était pas ce 
qu'on avait sous les yeux. On expliqua d'abord les contradictions par les 
variations naturelles qu'on rencontre d'un sujet à l'autre; quelques-uns 
allèrent jusqu'à prétendre que le corps humain avait changé depuis Galien. 
Alors parut Vésale au seizième siècle, l'une des phases les plus critiques 
de l'histoire de l'humanité. 

La fin du quinzième avait donné Gutenberg et Christophe Colomb; le 
seizième fut celui de Léon X, de Luther et de Rabelais, le précurseur de 
Voltaire. Le monde civilisé s'éveillait ; un souffle de rénovation se répan- 
dait, semblable à celui qui, plus tard, préluda à la Révolution française. 
La foi religieuse et la foi scientifique allaient traverser de rudes épreuves. 

André Vésale naquit à Bruxelles en 1513 et mourut ea 1564. Profes- 
seur d'anatomie à Padoue, à Bologne, à Pise, et médecin de Maximilien 
d'Autriche, de Charles-Quint et de Philippe II, sa gloire est d'avoir 
secoué le joug qui pesait si lourdement sur la médecine, en démontrant 
que l'anatomie de Galien n'était exacte qu'à la condition de la suivre sur 
le cadavre du singe. On avait eu l'anatomie de Galien, l'anatomie de 
Mundinus, on eut l'anatomie de Vésale. 

Le sort de l'anatomiste de Pergame fut celui de toutes les grandes 
figures de l'histoire qui, démesurément surfaites par les contemporains 
ou les successeurs, finissent par s'écrouler. Galien venu après l'école 
d'Alexandrie, répondit à un besoin, fut l'homme d'une époque, et pen- 
dant mille ans un demi-dieu. L'heure de la réaction vint, et la chute fut 
bruyante. Mais la reconnaissance de la postérité lui est acquise, il a mar- 
qué l'une des étapes du progrès. 

Dans son grand ouvrage sur Vanatomie du corps humain^ publié en 
1543, Vésale dut refaire la science, fibre à fibre, le scalpel à la main. 
Un tableau célèbre le représente réfugié dans une chambre dont les 
volets sont fermés avec soin, un cadavre est devant lui sur lequel repose 
sa main. Voici la vérité sur cette histoire. 

Un gentilhomme espagnol qu'il soignait étant mort d'une maladie mal 
connue, il obtint l'autorisation d'en faire l'autopsie. S'étant trop hâté, il 
toucha de la pointe de son scalpel le cœur qui, assure-t-on, se contracta. 
Accusé d'avoir disséqué un homme vivant, traîné par ses ennemis devant 
le saint tribunal de l'Inquisition, il allait être condamné lorsque Phi- 
lippe II le sauva en obtenant qu'il Ht un pèlerinage en Terre-Sainte. Au 
retour, il périt dans un naufrage. 



'2(i CIIAPITllI-; IMlKMIKIl. 

La lutte entre les palénistes et les auli-^aléiiistes fut ardente. Vésale, 
activement soutenu par son émule Kustachi et ses disciples Fallope et 
Colombo, fut violemment combattu par Sylvius. Lo bruit s'en répandit au 
loin et attira en Italie de nombreux éli''ves qui :\ leur tour lépandirent en 
Europe la connaissance de l'anatomie nouvelle, et imprimèrent à toutes 
les sciences collatérales une vive impulsion : co furent Spiegel et Fabrice 
d'Afluaprndeiite en Italie, Dnlaurens à Moiilpelliei", Mai'escot à Paris, 
Félix IMaler et (iaspard Baiibin à Ik\le, Fnslis ;\ Tubingen, Alberti en 
Saxe, Bonlius et Paw en ilollaiide, IJarlholin en Danemark, et plus 
tard Ilarvey en Anf;lelerre. Le mouvement abonlil i\ la séparation des 
sciences en deux brandies qui s'écarlèient peu ;i peu : les sciences mé- 
dicales et les sciences naturelles, parmi les(|uelles la zoologie dont nous 
devons î\ présent suivie le dévidoppeiiieiil spécial. 

Vojnçe» (lu iluu/.ièiiie uu (liii-liuitii'ino mIcoIp. — Huil s'agisse de 

riiomme, des aniinaiix on des plantes, le développement des sciences 
natiiieiies dépend des matériaux en plus oumoinsgrand nond)re mis aux 
mains de^ travailleurs. Au cominencement de ce siècle une Société pour 
Telude de 1 lioinnie naciuil et mouiul faille d'alinionls pendant le blocus 
conliiiental. La eonnaissance des voyai^es qui s'accompliient du dou- 
zième au dix-liuitième siècle et précédèrent le mouvement zoologique 
est donc indispensable. Nous ne nous y arrêterons (pie le temps néces- 
saire. 

Le premier voyageur se rapi)orlanl à notre civilisation occidentale, 
dans la période où nous sommes, fut Marco Polo (1:273 à 1295), un noble 
vénitien qui pénétra en Perse, francbit l'Himalaya, où il découvrit au 
nœud de l'Hindou Kbo les populations blondes aujouid'bui connues sous 
le iioiu de Sia Posbs ou de Kaflirs, visita le Tbibet, la Cdiine, les Indes, 
et lit à son retour des récits merveilleux des splendeurs qu'il avait ren- 
contrées, (pii excitèrent toutes les convoitises. Le commerce des mers 
était alors au pouvoir des républiques italiennes, des villes banséatiques 
et des Portugais. Cliarune de res puissances voulut se frayer une voie 
vers les Indes. 

On n'entrevoyait daiilic cbemin par mer qu'en contournant l'.Vfricpie. 
Jean de iJetbencourt, genlilliomme français, parti de Granville, débuta en 
s'emparant des îles Canaries babitées parles Guancbes (l-40'2-14(>o). Les 
Portugais continuèrent en découvianl les Açores (I 'i32 ,1e Sénégal ^^1445 , 
les cotes de Sierra Leone {W^l}., puis le cap de llonne-Lspérance (148()) 
avec Bartbélemi Diaz, et Calicot sur lacotede Malabar(liî)H)avecVasco de 
Gama. Pendant ce dernier temps, Cbristopbe Colomb, de Gènes, repre- 
nant !ine idée éfuise |»ar Aristole, que la terre est ronde, et pensant que 
la roule de 1 Inde e^l plus courte par l'ouest, découvrit, pour le compte 
des espagnols, les .\iililles en Améi-ique (!il)2). 

A partir de ce moment la lièvre s'empara de l'Europe, chacun voulut 
avoir sa part de gloire, de richesses et de territoires nouveaux. En moins 



HISTORIQUE. — VOYAGEURS DU XIl** AU WIlT SIÈCLE. 21 

d'un siècle, le Brésil était atteint par Cabrai et Pinson (lil)9), la pointe 
méridionale de l'Amérique doublée par Magellan (1511j), le Mexi(iue con- 
quis par Fernand Certes (1519 ;\ 1547), le Pérou par Pizarre (152 i ;\ 1541), 
le Canada par Jacques Cartier(ir)3i), les îles Salomon, la Nouvelle-Guinée, 
les Nouvelles-Hébrides et les Marcjuises découvertes par Mendana etQuiros 
(15G8 à 1614). On tombait de surprise en surprise : le llottentot au teint 
couleur cuir vieux, l'Hindou au teint noir et aux cheveux droits, les Amé- 
ricains rouge brique, les Polynésiens cuivrés, les Mélanésiens aussi laids 
que les nègres d'Afrique, tout cela jetait les esprits dans une profonde 
stupéfaction. 

L'émulation était égale sur terre comme sur mer. Sur mer se succé- 
dèrent le Hollandais Tasman, qui a donné son nom à l'île Van-Diemen 
(1642 et 1644) ; les Anglais Dampier, qui le premier a dépeint les Aus- 
traliens (1673 à 1711), Drake (1577 à lo8()), Anson (1741), Byron (en 1742 
et 1764) et Cook assassiné aux îles Sandwich (1769 à 1779) ; les Français 
Bougainville, dont la description poétique de Taïti ou de la Nouvelle- 
Cythère eut tant de retentissement (1766 à 1769), et Lapeyrouse (1785 h 
17h8), qui périt à l'île Vanikoro. Sur terre c'était ïavernier et Chardin 
en Perse (1670), Bosman à la côte de Guinée (1705), Golberry au Sénégal 
(1785 i\ 1787), Bruce en Abyssinie (1768 à 1772], Pallas en Sibérie (1768 à 
1774;, Shaw dans la Berbérie et l'Aurès (1736), Nieburh en Arabie (1770), 
Volney en Egypte et en Syrie (1783 h 1785), Kolbe et Levaillant à la co- 
lonie du Cap ;i719 et 1790), Mongo-Park à Tombouctou (1795 à 1 797), etc. 

La surface connue de la terre habitable triplait ou quadruplait d'éten- 
due. Des séries entières d'animaux jusque-là ignorées surgissaient, tels que 
les Didelphes. Des races d'hommes, les plus différentes, apparaissaient 
plus sauvages que tout ce qu'on avait imaginé, comme les Australiens ; 
quelques-uns, des géants, comme les Patagons, d'autres presque des 
nains, comme les Boschimans. On tombait d'étonnement en étonnement. 
C'était un renouvellement complet des ressources de la science. Les 
naturalistes étaient pris de vertige. Mais les circonstances font naître les 
hommes, et ceux-ci ne firent pas défaut : ils se succédèrent nombreux, 
comme on va le voir. 

DéYeloppemeiit des §cieiices iiaturcllc§. — Les moînes lettrés du 

moyen âge, en ramenant d'Occident les connaissances médicales, ra- 
menèrent avec elles les sciences naturelles qui leur sont étroitement 
unies. 

Du treizième au quatorzième siècle, dit Victor Carus (1), il ne se 
produisit aucun nom dans les sciences qui ne fût dominicain ou 
franciscain. De ce nombre furent Thomas de Cantimpré (1186 à 1263), 
Vincent de Beauvais (vers 1264) et Albert le Grand (1193 à 1280). La 
première traduction de VHisLoire des animaux^ d'Aristote, fut, par 

vl) Victor Carus, Histoire de la zoologie depuis l'antiquité jusqu'au dix-neuvième siècle^ 
\ vol. in-8, trad. franc, Paris, lS80. 



22 ciiai'hhk I'Hkmiku. 

exception, d'un laïque, Théodore (iaze, et se produisit plus tard, eu W'M). 

Ce (|ui s'était passé en médecine se répéta en zoologie ; on négligea 
l'observation directe pour la méditation et l'explication des textes d'Aris- 
iole comme (le ceux de (îalien. Il était difficile, du restr, de séparer les 
sciences naturelles des sciences médicales. Toutes les études gravitent 
autour de celles-ci : la zoologie, la botanique, la minéralogie. « L'histoire 
naturelle, dit Isidore Saiul-llilaire, n'élail c^i'une annexe de la médecine. » 
Le naturaliste commençait par être médecin, s'il ne praticiuait même l'art 
de guérir. Ainsi Wallon d'OxIord, (jui écii\it le premier traité systéma- 
tique sur Ips diffère nets t titre les amiiiaiic, exercjait fi Londres ; Conrad (Jes- 
ner (1), surnommé le IMine d'Allemagne, auteur d'une llisluhe de-; ani- 
maur et d'une Histoire des végétaux ^ mourut i\ Ziiiii h en !.'»(;:;, viciime de 
la pesle contractée dans l'exercice de ses l'onclions ; son Histoire des ani- 
inau.cdlMi une va^le compilation, comme la i)lupart des ouvrages de ce 
temps, (lan< la(juelle chaiiue animal est décrit par ordre alphabétique 
sans trace de nomenclature ni de notion d'espèce. De môme Aldrovande 
(^15:2:2 ;\ HJO.j) et Jouston 10(13 à 1()75), auteurs d'autres traités de zoolo- 
gie, étaient médecins praticiens. Rondelet et Delon, les fondateurs de la 
partie de l'histoire naturelle qui concerne les poissons et s'appelle l'ich- 
lhyol«»gie, comme celle qui regarde Ihomme s'appelle l'anthropologie, 
étaient deux médecins du cardinal de Tournon (2). Césalpin, zoologiste 
et botaniste, le précurseur de Linné dans la voie de la classification, 
auteur notamment d'un livre sur les plantes, occupait une chaire médi- 
cale à Pise et était le médecin particulier du pape Clément (3). 

Les discussions galéniques eurent pour effet de lier plus étroitement 
l'anatomie humaine et l'anatomie comparée. On disséqua le singe, le 
chien et peu i\ peu tous les animaux p(Hir savoir les dilférences qu'ils 
présentent avec l'homme. Coiter disait : «< Les notions zoologiques sont 
les résultats plus ou moins accessoires des recherches comparées entre- 
prises pour élucider l'anatomie de l'homme (4j. » Marc-Aurèle Severinus 
de môme : « Il faut commencer en anatomie par disséquer les mammi- 
fères, passer ensuite à l'homme, puis étudier indistinctement tous les 
animaux (3). » La doctrine des correspondances d'organes d'un animal ;\ 
l'autre ou homologies devaient s'en dégager. Kn 1351 Pierre Belon le pre- 
mier entrait dans cette voie en plaçant en regard, à la première page de 
son livre sur les oiseaux, les squelettes d'un homme et d'un oiseau avec les 
parties analogues indiquées par un même nom, «afin, avait-il soin dédire, 
de faire apparoistre combien est grande l'affinité des uns et des autres ». 

(I) Conrad Gesncr, lîistona nnimnl.^ '.\ vol. Zurich, 1.').'. 1-1587. 

(î) (juillaum»' WondAai, Histoire des animaux aquatii/ues. Lyon, l.'»54. — Pierre Beloti, 
Histoire île l<i nature (tes oisenux. Paris, infulio, lô.')j. 

(3) André Césalpin, ï)e IHuntis, lib. \VI. KIoronce, 158.1. 

(4) Volclicr CoilJT, Erternarutu et interuarum prituipaltuin hutnatii corporis partium 
tahu/jt, etc. Nuremberg, I.'»T3. 

J> M-.\. Severinus, /uotomia Demoa'itxa^ eic. Nuremberg, lGi5. 



HISTORIQUE. — ED. TYSON. 23 

Après lui Volchcr Coilcr, motlant i\ exécution une partie des plans 
contins par son maître Fallope de tracer le parallèle complet de l'homme 
et du singe, décrit leur ostéologie comparée. Coiter a plus à inscrire à son 
dossier : le premier il étudia le développement de l'embryon sur le poulet, 
celui du squelette chez le fœtus humain et l'enfant comparés avec l'adulte 
en insistant sur les sutures du crâne, leur évolution et leur soudure. Pres- 
que en môme temps, Ambroise Paré compare les squelettes d'un homme, 
d'un mammifère et d'un oiseau. Enfin Riolan jeune, dans son Ostéogra- 
phie de rhonime, représente le squelette d'un singe ordinaire. 

La zoologie ne tarda pas à connaître les singes anthropoïdes : en 1631 
Bontius, mort à Batavia, signale l'orang de Bornéo; en 1640 Tulp apporte 
en Hollande un jeune chimpanzé d'Angola et en fait la description (1). 

La physiologie générale était également subordonnée à la médecine. 
Entrevue par Fabrice d'Aquapendente (1565-1619), elle naît avec Césalpin 
découvrant la circulation cardio-pulmonaire et s'affirme avec Harvey dé- 
montrant la grande circulation devant Charles II. 

A la tin du seizième siècle et au commencement du dix-septième, les 
progrès se multiplient. Le microscope entre en lice avec Lewenhoeck, 
jMalpighi et Swammerdan; l'art des injections atteint son apogée du pre- 
mier coup avec Iluysh. Chaque jour, de nouveaux horizons s'ouvrent, les 
médecins et naturalistes marchent vers la séparation, la division du tra- 
vail s'accentue, trois corps savants appelés à de hautes destinées se cons- 
tituent: la Société royale de Londres en 1662, l'Académie des sciences de 
Paris, en 1666, et l'Académie impériale Léopoldine-Garolinienne, peu 
après, en Allemagne. 

En même temps, comme pour marquer tout à fait que les sciences 
naturelles entrent dans une ère nouvelle, la notion d'espèce fait son ap- 
parition en Angleterre avec John Ray. 

Le dix-septième siècle finit et le dix-huitième commence par deux mé- 
moires du ressort direct de l'anthropologie zoologique, qui montrent le 
chemin parcouru. L'un en 1699 est d'Edouard Tyson^ et porte le titre sui- 
vant : « L Orang-outang ou Homo sylvest7ns ou anatomie d'un pigmée, 
comparée à celle d'un singe, d'un anthropoïde et de l'homme » (2). L'émo- 
tion qu'il causa à Londres et dans toute l'Europe fut vive. Nous aime- 
rions à en donner un aperçu, mais le parallèle est long, minutieux, et 
du reste reproduit dans ses parties principales, dans V Histoire iiaturelle 
de Buffon, que tout le monde a entre les mains. L'autre, en 1707, du 
chirurgien Garengeot, concerne l'anatomie comparée des systèmes mus- 
culaires du chien et de l'homme. 



(1) Tli.-H. Huxley, De la place de Vhomme dans ta nature, Irad. franc, par M. Daily. 
Paris, I8f)8. 

(2) Edw. Tyson, Orang oulang sive Homo sytvestris, or the Anatonny of a pygmee com- 
pared wiih ihat of a raonkey, an ape and man... wherein it will appear that Uiey are ail 
either apes or monkeys and not men as formerly pretended. In-4, London, IGOJ. 



...^ CllAl'lTMK PUr.MlKH. 

\^l•(^l..ns-nolls ;\ J«i.n ««,. le précurseur iiumc.liMl de Linné dans la 
voie (le la classillraliun, suu aine (luant à racceplicn du ni..t esp^ce. 

L'hiMiinie avant été exclu de sa classilicalion, nous n'avcns pas à parler 
de celle-ci; il en est autren»enl de la délinilion de Tespèce, (pu comprend 
à la fois les hommes, les anini;.MX et les plantes, et devint la p..nime de 
discorde des naturalistes s'occ.ipanl des auiinau.v s„péiieur> et :\ plus 
forte raison des anthropolo^istes. 

\ristote, au(iuel il nous faut revenir sur cette -rave (pieslion, >e servait 
de deux mots :vc'vo;,/7em/s, genre, et rToo;, Inruie, qu.' les Latins .-,,1 traduit 
par s/,ff les et m)us imr esprcr. 11 employait le premier avec une certaine 
facilité pcuir désigner les groupes d'une valeur plus ou moms grande, et le 
second pour ceux d'une valeur moindre, mais d'une étendue nulétermi- 
née Parfois nuMne il emplovait Lun pour l'autre ; <.n peut dire cependant 
qu'il entendait de préférence par espèce les individus qui s'unissent na- 
turellement entre eux {amis). 

Suivant F.-A. l»ouchet, Alfred le Grand aurait le premier conçu l espèce 
(lanslesensqu'on lui donne aujourd'hui. Suivant M. de Ouatrefages, Carus 
tlla plupart des naturalistes, c'est à Ray qu'appartient Lhonneur d'av.,,,- 
le premier dégagé sa signification vraie ou nécessaire. Pour lui, dans son 
I/i.toire des p'nntes. en lOSG, les plantes sont de môme espèce lors- 
qu'elles se repn.duisenlpar graines semblables i\ cUes-mftmes; parconsé- 
quent il les oppose i\ celles (lui se reproduisent par greffe, bouture, mar- 
cotte ; c'est la filiation qui est la caractéristique. Quant au genre, llay 

n'en parle pas (I). 

Plus lard, en 1700, Toumofori fait un pas de plus. Qu'est-ce i[uc 1 espèce, 
se demandi-t-il.' Il i.vail delini le genre, l'ensemble des plantes qui se 
ressemblent par leur structure. Il appelle espèce la collection de celles 
qui se distinguent par (luel.iue caractère particulier. Tournefort s'appuie 
d.)nc sur la ressemblance des individus entre eux, et llay sur leur généa- 
logie Bientôt nous verrons Linné ajouter une caractéristi.iue de plus, 
sinon deux, etlhifi'on une cinquième. Dès lors, la conception de l'espèce 
sera complète, telle (pie l'entend l'école orthodoxe. 

Avec le dix-huitième siècle l'anthropologie se dégage et entre dans sa 
période militante; confondue encore dans ses commencements avecla 
zoologie générale, elle s'en sépare définitiv-ment avant sa fin. J ai place 
le début de ma seconde période en l:>:m. lors.pie l'anatomiemoderne prit 
naissance; j'aurais pu choisir l'année 1 V.)l>, lors(iu'i\ la suite de Coh)mb 
s'ouvrit l'ère desgrauds voyages .pii allaient permettre de jeter un coup 
d'œil général sur toutes les races humaines ; je pourrais également le 
placera l'ouverture de ce dix-huitième siècle qui fut î\ la lois celui des 
encyclopédistes, de Linné, de Hullon, d.- Blnmenbacli. Linne est le 
premier nom qui s'cjlfre i\ nous. 

(l)Dc Quatrcfag.s : /V rinUr d, /V./.V. hnmnvv^. in ncvuc dos DouvMond.s, ISGU. 



HISTORIQUE. — LINNÉ. 25 

Clinrlcs «le I^inné appartenait à la Suède. 11 vécut de i707 ;\ 1778, et 
fut professeur ;\ Upsal et médecin. La liste de ses publications s'élève à 
225 indications bibliographiques dans \q Dictionnaire des sciences médicales, 
la majorité consacrée à la botanique. Dans Linné il y a deux hommes : 
le naturaliste strict, enchaîné î\ la méthode qu'il s'est tracée et faisant 
passer tous les objets soumis i\ son observation sous le même niveau ; 
et le croyant convaincu qui veut concilier les articles de foi avec 
ses observations scientiliques. L'un a rendu des services qui domi- 
nent l'esprit de parti; l'autre est resté le chef de l'école orthodoxe la 
plus radicale sur l'origine des espèces en général, et par conséquent de 
rhomme. 

Son œuvre magistrale, celle où il donne sa classification des êtres vi- 
vants et sa nomenclature, eslle S ?jste7na Naturœ, qui de son vivant eut douze 
éditions, dont cinq revues par lui : la première en 1735; la deuxième en 
1740 ; la sixième en 17i8; la dixième en 1758 et la douzième en 17G0. 
La dixième répond à la pleine maturité des idées qu'il représente devant 
la postérité et qui ne furent un peu ébranlées qu'après. 

Ce sera son éternel titre de gloire. Les descriptions des plantes et 
d'animaux apportés de toutes les parties du globe encombraient la 
science. Il fallait les classer à tout prLx et leur donner des dénominations 
courtes, fixes, dans une langue comprise de tous. Beaucoup avaientessayé 
déji\ partiellement, aucun n'avait réussi d'une façon décisive et com- 
plète. 

Les dénominations surtout, empruntées le plus souvent à la langue 
vulgaire ou remplacées par une sorte de sommaire descriptif, étaient li- 
vrées à l'anarchie et auraient suffi pour arrêter l'essor de la science. 
Linné, jeune encore, se mit à l'œuvre. Disposant par catégorie d'ordres 
divers tous les groupes proposés plus ou moins légitimes, il s'évertue à 
trouver à chacun un caractère unique le distinguant des groupes voisins 
analogues. Prenant ensuite les groupes inclus d'ordre moindre, il procède 
de même, cherchant encore non le caractère le plus vrai, le plus logique, 
mais le plus décisif, le plus commode, celui ne comportant aucune excep- 
tion. Ce travail de patience, qui exigeait une très grande sagacité, il le pour- 
suivit dans les trois règnes, distribuant à mesure tous les êtres par classes, 
ordres, genres et espèces, de telle sorte qu'étant donnée une espèce quel- 
conque, on puisse à l'instant en retrouver la case, dans tel ou tel rayon, à 
telle ou telle hauteur. 

Cette méthode a été appelée dichotomique y parce qu'après avoir réparti 
les groupes suivant un caractère, on en prend un second qu'on épuise, un 
troisième, et ainsi de suite en divisant ou subdivisant; ou systématique, 
par opposition à la méthode dite naturelle, parce qu'on y cherche un 
procédé mnémotechtenique plus qu'une constatation des affinités 
réelles. 

Le complément de cette opération était la nomenclature des classes, 



20 CIIAIMTKK PllKMIKH. 

lies ordres, et surloiit di* deux tenues inlerieiirs de la séiii' hiérarchique, 
le genre et l'espt'ee. 

A eet ellet, Liuué imagiua deux noms en hiliu ahii «jue le» uaturalistes 
de tous les pays pussent les aceepler, conipaiables au douhle nom que 
ehaeuu de nous possède, Tuu rauaK)gue de notre nom de famille répon- 
dant au genre, l'autre celui de notre nom patronymi(iue répondant à 
l'espèce. Le blé ordinaire, par exemple, porte le double nom de Iriticum 
saticutn, blé cultivé, comme il eùl dit de lui-même Liniu! Charlfs. Telle est 
la nomenclature binaire cpii lui innnediatemcnl acce[)lée [)ar tous et s'est 
perpétuée juscju'à nous. 

Par h\, Linné a rendu un seivice inc^ilculable. Sans ce classement 
propre à faciliter les recherches, sans ces dénominations précises, l'his- 
toire naturelle était menacée de s'enrayer par excès de richesses. Les 
espèces se comptaient déjà par centaines de mille, dit Isidore (ieoffroy- 
Saint-llilaire. 

(]es explications étaient nécessaires. Llles font comprendre toute l'in- 
justice des attaques qu'eut à subir la méthode de classification dont 
Linné est resté le représentant, par les savants les plus considérables de 
son propre temps. 

Un objecta, entre autres, à cette classification de n'être (pTun range 
ment d'objetsde la façon la plus commode, de même que dans une bibli- 
thèque on classe les livres d'après leur format, leur reliure, leur couleur, 
et non d'après les idées générales qu'ils renferment. H y a quelque chose 
de fondé dans cet ai'gument. Mais Linné ne le récusait pas, il savait fort 
bien que sa classification n'était qu'un premier essai, modifiable, perfec- 
tible, et que les relations de parenté, réelles entre les espèces, sont l'ob- 
jectif ultime de toutes les classifications. Tout en choisissant les caractères 
les plus appr(jpriés pour permettre des divisions dichotomiques, il ne 
perdait pas de vue ces relations, et s'efforçait d'obéir à leurs indications. 
Il était si bien partisan d'un autre genre plus avancé de classification, que 
le premier il publia dans ses Fraf/menta mct/io'li uatut-a/is un travail sur la 
manière de classer d'une fac'on naturelle les végétaux. Son seul tort peut- 
être est d'avoir appelé son rau'^emenl une classification. Ce n'est en effet 
(ju'un catalogue, mais raisonné et appr(j(hant le plus près possible alors 
d'une classification i)ar parenté, sans perdre de vue l'indication immédiate 
et urgente à remplir: faciliter l'étude. 

Si Linné a été attacjué pour sa classification, il l'a été bien davantage 
pour y avoir donné place î\ l'homme, et avoir ainsi repris l'idée d'Aiistote 
et de Galien au point où le christianisme l'avait laissée. 

Cette classification est ainsi conçue pour la {)artie qui nous intéresse : 
Dans les neuf premières éditions du St/stema natmw, les animau.x se par- 
tagent en six classes, les quadrupèdes formant la première et se répar- 
ti^sant en cinq ordres, le premier constitué par les anthropomorphes. 
Dans la dixième, le mot de quadrupèdes est remplacé par celui de matn- 



HISTORIQUE. — LINNÉ. 27 

mifères, qui se divisent cette fois ea sept classes, et lo mot d'anthropo- 
morphes par celui de primates. Voici hi distribution de ces derniers sous 
forme de tableau : 

ORDRE DES PRIMATES (Linné). 

(H. Férus (sauvage), 
u Americanus. 
(( Europœus. 
1 u Asiaticus. 
1° Homo ) f '' ^^sser (Nègre). 

\ u Moiîstruosus (anormal). 
Sylvestris ou Troglodytes : Orang, etc. 
2'' Simia : Singes. 
3° Lemurs. 
4° Vesperlilio (Chauves-souris). 

En négligeant les lémurs et les chauves-souris, dont la place parmi 
les primates ne s'explique ici que par le système de classification em- 
ployé par Linné, ce tableau est conforme aux idées professées par Broca 
à l'École d'anthropologie pendant cinq ans. Yoici du reste le tableau 
auquel les recherches de mon vénéré maître le conduisaient, et qu'il eût 
inévitablement publié s'il avait vécu : 

ORDRE DES PRIMATES (BrOCa) . 

in 4 il 1 i -^- Homme. 

1° Anthropomorphes .! _, , ,, ... 

^ '■ ( B. Anthropoïde. 



2° Singes 



^ A. Pithéciens ou singes de l'ancien continent. 
( B. Cébiens ou singes du nouvean continent. 



Ce rapprochement m'épargne tout commentaire. Pour Linné comme 
pour Broca, le troglodyte ou anthropoïde est, au point de vue morpho- 
logique, plus rapproché de l'homme que des singes véritables. Insistons 
sur la pensée de Linné. 

« Je ne puis découvrir, dit-il, de différence entre l'homme et le troglo- 
dyte, quoique toute mon attention ait porté sur ce point, à moins de 
prendre des caractères incertains (1) ». Et pourtant il ne méconnaît nul- 
lement l'importance du volume du cerveau, de la station bipède et de la 
parole comme caractères humains, ni du blastème à la mâchoire supé- 
rieure, de la membrane clignotante, de la longueur des mains, etc., comme 
caractères simiens. 

« Jusqu'à présent, répète-t-il ailleurs, je n'ai pas réussi, comme natu- 
raliste et en me conformant aux règles, à découvrir de caractère distin- 
guant l'homme des grands singes, car il y en a parmi ceux-ci qui sont 

(1) System. Satwx, 10* édit., en note. 



28 CllAPITIlE PRKMIKR. 

moins i)il(Mix qnr l'hoinnu', so liiMiiu'iit verticalomont, vont sur deux 
pieds, et rappellent l'espèce hiiinaiiie par leurs pieds et leiiis mains, au 
point que les voyageurs moins éclairés les prennent poui- une sorte 
d'innnme... Mais il y a ehe/. l'homme (luelque chose (ju'on ne voit pas, 
d'oii lésulle la connaissance de nous-mc^me et (|ui est la raison. La Pro- 
vidence a doiiiir à (li.Kiiic animal un moyen (ralta(iuc ou de défense; à 
riiomme nu, ilépourvu de toute protection et nayant (jue deux pieds 
pour se soutenir, elle a fait don d'une seule propriété : la raison (!). » 
P. Il" là elle a tait nu saiil immense en sa faveur. 

«< Lorsque nous soumettons, dit-il enlin, le coi'ps humain au scalpel de 
l'anatitmiste alin de trcniver dans la structure de ses organes internes 
quelque chose qui ne se rencontre pas dans les aut7'es aniinaux, nous 
sommes ohligés de reconnaître la vanité de nos recherches. Il faut donc 
nécessairement rapporter notre prérogative fi (jnehiue chose d'absolu- 
ment immatériel que le Créateur n'a (hjiiné (ju'à l'homme, et (jui est 
l'Ame \-2). » 

D'où le nom iV/iai/in sfifjiens (ju'il lui donne par opposition à Vhomo .s///- 
vestris ou singe troglodyte. Dans ses premières éditions, Linné à la suite 
de l'homme se bornait en guise de description à ajouter : Xosce te i/tsum. 
Dans la dixième, cette description existe et môme assez longue et cu- 
rieuse. Elle est suivie d'une description parallèle non moins curieuse 
de son troglodyte qu'il confond avec l'oraug. 

Les divisions de Yhomn sapiens de Linné sont au nombre de six, mais 
se réduisent en réalité h quatre. Deux correspondent en effet à Vliomme 
paradoxal des éditions antérieures, qu'il mettait hors cadre : le ferus^ dans 
lequel sont compris ces hommes ou femmes rencontrés parfois, de son 
temps, dans les forôts où ils vivaient i\ la façon des bètes sauvages, et le 
77îfiutnti)>its (jui concernait les anomalies de tous genres: les nains et 
géants, les hommes h tête difl'orme artificiellement, les monorchides, etc. 

Ces fjuatre divisions sont : l'Luropéen , l'Améi'icain, l'Asiatique et 
l'Africain {asser, indi(iuant la condition servilej, qu'il caractéri>e comme 
il suit : 

Ainrrira'ni : TOUX [ru fus) ^ bilieux, droit; cheveux noirs, droits, gros; 
narines amples; visage tacheté, mentcju presque imberbe; entêté, gai : 
erre en liberté ; se peint des lignes courbes rouges; est régi par des cou- 
tumes. 

Européen : blanc, sanguin, ardent; clievrux blonds, abondants; yeux 
bleus; léger, fin, ingénieux ; porto des vêtements étroits ; est régi par des 
lois. 

Asiatique: basané (///?<'/;/.v, glabre, mélancolifjue, grave; cheveux fon- 
cés; yeux roux; sévère, fastueux, avare; porte des vôtement> larges; est 
régi par l'opinion. 

(1) ï»rôfacn de Fauna Suecirn^ in-S". Lu^d. Bat., 17 1<;. 

(2) Préface de Muséum régis Adolphi FriilericL Upsal, I.Ti. 



HISTORIQUE. — LINNÉ. 29 

Africain (asscr) : noir, indolent, de mœurs dissolues ; cheveux noirs, 
crépus; peau huileuse; nez sin)ien; lèvres grosses; femmes ont le repli 
do la pudeur, des mamelles pendantes; vagabond, paresseux, négligent; 
s'enduit de graisse; est régi par l'arbitraire. 

Linné réunit donc plusieurs caractères d'ordres divers pour peindre 
chacune des races humaines, comme il a fait dans son parallèle de 
l'homme et du troglodyte. Il avait donc le sens de la méthode que 
Jussieu allait bientôt mettre en vogue, et s'il ne l'a pas employée dans les 
divisions supérieures de son Sijstema naturx, c'est qu'elle ne répondait 
pas à son but. Voici un autre exemple qui intéresse particulièrement 
l'anthropologiste, et moins connu, de sa façon d'entendre la description 
des races humaines, mais cette fois de races non générales. Il est dans 
la préface de sa Faune de Suède^ publiée en i746. Je copie textuellement : 

« CLASSE L — QUADRUPÈDES. 

ANTHROPOMOnPHES. — l'hOMME 

1. Les hommes qui habitent la Suède sont : 

a. Les Goths, de haute taille, aux cheveux blancs et droits, à l'iris d'un 
bleu cendré; 

|i. Les Finnois, bien musclés, aux cheveux longs et jaunâtres, l'iris 
foncé ; 

y. Les Lapons, au corps grêle et petit, aux cheveux noirs, droits et 
courts, l'iris de l'œil noirâtre ; 

ô. Divers croisements de a et (â et les immigrés en Suède comme on en 
voit par toute l'Europe. » 

N'est-ce point là de la méthode naturelle, c'est-à-dire la caractérisation 
d'un groupe par plusieurs de ses traits les plus frappants? 

Tant que Linné se maintient sur le terrain de l'observation des objets 
et reste fidèle à sa nature éminemment analytique, il mérite tous les 
éloges. Mais dès qu'il s'élève à des considérations générales, et cherche 
l'origine et l'enchaînement des choses, l'homme de foi perce. « Rien de ce 
que Dieu a créé ne se détruit, dit-il ; il ne se crée plus d'espèces, il ne 
s'en est jamais éteint. Tout se tient, les plantes ont été créées pour les 
animaux, et ne peuvent à leur tour vivre sans eux. Le monde périrait 
s'il venait à manquer une espèce à l'harmonie universelle. » C'est la doc- 
trine des finalistes remontant à (lalien, dans son livre de VUsage des 
parties. Mais laissons la parole à Linné. 

« Lorsqu'on examine les œuvres de Dieu, il est évident que tout ce qui 
a vie se reproduit par un œuf, et que tout œuf produit un être exacte- 
ment semblable à ses parents... Les individus vont en augmentant de 
nombre par la génération, il y a donc plus d'individus de chaque espèce 



3(1 CIIAIMTRI': PHKMIEH. 

aujoiinrhiii (in'à roriginc... Si l'on se reporlf cii arrière et (ju'on remonte 
la >rrie an('e>lrale des iiuliviilus toujours seinbl.ililes entre eux, ou arrive 
au point (le départ, ;\ un auc(>tii' uuifjue, heruiaphrodite coiuiue chez la 
plupart de> plantes, ou double, bisexui*, coiuiue il est de règle chez les ani- 
maux [[]. » 

» La raison nous apprend qu'au commencement des choses un seuleouple 
a été créé de cha([ue espèce d'ôtres vivants. L'espèce et le genre sont tou- 
jours l'ieuvre de la nature {lisez de Dieu); les variétés sont Tceuvie de l'art 
[lisez du teuip^;, les classes et le> oi-dres, l'd'uvre de la nature et de l'art 
réunis 2 . » 

« Nous croyons, sur le témoignage divin, (jue Dieu a créé un seul couple 
huMiaiu : uu Iminine et une femme. Je ne pense pas être loin de la vérité 
en disant (jue la terre entière, dans l'enfance du monde, fut inondée, à 
l'exception, lians cette immense mer, d'une seule île dans lacjuelle tous 
les animaux et toutes les plantes pouvaient vivre à l'air, prospérer et s'ac- 
croître. Kn se représentant le Paradis sous l'équateur, on comprend aisé- 
ment (jue les choses se soient passées ainsi, si (juelque haute montagne 
s'élevait au-dessus de la plaine, d 

«Les individus ne s'unissent (|u'entre eux dans le sein de l'espèce, et 
enfreignent larement cette loi ens'unissant à d'autres espèces.... Des hy- 
brides se produisent quelquefois, par exemple le mulet et le canari. Mais 
dans cette voie môme on ne saurait transgresser les étonnants desseins de 
Dieu, ces hybrides sont stériles (3). » 

Linné, en somme, est rigoureusement chrétien, il accepte le dogme :\ 
la lettre. L'espèce, pour lui, c'est la suite des individus issus par multi- 
plication d'un premier couple sauvé des eaux aprCjs le déluge universel. 
Lamarck, ciuiiuante ans après, a résumé le reste de la doctrine (|ui en 
découle dans les termes suivants: 

« La nature (ou son auteur), en créant les animaux, a prévu toutes les 
Sortes possibles de circonstances dnns lesquelles ils auraient ii vivre, et a 
donné à chaque espèce une organisation constante, ainsi qu'une forme 
déterminée et invariable dans ses parties, qui force chaque espèce à vivre 
dans les lieux et les climats où on les trouve, et à y conserveries liabi- 
tudes (ju'on lui connaît fi . » 

VA (('Pendant à plusieurs reprises des doutes surgirent dans l'esprit 
ilu nal^l•ali^te suédois. L'espèce avait-elle bien l'unité ({u'il croyait, et 
n'étail-elle pas le produit de diverses circonstances? N'est-ce pas seule- 

I) Si/stnnii Solnr.r. Les neuf preiuièrcs éditions, itassim. Nous extrayons uno bonno 
partie de nos riiaiions d^'^ précieuses traductions des Œuvres de Linné pubiiéfs par 
M. T. BendysliM, dat)s les Mémoires de la Société d'aniliropologic de Londres, sous le titre 
i\'Anlhr(tpolo'jie de Linné, vol. I, |«(;:i-6'i, pages 421-4.i8. 

>Vj Fun 'amenf'i fjolanira, l'.W,. 

(3) planta hyhvidir, (Jpsal, 17(j|, in Amœn. Acad., ill. 

[K] Lamarck, l'fulosoi>hic zuoloiji(fur, édition par Cliarles .Mariins. l'aris, IST.'I, *2 vol. 
p. 203, t. 1. 



HISTORIQUE. — LINNE. 3i 

inenlle genre (jne Dieu aurait créé? La dénomination de genre qu'il donne 
à riionime s'expliquerait ainsi. 

Par exemple, en 17 44, à propos d'une plante, la Peloria, il écrit, 
u que des espèces nouvelles et môme des genres nouveaux puissent prendre 
naissance dans le règne végétal semble un paradoxe, et pourtant l'ob- 
servation montre qu'il en est parfois ainsi. De nombreuses variétés 
s'observent dans beaucoup d'espèces si l'on y fait attention.» En 1759, 
nouveau doute à propos d'autres plantes. « Quoique les hybrides 
soient souvent stériles, dit-il, dans le règne végétal comme dans le 
règne animal, ce n est pas un fait constant; il y a des exceptions, et un 
jour peut-être les botanistes prendront pour règle que les espèces sont 
les congénères issus d'une même souche. » En 1760, il revient sur cette 
idée : « J'ai vu moi-même quatre véritables espèces de plantes hybrides se 
produire de mon temps. Il n'y a aucun doute que ce ne fussent des espè- 
ces nouvelles produites par générations hybrides. Il semble en résulter 
que beaucoup d'espèces appartenant à un même genre n'ont constitué à 
l'origine qu'une même plante et se sont produites depuis par hybridité. » 
Et encore en 1762: « Au commencement des choses, le nombre des genres 
répondait au nombre des individus ; la fécondation s'étant opérée entre 
individus de genres différents, les espèces ont pris naissance. » 

La pensée de Linné est merveilleusement exprimée; nous la retrouve- 
rons formulée dans Buffon. Mais parfois il est comme effrayé de ses har- 
diesses: «Je ne donne pas, dit-il en 1744, ces choses comme démontrées, 
mais comme problématiques, afin que les investigateurs se portent sur 

elles J'ai longtemps nourri le soupçon, ajoute-t-il en 1762, et je n'ose 

le présenter que comme une hypothèse, que toutes les espèces d'un même 
genre n'ont constitué à l'origine qu'une même espèce qui s'est diversifiée 
par voie d'hybridité. Il n'est pas douteux que ce ne soit une des préoccu- 
pations de l'avenir, et que de nombreuses expériences ne soient instituées 
pour convertir cette hypothèse en un axiome établissant que les espèces 
sont l'œuvre du temps. » C'était une prophétie. 

Gérard, dans son Dictionnaire d'histoii^e naturelle en 1844, M. de Qua- 
trefages dans le journal la Science en 1856(1), et Isidore G. Saint-Hilaire 
dans son Histoire naturelle générale en 1869, ont pris note de ces défail- 
lances de Linné, pour le moins dans la période de 1759 à 1762. Linné 
aurait le premier ébranlé de ses propres mains sa notion orthodoxe de 
l'espèce. 

M. Bendyshe soutient cependant que Linné revint à ses idées anté- 
rieures, et s'appuie sur un discours prononcé par lui dans un temple 
d'Upsal en 1772 : « La loi fondamentale de la Nature, dit-il, c'est que toute 
espèce créée est conservée, car, suivant l'Écriture, rien de ce que Dieu a 
fait ne périt. » Et Linné de s'écrier avec David : 

(1 M. de Quatrefages, dans son travail sur les Précurseurs de Darici?i, paru en 18G'J 
dans la Revue des Deux-Mondes, ne dit rien à nouveau de ces hésitations. 



32 CHAPITRE PREMIKH. 

(J Jehuvaf (juam ampla sunt tua ojiera (I i 1 

Dans les circunslances où elles ont été piuiiuncées, ces paroles nOnt 
qn'une médiocre portée. Klles n'ellacentpas les passages précis qui précè- 
dent. Non' Linné à la tin de ses jours ne devait plus avoir les idées qu'il 
avait professées avant l'ùge de 50 ans et (ju'il représente devant la posté- 
rité : la doclrinc di' l'cspcce iiiic, iinuiiiahle, cvcvc par Dieu. 



(.ii\nTi;i: ii 

Il ISToU Kjr K SI ITE) 

liutTou. le foiidaicur de l'Iiistuire iialurfllc de l'iioiuine, lo précurseur de Lainarck. 

Sa notion d»* race. 

L'iiiipuI>>ioii donnée par Linné à rensenil)le des sciences naturelles 
dans K' sens de la description méthodique et de la classification des espè- 
ces était dans toute sa force, lorscpie, entre la septième et la huitième édi- 
tion du Sj/slenia yatiu'w, se produisit un événement considéraljJe qui allait 
comnnini(iuer il l'histoire naturelle un mouvement tout différent, plus 
lar^'e et surtout plus philosophi(iue : l'apparition du premier volume de 
Vliistoivi; tintunlle des nn'uncuu: do Hufl'on. 

L'école dont Linné l'ut le cliel" mérite le nom d'Lcole des faits ou mor- 
pholof^iijue, elle a produit IJiunienhach et (àivier. Elle s'attache aux orga- 
nes, aux individus, à la dt'limilation des espèces, à la classification en 
familles cl ne va guère au delà. Celle donl BuU'on fut le promoteur, etcjui 
eut un retentissement immédiat en Allemagne comme en Angleterre et 
en France, mérite le nom d'Iv:ole des idées ou philosophi(iue. Elle a 
engendré Lamarck, GeoflVoy Saint-llilairc, Gœthe et Darwin. Des orga- 
nes, elle s'élève rapidement aux fonctions, aux conditions extérieures 
d'existence, aux relations générales des êtres vivants les uns avec les 
autres ; de la classification elle s'élève à l'harmonie universelle de la 
nature et aux causes médiates et immédiates de cette harmonie. 

liullon est l'instigateur initial de ce vaste mouvement (jui, aj)rès diver- 
ses alternatives, a ahouti à celui dont nous sommes aujourd'hui les 
témoins et (pii emhrasse toutes les sciences à la fois. Buffon , en lais- 
sant de côté .Viistote qui a cinehiue droit éloigné fi ce titre, est le fon- 
dateur enfin de l'anthropologie. Depuis Aiistote, en effet, aucun nom ne 
s'est présenté à nous cjui mérite réj)ilhète d'anthropologiste; après Buf- 
fon ils seront nomhreux. Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle et au delà, 
la grande figure du naluialiste franc;ais peut être comparée à l'astre 
échauffant de ses rayons toutes les parties de la science et y faisant éclore 

I) Ueiic.T i\atu>^. (Jratio rccitata :n imiplu cat/i. Ipsal, 177?. 



HISTORIQUE. — BUFFON. 33 

les fleurs elles fruits. Ou s'inspire de ses descriptions, de ses méthodes, de 
ses idées. C'est le chef dont se réclament les monogénistes jusque dans 
ces derniers temps, c'est celui que doivent invoquer aujourd'hui les 
transformistes. A ces divers titres nous devons insister sur les idées de 
Bullbn. 

Notre grand naturaliste naquit ii Dijon, en 1707, la môme année que son 
rival Linné, et mourut en 1788. A 26 ans, il fut élu memhre de l'Aca- 
démie des sciences, n'ayant encore écrit que sur la physique et la géomé- 
trie. A 32 ans, il était nommé intendant du jardin du roi ou Jardin des 
plantes médicinales. A partir de ce moment il dirige toute son attention 
sur l'histoire naturelle. Dix ans après commence la publication de son 
Histoire naturelle générale et particulière des animaux^ avec l'assistance de 
Daubenton et dans l'ordre suivant : 

1° En 1749, les trois premiers volumes sur la Méthode en histoire natu- 
relle, la Théorie de la terre eiV Homme. 

2" De 1753 à 1707, les volumes sur les Quadrupèdes. 

3° En 1778, les Époques de la Nature. 

4° De 1770 à 1783, V Histoire des oiseaux. 

5° De 1774 à 1789, le Supplément. 

Les jugements les plus contradictoires et les moins impartiaux ont été 
portés sur Buffon. De son propre temps, on a dit qu'il avait détourné 
l'histoire naturelle de sa véritable voie et retardé ses progrès. Il a été 
accusé d'inconstance, ne sachant pas se fixer ou dire toute sa pensée. 
Quelques-uns n'ont rendu justice qu'à son Histoire des quadrupèdes.^ 
comme Guvier. Le grand nombre, comme Camper, Goethe, Etienne 
et Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, l'ont considéré comme le plus grand 
naturaliste des temps modernes, l'Aristote français. Le public, lui, 
n'hésita pas ; dans V Histoire naturelle des animaux il sentit un souffle 
nouveau, vit un pressentiment de l'avenir. La libre pensée était dans 
l'air, 89 approchait; l'œuvre de Buffon, comme V Encyclopédie, Voltaire, 
Rousseau et Bongainville, contribua à la Révolution française. 

Cependant Buffon se renfermait dans son sujet, il était homme du 
monde, grand seigneur; sa propre définition : k Le style, c'est l'homme », 
le caractérisait ; il n'éprouvait aucun besoin d'entrer en guerre avec la 
société. Une aventure lui arriva dès la publication de ses premiers livres 
d'histoire naturelle qui contribua sans doute à le rendre circonspect. 

La première série de son Histoire naturelle avait paru, la partie concer- 
nant l'histoire de la terre avait spécialement été remarquée lorsque, le 
15 janvier 1751, l'éminent naturaliste du Muséum et membre de l'Institut 
reçut de MM. les syndics, et députés de la Faculté de théologie l'avis que 
son livre avait été livré à la censure, « comme renfermant des principes 
et des maximes qui ne sont pas conformes à ceux de la Religion », et que 
les propositions qu'il renfermait ((avaient été jugées répréhensibles» et 
devaient être retirées. Sans mot dire, Buffon, le 12 mars, comme Galilée, 

ToPiNARD. — Autliropologie. 3 



3* niMMTiu: II. 

se rétrai'la ! I . ('crtes. il cùl tir plus iKihli' de ré>isler, mais re n'rtait 
pas ilaiis son raradîMo. 

Li'N jiMiiil^, principaux à passer en rt-vuc dans I'umim-l' de liuIVun scjnl 
les suivanls: 

!,. L'espèce, son exi>t(Mi('e et ses variations : 

2" Le système général de la nature et en paiticulier du rèi,'ne animal ; 

3** Les classifications et la nomenclature ; 

4" Les rapports entre l'humme et les animaux; 

5" Les races humaines. 

L'espèce, suivant lUilIon, est une succession d'individus semblables 
qui se perpétuent ; elle descend d'un prototype dcjutlemoule se conserve. 
Des variations notables se produisent dans son sein, lesquelles, persis- 
tantes, portent le nom de races. La conservation en est sauvegardée par 
la fécondité des unions entre individus de môme espèce, tandis (jue les 
unions entre inilividus d'espèces différentes sont directement ou indirec- 
tement stériles. 

Heprenons les éléments de cet ensemble. 

BufTon commence sa publication, en 1741), par un discours prélimi- 
naire sur la manière d'étudier et de traiter l'histoire naturelle. nuoi(|u'il 
y parle des classifications, des classes, des ordres et des genres, il n'y dit 
rien de l'espèce. Ce n'est (|ue plus tard, après avoir terminé ce (pii con- 
cerne la terre et avant de commencer l'histoire particulière de l'homme, 
qu'il aborde cette grave question dans ses généralités sur l'histoire des 
animaux, piemier chapitre, ou « De la compar;iison des animaux et des 
végétaux», chapitre assez court du reste. 

«Ce n'est pas dans l'individu, s'éciie-t-il, (ju'est la plus ^M'ande merveille 
de la nature, c'est dans la succession, dans le ri'uouvellement et dans la 
durée des espèces (2). » 

(I) Voici uu ou (l»ux passafïcs de ccltfTCtractalion, les liait autres sont dans le même goùl. 
♦- Héponse de M. d.- Huffon à MM. les Députés et Syndics de la Faculté do théologie. 

« Je déclare : 

' I ' Que je liai eu aucune intention de contredire le texte de ll^criiuro; f|ue je crois très 
forju»'uieiit tout ce «jui est rapporté sur la création, soit pour l'ordre des temps, soit pour 
les circonstances dos faits ; et quf j'abandonne co qui. dans mon livrr, r^Rarde la formation 
de la terre, et en ^encrai tout ce «jui pourrait être contraire à la narration de .Moïse, n'ayant 
présenté mon hypothèse sur la formation des planètes (jue comme une pure supposition 
philosopliiquc ; 

u T Oue l<'8 ol)j- ts de notre foi sont très certains, sans être évidents, et (|uc Dieu qui l< s 
a révélés »'t que la raison mime majiprend m; pouvoir me tromper, m'en garantit la vérité 
et la certitude; rjur ces objets sont pour moi des vérités de premier ordre, soit (pi'ils 
regardent le dopmo, soit qu'ils regardi'iit la pratique dans la morale; ««rdr»- de vérités dont 
j'ai dit cxpr«'h8éiiiont «jue je ne parlerais point, parce <|UC mon sujet ih* le demandait pas. 

» Signé : Ut kko.n. » 

'•2 Histoire uoturrilr g»'nérale et partimlière des animinii, par M. de Huffon. Paris. lICî), 
13 vol. in-I?; imprimerie Hoyale, éditeur Panckourke; volume III, p. '\. 

J'ai entre les mains deux ('diiions des u'uvrt's de Uuiïun. (lelle-ci dabord, dans laquelle 
les articles sont disposés dans Tordre où ils ont paru, et qui est du temps; et une; autre, 
plus belle, grand in- 8, imprimée à Taris, en ISOi, en dix volumes, dans laquelle les 



HISTORIQUE. — BUFFON. 35 

« On doit regarder comme la môme espèce celle qui, au moyen de la 
copulation, se perpétue et conserve la similitude de cette espèce, et 
comme des espèces différentes, celles qui, par les mêmes moyens, ne 
peuvent rien produire ensemble. Le renard et le chien sont d'espèces dif- 
férentes, parce que de leur copulation il ne résulte rien; mais quand 
môme il en résulterait un animal mi-parti, une espèce de mulet, comme 
ce mulet ne produirait pas, cela suffirait pour établir que le renard et le 
chien ne sont pas de la même espèce (l). » 

Il est diflicile d'être plus clair. L'espèce est une similitude perpétuée. 
Mais varie-t-elle, ou, comme le voulait Linné, est-elle immuable? Il n'en 
est pas question. Les deux caractères hors cause, de ressemblance et de 
succession, étant mis à part, le seul restant, celui qui préside à la perpé- 
tuation et assure la similitude, c'est la fécondité dans le sein de l'espèce. 
Mais il ne le donne pas comme un critérium; ce n'est qu'un moyen appli- 
cable aux animaux et même qu'une hypothèse à vérifier. « Nous avons 
supposé que pour constituer une espèce, il fallait une production conti- 
nue, perpétuelle, invariable.» Cette hypothèse, concernant le règne 
animal, la ressource en fait défaut dans le règne végétal, parce que « la 
production des plantes s'y fait de plusieurs autres façons, où les sexes 
n'ont point de part; et ce n'est que sur une analogie mal entendue qu'on 
a prétendu que cette méthode sexuelle devait nous faire distinguer toutes 
les espèces différentes de plantes (2). » 

Telle est ce qu'on a appelé la première manière de Buffon, celle oii il 
aurait considéré l'espèce comme immuable et invariable. Mais il ne 
touche pas à cette question, il ne s'y engage pas. Il est visible qu'il cherche 
encore et n'est pas tixé. Peut-on lui en faire un crime, lorsqu'on sait que 
les expériences qu'il avait commencées en vue d'élucider la question du 
critérium de l'espèce par la fécondité, n'étaient pas terminées au jour 
de sa mort, et que sa célèbre expérience du croisement entre le loup et 
le chien en est restée à sa quatrième génération. 

La seconde fois que Buffon aborde la question de l'espèce, c'est en 
1753, dans le volume des Animaux domestiques, chapitre de l'Ane. Celte 
fois, rien n'est laissé dans l'ombre. 

« Il y a dans la nature, dit-il, unprototype général dans chaque espèce, 
sur lequel chaque individu est modelé, mais qui semble en se réalisant 
s'altérer ou se perfectionner par les circonstances ; en sorte que, relative- 
ment à de certaines qualités, il y a une variation, bizarre sous certaine 
apparence, dans la succession des individus et, en même temps, une 

malières sont disposées dans l'ordre logique. Les Époques de la Nature, l'une des publica- 
tions les plus tardives de Buffon, parue en 1778, se trouvent dans le cinquième volume d'^ 
celle-ci ; tandis cjue les Généralilés, où est la première définition de l'espèce et qui ont para 
en 17.j i, se trouvent dans le dixième volume. C'est à la première de ces cdiiions que je 
donne la préférence et à laquelle je renverrai le plus souvent. 

(Ij lôid., vol. 111, p. 15-lG. 

(2) Ibid., vol. III, p. lô-lG. Voir aussi p. 25. 



3Ù CllAPlTHi: II. 

constance (|ui j);iiail adiiiirahU* dans re>pL'ce cnlii-rt'. >- Soit le prenùer 
cheval, le modèle de tous ceux (|ui >e st)nt formée depuis, ilc modèle « a 
pu s'altérer ou se perfectionner en ((tuimuniciuant sa Inrme et se multi- 
pliant : l'empreinte originaire subsisle en S(jn entier dans chaciue indi- 
vidu; mais, (iuoi(iu'il y en ait de^ millions, aucun de ces individus n'est 
cependant semblable en tout à un autie iiulividu ni, j)ar conséciuent, au 
modèle dont il porte l'empi-einte 1). » La nature nuance ainsi son ouvrage 
dans l'opèce humaine, les animaux, les végétaux, en un mot dans tous 
les êtres qui se reproduisent. Les climats et l'action de l'homme sont les 
causes de ces variétés et font ainsi dégénérer Iç prototype ; pour y re- 
médier, il faut relever celui-ci en le mettant en présence de races étran- 
gères (^). 

Ceci conduit à la doctrine des unions consanguines nuisibles. (Juant fi 
la notion de l'espèce, elle ne diffère de celle énoncée quatre ans aupara- 
vant que par les développements api)ortés en un point sur lequel l'auteui 
ne s'était pas expliqué. 

Les individus, avait-il dit, se reproduisent semblables à eux-mômes. 
Oui, ajoute-t-il à présent, semblables, mais dans telle et telle mesure, 
c'est-à-dire en donnant des variations par dégénération (c'est-ii-dire par 
déviation du type primitif sous l'inlluence des milieux). Ce n'est pas une 
nouvelle idée. La preuve, c'est qu'en décrivant précédemment les races 
humaines, il les avait intitulées : Des variétés humaines. 

Mais dans quelles limites cette variabilité est-elle contenue? Plus loin 
et par deux fois Ikilfon pose en principe ({ue les caractères morphologiques 
iont inférieurs, pour déterminer l'espèce, au caractère physiologique tiré 
de la reproduction. <( La comparaison du nombre et de la ressemblance 
des individus n'est (lu'une idée accesscjire.... C'est la succession constante 
et le renouvellement non interrompu de ces individus qui constituent 
l'espèce.... L'espèce est un mot abstrait et général dont la chose n'existe 
qu'en considérant la nature dans la succession des temps (3;.» 

Et pouiquoi insiste-t-il autant sur l'idée généalogiciue? C'est que la 
variabilité des caractères enlève à ceux-ci leur valeur. «Uuoiqu'on ne 
puisse pas démontrer que la production d'une espèce par la dégénéra- 
tion (milieu) soit une chose impossible à la nature, le nombre; des 
probabilités contiaires est si énorme, que philosophiquem<nt même 
on n'en peut guère douter. Car si quelque espèce a été produite par 
la dégéuération d'une autre, si l'espèce de l'Ane vient de l'espèce du 
cheval, cela n'a pu se faire ({ue successivement et i)ar nuances ; » il se 
serait formé des intermédiaires: or, nous ne relrou\ons aujourd'hui que 
les deux extrêmes (ij. 

^1) Ce passage elle précédent, et/»/, c//., vol. VI. p. TO-II. 

(2) Ne pouvant loproduire les passages trop longs de Huiïon, je suis obligé de les 
résumer. 

3 Môme édition, vol. VI, p. 1 i;{ tt suiv. ; cliapilrc df I'Am:. 

\ Même édition, vol \l. p. |.>|-|..\.». 



HISTORIQUE. — RUFFON. 37 

Buffon admet donc que la variabilité de l'espèce est considérable et 
discute si elle ne peut aller jusqu'à dépasser les limites de l'espèce et à 
donner naissance à des espèces nouvelles. Mais il est arrêté par l'absence 
d'intermédiaires actuels palpables et continue à admettre une barrière 
entre les espèces qui les empoche « de se mêler». 

b]n deux endroits, Buflbn revient encore sur la question de l'espèce. 
D'abord dans le huitième volume de mon édition, dans le chapitre des 
Animaux communs aux deux continents, dans lequel il dit que les espèces 
sont «les seules choses réelles (1) » de l'histoire naturelle, par comparaison 
avec les classes, les ordres et les genres. Ce n'est qu'une réalité relative, 
ainsi qu'on peut s'en assurer en lisant, deux pages plus loin, un passage 
queje reproduirai tout à l'heure. 

Puis, dans le volume IX, chapitre de la Nature, seconde vue: « Chaque 
espèce ayant été créée, les premiers individus ont servi de modèle à tous 
leurs descendants ,» ou de moule. « L'empreinte de chaque espèce est un 
type dont les principaux traits sont gravés en caractères ineffaçables et 
permanents à jamais, mais toutes les touches accessoires varient^ aucun 
individu ne ressemble parfaitement à un autre, aucune espèce n'existe 
sans un grand nombre de variétés (2). » 

Cette dernière pensée est ce que l'on a appelé la troisième manière de 
Buffon, celle à laquelle il se serait arrêtée, une atténuation de la seconde, 
un retour incomplet vers la première. Mais on a vu que la première 
n'existe pas, et les deux dernières ne diffèrent que du plus au moins. Ce 
sont les variations du savant qui n'a pas cessé de chercher. 

Sous le nom d'espèces nobles ou majeures, Buffon admet, à l'époque 
de ses ouvrages où nous en sommes, des espèces plus faibles, moins va- 
riables, se détachant mieux des espèces voisines, présentant moins de 
transitions, telles que l'homme, l'éléphant. Les espèces non majeures, 
comme le chien par rapport au renard et au loup, et le cheval par rap- 
port à l'âne, sont au contraire moins nobles, plus variables. N'est-ce pas 
la preuve que les idées exprimées dans le premier volume de l'Histoire des 
animaux domestiques, dans la phase dite moyenne de Buffon, persistent 
dans son cerveau ? On les retrouve dans le chapitre de la Dégénération 
des animaux, dont le titre seul est tout un manifeste. Dans les Époques 
de la Nature, en 1778, il ne les abandonne pas (3). 

« Parmi les espèces, dit-il, les unes, les espèces majeures, dont l'em- 
preinte est plus ferme et la nature plus fixe, ont conservé leur type pri- 
mitif; les autres, les espèces inférieures, ont éprouvé, d'une manière 
sensible, tous les effets des différentes causes de dégénération. » 

Jusqu'à la fm de sa vie, c'est le même problème qui se débat dans sa 
pensée : où s'arrête la variabilité ? a-t-elle une limite ? 

(1) Vol. VIII, p. 232. 

(2) Vol. LX, p. XXX et xxxiii. 

(3) Édition in-4", précédemment indiquer, t. I, p. G8, Époques de la Nature, 



38 CIIAPITUK II. 

Si Buffon hésite toujours entre la variation illimiti^e au soin do l'espi^^re 
cl la variation (l(^i)assant les bornes de celle espèce, ce (Hii était légitime, 
il hésite également sur le critérimn i\t' l'espèce par la fécondité, dont il 
est le père aux yeux de la postérité. (U\ en jugera par le passage suivant, 
publié assez tard en 1777, au chapitre des Mulets et Bardeaux {Stipph'- 
ment). 

<• J'ai rapporté dans le volume des (Jiiadrupèdes, i\ l'article (ihien, les 
tentatives (juej'ai faites pour unir un chien à une louve..., j'ai cru pou- 
voir en conclure que le loup n'est pas tout à fait de la même nature que 
le chien, que les espèces sont assez séj)arées pour ne pouvoir les rappro- 
chei- aisément, du moins dans nos climats, et je m'exprime dans les ter- 
mes suivants : «Ce n'est pas que je j)rélendc d'une fa(;on décisive et absolue 
« que le renard et la louve ne se soient jamais, dans aucun temps, ni dans 
« aucun climat môles avec le chien...., j'avoue (ju'il faudrait un plus 
(( grand nombre d'cprenvcs pour acquérir sur ce fait une certitude en- 
« tière. » 

Ilacontant alors les nouvelles é[)reuves de croisement (ju'il a entreprises, 
il conchit : (((hi lii'udia duirnavanl {)our chose sûre (jue le chien peut 
produire avec la louve... Il est donc certain que le mulet peut engendrer 
et (jue la mule peut produire ; seulement ces animaux d'espèce niixte 
sont beaucoup moins féconds et toujours plus tardifs que ceux d'espèce 
pure.... Dans les espèces mixtes, c'est-à-dire dans celles des animaux qui 
comme le mulet proviennent de deux espèces différentes, il y a, commt' 
dans l^s espaces pures, des degrés différents de fécondité ou même d'infé- 
condité. En général, la parenté d'espèce est un de ces mystères profonds 
de la nature que l'homme ne pourra sonder qu'à force d'expériences aussi 
réitérées que longues et difticiles. » 

Ruffon, sur ce fameux critérium qu'on lui attribue sans cesse, ne fut 
donc jamais fixé et tendait à admettre des barrières par là entre les espèces, 
de valeui's très diverses. 

I.es vues synthétiques sur l'ensemble du règne animal, ou, comme on 
disait alors, sur le système de la nature dans lecjuel l'espèce représente ce 
que les naturalistes ont appelé l'unité zoologique, ajoutons l'unité néces- 
saire zoologique, complètent la pensée de Huffon sur l'espèce. 

« La première vérité qui sort d'un examen sérieux de la nature, dit-il 
en 1711), est peut-être humiliante pour l'homme : c'est qu'il doit se ranger 
lui-môme dans la classe des animaux auxquels il ressemble par tout ce 
fju'il a de matériel... Parcourant ensuite successivement et par ordre les 
différents objets ([ui composent l'Univers, il verra avec étonnemenl (ju'on 
peut descendre par des degrés presque insensibles de la créature la plus 
paifaile jusfpi'à la matière la plus informe, de l'animal le mieux organisé 
jusfju'au minéral le j)lii^ biut. 11 reconnaîtra (pie ces nuances impcrce[)- 
libles sont le grand lenvrc d.' la Nature...., >• qu'il n'y a pas de sauts.... 



HISTORIQUE. — BUFFON. 39 

qu'on passe d'une espèce à l'autre et souvent d'un genre à l'autre par 
des degrés insensibles (I). 

Plus tard, quatre ans après, en 1753, dans le volume des Animaux do- 
mestiques, il fait un pas considérable. Je suis forcé d'analyser : 

Considérons, dit-il, la nature sous un nouvel aspect, comparons le 
corps de l'homme, du cheval, leur squelette, leur pied. Quelque différents 
qu'ils paraissent dans leur forme, on peut les ramener l'uni l'autre; il 
sullit d'allonger ceci, de raccourcir cela, d'incliner, de redresser. Derrière 
tout cela, on entrevoit « un dessein primitif et général ». 11 semble, en 
créant les animaux, « que l'Être suprême n'ait voulu employer qu'une 
idée, et la varier en même temps de toutes les manières possibles (i2) ». 

Ici, il nous faut reproduire in extenso : 

uDans ce point de vue, non seulement l'àne et le cheval, mais même 
l'homme, le singe, les quadrupèdes et tous les animaux pourraient être 
regardés comme ne faisant que la même famille; mais en doit-on con- 
clure que dans cette grande et nombreuse famille.,., il n'y ait pas d'au- 
tres petites familles projetées parla Nature et produites par le temps?... 
Si ces familles existaient en effet, elles n'auraient pu se former que parle 
mélange, la variation successive et la dégénération (par les milieux) 
des espèces originaires; et si l'on admet une fois qu'il y ait des familles 
dans les plantes et dans les animaux, que l'âne soit de la famille du cheval 
et qu'il n'en diffère que parce qu'il a dégénéré, on pourra dire également 
que le singe est de la famille de l'homme, que c'est un homme dégénéré, 
que l'homme et le singe ont eu une origine commune comme le cheval et 
l'àne, que chaque famille, tant dans les animaux que dans les végétaux, 
n'a eu qu'une seule souche ; et même que tous les animaux sont venus d'un 
seul animal qui, dans la succession des temps, a produit en se perfection- 
nant et en dégénérant toutes les races des autres animaux (3). » 

La conclusion est si nettement formulée qu'il n'y a pas à insister : le 
cheval et l'àne ont une même origine, le singe et l'homme une même 
origine, les uns et les autres une origine commune. On répondra que 
Buffon ne dit pas que les choses se sont passées ainsi, mais qu'elles ont 
pu se passer ainsi. Volontiers. Lamarck n'a pas parlé autrement plus 

tard. La formule parfois employée de nos jours, « comme si », en est 

l'équivalent. 

Or (( s'il était une fois prouvé, reprend Buffon..., s'il était acquis que 
dans les animaux et même dans les végétaux il y eût, je ne dis pas 

(1) Édit, in-l2 de l'Imprimerie reyale, t. I, p. IG ; t. III, p. 13. 

(•2 Même édition, i. VI, p. 1.38-140. 

C'est le principe de l'uniié de composition des êtres organisés, développé plus tard par 
Et. GeolTroy-Saint-Hilaire et ainsi énoncé en 179G dans son Mémoire sur les Makis : ^^ La 
nature s'est renfermée dans de certaines limites et n'a formé tous les êtres vivants que 
sur un plan unique, essentiellement le même dans son principe, mais qu'elle a varié de 
raille manières dans toutes ses parties accessoires. » 

(-'5 Même édition, vol. VI, p. i:jy. 



♦0 r.llAlMTllE II. 

plusieurs espèces, mais une seule (jui eût été produite par la dégénéra- 
tion d'une autre espèce : s'il était vrai (pie l'Ane ne fût qu'un cheval dégé- 
néré, il n'y aurait plus de bornes t\ la puissance de la Nature (lisez : aux 
lois naturelles^ et l'on n'aurait pas tort de supposer que d'<//j seul rtre 
elle a su tirer avec le temps tous les autres Otres organisés {{). » 

C'est la doctrine du transformisme telle que la professe de nos jours 
M. HoM-kel. 

Il est vrai (pie Hull'uii, edV.iyé de sou audace, se liàte de recourir ;\ la 
formule consacrée : 

« Mais non, il est certain par la Hévélation ([ue tous les animaux ont 
également participé à la grâce de la création et c|ue les deux premiers de 
chaque espèce sont sortis tout formés des mains du Créateur. » Relisez la 
phrase de Lamarck (pii termine le chapitre où il fait descendre l'homme 
du chimpanzé, c'est la môme. Ni Lamarck après la Révolution française, 
ni M. de Ruffon avant, ne se souciaient de s'attirer les foudres de l'Eglise. 
Le volume où parut ci' passage vint deux ans après la rétractation des qua- 
torze propositions. Si Ruffon a osé s'exprimer ainsi après les violences 
de MM. les députés et syndic de la Faculté de théologie, (iu*eùt-il écrit 
s'il avait été libre ? 

On a (lit que plus lard il avait abandonné ces vues hardies. Loin de h^i. 
Dans l'un de ses derniers volumes, en 17()7, dans le chapitre sur la 
Dégénération des animaux, il maintient, au contraire, son hypothèse 
d'un petit nombre de souches et de leur dérivatiijn possible d'une seule, 
comme il suit : « Les deux cents espèces dont nous avons donné l'histoire 
peuvent se réduire à un assez petit nombre de familles ou souches prin- 
cipales, desquelles il n'est pas impossible que toutes les autres soient 
issues (2). » 

Enfin, dans les I-^pofjues de In nature, en 1778, envisageant les choses de 
haut, il (lit : Rien que la Nature « se montre toujours et constamment la 

môme , elle admet des variations sensibles, elle reçoit des altérations 

successives, elle se prôte ;\ des combinaisr>ns nouvelles, à des mutations 

(le forme et de matière étant aujourd'hui très différente de ce 

qu'elle était au commencement et de ce qu'elle est devenue dans la suite 
des temps (3 . » 

Ruffon est donc bien, comme je l'ai annoncé, le précurseur de La- 
marck \k II y a plus, il a écrit ceci vers 17G0 : 

'» En faut-il plus pour être convaincu que Vrvipreinte de leur forme 

(1) Morue édition, vol. VI, p. 140. 

(2) Même t-diiion, vol. .\II, p. *i:.9. 

(3) Édit. in-i, vol. I, p. :.0. 

(4) " BufTon, pendant la seconde phase do son évolution intollccluolle, dit M. de Quatrc- 
fagcs, admet non seulement la variation, mais, mùmc la mulaiinn cl la dérivation des 
espiccs ariimales. > 

« IVrsonne n'ignore que la question de la mutabilité dos cspùctîs, dit Isidore GcofTroy- 
baini-Hilairc, a été décidée en sens contraire par Uuffon et Cuvier... Le* b«.'llc« conccp- 



i 



IIISTORIQITE. — BUFFON. 41 

(des animaux) nest pas inaltérable ; que leur nature, beaucoup moins 
conslante que celle de l'homme, peut se varier et môme se changer absolu- 
ment avec le temps; que par la môme raisonles espèces lesmoins parfaites, 
les plus délicates, les plus pesantes, les moinsagissantes, lesmoins armées, 
ont déjà disparu ou disparaîtront (1). 

Celte fois, ce n'est plus seulement de la transformation des espèces 
qu'il s'agit, mais aussi de la sélection naturelle en faveur des animaux 
les plus avantagés dans la lutte pour l'existence. Buffon n'est pas le pré- 
curseur de Lamarck uniquement, il est le précurseur de Darwin. 

Nous voyons dans la citation ci-dessus un nouvel exemple des précau- 
tions oratoires de Buffon. Cet avantage en faveur des espèces les mieux 
armées, il l'accepte pour les espèces animales; mais il a soin de glisser 
un membre de phrase qui met l'homme de côté : « leur nature beaucoup 
moins constante que celle de l'homme ». 

De même, non loin de la même citation, voit-on apparaître le correctif 
nécessaire : « L'homme est l'ouvrage du ciel, et les animaux, à beaucoup 
d'égards, des productions de la terre (2). » Ce qui n'empêche pas que cette 
dernière proposition pour les animaux ne soit nullement orthodoxe; elle 
a échappé sûrement à MM. les syndic et députés de la Faculté de théo- 
logie. Chaque fois, à cette époque, qu'on voit apparaître le Ciel ou la Ré- 
vélation, dans Buffon ou dans Lamarck, le lecteur est averti, c'est que 
l'auteur vient d'émettre ou va émettre une proposition qui pourrait lui 
attirer les rigueurs de l'Église. 

En somme, je ne vois pas dans l'œuvre du grand naturaliste français les 
contradictions flagrantes qu'on prétend. Avec trois mots on condamne un 
homme, c'estlefond, la pensée intime qu'il fautapprécier. Buffon, pour moi, 
n'a jamais cru à l'espèce sans variations. Il s'engage, il est vrai, plus ou 
moins, suivant son degré de hardiesse, dans une voie toujours la môme, 
et présente à ce point de vue deux manières, l'une dans laquelle la varia- 
bilité est plus ou moins considérable suivant les espèces, mais toujours 
considérable, l'autre où il se demande, comme nous le faisons tous au- 
jourd'hui, ce que deviennent les variations extrêmes, celles qui empiètent 
sur les espèces voisines et qui expliqueraient tout naturellement la forma- 
tion de ces espèces. 

Cette dernière pensée subit quelque altération dans le cours de son 
existence, comme chez tout homme qui cherche et réfléchit, mais elle 
reste la note dominante qu'on voit percer sans cesse depuis 1753 jusqu'à 
la fin de ses volumes sur les quadrupèdes et au delù. S'il m'était permis 

lions de Buffon avaient été si bien étouffées sous un monceau de faits de détail, seuls 
éléments positifs de la science, disait-on..., que sa grande pensée, môme après avoir été si 
hautement proclamée dans son Histoire naturelle yénérale, de la mutabilité des espèces, 
éuit entièrement oubliée. Mais enfin cette vérité trouva un nouvel et puissant interprète... 
ce fut Lamarck. » 

(1) Édit. in-12 de l'Imprimerie royale, t. VlII, p. 2:U. 

(2; Même édition, t. VIII, p. 234. 



42 CHAPITRE II. 

(le rcmlre l'idée intime de nuir.n, cnmnie jelenlrevoi^, je dirais <[ue pour 
lui, avec plus de diriicullés et en plus de temps, mais aussi sûrement, les 
espèces comme les races se créent nalurelleini'nl p.ir di'^énéralitjn, c'est- 
à-dire sous l'induence des milieux. 

Terminons par la reproduction d'un pas^a^c (pinu jKut considérer 
comme le lt■>^t iinent de IJullon. 11 date de deux ans avant sa mort et parle 
des fossiles. 

« Ce sont les seuls nionuiuenls des j)remiers âges de la terre; leur 
lorme est une inscription authentifiue (|u'il est aisé de lire en la compa- 
rant avec la forme des corps organisés du môme genre; et comme on ne 
leur trouve point d'individus analogues dans la nature vivante, on est 
forcé de la/tpoi 1er iesisteuce de ces espf'ces actuellement perdues au temps 
où la chaleur du globe etc. Ce travail sur la vieille nature exigerait seul 
plus de temps qu'il ne m'en reste à vivre, et je ne puis que le recomman- 
der à la postérité (1 . » 

L'opposition (jue lluHou lit ;\ la classification, telle qu'on l'entendait 
alors et que personniliait Linné, est la conséquence des idées précéden- 
tes. Professant (jue toutes les divisions possibles, y compris les espèces, 
passent de l'une ;\ l'autre, d'une façon insensible, il ne pouvait accepter 
les divisitjus nettes, arrùtées et (jucbiuefois arlilicielles de Linné. 

La (juestion est traitée deux fois par lui, l'une dans son premier volume 
de 17 '»'.», apiè> la (juatrième édition du Systema Naturiv qu'il avait entre 
k"> mains, et l'autre dans son chapitre ti-és ultérieur sur les Animaux 
communs aux deux continents, vers 17G0, ayant sous les yeux la dixième 
édition. 

<« Les gein-es, les ordres, les classes, s'écrie-l-il, n'existent que dans 
notre imagination... (le ne sont (|ue des idées de convention... 11 n'y a 
(|ue des individus!...» EL des espèces, aurait il dû ajouter; car admettre 
la variabilité illimitée des espèces dans le temps et la transformation de 
celles de leurs variations qui se répètent le plus en espèces nouvelles, ce 
n'est pas nier l'espèce, ni la lixité de son type général dans le rayon de 
notre observation. 

Plus tai'd encore, dans sa nomenclature des singes, il y revient : •- La 
nature ne connaît pas nos définitions ; elle n'a jamais rangé ses ouvrages 
par tas, ni les ôtres par genres. » 

nu croirait entendre Lamarck, (|uarante ans après. 

Mais qu'on no se méprenne pas, Hud'on ne s'en prenait qu'à la classifi- 
cation systémali(iue. qui, suivant lui, ne tient pas compte suflisamment 
des rapports naturels et donne des idées fausses. Celle de Tourncfort, qui 
approche de celle que Jussieu devait défendre plus tard sous le nom de 
Mellnnle naturelle, trouvait grâce devant lui. Ce qu'il ne veut pas, c'est 

\\) Histoire naturelle des tninéraur. Volume publié en 1780. 



HISTORIQUE. — BUFFON. 43 

qu'on choisisse d'une façon trop arbitraire un seul caractère pour déter- 
miner un groupe et l'emplacement hiérarchique qu'il doit occuper 
dans une classification qui est censée représenter l'ordre môme de la 
nature. Du reste, Buffon, dans son volume des Singes, est moins sévère : 
« Ce qu'il avait condamné dans Linné, dit Isidore Geoflroy-Saint-IIi- 
laire, il l'adopte alors et sa conversion est pleine et entière. » 

La nomenclature, j'ai le regret de le dire, ne lui convient pas davan- 
tage. Un homme aurait plus tôt fait, s'écrie-t-il, de graver dans sa mé- 
moire la figure de toutes les plantes, et d'en avoir des idées nettes, que 
d'en apprendre et d'en retenir tous les noms. Et cependant, lorsque plus 
tard lUifi'on décrit les animaux sauvages et les oiseaux, il est bienheureux 
de s'en servir, mais en français, ce qui est moins commode. Le tatou à 
trois bandes, le tatou à six bandes, le tatou à dix-huit bandes, le martin- 
pêcheur à tête bleu, le martin-pêcheur à trois doigts, le martin-pêcheur 
rouge, etc., n'est-ce pas là de la nomenclature? 

Buffon ne s'est pas indigné contre Linné seulement à propos desa cla- 
sification et de sa nomenclature, il lui reproche aussi sa dénomination 
d'homo sapiens et à'homo troglodytes, et cependant il n'a pas agi autrement. 

« Une vérité humiliante pour l'homme, avait-il dit en 1749, c'est qu'il 
doit se ranger lui-même dans la classe des animaux (1). o « Si l'on ne de- 
vait juger que par la forme, répète-t-il vingt ans après, l'espèce du singe 
pourrait être prise pour une variété de l'espèce humaine. L'orang-outang 
est un animal que l'homme ne peut voir sans rentrer en lui-même et se 
reconnaître... Il diffère moins de l'homme pour le corps qu'il ne diffère 
des autres animaux auxquels on a donné le nom de singes (2) ! » Cette 
dernière proposition est celle à laquelle Broca aboutissait dans ses cours, 
et qui l'amenait à la classification des Primates dont j'ai parlé plus haut, 
comme conforme dans ses premières divisions à la classification de la 
dixième édition du Systema ISaturse. 

Tout en admettant l'homme au nombre de ses espèces nobles, c'est-à- 
dire de celles qui se détachent nettement des espèces voisines, Buffon, 
dans le même volume, l'un des derniers de son Histoire des quadrupèdes^ 
dit que du nègre à l'orang la distance est faible. Ce qui est d'autant plus 
curieux à noter, qu'il a possédé au Muséum un orang qu'il observait avec 
soin et qui est mort sous ses yeux. 

« L'intervalle qui sépare le singe du nègre est difficile à saisir, » ajoute- 
t-il (3). 11 trace du reste le parallèle de l'homme et du singe au point de 
vue anatomique, reproduit la liste complète de leurs ressemblances et 
différences par Tyson en écrivant ceci : « J'ai cru devoir traduire cet arti- 
cle afin que tout le monde puisse mieux juger de la ressemblance pres- 

(1) Môme édition, vol. I^r, p. 16. 

(ï) Môme édition, vol. XII, p. 4i, 4 et 41-42. Voir aussi p. 8:'. 

(3) Même édition, vol. MI, p. 43 44. De la dégéni-ration des Animaux. 



U CIIAPITUE II. 

(jne entière de rhouiine ;ivec l'i)ran^. >» Il donne à 1 liomme la haute posi- 
tion qui lui est due dans la série, mais en ne s'appu} ant, connue Linné, 
que sur ses facultés inlellccluelles. 

u QueNjue res«^cnil)lance qu'il y ail entre li' lltittentot et le singe, dit-il, 
l'intervalle (jui les sépare est immense, puis(ju'i\ l'intérieur il est rempli 
par la [x'usée et au dehors par la parole (3). L'homme est un ôtre raison- 
nahle, l'animal est un ôtre sans raison (4). » L'h(»mme possède une Ame 
immaleiielle (jui établit une gi'inde distance son^ ( c rapport entre lui et 
les animaux, distance sans degrés intermédiaires, et qui fait de lui une 
classe i\ part. Du reste, en lui consacrant une classe distincte, «< nous ne 
faison•^ (jue le placer avec ci' (pii lui ressemble le plus, en donnant môme 
:\ l.i partie matérielle de son élre le premier rang (1) ». 

Après avoir étudié riionnne dan^ son ensemble, en tant ({u'aninial dans 
la première série des volumes de son Histoire naturelle, et avant d'avoir 
établi >es rapports avec les animaux, ce qu'il fait particulièrement dans le 
dernier volume publié, BufTon passe méthodiquement à l'examen des 
- variétés humaines », en se servant çfi et h\ (lan> le texte liu mot de race 
pour les désigner. 

Ce mot, ain^i que je l'ai montré il y a ({uelques années dans un travail 
spécial, a été importé dans l'histoire naturelle de l'homme, dans un sens 
zoologi(iue, par Buifon le premier. Auparavant, on n'avait parlé que des 
différentes espèces ou sortes (riioniines. Mais, ainsi ({Uf je l'ai dit, la 
notion môme de race existait et remonte à llippocrate. Le médecin de 
(>)s, toutefois, n'a insisté ({ue sur deux cai-actères : la ressemblance des 
individus entre eux et l'origine commune de leurs caiactères par l'action 
des milieux. Il n'a parlé nettement de l'hérédité de ces caractères, c'est- 
à-dire de l'idée généalo-^icine dans la race, (ju'à propos des Macrocéphales, 
et précisément mal à propos. D'antre pari, llipjjocrate n'a parlé de « la 
ressemblance des individus dans certains peuples, autant qu'ils diffèrent 
des individus dans d'autres peuples >», (juc deux ou trois fois accidentel- 
lement, tandis (pie llullnu s'est donné pour but la recherche des liens de 
parenté qui unissent ces individus, et de ceux qui unissent le groupe 
entier à d'autres groupes. Les polygénistes ont soutenu que la conception 
des races de Buffon était fausse, que ces races, ou du moins beaucoup 
d'entre elles, sont des espèces et que le groupe humain entier est un 
genre. Peu importe : Buffon n'a pas inventé le mot ram^ puiscju'il était 
usité avant lui, particulièrement dans la vénerie, mais il l'a ap[)liqué aux 
diversités morphologiques constantes qu'on découvre parmi les hommes, 
(pielle (jne ^oit l'explication ;\ donner de ces diversités. 

Le moment était nppoi-lun pour l'inlroduclion de ce mot. Les grands 

(1) Môme ùdiiion, loino \ll, p, i... 
(2j Munie cdiiioii, lomu l\, p. 171. 
(8) Ibiit. t. IV. p IG.l. 



HISTORIQUE. — BUFFON. 45 

voyages avaient accumulé toutes sortes de documents sur les populations 
lointaines nouvelles. Il fallait mettre de Tordre dans ces documents, 
comme presque en même temps Linné en mettait dans les documents 
sur les plantes et les animaux. C'est ce que lit Buflbn en prenant pour 
base l'idée que deux mille ans auparavant Hippocrale avait appelée l'in- 
fluence des airs, des eaux et des lieux. 

« Les hommes, dit Buffon dans son chapitre de l'Ane, diffèrent du blanc 
au noir par la couleur, du double au simple, par la hauteur de la taille, 
la grosseur, la légèreté, la force, etc. ; ce sont les variations ordinaires de 
la nature qui viennent de l'influence du climat et de la nourriture. Mais 
ces difl'érences n'empêchent pas que le nègre et le blanc, le Lapon et le 
Patagon, le géant et le nain ne produisent ensemble des individus qui 
peuvent eux-mêmes se reproduire. Par conséquent ces hommes si diffé- 
rents en apparence sont tous d'une seule et même espèce, puisque cette 
reproduction constante est ce qui constitue l'espèce (1). » Parmi les varia- 
tions que présente l'espèce humaine, il en est d'individuelles, telles que 
l'albinisme, la polydactylie, et de générales produites sur un groupe plus 
ou moins étendu par dégénération, c'est-à-dire par le climat entendu 
à peu près dans notre sens large de milieux. Ces variations communes 
devenues constantes, ce sont les races. 

Telle est en deux mots toute la doctrine de Buffon sur la race et celle 
en même temps des monogénistes, dont nous parlerons bientôt. 

On a dit que Buffon divisait l'espèce humaine en un nombre donné de 
races; c'est une erreur complète. Buffon, l'ennemi des classifications, ne 
les acceptant pas même pour les espèces, ne pouvait les admettre pour 
les races dont les limites étaient indécises à ses yeux et qu'il présente plutôt 
comme des probabilités à discuter que comme des réalités définies (2). 

C'est à la façon d'Hippocrate, sous la forme d'un voyage compre- 
nant cette fois le monde entier, que Buffon procède à la recherche et à la 
description de ces races. La première population qu'il rencontre est cons- 
tituée parles Lapons : « Une race d'hommes, dit-il, de petite stature, de 
figure bizarre, dont la physionomie est aussi sauvage que les mœurs. Ces 
hommes qui paraissent avoir dégénéré de l'espèce humaine... il semble 
que ce soit une espèce particulière dont tous les individus ne sont que 
des avortons. » Le mot espèce est pris ici dans le sens de François Ber- 
nier, comme synonyme de sorte. Continuant à l'est, il rencontre les 
Samoyèdes et les Groenlandais, et, leur trouvant d'une part le même 
teint et la même petite taille, et de l'autre les mêmes conditions de climat 
et de nourriture, il les réunit à sa race lapone, que par parenthèse il n'a 
jamais appelée hyperboréenne. 

Descendant au sud, il rencontre les Tartares dans des conditions tout 

(1) Édition citée, t. VI, p. 17G-14i). 

(i) Voir : La Notion de race en unthropolorjie, par Paul Topiiiard, in Revue d'Anthrop., 
1819, p. 283-GGl. 



»n CIlAlMillK II. 

autres de iiiilieiix, ayant tles traits hieii caracléiisés, et il ou fait sa race 
tartare et rei-oiinaîl ([ue la race lapone n'en est (ju'uue dégénérescence. 
.Mais enlre les deux, Mii\an* une lim^Mic handr de ItMic, il tiniivc plusieurs 
peuples ({ui sont pour lui des Irausilions de la race lapnne dé^i'-nérée ;\ la 
race lartare. *< Les Ustiaks, dit-il, paraissent faire la nuance entre la race 
lapone et la race lartaie ; ce sont des Tarlaies (jui ont ni()in> dégénéré. 
Les Touguuses s(tnt aussi des Tai-tares dégénéFés, mais à un moindre 
degré. >» A l'ouest des Tartares il voit alors les {lusses orientaux (jui for- 
ment le passage de l'Kuropéen au Tartare, et à l'est les t^hinois, (jui 
l'embariassent. Faut-il en faire une race nouvelle ou les rattacher à la 
tartare '! 

Sa fagon de procéder est très correcte. Plus loin viennent les Japonais, 
assez send)laljles aux Chinois pour qu'on puisse les regarder comme ne 
faisant qu'une seule et môme race d'hommes. Les Cochinchinois, les Ton- 
kinois, les habitants du Laos, les uns dans un pays montueux et tempéré 
et les auties dan> un pays plus chaud, sont rattachés encore aux Chinois, 
les dilférences dans les traits tenant i\ la dégénération par les milieux. Ln 
descendant davantage, les traits commencent à changer d'une manière 
plus sensible ou du moins à se diversifier. Les habitants de Malacca et de 
Sumatra sont évideuiniL'iil dune autre race, les n(jirs de l'intérieur des 
Philippines d'une autre, le iNéo-(juinéen d'une troisième. 

Je ne suis pas davantage son itinéraire. A propos de chaque peuple ou 
peuplade ([u'il rencontre, Bulfon reproduit les renseignements physiques, 
moraux et ethnogi-aphiciues fournis par les voyageurs. Mais ce qui domine 
dans son périple, c'est la considération du climat; ici le pôle glacé, là la 
zone tempérée, plus loin la zone torride rafraîchie ou non par les mers. 
De la Malaisio il passe à l'Australie, revient par le Bengale, la Perse, 
1 .\rabie, où les habitants sont plus «m moins biùlés par le soleil, la lier- 
bérie, l'Europe, prend l'Africjue nègre et termine i)ar l'Amérique, où il 
s'étonne de ne pas trouver une plus grande diversité, en rapport uvec les 
conditions si variées de latitude, d'allilude, de chaleur et d'humidité. 

Toutes ces variations humaines tii'nnrnl, dil-il, à tiois causes: au cli- 
mat, à la nourriture et aux nueurs. < Loixjue la chaleur du climat est 
excosive comme au Sénégal et en Guinée, les hommes sont tout à fait 
noirs ; loisciii'cilc est moins forte comme sur les côtes orientales de 
rAfricpie, les hommes sont moins noirs; lorsfiu'elle commence à devenir 
un peu plus tempérée comnu; en Herbérie, en Mongolie, en Arabie, les 
hommes ne sont (pic bruns, et cnlin Iors(prelle est tout fi fait tempérée 
comme en Luropc et en .\sie, les hommes sont blancs; on y remarifue 
seulement (lueUjues variétés (jui viennent de la manière de vivre Ij. 
u On ne trouve de nègres (|ue dans les climats de la terre où toutes les 
circonstances s(»nt réunies poui* produire un»' chaleur constante et (ou- 

(I) .Mtmc édition, vol. V. p. ?;'.".. 



HISTORIQUE. — BUFFON. 47 

jours excessive. » Enfin « les traits dépendent beaucoup des usages où 
sont les ditrérents peuples de s'écraser le nez, de se tirer les paupières, 
de s'allonger les oreilles, de se grossir les lèvres, de s'aplatir le vi- 
sage, etc. (l). » BufFon, comme on le voit, ajoute les actions mécaniques 
extérieures aux influences de climat et de nourriture pour produire toutes 
les variations observées. 

Vingt ans après, profitant de voyages plus considérables et de rensei- 
gnements nouveaux, Buffon, dans un Supplément, rectifie quelques-unes 
de ses descriptions, sans rien changer au fond. Il y a deux façons, dit-il, 
d'entendre le mot de race : le sens étroit et inexact, synonyme de nation, 
et le sens large tel qu'il le comprend. Le Lapon, le Samoyède et le 
Koriake sont des nations diverses et sont de la même race, parce que le 
climat est le même. « De quelque part que les hommes d'un pays quel- 
conque tirent leur origine, le climat où ils s'habitueront influera si fort à 
la longue sur leur premier état de nature, qu'après un certain nombre 
de générations tous ces hommes se ressembleront quand même ils 
seraient arrivés de diff'érentes contrées fort éloignées les unes des autres 
et que primitivement ils eussent été très dissemblables (2). » 

En somme, l'homme primitif était blanc pour Buffon ; il s'est multiplié 
et répandu par toute la terre, a subi l'action des climats. Des variétés 
individuelles se sont produites et répétées sur un grand nombre d'hommes 
à la fois sous l'influence de causes communes. D'individuelles et d'acci- 
dentelles, ces variétés sont devenues générales et constantes; d'où les 
races ! Mais les mêmes influences se produisant en sens inverse, il est 
très probable que ces variétés constantes disparaîtraient ou du moins 
deviendraient différentes (3). Les races n'ont donc pour lui que la durée 
et la consistance que leur permettent les milieux dont elles sont le reflet. 
Leur nombre est indéterminé et est accru encore par la fertilité de leurs 
croisements qui les fondent et les diversifient tout à la fois. 

C'est la doctrine pure des races parles milieux, défendue pour l'homme 
comme pour les animaux, par les monogénistes, la doctrine de la varia- 
bilité indéfinie dans le sein de l'espèce et nulle au delà, qui est la pierre 
angulaire de la doctrine monogéniste ancienne et orthodoxe actuelle. 
Bufl'on, à ce titre, est donc réclamé par les classiques comme leur chef le 
plus éloigné. 

Mais aujourd'hui que l'antiquité incalculable de l'homme est venue 
déplacer le terrain, que les polygénistes peuvent admettre les change- 
ments opérés dans la suite des siècles, alors qu'ils les niaient dans le 
court espace de temps que la Bible leur imposait, et que s'est posée la doc- 
trine de la transformation dans le temps, toute l'argumentation de Buffon, 
à part le critérium de l'espèce sur lequel il ne paraissait pas fixé par les 

(1) Môme édition, vol. V, p. 

(2j Supplément, vol. V, p. 249, 1878, in-12. 

(3) Même édit., dernière page de VHisloire naturelle de l'hominn. 



48 CHAPITRE m. 

expériences île la tin de sa vie, Inurne en faveur de celle doclrine du 
liansforniisine ((ui dans le temps ne dislin^ue pas les races des espèces 
en voie de forinalinu. 

En rapprochant celte argunicnlalion des vues générales «^u'il a émises 
avec netteté, quoique avec réserve, le ^rand naturaliste français qui a 
inspiré I.amarck el l'iienne (leoirroy-Sainl-Ililaire, comme nous le ver- 
rons, prend rang en tête de l'école lransf(jrmisle. 

Instigateur du mouvement philosophique qui a donné naissance à celte 
école, Ihillou a, d'aiilie pari, le premier saisi la dislinclioiules races dans 
le groupe humain. 11 a Iniulé ee (ju'on a appelé depuis et ;\ tort l'ethnologie, 
comme il a l'itutlé ce (ju'oii allait bientôt désigner par le nom d'anthropo- 
logie, dont il a es(|uissé toutes les grandes divisions, à savoir: l'hoinme en 
généi al. considéré comme animal au point de vue morphologique et hiolo- 
gi(|ue à tous les Ages ; ses races, leur description, leur mode d'origine et 
leur cr(jisemenl: enlin sa compai'aisoii avec les singes el autres animaux 
au point de vue phy>i(iue et physiologi(iue, la caractéristi(}ue de l'homme, 
sa place au milieu des autres êtres et son origine. Ce sont les trois 
divisions de l'anthropologie de Hroca : générale, spéciale el zoologi(jue. 

(t L'anlhroj)ologie, dit Flourens, surgit d'une grande pensée de Ihif- 
fon ; jusque-là l'homme n'avait été étudié que comme individu, Ihillbn 
est le premier qui l'ait envisagé comme espèce. » 



ciiAPiTui: m 

IlISTOHlnlK 'SIITK) 

Origin»' et premières pliasos du inoiiogénismect du polvR'Miismo : saitii Auçustin. L.i P«*y- 
rère, Kaimes, Zimniermanu, lilumeubacli. — Promicrs classi.'menls de races. — Premiers 
ossais de crâniologie : Spiepol, Daubcutou, Camper. — Anatomie comparée dos races: 
SuMumering. — Premiers essais daiiiliropoméirie : Rolliii, White. — Société des obser- 
vateurs de l'homme. 

A i)ailir de ce moment nous éprouverons ciuelque emharras, lesliommes 
el les idées se présentent en foule, enchevôlrés à l'extrême. Les conti- 
nuateurs de lUilIon sont Lamarck el Geodroy-Saint-llilaire, qui appar- 
tiennent tous deux au siècle suivant. Le continuateur de Linné est 
Illiimeidjach, (jui vécut de 175:2 à 18iO, mais qui appartient au dix- 
huitième siéfle par son o'uvre capitale, sa thèse inaugurale, parue 
en 177."). (ilironologiquement nous devrions prendre Dauhcnlon, le 
collahorateui- de Ihiiïon, et Camper, tous deux concourant à la fonda- 
tion de la crAniomélrie. Somme toute, (M)nlinuanl ;\ suivre le mouvement 
engendré par l'histoire naturelle (jue nous avons prise pour guide dès le 
déhiil. nous prendi'ons Illunn'nhaeh. 



HlSTORlQUi:. — OIUGINES DU MONOGÉNISME ET DU POLYGÉNISME. 49 

>[ais il nous faut auparavant revenir un moment sur nos pas et re- 
monter aux sources de l'une des questions les plus agitées de l'anthro- 
pologie : celle qui a mis en jeu le plus de passions et contribue le plus 
en nuMne temps au développement de la science, la grosse question du 
monogéuisme et du polygénisme. 

!iionost'iiiste8etpoiyg-éiii.stes. — L'emploi, dès à présent, de ces deux 
épitliètes demande ù être justifié. De fait elles n'ont pris naissancequ'assez 
récemment avec l'école dite polygéniste de l'Amérique du Nord. Mais la 
question mémo de l'unité et de la pluralité des races humaines primitives 
remonte loin. Suivant M. de Quatrefages, elle a été posée pour la première 
fois par BuiTon au nom des monogénistes, et par Virey, Bory de Saint- 
Vincent et Desmoulins au nom des polygénistes ; mais déjà elle était très 
agitée en 17 44 avec Guillaume Rei, en 1721 avec Fabricius, en 1655 sur- 
tout avec Lapeyrère, et en 1520 avec Paracelse. Et son véritable point de 
départ est plus loin encore. Nous la prendrons donc à son origine même, 
en nous servant par anticipation, pour faciliter l'exposition, de ces deux 
termes de monogéniste et de polygéniste. 

Dans les légendes des peuples sauvages ou ayant quelque teinte de 
civilisation, les origines des dieux et des hommes sont le plus souvent 
réunies. Dans l'antiquité égypto-grecque elles sont généralement sé- 
parées : parmi ses philosophes, les uns remarquant qu'on ne peut dire 
lequel a préexisté, de l'œuf qui a produit l'animal ou de l'animal qui a 
produit l'œuf, affirmaient que les hommes aussi bien que la terre n'ont 
pas eu de commencement et n'auront jamais de fin ; tels étaient Platon 
et peut-être Aristote. Les autres croyaient à la formation première des 
hommes par une cause unique, accidentelle, simple (Épicure, Lucrèce), 
ou par un concours de circonstances favorables et naturelles, par exemple 
une terre convenablement préparée émergeant des eaux et donnant 
naissance à des hommes de la façon qu'apparaissent au printemps 
des myriades d'insectes sous l'influence du soleil. Les Égyptiens, eux, 
racontaient que le Nil jouissait d'une telle puissance de fécondation 
qu'il faisait éclore des hommes, comme tous autres animaux, et 
qu'on voyait sur ses rives des rats entre autres h moitié engagés dans la 
vase, leur partie antérieure s'agitant, tandis que la partie postérieure 
était encore inerte et sans forme. Ovide admettait une sorte de germina- 
tion et de maturation dans le sein de la terre comme dans un utérus 
maternel. D'autres, à la façon des Stoïciens, croyaient à une flamme di- 
vine venant animer les corps bruts de la nature, comme dans les fables 
de la statue de Prométhée et des pierres de Deucalion. 

Le commun des mortels n'y regardait pas de si près. Les hommes 
avaient pris naissance dans les pays où ils étaient venus à leur connais- ^ 
sance pour la première fois; c'était la doctrine des autochtones. En 
général, un héros ou un demi-dieu présidait à cette naissance, 
croyance qu'on retrouve aussi dans les légendes juives et qui se traduit 
TopiNARD. — Anthropologie. 4 



i)0 CIIAIMTIIK 111. 

ainsi pour ranlliropolnL^istc ; lorsiju'iiii peuple anive ;\ l'exislence, c'est 
par (luelcjuc guerrier éiuinent ou (luehfue bienfaiteur api)orlanl une lia- 
bilude, une oouquôle nouvelle. Ce chef devient le Dieu (jui a engendré 
le peuple hii-iu('^ine, le vulgaire ne va j)a.s au dehV 

La chose à noter, c'est (|ue l'opinion dominant dans ranti(iuité parmi les 
jihilosophes et dans les masses était la pluralité d'origines et qu'on ne 
supposait pas (jue des homiues aussi dissemblables (jue le Grec et rillhio- 
pien j)ussi'nt avoir une commune origine. 

Ori;;in<'« «lu inoiio)(«'-niMiiie. — La doctrine monogéniste est en réalité 
venue dans ncjtre civilisation européenne avec les traditions bébraniues 
rassemblées par Ksdras après la caj)livité de liabylone, et primitivement 
de source chaldéenne sans aucun doute. 

Les peu[)les ont comme les individus une tendance à rapporter tout 
à eux et ;\ tenir pour rien la leire (|ui n'est pas i\ eux et les peuples qui 
ne gravitent [)as dans leur orbite. Nulle part ce défaut n'a été aussi 
accentué, non pas naïvement, mais systématiquement, que chez les peu- 
ples chananéens et, pour généraliser, chez les peuples sémites. Chacun y 
avait son Dieu propre, personnel, ennemi de tout ce qui n'était pas lui- 
même ou ses alliés. Baal régnait :\Tyr, h Sidon, à Tarse, Moloch chez les 
Anuuonites, Kamosch chez les Moabites, Jehovah chez les Ben-IsraOl (I). 
Autour de ce Dieu pivotait l'idée nationale, sur lui reposait la puis- 
sance des prêtres, professant qu'un pacte avait été conclu entre lui et le 
peuple de son choix. Dieu et peuple, les deux étaient indissolublement 
liés. L'un donnait sa protection, combattait l'ennemi, faisait des mira- 
cles, l'autre jurait obéissance et adoration. La tradition du contrat et 
de tout ce que Dieu avait fait pour son peuple dès l'origine était trans- 
mise oralement, puis sur des tables de pierre, enlin, mais beaucoup plus 
tard, par écrit. Suivant la tradition des Israélites, la seule qui nous soit 
parvenue avec détails, Jehovah avait créé le monde, les plantes, les. 
animaux à l'intention du peuple juif, placé le premier couple juif dans 
un lieu particulièrement favorisé, et ensuite l'en avait chassé parce 
qu'il avait désobéi. De nouvelles infractions au traité s'étant produites, il 
avait fait le déluge pour les punir. Enfin longtemps après, afin de récom- 
penser ceux qui observaient sa loi, il les avait conduits dans une terre 
promise. Quant aux autres peuples, on n'en parlait pas à l'origine; c'é- 
taient les démons, les in>oumis, ils n'existaient pas; plus lard ce furent les 
Philistins, l'ennemi. Un seul Dieu, une seule création, un seul peuple, 
telle était donc l'essence du contrat passé en partie double. Telle fut l'ori- 
gine de la doctrine monogéniste qui des Juifs passa dans le monde ro- 
main, grAce à la phalange de moralistes (pii a enfanté et répandu la 
légende du Christ. 

.\insi ({u'en témoigne la Bible, la doctrine ne s'implanta pas sans 

(I) G. Maapôro, Histoire aticicnne des fieufles de l'Orient, faillit. Diiruy, l.'i76, p. '.'.S8-89. 



HISTORIQUE. — PARACELSE. 51 

résistance : avant comme après le Christ il y eut deux partis dans la 
nation. L'école rivale qui écrivit les Targums à Babylone professait que 
Dieu avait créé l'homme et la femme en deux fois. Les traces de cette 
division persistent jusqu'en 365, alors que l'empereur Julien, faisant allu- 
sion à cette opinion, avance qu'à plusieurs reprises il dut y avoir des créa- 
tions distinctes d'hommes et de femmes, car, ajoute-t-il, il n'est pas plus 
difficile de créer plusieurs couples qu'un seul. 

La doctrine à la fois juive et chrétienne de l'unité d'origine des hommes 
ne fut définitivement fixée qu'en 415. A cette époque saint Au^iistin, v 
dans sa Cité de Dieu, la convertit en un dogme. Répondant aux diverses 
hérésies scientifiques qui s'agitaient, il dit : « Aucun fidèle ne saurait 
mettre en doute que tous les hommes, quels que soient leur couleur, 
leur stature, leur voix, leur proportion ou tout autre caractère naturel, 
sont sortis d'un même protoplasme. Aucun ne doit croire aux antipodes, 
c'est-à-dire à des continents desséchés et habités par des hommes au point 
opposé de la terre que nous foulons, où le soleil se lève lorsqu'il se couche 
pour nous. Aucun ne doit croire que le monde a existé des miUiers d'an- 
nées, avant les 6000 ans que l'Écriture nous enseigne (1). » 

Le silence se fit pendant mille ans, non sans quelques protestations 
isolées. Sous le règne deJustinien, suivant Knox, un concile discuta poury 
savoir si les nègres descendaient d'Adam et avaient le droit d'être chré- 
tiens. En 748, un moine du nom de Virgilius fut livré aux canons de 
l'Église par le pape Zacharie, pour avoir dit qu'il existait un autre monde 
terrestre et d'autres hommes à l'opposé de nous. En 1110, un-philosophe, 
Guillaume de Couches, fut censuré pour avoir écrit qu'il est possible 
qu'Eve n'ait pas été la seule femme créée et que des antipodes existent 
séparés de nous par les flots de l'Océan. En 1450, un infortuné Juif, 
Samuel Sarsa, fut brûlé comme hérétique pour avoir affirmé la haute 
antiquité du monde, sinon aussi de l'homme. 

Mais le réveil approchait, Christophe Colomb donnait un démenti aux 
dogmes en découvrant l'Amérique et les Indiens qui l'habitaient, sans 
communication avec l'ancien monde. En vain le pape décréta, en 1512, ' 
que les Indiens descendaient d'Adam et d'Eve. Dès l'année 1520, la doc- 
trine polygéniste reparaissait avec le célèbre médecin suisse, Xhéo- 
phraste Paraceise. On ne peut admettre, dit-il, que les habitants des 
îles récemment découvertes soient les fils d'Adam et qu'ils soient de 
môme sang et de même chair que nous. Moïse était théologien et non 
physicien; de nos jours, aucun physicien ne peut admettre la création 
suivant le récit de Moïse, il ne peut y avoir une foi consentante, et l'on ne 
saurait se fier qu'aux preuves et au témoignage de l'expérience (2). 

En 1591, Bruno ajoutait « qu'aucune personne sensée ne rapportera 

(1) Saint Augustin, De civitate Dei, lib. XVI, c. viii, et lib. XII, c. x. 

(2) Bendyshe, Histoire de l'Anthropologie, in Mem. Antlirop. Soc. of London, 
t. I. 



52 ciiAi'iniK m. 

les Ethiopiens an mômo protoi)la>me (jue les Juifs », et ajoute que les 
{'liinois eoinme les rabbins admettent trois souches humaines. 

Mais riiuiuisition Ilorissait et, en KilG, l'infortuné Vanini était con- 
damné à avoir la langue coupée et à iMre brûlé vif pour avoir, dans ses 
/)i(ii(Kjucs, rappelé les hypothèses de Tanticjuité que nous avons rappor- 
tées sur l'origine naturelle de l'homme et « les assertions des athées qui 
font descendre les Klliiopiens des singes, prétendant que les premiers 
hommes marchaient i\ (juatre pattes comme les brutes, et qu'il y a dans 
la nature une sorte de gradation s'étendant de l'ôtre le plus humble à la 
créature la plus élevée ( i) ». 

Ce n'est, toutefois, (^l'en ior;.") (|ue l'opposition ;\ la doctiine ju(laii|U(; 
prit corps avec isaar ii»* i.a l'rjr^re, gentilhomme protestant qui j)iil>lia 
un livre sur les Piéadarnites. ('et ouvrage, très rare aujourd'hui, dont 
nous avons entre les mains l'exemplaire appartenant à Hroca, fut brillé h 
Pai is en place de Grève. On se l'arrachait, dit Jean de Lannoy. La Peyrère, 
très croyant du reste, se plaçait sur le terrain mùme de la Bible et démon- 
trait, ;\ l'aide des textes, ({u'Adam et Kve ne sont (jue les ancêtres du 
peuple juif; (jue [)arallèlement et antérieurement à eux existaient d'au- 
lies hommes, et (jue la terre dont la denèse parle signilie la Terre-Sainte 
occupée par les Juifs. 

Les Gentils auraient été créés en môme temps que les animaux, le 
sixième joui-, et Adam, celui qui allait donner naissance au peuple de 
Uieu, le septième j(jur. Seul Adam serait entré dans le paradis terrestre, 
tandis que les Gentils restaient dehors. A la mort d'Abel, Adam n'avait 
encore que deux fils, il n'eut des filles (jne plus tard; cependant Caïn s'en 
va emmenant sa femme, portant au front un signe afin (|ue ceux qui le 
rencontreraient ne le tuent pas, et bâtit une ville. Tout cela prouve que, 
dans la pensée même de l'auteur de la Genèse (2), les .Vdaniites n'étaient 
pas seuls sur la terre et (lu'il y avait alors d'autres hommes ((u'eux. 

Le déluge môme de Noé ne serait qu'un déluge partiel. 11 fiappa ceux 
qui n'avaient pas obéi h la loi et ne porta que sur les pays habités par les 
Juifs. 

Suivant M. de Quatrefages ^3), la tentative de La Peyrère resta isolée et 
le dogme adamijjue remporta la victoire sans presque avoir combattu. 
Cependant, trente-six ouvrages pour le moins, dans l'espace de quarante- 
quatre ans, d'autant d'auteurs difféients, s'efforcèrent de le réfuler('<V 

En I(it).j parut à Londres un essai anonyme reportant la question sur le 
terrain scienti(i(|ue, et s'attaquant spécialement aux indigènes de l'Amé- 
ricpie. Moïse, y e>t-il dit, fut un grand et sage législateur (pTil l'aiit 

(1) Vanii)i, Desceiu/aure de l'/iuminr, iii Htiviuî dAnilir., avril IHHO, |». :{GG-;JG8. 

l2) La Poyrèn; ^Isaac de ,Sy.<<cma t/teuloyicum ex Prœndumilarum /t;/polhcsi^pars prima, 
édition Klzcvi«T, Ui.V». 

(3) Ue Quaircfagos, t/ni7* r/tf Cespèce humaine in I\<'vuc dns D«!UX-Mondo», IKf.I. 

(i) En voir la liste dans le Mémoire de Fabricius, IT.'I, traduit en anglais, in .Meni. Soc. 
Aiillir. do Londres, vol. I, p. .'i'G 3'7. 



niSTOKIQUK. — LA PEYRÈHli. 53 

placer sur le môme rang que Solon, Lycurgue et Numa. Il adapta le récit 
de la création et du déluge i\ Tintelligence de ceux auxquels il s'adressait, 
et il n'y a aucun crime, à moins que l'on ne soit Juif, d'en commenter les 
parties (1). L'auteur examine alors les arguments que l'on peut invo- 
quer en faveur d'une migration des hommes et des animaux de l'Asie, de 
l'Europe ou de l'Afrique en Amérique, à une époque plus ou moins recu- 
lée, et conclut que les Américains sont autochtones. En second lieu, il 
démontre que les nègres, aussi loin qu'on les suit dans le passé, se pré- 
sentent toujours avec les caractères qu'on leur connaît de son temps. Ni le 
soleil ni la malédiction de Dieu n'expliquent leur couleur ; on rencontre 
des blancs, ou du moins des sujets peu colorés, sous la zone torride ; la 
malédiction de Dieu aurait été une bien faible punition si elle n'avait eu 
pour résultat que de changer la couleur, car d'être noir ne constitue ni 
une laideur ni une disgrâce. Cette couleur n'a pu se produire par hasard, 
car elle ne serait pas transmissible à la postérité. Les caractères particu- 
liers à chacun des groupes humains différents remontent donc à leur 
origine même chez les Américains aussi bien que chez les nègres. Ni 
les uns ni les autres ne descendent des fils de Noé ou, en remontant au 
delà, des fils d'Adam. 

llvadesoi que les polygénistes n'eurent pas seuls la parole. Nous venons 
devoir que trente-neuf monogénistes s'étaient levés contre LaPeyrère, ils 
ne manquèrent pas de continuer et de prendre la défense du dogme 
attaqué; les uns par conviction, les autres par habitude ou intérêt. Citons 
dans le nombre sirMathews Haie (2) enl677, auquel j'ai emprunté une par- 
tic démon aperçu sur les opinions des philosophes anciens, etFabricius 
qui, en 1721, publia à Hambourg un travail sur Les habitants humains de 
notice globe qui sont d'une même et seule espèce et origine (3). Ce travail, quoi- 
que très intéressant lorsqu'on veut reconstituer l'histoire de l'anthropo- 
logie avant cette date, et le plus important qui ait paru avant Buffon, ne 
mérite pas d'être résumé. Une grande part y est faite aux histoires qui 
avaient cours sur les hommes monstrueux. Le seul passage à remarquer 
est celui en faveur de la coloration de la peau par le soleil tiré du séjour^ 
des Juifs depuis mille ans à Gochin sur la côte de Malabar aux Indes occi- 
dentales. « La plupart y sont devenus, dit-il, aussi noirs que des Ethio- 
piens. » Cet argument célèbre s'est perpétué parmi les monogénistes et 
n'a été complètement réfuté que dans ces derniers temps. Nous y revien- 
drons. Il est donné pour la première fois ici d'après un certain Phil. 
Baldœus. 

(1) Tii:o essai/s, sent m a letter from Oxford to anobleman in hondon, by L P., M. A. — 
Lo')don, 169.1. 

(2) Haie (sir Mathews), The primitive origination of mankind considered and examined 
according to the lifjht of Nature. London, 1677. 

(3) Dissertatio critica de hominihus orbis nostri incolis, specie et ortu avito inter se non 
differentihus quam in auditorio yymnasii, Hamb. ad D., vin April., Praoside Jo Alberio 
Fabricio, SS. 1721 . 



5i CIIAI'ITIIK 111. 

Il est générnlenuMit admis i\uo la lutte entre les nionog<^nistes et les 
polygénistes ne s'engagea franchement qu'à la suite des écrits des ency- 
clopédistes français. On serait davantage dans le vrai en l'allrihuant au 
bruit (jui se produisit autour de la notion de l'espèce et de son origine 
émise par Linné. Ni l'une ni l'autre de ces inlUiences ne sont cependant 
la raison de celle lutte. Il résulU' de ce (jui précède que plus ou moins vive 
déj;\, mais j)rudcule par nécessité pour les uns, elle existait auparavant. 

L'(tpuscule de Guillaume Hei (1), paru en \1\\, rjue j'ai reproduit 
dans la Hevue danltiropologie de 18S.1, en est une preuve. 11 est étranger ;\ 
coup sùi- au mouveuient liunéen. L'auteur s'y pose la ((uesticm de savoir 
ce qu'il est préférable d'écouter : de la raison ou de la foi. « Dans le plai- 
doyer j)our la raison, dit-il, je ferai voii- (lu'elle semble bien fondée à 
admettre plusieurs espèces dillérenles d'hommes ; et dans celui |)our la 
révélation je montrerai (|ue celle-ci n'en admet et n'en doit admettre 
qu'une seule espèce. » 

Ou a indiqué, continue-t-il, six espèces d'hommes: la blanche, la nègre 
d'.\fri(iuc, l'homme sauvage d'Asie (orang), l'homme sauvage d'Améri- 
que (paresseux), l'homme marin à deux jambes et l'homme marin à queue 
de poisson (phoque). Il écarte les trois derniers et admet que le blanc et 
le nègre seuls sont des hommes, mais d'espèces diMereutes. Sa conclusion 
est la suivante : « Tout bien pesé, il semble que la raison seule, et sans 
l'assistance de la révélation, devrait garder ici, à l'égard de l'homme, 
l'analogie des autres animaux et des plantes et par conséquent y recon- 
naître des espèces différentes qui ne tirent point leur origine les unes des 
autres ». 

Voltaire elles EnryclopodiHtps se sont bornés firefléterlesconnaissances 
de leurtemps ; le premier avec celle finesse qui le rendait si redoutable, 
les seconds sous celte forme spéculative (]ui est de l'excellente philoso- 
phie mais non de la science. Pour Voltaire, les passages principaux se 
trouvent dans VEsaaisur les 77iœu7's, Intr. II, et dans le lUctimmaire pliiloso- 
/j/iique, art. /[/noiance c\. Homme. La page à citer de Diderot serait celle que 
y ai donnée dans la /{evue d'ant/n'opolof/ie, \Hld, p. 369, dans laquelle est 
es(juissée toute la doctrine de l'évolution (2). (Juantfi Housseau, quelques 
lignesdeson discours sur Vlucf/alité des hojumessoni tout au plus àindiquer. 

Le livre polygénisle le plus important de cette époque est celui de lord 
MoiniPH dont la i)remière édition en deux volumes parut à Londres en 
177'». L'auteur est un protestant libéral, sans attache avec La Peyrère 
([u'il ne cite nulle \)av[. Il ciiti(juc Linné et Hud'on, place le critérium de 
l'espèce dans la ressenïblancc et non dans la fécondité, et conriut ain>i : 
Dieu a créé plusieurs couples humains, chacun approprié au climat dans 
lequel il était destiné à vivre et possédant les traits (jui se sont perpétués 
jusqu'à nous. Les langues propres à chaque race se sont produites après 

(1) Cîuillaume Hci. Disseitntion sur Corigine des néf/res, in-12, Lyon, ni». 

(2) Diderot, Œunes pfiilosop'iiques. Jnter/irétations de ta nature, lAIlI 'J. 



HISTORIQUE. — KAIMES. 55 

coup progressivement ; le noir et le blanc sont de sortes (klnds) diffé- 
rentes. 

Cet ouvrage eut du retentissement en Angleterre et un peu en Allemagne. 
Mais quelque curieux qu'il soit comme œuvre polygéniste, il l'est davan- 
tage comme essai de science des sociétés. Nous n'ignorons pas que d'au- 
tres avant lui, comme Montesquieu, ont abordé quelques-unes des ques- 
tions que ce sujet comporte. Mais le premier, croyons-nous, Kaimes a 
compris qu'il y avait une sociologie bumaine, et à côté une sociologie ani- 
male ; le premier il en a entrepris l'étude avec métbode et en naturaliste. 

« L'histoire de l'humanité et de son développement, de son état sauvage 
primitif à son état le plus élevé de civilisation, reste à faire, dit-il en com- 
mençant ; j'y ai dépensé trente ans de travail, mais la vie d'un homme ne 
peut suffire à cette tâche. » Le mot de sociologie n'y est pas prononcé, ni 
celui de sociabilité, mais partout ils sont sous-entendus. Le besoin de société 
de l'homme [appetite for society) est-il naturel à tous ouïe privilège de cer- 
tains? se demande-t-il. « Attendu qu'il se rencontre également chez beau- 
coup d'animaux, il me semble probable que les lois sociales auxquelles ces 
animaux sont soumis peuvent ouvrir des horizons sur la nature sociale 
de l'homme. ^) 

La division de cet ouvrage est du reste bien tracée. Dans un discours 
préliminaire sur l'origine de l'homme et des langues, Kaimes déve- 
loppe ses idées polygénistes et montre ainsi que son point de départ est 
celui du naturaliste, l'organisation physique de l'homme. Un premier 
livre traite des progrès de l'homme dans le temps considéré indépen- 
damment de son état de société. Le second concerne les hommes vivant 
en société. Le troisième a trait aux progrès des sciences et renferme les 
applications pratiques. Les sections du premier livre se succèdent comme 
il suit : Progrès des hommes relativement à la nourriture et à la popula- 
tion ; progrès relativement à la propriété : origine et progrès du commerce ; 
progrès dans les arts; mœurs et coutumes; progrès concernant le sexe 
féminin ; progrès et effets du luxe. Dans le second livre, il est question 
de l'origine des sociétés, des nationalités, des gouvernements. Les divi- 
sions du troisième livre sont les suivantes : Principes et progrès de la 
raison; principes delà moralité; piiFicipes de la théologie. Comme l'on 
voit, c'est un programme entier. 

On ne saurait donc dire que la science des sociétés est une science 
contemporaine. Elle était née à la fm du siècle dernier sous la plume 
d'un savant qui lui donnait pour base l'histoire naturelle de l'homme (1). 

La haute position de lord Kaimes ne donna que plus de poids à sa ma- 
nifestation polygéniste ; trois œuvres parurent à la fois comme si elles se 
fussent donné le mot pour lui répondre, trois œuvres qui font époque dans 
l'histoire de l'anthropologie : la dissertation inaugurale de Blumenbach 

(1) Henry Home (lord Kaimes ou Kames), Sketches on the histonj of man, V^ édlt. 
in-4 en 1774, 2^ en 1778, autre en 1796, autre en 1819. J'ai consulté les deux dernières. 



nn ciiAi'iiitK 111. 

sur la Diversité nalurelle du ycnrc huuiain publiée à (id'llin^ue en 1775, 
la ilissorlalioii inauj;urale de John Hunier sur les Variétés humniufs i)arue 
i\ Kdinihour^ la ujôine année, et la /oologie gétxjra/Jtiijuf i\e E. H. (î. Ziin- 
merinann parue à Leyde en 1777. A la première lecture les trois sont 
très rernaniuables et à chacune était réservé un grand succès si les deux 
autres n'eussent été pul)liées en luùnic temps. A un second examen, c'est 
le livre de John Hunier (jui j)er(l ;\ l.i comparaison, puis celui de Zimmer- 
mann. el l'on donne la j)alme au livre de Blumenhach, dans lequel se 
dessine l'ébauche d'un prof^ramme complet de l'anthiopologie. La iJi- 
vej'sitt' naturelle de lllumenbacli a du reste été suivie d'une seconde, puis 
d'une lroi>ième édilion, s'augmciilaiit et se perfectionnant, tandis que 
Zimmermann et Hunier n'allèieut pas au deli\ en anlhropologje. 

Obligé de me reslreindie, je laisse à regret les Variétés huiuaiues de 
Hunter (1) et consacrerai une page à Zimmermann. 

F. II. C;. Ziinmeniiaiin, professeur de Zoologie î\ Hrunswich, (pTil ne 
faut pas cnnfcjudce avec le médecin J.-U. Zimmermann vivant ù la môme 
époque, publia en 1777 une géographie zoologique en trois volumes dont 
le premier article ou chapitie est consacré à l'homme. Les espèces, à l'ori- 
gine, ont eu chacune un cantonnement propre aucjuel elles convenaient. 
Mais les unes en petit nombre, favorisées par leur organisation, étaient 
natuiellement cosmopolites et afl'ronlèrent sans trouble l'action des mi- 
lieux, tels (lue l'espèce humaine. Les autres en grand nombre semblent 
par leur organisation destinées au contraire à rester dans ce cantonne- 
ment. En sortent-elles, trois causes agissent sur elles : les climats, la 
nourriture et l'esclavage, et les font dégénén-r. 

L'homme primitif était blanc et avait les cheveux bruns, il occupait 
au centre de l'Asie l'un des endroits habitables les plus élevés du globe, 
une grande bosse, d'où sortent les chaînes de montagnes. Là il se mul- 
tiplia, des familles en descendirent et cmigrèrent en diverses directions 
où elles formèrent des colonies et se plièrent aux climats. La taille et la 
couleur surtout se sont modifiées. Les Germains d'autrefois étaient plus 
grands parce (pi'ils prenaient des bains, menaient une existence rude et 
^ buvaient de l'eau; leur taille moindre aujourd'hui prouve qu'ils ont dé- 
généré. Le froid aussi a une action sur la taille, il l'augmente ou la di- 
minue également, témoins les Patagons el les Lai)ons. Les belles formes, 
les traits distingués sont l'ellel des climats doux et tempères. La couleur 
noire des nègres vient du soleil (jui leur a grillé la peau. Les Portugais 
qui s'établirent au quatorzième siècle aux environs du Sénégal ne peu- 
vent à présent être di>tingué> des nègres. Les juifs d'Abyssinie sont deve- 
nus tout noir.«>. La peau s'est cnduirie chez les nègres au point (|ue leuis 
cheveux sont obligés de s'enrouler pour se fi'ayer une \o'ic au dehors 

(1) John Muiitcr, Dissertnlio cnticu (/ujrdntn de hominum rarictatihus et Imium causis 
exf one/ii. Edimbourg, I77i. — Disiertalton sur les vanctés humaines et les causes Je ces 
VO' irttfs. 



niSTOIilQUE. — ZIMMERMANN. 57 

(de Paw). Le nez du nègre est épaté parce que dans le pays des llotlentots 
les mères dilatent les narines de leurs enfants avec les doigts (Kolbe), 
on que dans le golfe de Guinée les femmes portent les enfants sur leur 
dos le nez appuyé sur leur échine (Barbot). Quelles que soient les expli- 
cations, il n'est pas douteux que ces changements se sont produits 
après le départ de leur cantonnement primitif. 

Cette diffusion s'est faite par quatre courants : un premier passa entre 
les monts Ourals et le Caucase et peupla l'Europe; un second, au nord, 
se répandit en Sibérie, dans les Kouriles et en Amérique ; un troisième se 
porta vers l'Arabie et les Indes, et s'allongeant vers l'Afrique, produisit 
les nègres; un quatrième enfin à l'est donna naissance aux Chinois et 
aux Coréens. C'est une explication des quatre races de Linné. 

Je ne quitterai pas Zimmermann sans rapporter un mot de lui. Le 
système de classification des animaux de Linné n'est pas celui de la 
Nature, dit-il, mais il est bien préférable au système de « l'ataxie totale » 
deBuffon(l). 

Biumenbach, auquel nous arrivons, est, après Buffon, la plus grande 
figure de l'histoire de l'anthropologie. Quelques-uns l'ont mis au premier 
rang, nous ne partageons pas leur avis. Buffon avait soixante-huit ans et 
publié la totalité de son Histoire naturelle de Ihomme et des quadrupèdes^ y 
compris les voluQies correspondants du Supplément lorsque Biumenbach, 
âgé de vingt-cinq ans, passa sa thèse sur la Diversité naturelle dti genre 
humain. Buffon avait une étendue de vues que n'a jamais possédée Biu- 
menbach. Ce dernier était un Daubenton, si l'on veut ; il s'inspire de Buffon 
et le complète. La succession de ces deux genres d'esprit était nécessaire 
pour assurer l'entier développement de la science naissante. Après eux on 
pourra dire que l'anthropologie est désormais fondée. 

Il faut distinguer, il est vrai, dans Biumenbach deux hommes absolu- 
ment différents. L'un est le naturaliste du dix-huitième siècle qui, jeune 
encore, a écrit la première édition, la seconde, on peut même ajouter la 
troisième édition d'un livre excellent où il résume avec talent et mé- 
thode les travaux de ses maîtres et qu'il augmente peu à peu. L'autre 
est l'auteur des Décades cranioimm dont la publication, commencée avant 
la fin du dix-huitième siècle, se termina loin dans le dix-neuvième 
siècle. Ce dernier appartient à notre propre siècle, il commence l'école 
des Van der Hœven, Vrolik, Baer, Lucœ, Welcker en Allemagne. C'est 
de Biumenbach, l'auteur de la Diversité naturelle du genre humain, celui 
dont quelques-uns ont prétendu faire le fondateur de l'anthropologie mo- 

(1; F. H. G. Zimmermann, Geographiœ zoologicœ quadrupedum domicilia etmigruiiojies 
sisteits. Lugd. Bat., 1777, traduction française de l'ariicle sur l'iiomrae. Cassel, 1784. Le 
traducteur est anonyme et ajoute des réflexions, tirées d'une Anthropologie comparée^ dit- 
il, qu'il a mise plusieurs années à rédiger, qu'il a perdue par accident et qu'il ne peut 
recommencer. Ses réflexions montrent que ce qu'il entendait sous ce litre devait être le 
parallèle de l'iiomme et des singes. 



58 ciivriTUF. m. 

(K'rne que nous voulons parler. IJi lui nous ne voyons qu'un con- 
linualeur direct de Liuné, ranatunusle développant la partie technicjue 
de la vaste science que sous le nom d'histoire naturelle de l'hoinnie, 
Ituiinii venait de .séparer de rhist(»ire naturelle générale. 

Hluinenbach est né à (iollia en 17r')!i et mourut à (iii'llinf;ue, professeur 
d'analomie, en ISâO. 11 lut laini de Sennueriug à l'université d'Iéna et 
l'élève de llallei' à l'université de tlollingue. Le sujet de sa lliése inaugurale 
lui fut ins[)iré par une le(;on (ju'il entendit « sur l'honiiue, d'après la 
douziènie édition du Si/stenm jintm^r de Linné ». Ses œuvres sont les 
suivantes : 

{" De yencri^ humant varictate nativa, thèse inaugiiiale, titie (|ui a été 
rendu comme il suit, par son traducteur franc^ais Chardel : Vunité du 
genre humain et de .<c>- carte lis ; \)'dv Flourens : Vanité de l'espèce humaine ; 
par Hendyshe en anglais : la variété naturelle de Chumanité. Pour éviter 
toute ambiguïté avec l'idée de « variétés » ou d'autres, nous préférons 
et adoptons : la diversité naturelle du (jenre humain. La première édition 
parut en 1775, la deuxième en 1781, la troisième en 171)5 1). 

2" Les Contributions à l'histoire naturelle doni une série parut en 180G el 
une autre en 181 1. 

3" Les Ihcadrs crantonnn qui ont fait sa réputation de cràniologiste, 
publiées, les cin({ premières livraisons, de 17'JU à 1808, les suivantes en 
18:>() et 1828, la dernière en 1873. 

4" Diverses monographies anthropologiques en 1784, 1833, etc. 

Pour comprendre IMumenbach il faut examiner son œuvre sous les 
aspects suivants : 1" les conditions dans lesquelles il s'est servi du mot 
anthropologie ; 2° le plan mélhoilique qu'il a suivi et qu'ont adopté à son 
exemple les anlhropologistes de nos jours ; 3° sa fai^'on d'entendre l'es- 
pèce, la race, les règnes organisés dans leur ensemble et les classilica- 
tions ; 4" la méthode descriptive qu'il a inaugurée pour les caractères et 
les types ; 5" son rôle conmie cràniologiste. 

Le mot anthropologie est ancien et a toujours signifié, entre les mains 
des philosophes ou des savants, l'étude de l'homme (de avOpwTio;, 
homme et Xoyd;. discours). Aristole, comme on l'a vu, désignait sous le 
nom (lanfhro/jolofjues ceux qui dissertaient sur la nature morale de 
l'homme. Au seizième siècle il reparaît dans le mCme sens. Ku 1501, 
Magmis llundt écrit un volume sous le titre de Anthro/fologia^ de homi- 
nis diyni/ate, nalura et prop) wtutibus. En 1533 et Lj'.JG (laleazzo (lapella 
et Gasmann Olho en publient d'autres sous le ujOme nom à peu près et 
dans le même sens. Dans le même seizième siècle il appaiait dans une 

(1) Ulumonbacli (Fr.-J.), De generis humant varietate nativa, Gœttingue, !'• édil. 177.'), 
•I" édil. 179.'». — (.Ijardcl, i'rulé du genre humain et de se* vanétes, par Ulumenbacli, 
trad. fr. sur la .i* édil. précédcnie. Pari», ISOH. — IJiMvres nnthi oyolixjiques complrles de 
Blumcnbacli, iraduci. angl. par .M. n»'iid)»hc (Thomas^ publiées par ïhe Anthropolofjical 
Societi/, Lundoo, 1S(;:». 



HISTORIQUE. — BLUMENBACII. [)9 

autre acception, il concerne l'homme physique, Anatomica seu anthropo- 
hgia, dans un livre de JcanUiolan.Dansle dix-huitième il revientfila syno- 
nymie de « description du corps et de Tïlme ». Pendant la seconde moi- 
tié surtout il est très répandu dans la langue philosophique de l'Allema- 
gne. 11 s'applique i\ tout ce qui touche l'homme et sert de titre à une 
foule de livres : Anthropologie médicale et philosophique, par Platner, 
i772; Anthropologie physio(inomomque, par Maas, 1791. Kant partage son 
cours de philosophie i\ l'université de Kœnigsberg en deux parties : 
l'hiver il professe « l'anthropologie », et l'été « la géographie physique ». 
En France et en Angleterre il figure dans une foule de dictionnaires tou- 
jours dans le sens de description du corps et de l'âme. En 1772, Diderot 
et d'Alembert le définissent un « traité sur l'homme ». En 1778 un ou- 
vrage h. Lausanne porte le titre de : Anthropologie ou science générale de 
Vhomme. En 178i le traducteur de Zimmermann, ainsi qu'on l'a vu dans 
la note de la page 57, se servait des mots d'anthropologie comparée, dans le 
sens que Broca plus tard donna à ceux d'anthropologie zoologique. C'est 
en 1795 que Blumenbach en fait usage par deux fois dans la préface de 
sa troisième édition dédiée à sir Joseph Banks. Son mérite n'est donc 
pas d'avoir émis le mot dans son sens actuel, mais de l'avoir appliqué le 
premier avec justesse à l'ensemble des matières dont il traitait dans son 
livre (1). Rudolphi, auquel Barnard Davis a fait honneur du premier em- 
ploi exact du mot, ne vint que seize ans après (2). 

Le second point sur lequel nous devons nous arrêter est la façon dont 
Blumenbach divise et subdivise ses matières, c'est-à-dire comprend le 
programme de l'anthropologie dans ses parties fondamentales. Nous n'a- 
vons pas fait autrement depuis. 

Il partage son sujet en quatre parties : 1° le parallèle de l'homme et 
des animaux et en particulier des singes; 2° les différences constatées 
chez les animaux au sein de l'espèce et leurs explications par la dégéné- 
ration (c'est-à-dire par l'action des milieux); 3° les mêmes sujets trans- 
portés dans le genre humain ; 4° les conclusions : cinq variétés humaines 
_principales, une espèce. La ressemblance avec la manière actuelle de 
considérer l'étude de l'homme s'étend jusque dans les détails. Les diffé- 
rences entre les hommes ou les animaux sont distinguées par lui en exté- 
rieures et intérieures, physiologiques, psychologiques et pathologiques; 
chaque caractère est étudié en lui-même, puis dans ses formes les plus 
tranchées ou, comme on dit aujourd'hui, dans ses formes typiques oppo- 
sées, et enfin associé à d'autres caractères pour constituer le type de race. 

Le troisième point est sa façon de considérer l'ensemble des règnes 

(1) James Hunt, Discours annicersuire, p. xcn, in AiitJir. Review, avril 18Go. — Bcndyslie, 
Histoire de ronthro^jolor/ie, p. 300, vol. I, Méin. Soc. antlir. de Londres. — Georges Pou- 
chet, Les études anthropologiques in Revue positive, ISd't. — Topinard, Anthropolof/ie, 
ethnologie et ethnographie^ ^. l'jO, 223, 300, 302, in Bull. Soc. Anthr. de Paris, 1878. 

(2) Rudolphi, Beiti âge zur Antropologie und allger/ieine Nalurgeschichte. Berlin, 1812. 



00 CIIAPITIIK III. 

organisés, les classifications, l'ospèri' et sa caractérisliiiuf. l.'iiléc de 
gradation dans la nature, de conlinuité entre les groupes ou d'une 
sorte do chaîne, ne paraît pas conforme aux faits; il y a des classes 
entières et des genres (pii sont séparés des voisins pai- des sauts, des 
hiatus; ce sont là des hypothèses qui se bornent à faciliter l'étude. Un 
système de classification propre à soulager la mémoire est nrcessaire, 
mais il doit se rapprochei davantage du système naturel. L'espèce ue se 
reconnaît pas aux résultats fournis par l'accouplement, mais aux carac- 
tères (prelle présente lorscju'on ne peut les attribuer ;\ la dégénération. 

Cette délinition nouvelle de l'espèce ouvre la porte aux discussions, 
car celte origine est précisément ce qu'il y a de plus difficile à déter- 
miner. Tel caractère est-il primitif ou accpiis, voilà ce (jui dislingue l'es- 
pèce de la race. On comprend dès lors l'acharnement des parties adverses 
à discuter son mode de production par les milieux, à chercher des preuves 
pour ou contre. Suivant la réponse on est conduit au genre ou à l'espèce 
humaine, c'est-à-dire à l'unité ou à la pluralité des races humaines déjà 
tant discutées à l'époque où nous en sommes et discutées davantage 
encore dans le siècle suivant. 

La hivcrsitr nalnn Ile de Dlnincnl)acli est en réalité consacrée en entier 
à celte (piestion ({u'il pose en ces tei-mes : « Le genre humain est-il 
composé de variétés ou d'espèces? » et n'est (ju'un plaidoyer dans le sens 
de l'unilé. 

Aiipai a\aiit il établit les différences entre l'homme et les singes qu'il 
résu uu' ain'^i : 

L'homme seul est appi'oprié à rallilude liiprde. La longueur de ses 
mciiibics inférieurs, la disposition des o> du taise, la vigueur des mus- 
cles du mulU't, la poitrine non comprimée sur les côtés, les clavicules qui 
maintiennent se> membres supérieurs écartés, le bassin large et dépiimé, 
le développement des muscles fessiers (1), la direction du jet de l'urine 
en avant chez la femme, tout est en rapport avec cette attitude. 

L'homme seul a réellement deux mains, ainsi (juc l'a déjà dit Aristote; 
seul il a un pouce bien développé. Ses dents sont rapprochées, de môme 
niveau; ^es incisives inférieures sont verticales, son menton fait une 
saillie. L'homme est moins velu que les singes. 

La membrane hymen est le i)ropre de la femme, question bjrt discu- 
tée alors, sur laquelle Buffon a écrit un chapitre charmant. 

L'os intermaxillaire, autre (|ueslion très agitée de ce temps, mauiiue- 
rail (iuv. l'iinuime. ('amper est absolu à cet égard; c'est l'un des argu- 
ments doutée servit Vésale pour établir (jue (îalien n'avait disséqué que 
le singe. Vicq-d'Azyr est d'avi> contraire. IJlumenbach n'est pas très 

(I S}»ioj»ol a (lit : « I/liominf est W- seul animal (|ui s»' ti<'iinf roiuinodc-incnt assi.-*. 1.- 
si'ul '|ui ail di's fesses am|.les et cliariuins, cIIch sont alor.n coiiinm un coussin étendu sous 
lui afin i|ue, pouvant sans poino garder celte attitude, il abandonne plus entièrement son 
ânw \ la ronlcmplaiion de la divinité. 



HISTORIQUE. — BLUMENBACIl. 61 

affirmatif et il a raison, car il est prouvé aujourd'hui que l'homme comme 
les animaux possède un intermaxillaire, mais se soudant de bonne 
heure, en sorte que chez l'adulte et môme chez la plupart des enfants, il 
est invisible ou du moins réuni ;\ la mâchoire supérieure. 

Des caractères anatomiciuos, Clumenbach passe aux caractères physio- 
logiques, et ici encore il signale une foule de distinctions curieuses. Je 
n'en indique que quelques-unes. L'homme présente la particularité cu- 
rieuse, en rapport avec son attitude bipède, d'ôtre le soir d'un travers 
de doigt plus petit que le matin. La nature n'a pas limité, chez lui 
comme chez les animaux, à une époque la faculté de se reproduire. Le 
llux menstruel est propre aux femmes, etc. 

Sous le rapport psychologique, « la raison, c'est-à-dire la faculté qui 
rend l'homme souverain de tous les êtres » et le génie inventif, sont au 
nombre des attributs propres à l'homme. Franklin a dit : « C'est un ani- 
mal faisant des outils » {tool making animal). Enfin il a la parole, seul il 
rit et pleure. 

Blumenbach terminepar l'examen des maladies propres à l'homme sui- 
vant la méthode que nous avons dite. 

Chose digne de remarque, Blumenbach, pas plus que Linné d'ailleurs, 
quoique Aristote l'ait indiqué, ne parle.du volume considérable du cer- 
veau humain. 

La conclusion de Blumenbach est que les mammifères se partagent en 
dix ordres, dont le premier est formé par les bimanes ne comprenant que 
l'homme et le second par les quadrumanes. Tous ont remarqué avec 
étonnement qu'il qualifie ensuite le groupe humain de genre, quoique 
sa conclusion plusieurs fois répétée est qu'il forme une espèce ; c'est qu'il 
n'attachait pas à ce mot la valeur qu'on lui accorde aujourd'hui. 

Nous ne dirons rien du chapitre II, pour passer au troisième, qui com- 
mence ainsi : « Après avoir considéré chez les animaux les causes et les 
modes de dégénération en général, je vais en faire l'application aux variétés 
de l'espèce humaine. » Tous les caractères y sont passés en revue, dis- 
cutés, décrits. Aucune des variations de couleur, de visage, de taille, de 
proportion du corps, etc., que nous avons rencontrées, dit-il, quelque 
considérable qu'elle paraisse, n'a de valeur absolue, toutes se fondent 
par degrés les unes dans les autres, et la classification des races qui en 
résulte ne peut être qu arbitraire. 

D'où sa proposition finale : « Les nuances insensibles qui rappro- 
chent toutes les variétés humaines, les causes et les modes de dégéné- 
ration analogues observés chez les animaux domestiques, ainsi que 
les applications de la physiologie et de la zoologie à la description de 
l'homme conduisent à cette conclusion : les variétés connues du genre 
humain se rapportent à une seule et môme espèce. 

C'est la troisième édition de la Diversité naturelle que nous venons de sui- 
vre. Dans ses publications ultérieures, Blumenbach ne varie pas. En 1807, 



62 CHAPITRE III. 

dans SCS CuiitriOutionsù l'hisluire naturelle, il cunlinuc à s'élever contre la 
gradation dans les ôtres, contre l'absence de sauts, et à faire reposer la 
notion de l'espèce non sur la fécundilé, mais sur les ressemblances 
physiques et physiologiiiues. Nulle part du reste il ne se reporte à l'o- 
rigine première des choses, et ne se livre à des suppositions fantastiques 
sur l'endroit de la terre où auraient pris naissance l'homme et les ani- 
maux, comme c'était la mode en ce teujps. En 1800, il professe môme 
(juc (il' nombreuses espèces ont disparu dont les débris se retrouvent 
dans les terrains géologiques, et (|ue de nouvelles se sont produites 
depuis Adam, et il cite les hydatides récennnent découvertes par Mal- 
pighi dans le cochon domestique et (|ui n'existaient pas chez son ancê- 
tre le cochon sauvage; et les Iiytlatides de l'homme nées forcément 
après lui. 

Parlant de l'espèce de coquillage appelé le Murex, (jue Voltaire préten- 
dait disparue depuis l'antiquité, et de la plante nouvelle la Peloria 
découverte par Linné qui, ;\ cincpiante ans, avait jeté le trouble dans 
les convictions du grand natnrali>li', jus(iu'à le l'aire se demander si 
l'espèce n'est pas dérivée du genre, IJlumenbach met spirituellement 
ces paroles dans la bouche de llaller : « De telles erreurs ne sauraient 
être acceptées, les athées s'en empareraient, enchantés de prouver 
l'instabilité de la nature, l'apparence d'une espèce se produisant, et la 
prétendue extermination des anciennes espèces ; cela ne peut être, car 
du jour où l'ordre disparaîtrait dans la matière, il disparaîtrait dans l'or- 
dre moral, et la religion bientôt aurait le môme sort. » « Non, répond 
Blumenbach, la nature est plus solide que cela, elle ne tombera pas 
en morceaux parce qu'unie espèce se sera éteinte et ({u'une nouvelle 
aura surgi. » 

Blumenbach n'est donc pas resté l'ijrlhodoxe pur {i(jnt les monogé- 
nistes se plaisent à invoquer l'autorité. Bud'on, avec ses idées synthéti- 
ques sur la création progressive des espèces, l'était peut-ôtre davantage, 
même dans sa période réputée moyenne; le mot de Nature dans sa pensée 
était synonyme de Dieu suivant l'usage d'alors, ce qui faisait dire :\ Diderot: 
<« Souviens-loi (jue Dieu n'est pas la nature. » 

A viai (lire, Linné est le seul savant systéniali(iuement croyant, 
encore ne fut-il pas sans tache. Le mot orthodoxe est tout relatif, il s'aj)- 
plique à ceux qui font entrer en ligne de considération d'autres élé- 
ments que ceux de la science. Mais allez au fond des choses, vous ne 
tnjuverez pas de véritable savant (pii puisse maîtriser à ce point son 
activité cérébrale. Il se tait, il n'en pense pas moins; il faut ôtre bien 
f(ji l pour ne lien laisser échapper de sa pensée intime. 

I»reml«T«' clasMlflcation dos races liuiuuines. — Avant (l'insister SUr la 
classilicalion (ic> races de niuniciib.icli (jui, pendant un siècle, est de- 
meurée classique, il nous faut dii-e (juehpies mots des essais qui l'ont 
précédée. 



HISTORIQUE. — PREMIÈRES CLASSIFICATIONS DE RACES. C3 

L'un des premiers classements de ce genre se présente en dehors de 
notre monde occidental, chez les Chinois. Suivant le père Amyot, ils 
avaient rangé les populations connues d'eux en cinq groupes, d'après la 
couleur: une race violette pâle, une tirant sur le jaune, une couleur 
chair (?), une blanche et une noire. Dans l'un de ces groupes devaient se 
trouver les blonds et les roux maintes fois signalés dans les annales de 
Uoang-No, de :200 avant à 2U0 après notre ère. 

Une répartition plus célèbre en quatre races basée sur le môme carac- 
tère est celle qu'indiquent les monuments égyptiens. Les Rot ou Égyp- 
tiens, peints en rouge avec les traits actuels des Fellahs du Nil; les Namu, 
figurés en jaune avec un nez aquilin, répondant aux Asiatiques ; les Nashu, 
noirs, représentés avec des traits négroïdes et des cheveux laineux; et 
les Tamahou (ou hommes du nord, suivant M. Faidherbe), représentés 
blonds avec des yeux bleus (1). D'autres nuances cependant sont indi- 
quées sur ces monuments, par exemple le jaune, le rouge, l'acajou, 
associés à des traits nègres et des cheveux laineux. 

Peut-on considérer comme un document suffisant le classement des 
peuples qui ressort des dixième et onzième chapitres de la Genèse, c'est-à- 
dire de l'arbre généalogique des descendants de Noé : Japhet ayant donné 
lieu aux peuples du nord, Gham à ceux du sud-ouest, et Sem aux Arabes 
et Israélites? Faut-il, ainsi que les auteurs des Types of mankind, voir 
dans chacun des individus mentionnés le représentant mythique d'un 
peuple différent. Dans ce dernier travail il y a une vaste érudition, une 
profonde connaissance de la langue sémitique, mais aussi beaucoup 
d'imagination et une certaine torture des étymologies et dérivations de 
mots. Sous ces réserves, les conclusions des Types of mankind se présen- 
tent avec toutes les apparences de la raison. Le savant historien de la 
Genèse ne connaissait qu'une partie du monde, il a classé et relié d'une 
façon généalogique, conformément à ses connaissances restreintes, les 
peuples qui intéressaient les Juifs; mais il a laissé de côté les nègres 
notamment, qui ne comptaient pas pour lui et n'étaient que des 
esclaves (2). 

Le premier essai, non de classification, ce terme qu'on emploie avec trop 
de facilité, mais de détermination des sortes d'hommes pour rester dans 
l'esprit du mot employé par l'auteur, est de François Dernier, d'Angers, 
qui, en 1G84, après avoir parcouru une grande partie de l'ancien conti- 
nent, rapporta le projet suivant de distribution des peuples qu'il avait 
rencontrés (3). Nous le résumons brièvement : 1° les habitants de l'Europe 

(1) Nott et Gliddon, Types of mankind or Elhnological researches...^ 1""* édit. Philadelphia, 
1804. — 10' édit. Philadelphia, 1871, part. II. Le dixième chapitre de la Genèse, p. 44G-71G, 
carte suivant la Genèse^ p. 552. 

(2) V7ie nouvelle division de la terre, d'après les différentes espèces de races d'hommes 
qui ihaôitent, envoyée par un fameux voyageur à M. *** à peu près en ces termes, in 
Journal des Savants du 2i avril 1G84. 

(3) Piètrement, Sur les blonds des »ionuments égyptiens, in Bull. soc. anthr,, Paris, 1883. 



t)4 CllAl'llKK 111. 

et (le l'Asie occidenlale jusqu'au Tuikt'>lan et au fiante, on laissant de 
côté les Moscovites et les Lapons; ils sont blancs, dit-il, sauf les Arabes, 
les Berbers, les Kpyptiens, les Perses et les Indous, dont la coloration fon- 
cée est accidentelle et due au s(»leil; 2" les nt'^'res de rAfritjue, dont la 
couleur est naturelle; 3" les Asiatiques orientaux, (jui ont le teint vérita- 
blement blanc, le visat^e aplati, le nez épaté, des yeux de cochon, une 
petite taille, et (pii inainiuent de poils au visage, description sommaire 
mei veilleuse ; i" le-^ Lapons, mais dont il n'a vu que quatre échantillons. 
Quant aux Améiicains, il ne les conn.iîl pas, et se boiiie ;\ dii-e (ju'ils res- 
semblent le plus aux Européens. 

Le second essai e^t de itradio^ en ITJ! I ; c'est la méthode diclKdo- 
miqiie de Linné (ju'il emjjloie, avant même ({u'elle n'eût été exposée par 
le naturaliste suédois. Le j)remier caiactère adopté est la couleur, le 
second est tiré de la nahire ou de la (piaiitilé des cheveux. En voici le 
tahh'au : 

\ avt'C l)arl)c Kuropéciis. 

Blancs • . , » • • 

I sans barljc Aincricains . 



aux ciicveux druits Ahysssiiis. 

aux cheveux laineux Nègres. 

liiO'rniodiains Mulatrrs, 



Noirs ] 

(au 



Ce qu'il importe de remar(iucr ici, c'est la race ncjire, aux cheveux 
droits, d(''j;\ indicjuée pai" Héi'odote, que les classificateurs, après Hiadley, 
n'ont pas remarquée, et (jui ne reparaît plus lard ({u'avec Huxley. 

La division de Linné en (juatie races semble avoir été établie i)ar la 
couleur de la peau ; mais en y regardant de près, il est évident qu'elle l'est 
par un ensemble de caractères, ainsi (pie nous l'avons montré. Elle ne 
fit,'nre (ju'à partir de la deuxième édition du Sijsteuia natinse. 

IbiU'on aurait divisé riiumanilé en six races, suivant Hlumenbach; c'est 
une erreur. BufTon n'a jamais indi(iué un nombre exact de races, elles 
étaient trop mal délimitées pour lui et trop subordonnées aux milieux, 
pour ([u'il s'engage à ce point. Si l'on suit sa description, il est aussi 
facile d'en reconnaître huit, dix, quinze que six. 

Dès lors les essais de partage des races humaines se multiplient. Eixle- 
ben, professeur à Gceltingue, en admet v\m\ : les Lapons, les Tartaies, 
les Européens, les Africains et les Américains, à la suite, évidemment, 
d'une lecture de Bullon. Kant quatre: les Européens septentrionaux dus 
au froid humide, les Américains dont dérive le Kalmouck, dus au froid 
sec, les nègres dus au chaud humide et les Indous provenant... sans 
doute <lu chaud sec. Zimmermann (juatre, répondant aux quatre versants 
du plateau central de l'Asie, par lesf(uels se sont écoulées ses quatre mi- 
grations primitives. .Meiners deux : la blanche et belle et la noire et laide. 
Metzer deux aussi. Leibnitz quatre. John llnnter sept, etc. 

(1) Braill<*y, A fihitosofJncal account of tUe woiks of Satior, in- i, London, 17*21. 



HISTORIQUE. — PREMIÈRES CLASSIFICATIONS DE RACICS. 65 

La division des groupes humains en un coitain nombre de races ou 
d'cmbianchenienls, étaient ù ce moment, comme on le voit, à 1 ordre du 
jour. Ce qu'il y a de singulier, c'est que le besoin s'en manifestait surtout 
chez les nionogénistes; et que ce n'est pas le chiffre de trois, comme 
plus lard avec Cuvier, qui était le plus répandu, mais celui de quatre que 
Linné avait mis en vogue. 

Avec Blumenbach, c'est le nombre cinq qui le remplace. Un dénom- 
brement des variétés humaines, dil-il expressément, est iinpossible. En 
effet, pour lui il y a une souche unique, la race caucasique, dont les 
autres sont dérivées pai- dégénération : deux d'abord, la mongolique et la 
nègre, et entre elles deux autres formant la transition, l'américaine et la 
malaise. D'où cinq variétés fondamentales dont une foule d'autres seraient 
issues à leur tour par dégénération. Blumenbach n'arrive pas d'emblée à 
ce résultat. Dans la première édition de sa Diversité naturelle, il se rallie 
à la division en quatre races de Linné, sauf qu'il en modifie la répartition 
en se guidant sur celle de Bernier, les Lapons de celui-ci étant remplacés 
par les Américains. Dans la seconde il ajoute les Malais, ce qui porte 
son chiffre à cinq. Dans la troisième, le seul changement de quelque 
importance porte sur la dénomination de variété caucasique, qui eut 
si longtemps cours dans la science, et remplaça la dénomination d'ew- 
ropéoiue. 

En somme sa variété caucasique comprend les habitants de l'Europe 
moins les Lapons et les Finnois, ceux de l'Asie occidentale jusqu'au 
Gange et les habitants du nord de l'Afrique, tous blancs [colore alùo). Sa 
variété mongolique comprend les Asiatiques occidentaux, les Lapons, 
Samoyèdes et Esquimaux [colore gilvOj gris cendré). La variété éthiopique -/ 
porte sur les nègres d'Afrique (co/o?'e /msco, brune). La variété américaine 
embrasse tous les indigènes de l'Amérique moins les Esquimaux [colore 
cuprmn, cuivre rouge). La variété malaise, réunit les Malais et les Poly- 
nésiens [colore badio, bai, basané). Mais de l'une à l'autre toutes sortes 
de groupes établissent la transition. Ainsi, « tandis que les véritables Poly- 
nésiens sont pâles de couleur, grands, et ont des physionomies difficiles 
à distinguer de celles des Européens, une race mêlée à eux, mais de teint 
semblable à celui des mulâtres, de taille moyenne, ayant les cheveux 
laineux, se rapproche des indigènes des îles du Sud, parmi lesquels ceux 
des Nouvelles-Hébrides en particulier se fondent avec les Papouas et les 
Australiens, lesquels à leur tour forment la gradation vers la variété 
éthiopienne. » 

Isidore G. Saint-Hilaire dit que Blumenbach fait reposer ses distinct 
tions de variétés principales ou de races sur la couleur. La question est 
douteuse: dans la première édition il dit bien que c'eist le caractère le 
moins trompeur, mais dans la troisième il avertit qu'un ou deux carac- ' 
lères ne peuvent caractériser les variétés humaines, et qu'il faut en con- 
sidérer davantage à la fois. 

TopiNARP. — Anthropologie. ^ 



66 CHAPITHK 111. 

liéthode (learriptHe. — Ce qui iioiis conduil à examiner la méthode 
ilesciiplive inaugurée par lUnmenbach, d'abord ponr nn caracière qnel- 
concjne etenNnite ponr nn ensemble de caractères, ilii'n n'est plnsdiflicile 
et n'e.xige anlant de tact et de savoir-faire en anthropologie, liliimenbach 
semble avoir atteint nne perfection telle (jue ses descriptions sur le vivant 
ou sur le crâne, méritent encore d'ùtre prises pour modèles. Un a per- 
fectionné, mais on n'a pas fait mieux. Kn voici un exemple au hasard : la 
couleur de la peau, le premier caractère (ju'il décrit. Je traduis : 

« Quoiijue la couleur de la peau semble passer par des nuances innom- 
brables du blanc de neige de la fille européenne au noir le plus intense 
de la négresse de Sénégambie.., on peut en réduire toutes les variétés à 
cin(i classes (types) : 

1° i.a couleur blanche lient la première place, telle qu'elle se rencontre 
chez les Kuropéens. La rougeur des joues est presque particulière à celte 
variété, en tout cas elle s'observe à peine dans les autres races. 

2" La >econ(le est la jaune ou la teinte olive, une sorte de couleur inter- 
médiaire à celle du grain de blé et des oranges cuites ou du zeste dessé- 
ché de citron. Très commune chez les nations mongoles. 

3" La couleur cuivrée ou bronzée, c'est-à-dire orange foncée ou une 
sorte de rouille, ayant une certaine ressemblance avec Técorce en pondre 
(le la cannelle ou l'écorce de tan. Presque spéciale aux Américains. 

4° Loulcur basanée, intermédiaire à la couleur de l'acajou frais et à 
celle d'œillels défraîchis, ou encore de la châtaigne. Commune dans la race 
malaise et chez les insulaires des archipels du Sud. 

'i** Kniin le brun foncé allant jus(ju'au noir de goudron, fréquemment 
observe chez le p('Ui)le éthiopien. » 

Je transcris encore la description du second caractère : les cheveux. 
(( Leurs dilférences peuvent se réduire i\ quatre variétés : 

1" Les premiers sont d'une couleur brune ou cendrée passant par degrés 
d'une part au jauniltre, et do l'aulie au noir absolu ; souples, longs et 
ondulés, comnu' parmi les nations de l'Lurope tempérée, 

-2" Les seconds sont noirs, raides, droits et rares, comme dans les races 
mongoles. 

3" Les troisièmes sont noirs, en boucles, épais et exubérants, comme 
dans les îles du Pacifi(|ue. 

4" les derniers sont noirs et crépus, comparables i\ la laine du mouton. 
Communs chez les Ethiopiens. » 

Je rejjrotluis enfin comme exemple de desciiption plus complexe, ce 
i[[\\ regarde les cinij sortes de visage répondant aux cin(| races humaines 
principales : 

« 1" Face ovale, dioile, les traits modérément marcjués. Front airondi. 
Nez étroit, légèrement recourbé, en tout cas assez haut. Os malaires non 
proéminents. Houche petite; lèvres, particulièrement linférieure, agréa- 
blement accentuées. Menton plein, rond. [IX. caucasique.) 



HISTORIQUE. — PREMIERS ESSAIS DE CRANIOLOGIE. 07 

î2° Face large, et en môme temps aplatie et déprimée. Traits confus. 
Intervalle entre les deux yeux plat et large. Nez aplati. Joues habituelle- 
ment arrondies, se projetant en dehors. Ouverture palpébrale étroite, 
linéaire; yeux bridés. Menton assez proéminent. (R. mongolique.) 

3° Face large, mais non aplatie et déprimée. Joues proéminentes. Traits 
vus do prolil plus profondément découpés. Front bas. Yeux excavés. Nez 
un peu relevé, mais proéminent. (R. américaine.) 

-4° Face étroite, proéminente dans sa partie inférieure. Front bas, ridé. 
Yeux proéminents, à fleur de tête. Nez épais et à moitié confondu avec les 
joues, épaté. Lèvres, spécialement la supérieure, pleines et gonflées. 
Mâchoires écartées, menton fuyant. (Nègre de Guinée.) 

o° Face moins étroite, assez proéminente dans sa partie inférieure. 
Vus de profll, les traits sont plus détachés et proéminents. Nez plein, assez 
large, empâté et épais (en bouteille). Bouche grande. » (Insulaire de la 
mer du Sud.) 

Premiers essais de crâuioiog^ie. — Il nous reste à parler des descrip- 
tions crâniologiques de Blumenbach qui, par leur netteté et leur 
concision, sont toujours dignes d'admiration, quoique une foule d'ou- 
vrages analogues aux Décades cranioi^am aient paru depuis. Mais aupa- 
ravant il nous faut jeter un coup d'oeil en arrière, sur les débuts obscurs 
de la cràniologie et sur le rôle qu'ont joué Daubenton et Camper à 
son origine, quelques années avant la thèse inaugurale de Blumen- 
bach. 

Les premiers aperçus relatifs à la cràniologie anthropologique remontent 
à Vésale. La remarque d'Hérodote qu'il y a des crânes sans sutures (crânes 
séniles) et que les crânes des Perses sont plus minces que ceux des Égyp- 
tiens, ne mérite guère d'être rappelée. 

La théorie des formes anormales, deGalien, s'appuyant sur l'examen dé 
crânes d'animaux, n'a pas plus d'intérêt. Ces formes résultent, prétendait- 
il, de la soudure de la suture transversale de la voûte. S'agit^l de la suture 
antérieure, les fosses frontales s'effacent; s'agit-il de la postérieure, ce sont 
les bosses pariétales ; une moitié seulement d'une suture transverse est- elle 
soudée, la bosse correspondante du même côté seule est atteinte. Fallope 
n'eut pas de peine à réfuter cette doctrine. 

Yésale, au contraire, marque une époque lorsqu'il dit que la tête des 
Génois, et plus encore celle des Grecs et des Turcs, donne l'image d'un 
globe, tandis que que chez les Belges elle est oblongue et que chez les 
Germains elle est comprimée à l'occiput, ce qu'il explique très bien par 
le décubitus dorsal des nouveau-nés dans le berceau, les mains attachées 
sur les côtés et le corps emmailloté. Évidemment Vésale a entendu ici la 
déformation inconsciente produite par le berceau, sur laquelle MM. Broca 

l Guéniot ont appelé l'attention en 1874 (1). Mais cet aperçu resta isolé 

r Revue d'Anthropologie, 1875, p. 3Gi, De la déformation oblique ovalairc des non- 
'-au- nés. 



6s ciiM'iTiu-: m. 

et l;i (M'Aiiiolo^ie pondant lon^'leinps ne fut (pic l'osléologic du cr;\ne < liez 
l'inilividu, IclU* (|M«» lacomprcnnent les médecins. 

Cependant, «lès l'année i^Olt, la pensée d'appliciiier les iiiNliiinuiiN de 
précision i\ la mensuration des dimensions du crAne avait pris naissance 
chez un homme cpie la lillétalure, la géolnj^'ie, l'histoije naturelle et 
rindu>trie réclament tuul ;\ la fois, chez Homard «le l*nlUN.>, le célèltie 
|)()tier. (Vi'st dans une dissertation philosopliicjue et humoristiiiue, sous 
furnïe de dialogue (pi'il émet cette pensée. Vcjici le passage : 

« Quoy voyant il me print envie de mesurer la leste d'un lutrunn' jxMir 
SQavoir directement ses mesui'es,et me semble «pie la sauterelle, la règle 
elle compas me seroient fort propres pour cest adairc, mais (juoy (pTil 
en soit ie n'y sceu iamais tioiivcr une mesure osseuse, parce que les 
folies (jui estaient en ladite test liiy faisaient changer ses mesures I i. » 

La réalisation de cette idée ne fut tentée qu'en lOOO par Mpi^ei. (jui sur 
cette base, chercha à grouper les formes du ('r;\iie. Il admettait (pialre 
diaméties : un [)remiei', facial, allant du front au menlon; un second, 
transversal, d'une tempe ;\ l'aulix'; un troisième, vertical, du veitex au 
trou occij)ilal; un (pialrième, oblique, du vertex à l'apophyse masloïde. 
Lorscpie ces (jualie lignes sont égales la tète serait bien pr(q)ortionnée c'est- 
à-dire ronde. Les changements dans la première donnent lieu aux forme:^ 
longue ou courte. Les changements dans la seconde conduisent h la lèle 
large ou étroite. Les variations dans les deux autres engendrent les tO-les 
hautes, basses, acuminées. Cette tentative ne maïKpie pas d'une certaine 
valeur, la tôte bien proportionnée est la moins motivée (2). 

C'est aux ci'Jïnes artificiellement déformés (pie S|)igel applicpie son 
Système, du re»te d'une façon très limitée. L'allention i\ ce moment se 
portait sur ce genre de crAiie (piOn avait un»' disposition à croire, dan-* 
CCI tains cas du moins, naturel ;\ (piebpies races. On se rappelait la di's- 
cription des Macrocépliales d'Hippocrale ; peut-être connaissait-on celle du 
crâne déformé des llun^, de Jornandès. I^es indications de Vesale sur le- 
crânes déformés dès le berceau, sur ceux observés chez les Moscovites 
avaient été relevées par quehiues-uns. Cependant la question faisait peu d 
progrès, quoifjue les crânes du l^Mdu commençassent à être connus. L 
ppjîtnière descri|)tion scientifique de liin d'eux n'eut lieu (ju'en I7'»() j 
Hunault, sur un ciâne deCaïaïbe. 

Pour trouver une première application sérieuse de la crâniométrie, il 
faut arriver en 17G4 à nniihenfon, le collaborateur de Cuvier; ce fut en 
faveur de la zoologie (juClle se produisit. Le trou occipital, dit-il, est silué 
au milieu de la base du crâne chez l'homme, un peu p(?u plus en arrière 
chez le singe et, n(jn plus à la base, mais sur la late postérieure chez les 

(1) « neceitc vériuhlc par laqucllo tous les hommes do la Francn pourront apprendre 
k multiplier et à tugmenier leurs irôsora, > npusculo pul)lié en l.'ifi.l, In tlEuvres rf< 
Hfrnav'l df i'alissy, Pari». 1844, p. 93. 

(7) Spigel, De humani corp. fahr., édil. Van der Linden, Amsielod, iCiâ. 



e 
a 






HISTORIQUE. — DAUBENTON. 00 

animaux venant ap^^s. Le crâne formant une sorte de globe arrondi, il en 
résulte qu'en se portant en arriù-e, le trou occipital se relève par son bord 
postérieur et finit chez les carnassiers et pachydermes par être vertical. 
De h\ une inclinaison du plan du trou occipital fournissant un excellent 
caractère distinctif. Mais à quoi rapporter ce plan prolongé pourse rendre 
compte de sa direction? Daubenton choisit arbitrairement une ligne allant 
(lu bord postérieur du trou occipital (opisthion deBroca) à la racine du nez. 
J/angle ouvert en avant que forme ces deux lignes mesure donc l'incli- 
naison du trou. Il est, disait Daubenton, de 3" chez l'homme, de 37" chez 
le Sapajou jaune et l'Orang d'Angola (Chimpanzé), de 47*^ chez le Maki, 
de 80' environ chez le chien et de 90" chez le cheval (l). Mais Daubenton n'a 
jamais dit comment il s'y est pris pour mesurer cet angle, et les crânes qu'il 
a figurés, penchés sur le côté, n'éclairent en rien à cet égard. Broca, 
ainsi que nous le verrons plus tard, a remédié à ce défaut et a donné à 
l'angle de Daubenton une valeur précise. 

Cependant le crâniométrie ne date en réalité que de l'année 1770, lorsque 
Pierre Camper, l'un des savants les plus universels de son temps, exposa 
ses idées à l'Académie de dessin d'Amsterdam sur « les différences que 
présentent les proportions de la tête suivant les peuples et sur la façon de 
la reproduire par le dessin ». Mais du premier coup elle s'élève à une 
grande hauteur en se mettant au point de vue delà comparaison du vivant 
avec le crâne et instituant la seule méthode qui réponde à cette indication : 
celle des projections. On ne connaît en général de Camper que son angle 
facial, et on le comprend fort mal. Son véritable titre à la reconnaissance 
des anthropologistes, c'est cette méthode à laquelle il fut conduit acces- 
soirement par ses recherches comme zoologiste, et essentiellement par ses 
goûts artistiques et le désir de comparer les œuvres réalistes de son temps 
avec les œuvres classiques de l'antiquité. 

Pierre Camper naquit à Leyde en 1722 et mourut à La Haye en 1789. 
Malhéma-ticien, philosophe, artiste, médecin, zoologiste, géologue, zoo- 
technicien et homme politique môme, il était universel dans le domaine 
dessciences d'observation. Iln'a pas fait d'ouvrage de longue haleine, mais 
il a écrit sur tous les sujets. Nous ne citerons que les œuvres qui nous 
touchent : un mémoire magistral sur l'Orang outang en dix chapitres, le 
sixième consacré à la comparaison avec l'homme, une introduction et 
deux appendices ; un mémoire sur l'origine de la couleur chez les nègres ; 
un mémoire sur le beau physique dont nous aurons plus tard l'occasion 
de donner des extraits; et son célèbre mémoire non sur l'angle facial 
comme on le dit, mais sur la méthode des projections appUquée au crâne 
et au vivant. 

Un trait le peint : Un de ses élèves prétendait qu'il n'y avait plus rien à 
étudier et que les matières à dissertation étaient épuisées : une opinion 

(1 Daubenton, Mémoires sur les différences de tu situation du trou occipital dans 
riiomme et dans les animaux. C, R. de l'Acad. des sciences. Paris, 17G4. 



70 



CIlAPITRi: III 



(ic jt'unc iK.miin'. Avfc raison il r.'-pond (lu'cnln' les maiiis d un travail- 
leur ayant l'esprit (l'analyse et d'observation il y avait niatit rc ;\ mémoire 
dans tout, fût-ce un soulier, un sabol. Mis au déll il se ujet ;\ l'feuvre et 
rt'vit>nt avec un travail considtMable sur La meilUnre fin-me à dimner aux 
souliers, dans le(|uel, commen(;ant par l'anatomie du pied et la physio- 
logie delà marche, il passe aux lésions qu'cFi^'endrent les chaussures mal 
faites ou exigées par la mode et termine paidcs conseils aux «oidonniers, 
sans oul)lier chemin faisant rhisloii(|ue de la question. 

Le seul de ses mémoiies aucjuel nous voulions nous airrler porte le 
litre suivant : /Jissertaiion sur /es tiif/'rrenres que présentent /es traita du 
visage r/iez /es /lonunrs des di/fcn-tils /jui/s t't (/e di/férenis ('kjcs, et sur /e /jeuu 




ir.f 



Fig. 4. — PO, larRPur maximum du ciùdp. M\, larccur maximum du visapo au niveau 
dos os ma'airos. NU, largeur 8upôri«Mirc' du visap; ou biorbliaire oxtornc. UV, lar^t-ur 
itjforifute du visan»* ou hiaiiKulainî do la niàcliuiro iiifori«'urc. iCfS dotiominaiions n" 
trouvent pas dans Campor, les luiin's soulos y indiqunit It-s points de repère.; 



qui carnctrrise /es statues ayUiques ri /rs pierres f/rarées, snlrierrune nnuvr/le 
méthode pour dessiner toutes sortes de têtes lunnninrs nvrr /a plus (fraude s>',- 
reté. Camper en conçut l'idée en iTCK, il la commnni(iua eu 1770 à l'Aca- 
démie de dessin d'Amsterdam, vers 1777 ;\ l'Académie des sciences de 
Paris, et la développa dans ses cours jus(ju';\ sa mort. Ce mémoire ne fut 
cependant publié qu'en 17î)l, deux ans après. Son litre >eul prouve que 
Camper sadressait essentiellement aux artistes et (jue la rej)ro(iuction 
de la tôte par le dessin était son objectif. Voici, en ellet, comment il y lut 
conduit : 

A l'Age de seize ans, il eut à copier wuv ligure de nègre dans un tal)leau 



niSTORIOUE. 



CAMPER, 



71 



de Van der Tompel et fut très étonné de la fa^on arbitraire dont elle 
avait été exécutée. Il remarqua que c'était la règle générale chez les 
artistes de négliger les difléronces de physionomie de peuple i\ peuple. 
Dans une gravure de Jean do Witt représentant un marché Israélite, pas 
une ttHe ne rappelait les traits juifs bien connus. Dans le tableau de Ru- 
bens, de V Adoration des Mages^ et dans ceux où le Guide, Cari Marate, 
Seb. Ricci, ont traité le même sujet, les nègres ont les traits d'un Européen 
noirci. Les graveurs Cornélius Vischer et Albert Diirer seuls avaient repré- 
senté de vrais nègres. Il songea donc à un moyen permettant aux 
artistes de saisir les différences entre les diverses têtes et les crânes, les 
deux étant inséparables pour Camper, et de les copier avec exactitude. 




Fig. 5. — ND, ligne horizontale d'orientation dite de Camper, ou auriculo-spinale. MG, 
ligne faciale ou de la physionomie dite de Camper, ou fronto-dentaire. GS, ligne 
faciale inférieure ou mento-dentaire. WXD, angle facial, dit de Camper (1). MGS, angle 
des maxillaires. EF, hauteur ou projection verticale totale du crâne avec la mâchoire 
inférieure. EC, hauteur ou projection verticale sus-auriculaire. CF, hauteur ou pro- 
jection verticale sous-auriculaire. XD, projection horizontale totale du crâne ;NG, pro- 
jection horizontale antérieure. CD, projection horizontale postérieure. 



« Albert Diirer, disait-il, donne trop de largeur à ses figures parce qu'il 
regarde avec les deux yeux; pour avoir l'emplacement et la formeexacte 
des parties, il faut faire tomber son rayon visuel rectangulairement; avec 
les règles ordinaires de l'optique, les parties sont rendues difformes.» Le 
moyen fut le châssis en bois, dit de Camper, dans lequel se croisent des 

1) La lettre X ayant été oubliée i 1 intersection des deux lignes MG et ND, en avant de K, 
je m'exprime comme si elle y était. 



-2 CllMMTllK 111. 

lils liansversaiix .1 Nciti.Miix ;\ l'aitle desquels on (.pt^re ce qu'on appelle, 
en style d'alelier, la iuim' au eairé. De là :\ insLM'iie la lùle ou le crâne 
obtenu sur le papier (ian^ un reclanj^le, à l'aire passer (piehiues lignes 
paralkMes et verticales i)ar certains points, à tracer une ou deux lignes 
langt'ules aux parties saillantes du |)r(.lil et :\ chercher en angles el mesures 
proporlionnelles la valeur des parties, il ny avait (luun pas. 

M.iis ce |)as conduisait droit i\ la niélhode des projections si eniplovi^e 
aujourd'hui. Le point de départ de celte nictlinde. c'est une bonne oiien- 
lalion de la lOte ou du cr;\iie, identi(iue dans tous les cas atiti (pie les dif- 
férences soiei»t comparables. Camper, comme de raison, oriente la tùle en 
artiste, lui d(.nnant ratlilude la plus naturelle, et ce n'est (|u'au bout d'un 
certain temps (ju'il ivmariiua (pTalors deux |)oiuts de la li^'iire de |)r(dil se 
trouvaient -t'mMalement situés sur nue même ligne horizontale soit: le 
centre du tiou auditif et le bord inlériein- des narines sur lo vivant, le 
luôme trou aii.linr n Icpine nasale sur le cr;\ue (l). Les deux iigures ci- 
coiitre représentriit rmic la vue de lacede Camper avec les diverses lignes 
ijifil v traçait, l'aiilrc sa nuc de prolil. 

Caiiip.-r. |)ar la, a l'oiulc la ciAiiiometrie et en particulier la méth.xle 
dite géomélri(pie ou des ijrojections. Spigel auparavant avait imaginé la 
méthode ordinaire, mais sans y insister; le naturaliste de Leyde a d'em- 
blée iuli(.(liiil la méthode des rapports et des angles, et sut faire parmi eux 
un choix très sagace. Dans son mémoire posthume sont donnés (luelques 
rapports de IcMes et de cii\nes d'animaux, d'enfants el dadultes de plu- 
sieurs races. Nous nproduisuus à titie (rexemple, ceux indiqués pour le 
crdne nègre. 

Figure de face [Norina f<i<i>ilis\ 

Hauteur totale : largeur maxiinuni du crâne ou il! : l'O :: 21 : '20. 
Larg.'ur maxirmiiu du ( ràiic : largeur niaxiiuuu) de la face ou l'O : MN ;: 20 : 18. 
Largeur n.axiunim de la lace: largeur lu-oi hilaire exlenie ou MN : WV :: is: LL 
Largeur iiiaviniu.u de la lace : largeur de la inàrhoire nderieure aux angles 

ou MN : VC :: is : l2. 
Inlcrvulie orbilaire : largeur du wci a sa hase ou \A : Ll- :: 3 : i. 

Figure de profil {^'u|■^n'^ lutinilis). 

Pn.j.'(li(.n liori/ontale antérieure : projection horizontale postérieure 
ou NC : CD:: 7 '/,: 8. 

(1) Alborl r.Un.r, d-ux siècles et d.-mi avant, avait pris pour lipne horizontale d'orien- 
l.li-.n delà lôie. la lipne m"« V^^»'' P^»" '«^ ♦"^'''^ ir.fcri.'ur des i.aiiiieH et I eviremnô infé- 
rieure «lu lobule .le loroille. Sans vouloir empiéter sur ce «|ue nous aurons à dm* plus 
lard, rrconnai^sons .|u .-H.' eM plus exact.' MUO c-ile de Camper, «|Ui relevé nn p. u la lue. 
AllMTi l)ur.-r uvail m.-ine d.-nx li^n-s lanKenies au visa^- . '|« '' .-"PP-lail h>a,sa,.les : 
la supéri.-ur« Lmn- nie au front, au d..H Cl à IcxirémilO d.i nei, linfoiicnre iing.M.ie au 
meulOM ..t aux d.-ux lèvres Huperi-ures. l/un de» labuaux de mon cours a CIO n^pr-tlml 
d'ap.ès le Trai.ô de^ proporiions, d.; Dur.'r. en vue d- mon.rer ceu.- dispoMUon ^Alb.-rt 
D.r.T, De la ,,roporli..n (Us forlis ei }.o>,iCirn,ti dei cvr,-^ humants. T.ad. fran^. de 
L. Maiurci, P^n» loJl. Édiliou originale, en lô.S). 



HISTORIQUE. — BLUMENn.XClI. 73 

Projection verticale sus-auriculairo : projection verticale sous -auriculaire 

ou KC : CF :: 8 : ii. 
Angle facial, dit de Camper, à la rencontre de MG etdeiND en avant de K = 70'', 
Angle des maxillaires ou MGS :=; !20°. 

Camper se préoccupait des proportions de la tôte vue de face ou de 
prolil, dans toutes ses parties et de l'inlluence que les variations de l'une 
d'elles ont sur le tout. Mais le plus important à ses yeux était le degré de 
développement des mâchoires qu'exprime l'inclinaison de la ligne fa- 
ciale sur la ligne horizontale d'orientation. Cette inclinaison, disait-il, a 
chez l'homme de dilférentes races un maximum et un minimum compris 
entre 70 et 80°. Tout ce qui a plus est fait d'après les règles de l'art et 
tout ce qui a moins donne au visage une ressemblance avec les animaux. 
D'un côté, au-dessous de 70° on a l'orang, puis le singe, le chien et enfin 
un oiseau, la bécasse dont la ligne faciale est à peu près parallèle à l'ho- 
rizontale, c'est-à-dire dont les mâchoires s'allongent au plus. De l'autre, 
on a lantique jusqu'à 100° (I). Il est singulier, remarque-t-il, que les ar- 
tistes grecs aient choisi ce maximum, tandis que les meilleurs graveurs 
en pierre fine chez les Romains se sont arrêtés à 95°. 

Camper, en somme, a travaillé pour les artistes qui l'en ont récompensé 
en donnant son nom à son angle facial et lui faisant une popularité. Les 
naturalistes ont contribué également à ce succès, mais pour un autre 
motif très juste, que nous dirons plus tard. Quant aux anthropologistes, 
ils ont admis la valeur de l'angle de Camper jusqu'au jour où ils y ont 
regardé de près, mais ils ne se sont aperçu que dans ces derniers temps 
que le véritable service que leur a rendu Camper est d'avoir inauguré la 
méthode des projections en cràniométrie. 

Terminons avec Blumenbach. La mensuration n'est qu'un des moyens 
de la cràniologie ; la méthode descriptive en est un autre, que les médecins 
ont commencé par appliquer à l'étude des os du crâne pris en particulier, 
puis à celle du crâne dans son entier, et que les anthropologistes ont en- 
suite adapté à leurs vues propres, pour comparer soit l'homme avec les 
animaux, soit les hommes de différents types entre eux. 

Or, Blumenbach est le premier qui dans l'observation et la description 
au point de vue anthropologique, ait établi une règle dans la façon de 
procéder. C'est dans la deuxième édition de sa Diversité naturelle qu'il 
l'expose et dans ses Décades craniuvurn qu'il en fait l'application. 

Cette règle est connue sous le nom de Aorma verticalis. Elle consiste 
à placer plusieurs crânes sans leur mâchoire inférieure sur le sol, de 
manière que tous leurs diamètres transverses du front soient en ligne, à 

(1) Il est certain, ajoute-t-il plus loin, que la nature ne produit pa« de pareilles tètes, et 
jo suis persuadé (|ue les Grecs, ni lt;s Perses, ni les Égyptiens n'en n'ont jamais rencontré 
de sembliibies dans les individus de leur p;<ys. 



74 CIlAlMTnF 111. 

les considérer de >a prupre liaiilciir pai- leur fact' siipci iciiic, et ;\ les 
conipartM" ainsi. 

Uapprochéo de la description de quelques autres caractères qui ne s'y 
prêtaient pas, elle a donné naissance aux ensembles sommaires des Décades 
craniorum dont voici un exemple pris au hasaid paiiiii les plus courts : 
la description du crAno kalmouck. 

H Caractères principaux. — Face aplalie, vertex d«''primé, ses os saillants 
de chaque cùté. Os tiu nez très petits, inclinés pre>que verticalement. Ar- 
cades sourciliéres ;\ peine marcjnées ; lacine du nez si peu déprimée que 
la lipne du front se continue avec la li^ne du pez par-dessus la glabelle 
aplalie en présentant une courbe à peine sensible. Ouverture desnaiines 
très petite. Fosse malaire très plate. 

(I Autres observations. — Trou occipital étroit, (^ondyles occipitaux 
aplatis. Apophyses mastoïdes très faibles. » 

.%nii(<uuM> comparé»* «leti rac«»s liuiiiainoM et anf liroponiétrie. — Lo 

complément de la crâniométrie, c'est l'anthropométrie dont l'usaj^e a 
fait le synonyme de mensuration du corps et du squelette. Mais la crA- 
niométrie réunie à la crAniologie n'est elle-même qu'une partie de l'ana- 
tomie comparée, science très générale dont nous avons suivi le dévelop- 
pement après Vésale, en môme temps que de la zoologie générale et des- 
cri[)tive, et dont nous devons à présent reprendre la portion qui regarde 
spécialement l'homme et ses races sous le nom d'anatomie comparée des 
races humaines. 

Les médecins se sont fait une spécialité de l'anatomie de l'homme, ils 
l'ont poussée aussi loin que possible à tous les points de vue, mais ils 
n'ont jamais considéré que l'individu et ont agi comme si tous les hommes 
étaient construits sur un type identique. Ce type qui est celui du genre 
humain, ils ne l'ont pas ccjmpan'' avec celui des animaux et ils se sont 
inquiétés encore moins de ses divergences dans les races. Cette partie, 
très intéressante, à peine cultivée de nos jours même, sauf pour quelques 
organes comme le cerveau et le squelette, appartient en propre A l'an- 
thropologie. 

Du (juinzième siècles î\ la fin du dix-huitième elle n'a rien donné. Ilio- 
lan Mis (iis>^é(iua le corps d'un Maure, Winslow celui d'un Hsquiinau, 
Alexis Litlré un nègre, Meckel deux nègres au moins. Camper deux autres 
nègres, etc.; mais aucune observation spéciale ncw résulta, et ce n'est 
qu'en 17So, avec le célèbre mémoire de Scemmering sur le Nègre com- 
paré i\ riùiropéen, (jne l'analoinic comparée des races humaines piil 
nais^aïKf. 

^(■•niineriiiic «.-'■'.) iiaijiiit à Tliorn cil 1755. Ses recherches, dit l'aulcur 
de sa biograj)hie «lans le /Jirdontuiirr (le< scicnres mrf/tcaieSf ont beau- 
couj) d'analogie avec celles de Camper; mais venant ;\ une époque où la 
science avait fait plus de piogrès, elles sont poussées plus loin. Ses 
(iMivi-es intéressant |)arlieiilièrenien( l'anlliKipologie sont un mémoire sur 



niSTORlQUE. — WIllTE. 75 

la Base de lencrphale, publié à Gœtlingue en 1778, et un mémoire sur le 
Nègre comparé à VEiiropéen^ publié à Francfort en 1783 (1). 

Dans ces travaux (2), il passe en revue chez le Nègre et l'Européen et, 
i\ roccasion, chez les animaux les principaux organes et spécialement la 
t«>te et le corps revêtus de leurs parties molles, le crâne, le bassin et le 
reste du squelette, en trace le premier parallèle étendu et, chemin faisant, 
doune pour le cerveau, le crâne et le bassin, des mesures qui ouvrent la 
voie dans ce genre de travail. Partout il découvre des différences chez le 
Nègre dont l'exactitude a été reconnue, quelques-unes même sur lesquelles 
on n'a pas insisté depuis. Sa proposition principale, celle qui a le plus at- 
tiré l'attention des contemporains, c'est que le cerveau est plus grand 
chez l'homme que chez aucun autre animal par rapport au volume des 
nerfs qui se détachent de sa base, et que les nerfs de la base chez le Nègre 
sont plus gros, ce qui place celui-ci dans une position sériaire intermé- 
diaire à l'Européen et aux animaux. Sœmmering n'osant se fier à une ou 
deux pesées de cerveau qu'il avait eu la bonne fortune de faire, en déduit 
que le cerveau du Nègre doit être pus petit, ce qui est vrai. Les quelques 
mensurations du crâne auxquelles Sœmmering s'est livré chez l'Européen 
et le Nègre comparativement se réduisent à un diamètre longitudinal et 
un diamètre transversal. 

Un semblable parallèle du Nègre et du Blanc dans toutes leurs parties 
successivement, tant intérieures qu'extérieures, a été repris par Charles 
White à Manchester (3). Partant de la théorie de Bonnet (4), que les êtres 
organisés comme les êtres inorganisés se répartissent dans la nature sui- 
vant un série linéaire et continue comparable aux degrés d'une échelle, et 
d'une démonstration à laquelle il avait assisté, dans laquelle le docteur 
John Hunter mettait en ligne une suite de crânes d'hommes et d'animaux 
pour montrer qu'entre eux il y avait une gradation ininterrompue, White 
admit, puis démontra, que le Nègre est, sous le rapport de la transition 
de l'Européen aux singes, l'échelon intermédiaire. 

C'est en arrivant à la comparaison des membres supérieurs, c'est-à-dire 
à la longueur relative du bras et de l'avant-bras, qu'Aristote le pre- 
mier a donnée comme plus grande chez le singe que chez l'homme, 
que White fut amené à entreprendre une suite de mensurations métho- 
diques. 

Çà et là. quelques mesures avaient déjà été prises sur le cadavre, sur le 

\\\ s. -T. Sœmmering, De bass. encephali. Gœttinguc, 1778. 

;'îi leher die ko/ter Ucfie Verschie'IenheU des Negers von Europaer, par le professeur 
Sœmmering, Frankfurt et Mainz, 1785. 

(:3) An account of the requlur Gradation in Mon and différent animais and vegetahles^ 
and from the former to the latter, par Charles White, in-4°. London, 1709. 

4) Voici la partie supérieure de l'Échelle des êtres naturels, de Bonnet : 

Homme, orang-outang, singe, quodriippdes, écureuil volant, chauve-souris, autruche, 

oiseaux, etc , se terminant, en passant par les plantes, les pierres, etc., par : Eau, air, 

feu, matières plus subtiles Charles Bonnet, Œuvres d'histoire naturelle et de philosophie. 
Neuchâtel 1779, 7 volumes . 



7rt ''IIAI'ITHK 111. 

sciuoletlt*, sur \v vivant. Je nu* bonjc ;\ citer uno doiizaiuf dt» mesures 
par lU>lIin, le inédeciu de ri'Xpétliliuii de I.apeyi-ouse, sue deux Mongols 
et deux Américains ; mais aucune drducticjn d'ensemble n'en était ré- 
sultée. 

Les mensui-atii»ns de Wliitc ijoitaienl sur 12 s(iueli'ltes : '.) Kniupéens, 
1 N^gre, 1 Anllnupnidc. \c célèbre py^'inée de Tvson et le singe, et sur 
(j'2 >ujets vivant>; \2 ICnropéens et 5U .Nègies. (^(juime longueur du bras 
il prenait avec un compas d épaisseur de la (lépre»ion sous-ariiuuiale 
l'époudant ;\ la lèle de riinmérus au sommet de rtdécrAne, l'avant-bras 
étant tléclii à angle droit, (lomme longueur de l'avant bras il prenait le 
cubitus, de l'cjlécrdne :\ l'apopliyse slyloïde. La première mesure n'était 
pas régulièi'e, mais il n'y avait pas (rineon\<''nienl à ajouter réj)aisseur de 
l'olécrAne pui^iue, di>ail-il, les Européens et les Nègies sont mesui'és 
dan> les mêmes conditions. Le résultat fut constant, les Nègres avaient 
lavant-bras plus long; ce qui les place par ce caractère, sur lequel Broca a 
insisté plus lard, entre l'Européen elles singes. ^Vllile ne rencontra qu'une 
exception, mais en dehois de sa série, sur un scjueletlede l'iiopital Saint- 
Barlhélenjy, i\ Londres, dont les proportions étaient celles de l'Européen. 

Mais ce (ju'il y a de cuiieux, c'est que non seulement White n'a pas eu 
recours aux moyennes, mais ({u'il ne semble pas même avoir calculé ses 
rapports. En comparant des sujets à peu près de même taille, dit-il, j'ai 
toujours trouvé l'avant-bras du Nègre plus long, (juoi qu'il en soit, White 
doit par là être considéré c(jmme le l'ondaleur de ranthropomélrie en 
l'année 17î)',l. 

Enfin une dernière branche de l'anllu'opologie prit naissance avant que 
l'heuie du dix-neuvième siècle n'eût sonné. L'homme zoologique et plus 
particulièrement physique était cultivé par les naturalistes et par les 
médecins ; l'homme social, déjà distingué parKaimes, devint l'objet d'une 
Société spéciale, la première fondée alléiente à l'anthropologie : la So- 
ciété des observateurs de Chou, m*;, née sans doute en ITDÎ), et dont Jaudret 
fut secrétaire général. Le mol d'ethnographie, né quelques années après, 
n'y était pas pi-ononcé, mais le |)lan C(unplel de celle branche importante 
en était tracé dans une Inslruclion aux voyageurs, piéparée spécialement 
poni- Haudin et Levaillant, (jue la Société publia en 1^0!J. Celle inslruc- 
lion remarquable et étendue a été reproduite, in-ejctensa, dans le volume 
de 18.S.J de la Itevue d^nit/iro^^id'ujir, j)age l.'i2. Elle s'inspiie des idées 
philanlhropi(jues et naturalistes (jue les éciils de llousseau et la des- 
cription de la Nouvelle-Cythère (Taïli) par Hougainville, avaient mises 
en vogue (1). 

(1) J.-M. I)ôf?prando, nionibro de l'Instiiut, Consxdératiun<i sur les viéf/iodes à suiire 
ffai'S l'observation U»s peuples sauvdqes. Evirait drs proci^'s-verbaiix d<'S séances de la 
Société d«s observuttiurH de riiiin)ine. (leiliHc conforme, '28 fru lidor an Mil, par 
L.-K. JaiifTret, si'Ciciair»; pi-rptiuel de la Société. 

'• La sci»M)ce de riiomnio, y est il dii, est une science nalurcllr. une sciencf dubsjT- 
vaiioii, la plus noble de toutes, s 



HISTORIQUE. — TROISIÈME PÉRlOnF:. 77 

Elle établit que rethnographie, dont l'existence et les développements 
sont subordonnés au succès et au nombre dt-s voyageurs est, en tant 
que science spéciale, d'origine fran(jaise. L'Angleterre, avec Kaimes 
pouvait seule lui contester l'honneur de cette création; mais Kaimes 
s'est occupé plutôt des sociétés, qui ne sont qu'un des aspects de l'his- 
toire naturelle des peuples. 

Conciu!«ioii5«. — Arrivé au terme de notre seconde période, Tannée 1800, 
nous sommes en droitde conclure, ainsi que nous l'avonsannoncé au début 
de cet historique, que l'anthropologie était à ce moment déjà fondée dans 
ses parties essentielles. Elle n'était pas encore admise à parler haut, ceux 
de ses adeptes qui s'écartaient de la doctrine orthodoxe rigouieuse, 
passaient volontiers pour des athées, des perturbateurs, mais elle exis- 
tait. Elle était en possession du nom qui lui appartient, synonyme d'his- 
toire naturelle de l'homme ; de ses trois aspects, l'homme, les races et les 
peuples; de ses distinctions d'étude, les caractères physiques d'ordre 
analomique ou morphologique, les caractères physiologiques ordinaires, 
psychologiques, ethnographiques et même sociologiques; de ses moyens 
de recherches, l'anatomie comparée, la crâniométrie, l'anthropologie, et 
enfin de ses grands problèmes à résoudre, la place de l'homme dans la 
nature, son origine simple ou multiple, la relation de ses races avec le 
groupe total et leur mode de formation, les lois du progrès social dans ses 
rapports avec l'organisation des hommes, etc. 



CHAPITRE IV 

HISTORIQUE (suite) 

De 1800 à 1859. — Suite et fin de la discussion des moiiogénistes et des polygénistcs : Cu- 
vier, Pricliard, VViseman, Virey, Bory de Saint-Vincent, Desmoulins, Nott et Gliddon, 
Broca — Suite des classifications de l'homme et des races humaines. 

Troisième période. — On ne suppose pas que nous donnerons autant 
de développement à cette période qu'aux précédentes. Il s'agissait de 
montrer que l'anthropologie a commencé avec les premiers essais de la 
science dans la voie de l'observation, que dès après l'antiquité elle aurait 
pu se constituer si le monde occidental tout entier n'avait été enrayé dans 
son évolution, que depuis elle s'est heurtée aux dogmes juifs s'efforçant 
de lui barrer le passage, et que néanmoins elle a vaincu et pris sa place 
légitime dans l'ensemble des sciences naturelles avant l'éclosion du dix- 
neuvième siècle. Nous n'aurons plus à présent qu'à suivre les tâtonne- 
ments inévitables de toute science en voie de consolidation et les efforts 
tentés pour l'entraîner dans des voies diverses, à enregistrer le retour et 
la persistance des passions d'ordres multiples qui l'ont accompagnée ou 



s CHAIMTHK IV. 

produite et à procéder au déblaienifnl vi i\ la pirpaialion du Uiiain mii 
lequel nous nous tiendrons ensuite. 

Au ris(|ue de laisser de côté un grand nombre de mtiiis apparlen.inl 
directement ou indirectenienl i\ la science générale de l'hoinlne ou aux 
sciences spéciales (lu'elle met eu jeu, nous ne nous attacherons plus 
(ju'au.x points foiulanienlaux. 

Kn prenner lieu, se présente à terminer la discussion des monogénistes 
et des polygéuistes qui embrasse à peu près toutes les parties de l'anthio- 
pologie et comprend les questions de l'espèce, de la place de l'homme dans 
la série animale, et de la classilication des races, discussion aujourd'hui 
close. Puis les premiers pas dans la voie brillante du transformisme (jui 
l'a remplacée à l'heure présente et a métamorphosé l'anthropologie 
comme toutes les autres sciences. Enfin une série de sujets moins 
généraux, tels que la notion de race portée sur un terrain autre que ce- 
lui de l'histoire naturelle ; l'iulluence plus ou moins durable exercée sur 
cette notion par une science nouvelle, la linguistique; les progrés de la 
cràniologie, elc. 

l>iMCUHNion «li's iiioiio^«''iiÎNt<'H <'t |»(>l>^«''iiisf es. llt>riii«>r«>M iiIi:in«'s. — A 

la suite de IhiHtin et des encyclopédistes, de Kaimes et de Blumenbaeh, de 
Hunter, de Zimmerman, de White, une sorte de trêve s'établit. L'iiurope 
ébranlée par la Révolution française était livrée à la guerre. La discussion 
reprit à la paix, au point ou elle avait été laissée. 

La partie du débat (\ui porte sur le dix-neuvième siècle se divise en 
deux périodes : l'une, anglo-franraise, dans hicjnelle le monogénisme fut 
essenliellement représenté par Prichard en Angleterre et le polygénisme 
par lludolphi en Allemagne, mais surtout j)ar Virey ^i'' édition , Hory et 
Desmoulins en France; l'aulre franco-américaine dans laquelle le polygé- 
ni!*me se lit entendre hauleujent avec les esclavagistes Notl el (îliddon 
en Amérique, Knox en Angleterre, liroca en France. 

Dans les deux périodes, le monogénisme n'eut pas d'avocat militant 
en France, mais il fut repié>enlé au Muséum de Paris par une suite de 
professeurs, en tôle descpiels l'une des plus puissantes personnalités de 
la science française, un naturaliste dont les (^)ntiibulions ù l'anthropo- 
logie seraient jugées considérables si elles n'étaient écrasées pai- la masse 
imposante de ses autres travaux, (leorges (aivier. 

t.«M.rc»-» «uWer, ur à .M( «u lix'liaid en ITd!», mort ;\ Paris en 1832, était 
charge dune éducation particulière dans le Calvados, lorsque, sur l'invi- 
lalion d'Ftienne rieoiïroy Saint-llilairc, il vint à Paris; il n'avait cpie 
vingt-cinq ans. son |)rMtecteur en avait vingt-trois. C'était \m moment 
solennel dans l'histoire; de la science fianc;iise. Le Jardin des jdanles mé- 
dicinales, fondé eu ir»2(> par Louis Mil, venait d'être réorganisé sous le 
nom de Muséum d'histoire naturelle par la Convention, en 1789, sur la 
proposition de Lakanal. Douze chaires avaient été instituées. L'une 
remontant à 1073, el destinée ;\ devenir plus tard la chaire d'anthro- 



HISTORIQUE. — CUVIER. 79 

pologie, portait sur l'anatoniic humaine et avait pour titulaire Portai. 
Trois concernaient l'histoire naturelle des animaux, l'une pour les ani- 
maux invertébrés occupée par Lamarck, l'autre pour les reptiles et 
poissons, occupée par Lacépède, et la troisième pour les mammifères et 
oiseaux, confiée à Et. Geofl'roy Saint-Hilaire âgé de vingt-un ans (1). Une 
autre chaire, celle d'anatomie comparée, remplie par Daubenton, allait 
Cire suppléée deux ans plus tard par Cuvier. Quelle phalange illustre! 

L'un des premiers mémoires de Cuvier fut publié des l'année 1795 en 
collaboration avec son protecteur et ami Etienne Geoffroy Saint-Hilaire 
(( sur les caractères qui peuvent servir à distinguer les singes » . Le principal 
de ces caractères était l'angle facial que le mémoire posthume de Camper 
venait de faire connaître, mais modifié, le sommet en étant transporté au 
bord des dents incisives. Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire ne cherchaient 
pas en effet la ligne de la physionomie comme Camper, ils voulaient la 
projection en avant du museau chez les animaux. L'attitude de la tête 
de ceux-ci n'étant pas la même que chez l'homme, la ligne horizontale de 
Camper leur devenait indifférente. Hs étaient donc dans leur droit et dans 
le vrai en adaptant l'angle facial à la destination qu'ils lui donnaient. 

L'angle facial, concluent-ils, est de 60" chez les orangs et les sapajous, 
de oO"" chez les guenons et les macaques, de 40° chez les magots et de 
30 chez les alouates (2). 

C'est dans ce mémoire, à l'aurore de la réputation de Cuvier, que se 
trouve cette phrase en contradiction avec les idées qu'il devait soutenir 
plus tard ; « Dans les espèces, ne faut-il pas voir les diverses dégéné- 
rations d'un même type? » Mais on oublie que le mémoire a été écrit en 
collaboration avec Etienne Geoffroy Saint-Hilaire ; il est probable que le 
passage est de ce dernier. 

Nous dirons plus tard l'esprit qui animait l'école si célèbre de Cuvier, 
systématiquement hostile aux idées philosophiques paraissant devancer 
l'heure où elles s'imposent forcément. Nous nous bornerons ici à quel- 
ques remarques sur ses œuvres capitales : VAnatomie comparée et le Règne 
animal (3). L'une et l'autre embrassent la totalité du règne animal, mais 
l'une et l'autre y font rentrer l'homme, en le prenant peur point de dé- 
part de leurs descriptions à chaque point de vue et procédant, comme 

(1) Ce fut Geoffroy qui, eu 1794, fit en ces termes l'ouverture du Muséum réorganisé : 
« Citoyens, le lieu où nous nous trouvons réunis, l'objet qui nous rassemble, tout nous 
prouve qu'un nouvel ordre de choses s'est établi dans ce monument des sciences. Tandis 
que nos frères d'armes vont repousser d'un bras nerveux les efforts impuissants des rois 
coalisés, et cimenter de leur sang les bases de notre République, nous, dans le silence de 
l'étude, nous allons acquérir de nouvelles connaissances afin d'ajouter un nouveau rayon 
à la gloire nationale. » 

2) Et. Geoffroy et G. Cuvier, Histoire naturelle des orangs-outangs. Des caractères gui 
peuvent servira diviier les singes. Magasin encycl. t. III, 1795. 

3) Georges Cuvier, Le règne animal thstrihué d'après son organisation pour servir de 
base h l'histoire naturelle des animaux, 4 vol., 181G, \?di\\?,. — là. Leçons d'anatomie com- 
parée, 5 vol., 1800-1805, Paris. 



80 CllAl'lTIlK IV. 

ArisloU', (le cvl humnie, le plus meiveilleiix tics aniruaux, au zoophylo 
le plus inllinp. Ciivier ayanl un vaste champ à parcourir n'a consacré né- 
cessairement à rimmrne (ju'une faible place: mais conjhicu il en a tiré 
parti ! Les faits et les idées premii^'res s'y pressent cornpacles. Uu peu 
moins conservalcui-, il eût été le plus clairvoyant des anlhropolo^istes. 

Son adu)iral)le Uiéuioire sur la l'éntia hottetitote en fournil la [)reuve. 
Abandonnant son atlilude habituelle, en présence des faits, il laisse échap- 
per des appréciations i^wo ne récuseraient pas aujourd'hui MM. Huxley, 
Vogt et de Moitillet. Kxeinples : « Ses mouvements saccadés avaient quel- 
que chose de brus((ue et de capricieux (pii rappelait ceux du singe... Son 
oreille avail du rapport avec celle de plusieurs singes... Je n'ai jamais vu 
de iHe humaine plus semblable aux singes (jue la sienne... Klle avait une 
fagon de faire saillir les lèvres tout fi fait semblable à ce que nous avons 
observé chez l'orang-outang... Sou humérus est perforé comme dans le 
genre chien, chez (jucbiues carnassiers et singes... Les caractères du 
bassin rapprochent d'une fai,'on insensible les négresses et les Boshi- 
manesdes femelles des singes... Ses énormes masses graisseuses (sa stéa- 
lopy^ic offrent une ceiliine ressemblance avec celles qui surviennent aux 
femelles des niaiulrills etpapions, etc., etc. » Cuvier ici comme toujours 
ne s'élève pas au-dessus de la description, mais sous ce rapport persoime 
ne le surpasse (1^. 

Dans l'Introduction ù son /ii'fjuc animal, Cuvier donne sa délinilion et ses 
opinions sur l'espèce, le point central vers lequel convergent toutes les 
dissidences entre les écoles diverses de naturalistes et toutes leurs dis- 
cussions (le principes : « L'espèce est la rcuuion des individus descen- 
dus les uns des aulics ou de parents communs et de ceux cjui leur res- 
semblent autant (ju'ils se ressemblent entre eux. » S(jn critérium, c'est 
l'accouplement: onjiG peut garantir une espèce (ju'autant (ju'on a soumis 
ses individus aux épreuves voulues: les vaiialions dans le sens de l'espèce 
sont maintenues dans des limites étroites; les variétés sont des subdivi- 
sions de 1 espèce ; l'espèce remonte i\ l'origine des choses. Ce sont les 
bases sur lesquelles s'affirment les classiques du commencement de ce 
siècle et le terrain incontesté sur lequel se maintinrent également les 
polygénisles : ce fait est important et ne doit pas être perdu de vue. Les 
idées de Lainank piil)lié(>> mi peu auparavant furent sans influence sur 
les discusssions des monog(''nistes et des polygénisles. La délinilion de 
Luvier était acceptée des deux ci'jlés. 

J.iuiais ccpcndanl (hivier n'intervint dans cette discussion : il la dominait 
en restant à l'écart. Le véritable défenseur de la doctrine de l'unité à celle 
époque et au delà, celui (jue le^ monogénistes invociuaient et que copie 
le plus volontiers le hictiounan-p (Cauthmitologie de la iSouvelle encyclopédie 
tliéoloyique, de l'abbé Migne, Paris, 1853, est Prichard. 

'D G. Cuvier, Mémoire sur la Vénus hoahiviane, formant l'introduction à iïlist. nai. </?» 
nnimnux,éfi Fréd. Cuvier ci f,l. fieoffroy Sainl-Hilairp. 2 vol. in-i. Paris, 1824. 



niSTORIOUE. — PRICÎIARO. 81 

Jnmo8Co>^lesPriciiardnaquit en Angleterre en 1780 et monruten 1848. 
Sa première œuvre est sa thèse inaugurale parue en 1808 sous le titre de 
De llomimun varietatibus. Sa dernière est une adresse anniversaire comme 
président de la Société ethnologique de Londres. Sa thèse, considérable- 
ment agrandie, fut réimprimée en un volume en 1812 sous le litre de 
Recherches sur Chistoire physique de Vhomme. Une 2^ édition en 2 volumes 
paruten 1826 et fut traduite en français. La [Y, sous le titre de Recherches 
sur Chistoire physique de l humanité Qn 5 volumes, non traduite en français, 
parut en 1836-37 (1). 

Prichard était médecin praticien et linguiste. Sans ôtre naturaliste à 
proprement parler, il s'inspire, au point de vue anthropologique, de 
Blumenbach, auquel il dédie la dernière édition de son livre, de même 
que Blumenbach s'était inspiré de Linné. 

Chef du monogénisme orthodoxe dans la première moitié du dix-neu- 
vième siècle comme l'avait été Linné dans le dix-huitième siècle, la diffé* 
rence qui existe entre eux montre le chemin parcouru en un siècle à 
peine. Après avoir refusé à Galilée au seizième siècle que la terre soit 
ronde, l'Église se soumit; après avoir professé avec Linné que toutes 
les espèces proviennent de l'arche de Noé, elle concéda avec Prichard que 
cette version est démentie par l'observation et que les animaux ont pris 
naissance en divers lieux. Que concédera-t-elle avant la fin de ce siècle? 
Au lieu de se traîner à la remorque de la science, ne ferait-elle pas mieux 
de progresser avec elle? Sa dignité comme son intérêt bien entendu le 
lui dicte. A vouloir arrêter un courant on arrive à être entraîné par lui. 

Voici l'argumentation de Prichard : 

Deux doctrines, dit-il, sont en présence sur l'origine de l'homme î 

1" Celle des autochtones qui explique facilement toutes les différences 
humaines, des cheveux laineux du nègre aux cheveux tombants et lus- 
trés de l'Esquimau, du visage aplati du Kalmouck aux fesses stéatopyges 
des femmes boshimanes; les diversités de langues remontant aux temps 
les plus reculés, comme si elles s'étaient formées d'une façon indépen^ 
dante ; les différences morales, intellectuelles et ethnographiques (mœurs 
et coutumes) ; et enfin ce fait étrange que chaque fois qu'un hardi navi- 
gateur a mis le pied sur une terre nouvelle, il y a trouvé des hommes 
possédant une civilisation à eux, une histoire, et n'ayant aucune connais- 
sance de nous. 

2^^ Celle de l'unité de l'humanité telle que l'enseigne l'Écriture et que 
la professait Linné. 

Voyons les animaux d'abord. Linné, remarque Prichard, s'est dit : 
Les individus d'une même famille se multiplient incessamment sous nos 
yeux de génération en génération; une seule graine de tabac donne jus^ 
qu'à 40,000 pieds ; si l'on remonte en sens contraire, les membres de cette 

(1) James-Cowles Prichard, Rcsearches into the physical history of mankind, 5 vol. 
London, 3<= édit. 1836. 

TopiNARD. — Anthropologie. 6 



H2 CnAPITRE IV. 

famille (liniinut'iit jiistiii'.^ ce (ju'nii arrive ;\ (jiielqiies couples. Ces couples 
pninilifs, ee suiil ceux (jue Dieu a lait euirer dans l'arche de Noé, et qui pro- 
venaient (le^ couj)les créés antérieurement, coiuiue le raconte la Genèse. 
Ils se sont dispersés, engendrant une postérité innombrable avec ses 
caracti^'res actuels, immuables, le^ mO'ines (|u'ù l'origine. 

Les choses n'ont pu se passer ain^i, répond Prichani, car l'ours polaire 
et l'hippopotame des tropicjues, sans j)arler d'une foule d'autres espèces, 
n'ont pu vivre sous le mOme climat avant ou après la sortie de l'arche. La 
vérité est que le déluge est la dernière révolution du globe, comme l'a dit 
(aivicr, que toutes les espèces vivantes ont péri ctqu'Mcur place il s'est fait 
une création nouvelle d'espèces s'adaptant chacune par leurs caractères 
physiques au climat dans lequel Dieu a entendu les placer. Les couples con- 
servés par Noé n'étaient que ses animaux domestiques, ceux dont il avait 
besoin et ceux qu'il avait l'habituiie d'oll'rir en sacrifice à la divinité. Kn 
un mot chaque espèce a pris naissance dans des endroits divers de la terre 
et s'est irradiée de là aussi loin que le lui ont permis ses facultés de loco- 
motion et les moyens de transport. 

En se reportant à l'homme, le raisonnement suivant s'impose donc. S'il 
ne forme qu'une seule espèce, il a pris naissance en un point unique 
du globe. Qu'on prouve que toutes ses migrations le ramènent à un point 
central unique, et l'unité de son espèce est établie. 

l^oursuivant sa thèse, Prichard se pose la question : A quoi reconnaît-on 
l'espèce en histoire naturelle? A son origine différente de la race et à sa 
distinction par quelque caractère particulier non acquis, ne provenant 
pas de l'action des milieux et se transmettant d'une façon ininterrompue. 
Toute espèce présente des variations (la variabilité limitée de Cuvier oppo- 
sée à l'immuabilité de Linné, ce qui prouve la distance de l'orthodoxie 
linnéenne à l'orthodoxie prichardienne). Ces variations sont individuelles 
(transitoires) ou permanentes. Les variations permanentes sont les races. 

Par conséquent, pour savoir si un groupe zoologique quelconque est une 
espèce ou une race, il faut prendre le trait(ou les traits) transmissible dans 
les deux cas, aucjuel on reconnaît ce groupe, et déterminer s'il est 
a((|uis, c'e>t-à-dire attribuable aux milieux, circonstances ou causes exté- 
rieures quelconcjues. C'est la doctrine de Blumenbach. 

Il en résulte que la solution du problème posé entre les monogénistes 
et les polygénistes se réduit à ceci : Soit un nègre; ce qui le caractérise 
a-t-il pris naissance vite ou lentement avec le temps ou est-il primitif, 
c'est-à-dire .contemporain de la création des espèces (la création de la 
Cenèse ou la <:réation après le déluge) ? Notons (jne ce caractère, malgré la 
réserve de Buffon à cet égard, doit être permanent dans une certaine 
limite, sans cela il ne caractériserait pas la race qui est une variété perma- 
nente. Cependant il ne peut Cire tout à fait permanent, car alors il remon- 
leraitàl'origine des choses et caractériserait par con?>é(|uent une espèce. La 
nuance entre l'espèce et la race, entre le caractère absolument permanent 



HISTORIQUE. — PRTCIIÂRD. 83 

de Tune et le caractère relativement permanent de l'autre est donc très 
subtile dès qu'on veut procédera la démonstration de l'une ou de l'autre. 
Dès lors Pricbard passe en revue un à un tous les caractères d'ordres 
physique, physiologique, psychologique et pathologique (comme dans la 
division des caractères par Blumenbach), étudie l'étendue de leurs varia- 
tions et leur degré de fixité ou d'instabilité chez les hommes, et les compare 
avec les caractères correspondants chez les animaux. 

En face de l'insuffisance patente du point de vue morphologique pour 
distinguer l'espèce de la race, on devait s'attendre à voir Pricbard s'em- 
parer avec bonheur du critérium proposé par Buffon, de la fécondité 
entre individus de même race et de la stérilité entre individus d'espèces 
différentes. Il n'en est rien. Il suit Blumenbach. John Hunter, dit-il, est 
l'auteur de cette doctrine (et non Buffon), mais Rudolphi lui a opposé 
un tel ensemble de faits contraires obtenus par la main de l'homme qu'on 
ne peut s'empêcher d'être ébranlé. 

En ce cas comment expliquer que les espèces se maintiennent? Il faut 
cependant qu'il y ait un obstacle à leur entre-croisement et à leur fusion. 
Par la répugnance à copuler ensemble, que témoignent dans l'état de na- 
ture les individus d'espèces opposées, répond Pricbard. Aidées par la 
main de l'homme les espèces s'unissent cependant, des hybrides quel- 
quefois fertiles se produisent, mais rien de pareil n'a lieu à l'état sau- 
vage, il ne s'y produit pas de rapprochement sexuel, et s'il a [lieu par 
hasard, les hybrides sont stériles, la lignée ne se soutient pas, elle revient 
au type de l'une des souches ancestrales. 

Se reportant à l'homme, il montre alors ses races se croisant partout 
avec facilité et donnant lieu non seulement à des hybrides, mais ceux-ci à 
leur tour et entre eux à des produits indéfiniment féconds. Exemple entre 
autres : les Griquas ou Bastards du cap de Bonne-Espérance issus de 
l'union des Hollandais avec les nègres des rives du fleuve Orange. 

En résumé, pourPrichard: l°les variétés ne diffèrent pas dans des limites 
plus étendues chez l'homme que chez les espèces animales, par les carac- 
tères physiques aussi bien que par les caractères physiologiques ; S'' les races 
humaines présentent les mêmes maladies sauf les différences locales pro- 
venant du climat; 3° les races croisées chez l'homme sont aussi prospères 
que les races mères dont elles proviennent; 4° les différences psychiques 
observées dans l'humanité ne sont pas plus grandes que celles qu'on ob- 
serve chez les animaux dans le sein d'une même espèce ; 5° par consé- 
quent les différentes races dispersées à la surface du globe sont des va- 
riétés permanentes dans le sein d'une espèce humaine unique, ce qui est 
conforme à ce qu'enseigne l'Écriture d'un couple unique primitif. 

Vers la même époque, et pour plus de précision entre la première et la 
seconde édition de l'ouvrage de Pricbard, un autre médecin, w. Lawrence, 
demande à être cité. Son ouvrage intitulé V Histoire naturelle de l'homme 
obtint un grand succès. C'était la substance d'une série de lectures faites 



8t CIIAIMTHK IV. 

au Collège dcschiiiirfîicns de Londres. 11 constitue un traité complet d'an- 
thropologie dans leijuel l'hornnje est envisajçé ;\ la fois dans ses rapports 
avec les animaux et dans ses races avec une grande impartialité. L'auteur 
est monogéniste, mais sous des réserves telles (|ue les polygénistes le ré- 
clament souvent comme l'un des leurs. Son livre est le premier (pie Broca 
m'ait recommandé de lire h mon début dans mes études d'anthropologie. 
Ses conclusions ci-après en indiquent l'esjjril : 

1" Les différences dans l'organisation physique et les attributs morau.\ 
et intellectuels (jui caractérisent les diverses races de notre espèce sont 
analogues, comme fa{;on et degré, :\ celles (jui distinguent les races des 
animaux domesticpies et doivent par consécjuent ùtre expliquées d'après 
les mômes principes; 

2" Elles apparaissent à l'origine dans les deux cas comme de simples 
variations congénitales et naturelles et sont alors transmises aux rejetons 
suivant la succession héréditaire; 

3" Parmi les circonstances cjui favorisent la disposition h la production 
de variétés dans le règne animal se place en première ligne l'état de do- 
mestication ; 

■4'' Les causes externes ou adventivcs comme le climat, riiabilat, la nour- 
riture, le mode d'existence, ont une influence considérable pour modifier 
la constitution de l'homme et des animaux ; mais cette influence, aussi 
bien ((ue celle de l'art ou d'un accident, est limitée à l'individu, n'est pas 
transmise par la génération et par conséquent n'afl'ecte pas la race ; 

5° L'espèce humaine, de môme que le bœuf, le mouton, le cheval, le 
cochon et autres, est donc unique; les différences (lu'elle présente ne sont 
que de simples variétés. 

Et plus bas Lawrence ajoute : « Un point cependant n(Mis embarrasse. En 
nous transportant en arrière au moment où il n'y avait (ju'une race hu- 
maine et cherchant à nous expliquer comment les autres races sont issues 
d'elle et sont arrivées à s'en différencier autant, nous ne pouvons aboutir 
à une décision satisfaisante. Notre embarras reparaît lorsque nous cons- 
tatons (jue les races sont aussi distinctement accusées et aussi complète- 
ment séparées aux époques historiques les plus éloignées qu'aujourd'hui. 
La môme remarque s'applique aux animaux. En sorte que sur ce terrain 
rien ne nous empoche de reconnaître l'unité de l'espèce humaine qui ne 
leur est pas également applicable (1). » 

La conclusion ne découle pas des prémisses. Lawrence est au fond pour 
la permanence îles caractères de race, la non-transmission des caractères 
acquis et la pluralité de races dans le passé comme dans le présent. 

Le dernier monogéniste dont nous parlerons et assurément le plus 
absolu de tous est Nicolas iViMeman. évoque de Mélipotamos, homme 

(I) Nous avoti.i Iraduil ce passago iii'ti à mot. W. I..n\vr»'iirc, Lectures on Physiology, 
Zoolofjij and the natural Histonj of mun, dcln-rrcU at Uie Hoy al collège of surgeons, 181 7- 
1819, LondoD. 



niSTOKIQUE. — nORY DE SAINT-VINCENT. 85 

très savant et très ériidit, qui (It ;\ Home en 1835 une série de conférences 
qui furent réunies en un volume. Nous en connaissons quatre éditions. 
Son titre seul indique l'ospril dans lequel ces conférences étaient con- 
çues : u Discours sur les rapports entre la Science et la Religion révélée » ; 
il le termine par ces mots : lieligio, vicistl (1). L'évoque de Mélipotamos 
a depuis été nommé cardinal. 

Les trois plus célèbres polygénistes de cette phase, les plus résolus 
sont, comme je l'ai dit, Virey, Bory de Saint-Vincent et Auguste Des- 
moulins, auxquels en Allemagne on ajoute Rudolphi (2). 

Le rôle de Virey fut celui d'un vulgarisateur. Disciple de Rousseau, ad- 
mirateur fervent de Buffon, il a ces vues naturalistes et cette phraséolo- 
gie du temps qui jettent si aisément hors des voies de l'observation stricte- 
La première édition de son Histoire naturelle du genre humain parut en 
deux volumes en 1801 ; elle reflète l'état des connaissances sur l'homme 
et ses races, à la suite des nombreuses expéditions sur terre et sur mer 
de la fin du xviii^ siècle ; la deuxième édition en 3 volumes est de 1824. 
Dans la première, il classe les races par la couleur en admettant deux es- 
pèces humaines très tranchées ; dans la deuxième il les classe par l'angle 
facial. Certainement, dit-il dans celle-ci, si les naturalistes voyaient deux 
insectes, deux quadrupèdes aussi constamment différents par leurs formes 
extérieures... que le blanc et le nègre, ils n'hésiteraient pas, malgré les 
métis qui naissent de leurs croisements, à en faire deux espèces dis- 
tinctes. 

La question se réduisait en effet à cela, on ne contestait pas l'origine 
des espèces dès le commencement des choses, mais on soutenait que 
l'humanité se composait d'espèces multiples, nées à- la même époque, 
après la dernière révolution du globe et jouissant chacune des caractères 
professés par les classiques du Muséum. 

Bory de Siaint-Vincent est un personnage bizarre. Ennemi personnel 
de Virey et de Desmoulins et pensant comme eux, élève respectueux de 
Cuvier auquel il dédie son livre et pensant autrement, systématiquement 
hostile au texte biblique, faisant dériver les Juifs des Égyptiens et plaçant 
leur berceau commun (le paradis terrestre) dans les montagnes de 
l'Abyssinie, il termine par une invocation à l'Éternelle Sagesse, à l'Être 
Suprême, à l'Incompréhensible! 

Son livre en deux petits volumes sur « L'homme (homo), essai zoologique 
sur le genre humain » paru en 1827 avec notes, fut d'abord un article du 
Dictionnaire d'Histoire naturelle de Déterville^ publié en 1825. Quoique per- 
sonne ne soit plus à même d'en sentir les défauts, M. de Quatrefages 
l'apprécie en ces termes : « C'est un manuel d'anthropologie, bon encore 

(1) Nicolas W'iseman, Discours sur les rapports entre la science et la î^eligion révélée 
prononcé h Rome ^en 1835). Paris, 4* édition, 184'». 

(2) Rudolphi, Beitrufje zùr Ant/trop. und Altg. Naturgeschicfite {Contribution à l'Anthro- 
pologie et à l'histoire naturelle générale). Berlin, 1812. 



86 CIIAPITRK IV. 

à consulter de nos jours, mais qui ne doit l'ôtre qu'avec précaution et en 
le contrôlant soigneusement {\). » 

Auguste neamoulinM. authropologiste distingué, mais esprit aigri par 
les déceptions, était hautement estimé de Broca, pour deux de ses ouvrages : 
son Anatomte des si/stvnies nerveux, écrite en collaboration avec Magendie, 
dans laquelle, pour la première fois, le rôle de la circonvolution cérébrale 
est compris, et son IJistoirc naturelle des races /lumaines en un volume, 
parue en 4820 (2). 

L'argumentation des trois, et en particulier de Virey et de Hory, se ré- 
sume à peu près comme il suit : 

La stérilité entre espèces n'est pas un caractère de l'espèce; et la ferti- 
lité entre le blanc et le nègre ne prouve pas qu'ils soient de la môme es- 
pèce. La môme fécondité se rencontre chez quelques animaux : le loup 
avec le chien, le bouc avec la brebis, la linotte avec le serin ; il n'est pas 
certain môme que l'hybride de VXne et du cheval, le mulet, soit toujours 
stérile. Les caractères de laces sont permanents, témoins les Juifs. Les 
caractères du Nègre en particulier se maintiennent sous tous les climats, 
quel que soit son genre de vie. Sa couleur persiste, ses cheveux restent 
laineux, son crAne ne change pas, son trou occipital n'avance, ni ne 
recule. On a dit que les Portugais qui habitent le golfe de Guinée depuis 
deux siècles sont devenus aussi noirs que des Nègres; c'est une erreur, ils 
ont la couleur de leurs congénères restés dans la péninsule Ibérique. 
Les Groenlandais et les Malais ont le môme teint quoique les uns vivent 
sous la zone polaire et les autres sous lazonetorride. Les caractères patho- 
logifjues ne sont pas les mômes chez tous les homnies ; les Européens ont 
la lièvre jaune, les Nègres ne l'ont pas. Prichard prétend (|ue chez les ani- 
maux, les variétés noire et blanche se produisent spontanément, et en 
conclut (}ue cela doit se présenter aussi chez l'homme; jamais cela n'a 
été vu ; l'albinisme est une maladie individuelle et non héréditaire. 

L'avantage dans cette phase fut aux monogénistes. Prichard conserva 
son prestige juscpi'au bout. Dans la seconde phase, les rôles changent. 
Les noms sont nombreux de part et d'autre, mais les polygénistes l'em- 
portent par l'éclat et le retentissement de leurs publications. 

Parmi les monogénistes, jus(ju'en 185!), se voient : Omalius d'IJailoy en 
Iielgi(|ne ; llcjdgkin, Latham et J. C. Hall en Angleterre ; Flourens, Eusèbe 
de Salles, Ilollard et Godron en France. Parmi les polygénistes, Hamilton 
Smith, Knox, Crawfurd et James Himt en Angleterre ; Morton, Agassiz, 
Nott et(îli(ldon en Amérique ; Jaccjuinot, Gerdy et son élève Broc, Hérard, 
Pouchet et Hi(jca eu France: Broca, (jui clôtura la discussion par son 

(l) De Qualrcfagos, Rapports sur les protjres de l'anthropologif, in-4, 1876, Imprimerie 
nationale, p. 20. 

'2) A. iJi.'sinouliiJS, Histoire iKiiurrlle def mrrs /ntmnines du nord-fst île l'Eurofie, de 
l'Asie boréale et orientale et de l'Afrùpie australe, a|)pli(|ué(i à la rccliorclio des originos 
des anciens ptuple», à la science étymologique, à la critique de l'histoire, etc. ParÏH, 18*2C. 



HISTORIQUE. — DESMOULINS. 87 

triple mémoire sur VHybridité communiqué à la Société de Biologie, 
avant la fondation de la Société d'anthropologie de Paris, date où nous 
nous arrêtons. 

Le plus radical des polj^génistes serait Knox, d'après M. de Quatrefages, 
celui qui a poussé le plus loin la multiplication des races. 

Le but de son ouvrage (1) est d'établir que les races européennes dif- 
fèrent aussi complètement les unes des autres que le Nègre ordinaire du 
Boshiman,le Gafredu Hottentot, le Peau-Rouge de l'Esquimau etcelui-ci du 
Basque. Son point de départ a quelque chose de séduisant. Se dégageant 
des préoccupations du naturaliste engagé par son langage et ses habitudes 
avec les animaux, il s'écrie dès les premières pages : « Les hommes sont 
de races diverses; appelez-les des espèces si vous voulez, appelez-les des 
variétés permanentes! Peu m'importe. Le fait, le simple fait reste: les 
hommes sont de différentes races que nous allons étudier. » 

L'un des polygénistes les plus modérés est Hamilton Smith, qui, en 
1848, vers la même époque que Knox mais à Edimbourg, publia un petit 
livre très lu (2). Il admet au moins trois créations successives d'hommes 
en se basant sur l'impossibilité de comprendre la dérivation les uns des 
autres des caractères de l'Européen, du Mongol et du Nègre avec le temps 
absolument insuffisant que laissent les Ecritures et ajoute qu'on ne tient 
pas suffisamment compte, dans la question, des nombreuses races d'hom- 
mes qui ont totalement disparu. 

Mais ne pouvant passer en revue tous leç noms, nous nous attacherons 
seulement aux plus importants, savoir: en Amérique, à Morton, Nott et 
Gliddon; en France, à Broca. 

Il y a deux phases dans l'École américaine^ l'une de Morton, dans la- 
quelle on ne découvre aucune influence étrangère à la science, l'autre de 
Nott et Gliddon où s'associent de la façon la plus étrange deux idées 
différentes: l'une sociale, l'autre religieuse. 

Morton était un anthropologiste absolu en prenant ce mot dans l'accep- 
tion exacte que lui donne le public éclairé actuel, c'est à-dire un homme 
de laboratoire, un anatomiste, s'élevant de la connaissance du crâne, du 
squelette et des caractères physiques de toutes sortes à la connaissance 
des races humaines et plus haut à celle du genre humain. Il était paléon- 
tologiste, zoologiste, professeur d'anatomie, médecin praticien et devant 
la postérité crâniologiste. Nous le prendrons à ce point de vue plus tard, 
et ne voulons considérer ici que le polygéniste. 

« Après vingt ans d'observation et de réflexion, écrit-il dans un manus- 
crit publié après sa mort par Nott et Gliddon, pendantlesquels je ne me suis 
jamais approché du sujet sans une certaine circonspection, je ne trouve 
d'explication plausible des divers phénomènes qui caractérisent l'homme 
physique que par la doctrine de la pluralité d'origine des races humaines. » 

(1) Robert Knox, The Races of Mon. London, I8ô0. 

(2) Cil. Hamilton Smith, TheNuturalHistory oftUe human ^/jecî'e*. Ediniburg, 1848, in-Vl. 



as CHAPITRE IV. 

Lorsqu'il écrivait ces lignes, Prichard était mort, iMuiloii avait assisté h 
loiilL's les discussions sur la question, il n'était lié par aucun enj^'agcmenl 
anltTi(Mir cl devait iMre poussé vers l'unité par sa lui religieusei^l) ; su 
conclusion a donc son intérêt. 

Sa dclinilion de l'espèce était ilu reste très t)rlhodoxe : u Une Ibruie 
()rgani(ine priniilive, » cecjui inipli(iuait la continuité de cette forme par 
génération, sans préjuger du mode d'origine comprenant les deux 
idées nécessaires de lilialioii cl de ressemblance. Toutefois il n'admet- 
l;iil pas le prclcmlu critérium de la fécondité et de la stérilité, et distiU' 
guait, ainsi (ju'cùt pu le faire Linné dans sa seconde phase, trois sortes 
d'e-pèces d'après leur degré de discordance ou d'allinité genésique, savoir: 
! Les espèces éloignées, dans un inùnw. genre; (jui entre elles ne pro- 
duisent jamais d'hybrides. 

2' Les e>pèces alliées, (jui entre elles pruilui>enl des hybrides stériles. 
3* Les es^ibcGS parentes, (jui entre elles donnent des rejetons fertiles. 
Là s'est borné la part de Morton dans la question se débattant entre 
les monégenistes et les polygénistes. Celle de Nott et Gliddon fut esseu- 
licllcuu'nl militante. 

Les pas>iuns poussées à Toxagératiou sont toujours regrettubl^,^^ elles le 
sontdans toutes les sciences, elles le sont davantage en anthropologie où la 
première condition est la plus stricto impartialité entre les diverses opi- 
nions. La foi aux dogmes d'école ou d'église y est aussi préjudiciable que 
l'opposition voltairienne systématique ; la foi politique, la passion sociale 
ou l'intérêt personnel ne valent pas mieux. L'l'>ole américaine en est un 
exemple. 

Jus(iu'i\ Nott on s'était borné, en Amérique, h t^'efTorcer de légitimer 
l'horrible institution do l'esclavage en disant que le nègre descend do 
Cham maudit de Noé et condamné i\ être le serviteur de ses frères, ou 
plus loin, de Caïn maudit de Dieu après le meurtre d'Aboi et noirci pour 
qu'on le reconnaisse partout, (juelques-uns seulement songeaient aux Préa- 
damites de La Peyrère, exclus de la tradition sacrée par les Israélites. John 
C. Calhoun, le ministre des affaires étrangères ^Washington, trouva que 
tous ces arguments ne suffisaient pas; embarrassé dans ses notes di- 
plomatiques avec la Franco et l'Angleterre qui plaidaient contre lui la 
cause de la race nègre, il crut à proj)os de soutenir avec les polygénistes 
que les nègres sont d'une autre origine que les Européens et prédestinés 
à l'esclavage de par la volonté de Dieu. Il fit appeler dans son cabinet, 
en 184 4, le D' Nott, qui en 18 42 avait publié un mémoire sur l'infériorité 

(1) Une chose froissait ronsidérablomont Morion, c'est la nécessili" d'admettre daus la 
durlriiie de l'unité, liiicesti' U l'orii^ine outre frères et sœurs et pis. Ces deux lignes 
de catérhismo, écrit-il, vaudraient mieux que toutes les discussions lliéologiques depuis 
l'ère chrétienne : 

D'où vient la malédiction «le ce (jue nous appelons le pérjié originel Di; ce que Ims 
enfants d'.Vdani .so livraient au croisemettl ontro cu\ b'vom Adani's rhilfhrn hrrcidin/ 
iii and in). 



niSTORlOUE. — ÉCOLE AMÉRICAINK. 89 

de la race nègre et sa distinction comme espèce primitive de la race 
blanche (1). 

Les œuvres de la portion de l'École américaine dont nous nous occu- 
pons en ce moment, sont rassemblées dans deux livres publiés sous la 
direction de Nott etOliddon. Le premier, ayant pour titre Types de Hiuma^ 
nité, parut à Philadelphie en 1854 et est partagé en deux parties, l'une 
essentiellement anthropologique, l'autre sur le X*' chapitre de la Genèse et 
la chronologie du Monde d'après la Bible. M. de Quatrefages a fait ressor- 
tir la singulière position de l'École américaine, poussée par ses intérêts 
matériels i\ accumuler en faveur de l'esclavage tous les arguments d'or- 
dre scientifique qu'elle pouvait rassembler et tenue par ses croyances de 
trouver dans la Bible un appui conforme à la morale chrétienne. 

Le second livre, également publié à Philadelphie sous le titre de Baces 
indigènes de la terre, reprend en 1857 la môme doctrine en faisant inter- 
venir tous les arguments crâniologiques, linguistiques et archéologiques 
jugés favorables. Les deux ouvrages réunis pourraient être qualifiés de 
Compendium du polygénisme, si Broca après eux n'avait traité largement 
aussi la question. 

Les auteurs des Types of Mankind acceptent la définition de l'espèce de 
Morton en la circonscrivant et la précisant davantage. L'espèce, dit Nott, 
est un type permanent ou une forme organique qui n'a pas changé, sous 
l'influence climatérique différente depuis des siècles {far âges). Les trois 
sortes d'hybrides de Morton sont aussi acceptées par ce dernier qui y 
ajoute une quatrième dans les conditions ci après : 

1° Lorsque les hybrides ne se produisent jamais, c'est-à-dire lorsque 
la progéniture commence et finit avec le premier croisement. 

2° Lorsque les hybrides ne se reproduisent pas entre eux, mais se mul- 
tiplient par union avec l'une des deux souches paternelle ou maternelle. 

3° Lorsque les animaux d'espèces incontestablement différentes donnent 
lieu à des hybrides prohfiques entre eux. 

4" Lorsque les unions entre espèces très voisines, comme il s'en observe 
dans l'humanité et chez quelques animaux domestiques, sont indéfini- 
ment fécondes. 

Partant de cette base : quel est le degré d'hybridité entre les espèces 

(1) Bien que j'en parle plus loin, il me paraît nécessaire de rappeler ici un passage peu 
remarqué et cependant bien extraordinaire de Cuvier. « Tous les caractères de la race nègre, 
dit-il dans son Discou7-s su?' les révolutioiis du globe, nous montrent clairement qu'elle a 
échappé à la grande catastrophe sur un autre point que les races caucasique et altaïque 
dont elle était peut-être séparée depuis longtemps. >' Ce qui veut dire que la race nègre ne 
fut pas comprise dans le déluge, qu'elle ne partagea pas les destinées de la famille de Noé, 
en était tout à fait distincte et eut son histoire à part dans une autre partie du globe. 

(1} Types of Mankind or etlmological reseavches based upon the ancient monuments, pain- 
tingSf sculptures and cvania of races and upon their geographical, philologicat and Inblical 
history, byi.-C. Nott and G.-R. Giiddon, avec le concours de L. Agassiz,Usher, Patterson, etc. 
Philadelphie, 1854. — Indigenous Races of the earth or new chapters of etlmological 
inquirieSy by J.-C. Nott and G.-R. Gliddon, avec le concours de Alfred Maury, F. Pulslcy et 
Aitken Meigs. Philadelphie, 18G8. 



90 CIIAPITRK IV. 

les plus éloignées de riiiimanité comme le blanc et le nèpro? dans un pre- 
mier ménu)ire, celui qui avait atlir»'' l'atlention de Calhoun, le U' Nuit, 
alors médecin-praticien dans l'Hlat de la Caroline, conclut ainsi : 

«Les mulAtres ont la vie plus courte (jue dans tout autre groupe de l'hu- 
manité. Ils sont intermédiaires comme intelligence entre les nègres et les 
Européens. Leurs femmes sont particulièrement délicates, sujettes à une 
foule de maladies chroniques, sont de mauvaises nourrices, très expo- 
sées aux avortemeuts, tous leurs enfants meurent jeunes. Les mulâtres 
se mariant entre eux sont moins prolifiques (jue lorsqu'ils se marient 
avec un blanc ou un nègre. » 

Mais le docteur Nott ayant déplacé le centre de ses observations et 
s'étant transporté vers ^Mobile et la Nouvelle-Orléans, découvrit des con- 
tradictions avec ses i)récédentes conclusions et spontanément les mo- 
dilia dans une certaine limite. Il émit à peu près les propositions nou- 
velles ci-après : 

Les unions entre races sont d'autant moins fécondes et leurs produits 
d'autant moins vivaces (|ue ces races sont anthropologiciuemeut plus 
éloignées. Ainsi les mulâtres de la Caroline du Nord et de l'Alabama sont 
moins fertiles et moins prospères parce que les deux races croisées sont 
l'une l'européenne blonde, l'autre la nègre. A la Louisiane, la race euro- 
péenne étant brune au contraire, c'est-i\-dire d'origine espagnole et fran- 
çaise, ses hybrides avec le nègre sont plus prospères. 

La conclusion qui s'en détache non pas rigoureusement, mais parcom- 
paraison, c'est que la race nègre constitue une espèce distincte de l'eu- 
ropéenne démontrée non par l'absence de produits dans son sein, mais 
par une diminution de leur fertilité et de leur vitalité. 

Toutefois Nott gêné par le mot d'espèce et le sens que les naturalistes 
lui accordaient, l'abandonne pour celui de type, ainsi que firent après 
lui Hérard et Broca. Ces types, il les range par familles et s'attache à démon- 
trer qu'ils sont permanents, à en juger par ceux que l'on a pu suivre 
depuis les temps les plus reculés où l'homme est connu. C'est ainsi 
(ju'un chapitre dus ï)/ /tes of M ankind asi cons'dcvé à l'étude des monu- 
ments égyptiens et des types soit d'hommes, soit d'animaux qui y sont 
représentés, lioOO ans avant notre ère, semblables à ceux qu'on retrouve 
encore sur les bords du Nil et ailleurs. Aucun témoignage, assure-t-il et 
avec raison, n'établit (ju'un type ou un caractère quelconque se soit 
jamais transformé. Les Juifs en fournissent un remarquable exemple : 
Ceux de la côte de .Malabar, dont Fabricius a parlé et dont Nott retrace 
l'histoire avec le plus grand soin, sont des indigènes convertis ; les véri- 
tables Juifs ont conservé dans ce pays tous leurs caractères du temps de 
la prise de Jérusalem. 

Les auteurs des ï)/pcs uf Mankind et des Indigenoiis /(aces of the earl/t 
concluent à la pluralité d'origine des races et semblent se rallier à la 
thèse d'Agassiz exposée dans le môme ouvrage, qui admet pour 



HISTORIQUE. — NOTT ET GLIDDON. 



91 



s» ^ 







Afin de rendre la carte plus claire, on a reculé un peu les confins au nord de la Mer 
Noire et au sud-ouest de la Méditerrannée. Mais évidemment la ligne noire a été trop 
abaissée vers le Sahara, surtout à l'ouest. 



91 ciiAPiTHi: IV. 

l'homme, commt^ pour l;i fauiu' ci la lloïc, liuil ct'iitrcK de créations ou 
provinces zoologiqiu'ii. 

La seconde partie du pifiuirr de cf». li\ les est consacrée, aiiiNi (ju'il a él(^ 
dit, à l'examen des reiufifineinculs l'IhiKiirrapliicjiies contenus dan^ 

10 dixième cliapitri' de la (îenè^e et (jui regardent la pustcMilé des llls do 
Noé. Elle montre (juc diacun des noms qui y figurent répond à un peuple 
do ranliijuité, mais (|ue les eoiinaissanres sur ce point de l'auteur de eo 
chapitre étaient extrômemeut restreintes! Dans une carte curieuse (fue 
nous reproduisons, il montre «luelle petite étendue de la surface ter- 
restre elles comprenaient : Shem au sud-est avec les Araméons, les 
llhaldéens et les Arabes, Kham au sud-ouest avec les Arabes noirs ou 
Kushites, les Égyptiens et les Berbers, et lapett au nord et à l'ouest avec 
les Cimmeriens, les Mèdes et les Grecs. L'objectif est de montrer (ju'(»n 
lin de compte les nègres ne sont pas mentionnés dans ce chapitre et for- 
maient pour l'auteur du livre de la Genèse une population ou race à part. 

La même i)artie tend i\ établir que Adauï était rouge, comme pour 
insinuer que son descendant direct est l'Américain des Ltats-Unis, 
celui que les Yankee ont cependant pourchassé s'ils ne l'ont pas asservi. 

Sur les nègres, les monogénistes américains étaient du resie d'accord, 
quant à la lin, avec les polygénistcs. Le révérend John Buchanan 
nous en donne la preuve dans un discours prononcé à Charleston en 
1854 : « Toutes les races d'hommes, dit-il, y compris les nègres, sont de 
même espèce et de mf^me origine. Le nègre est une variété frappante et 
maintenant permanente, comme les nombreuses variétés d'animaux do- 
mesti(jues. Le nègre restera ce qu'il est, ;\ moins que sa forme ne soit 
changée par un croisement dont la seule idée est révoltante pour nous... 

11 a été placé sous notre piotectiou. l/d Jusli/icalioJi de l'esclavnge est con- 
tenue dans l'Hcriture sainte. La Hible enjoint l'obéissance aux esclaves. » 

Ltions-nous dans uijtre droit en disantque l'école améi'icainefournil un 
douloureux exemple de ce (jue peuvent engendrer les passions humaines 
dans le domaine de l'anthropologie! (ju'elle seive de leçon i\ ceux qui, dans 
un autre but, se laisseraient entiaîuer parla politique ou tout autre mobile. 

l»uui liroru. — Nous arriv(jiis non sans quelqu'émotion i\ la part 
brillante qu'a prise dans cette discussion de l'unité et de la pluralité 
des races primitives, notre savant maître, l'n scrupule nous est venu. 
Lst-il légitime d'exposer des idées (jiril a défendues avec aideiir dans la 
première partie de sa carrière anthroi)ologi(|ue et qu'il a modifiées 
depuis sur cei-tains points ? Voici ce cpii nous a décidé. 

Les trois parties (jui forment le m('MU(jii'e de Broca sur iln/hridité nui- 
inalc en ythural rt Chijhriditi' /tuui'tnie en jtarliculier ont paru de IH.'JH 
à IH.'i!), dans le Journal de physiologie de l'homme et des animaux dirigé 
par -M. l{ro\\n-Sé(iuart à Paris il . Lu 1877, a|}rè^ mûres réflexions, il les lit 

l, Voici lu lilro cuiupkl ; Uchcrches sur ihybriilité unnnalc en yénérul et sur l'Iiybii- 



HISTORIQUE. — BROC.V. 93 

réimprimor (îans le troisiîî'me volume de ses Mémoires d'anthropolof^ic, 
précédées d'une préface faisant ressortir les événements scientili([ues qui 
depuis avaient transformé l'anthropologie et ne laissaient plus à son mé- 
moire peut-être qu'une valeur historique dans quelques-unes de ses 
parties. 

Le problème de la distinction de l'espèce et de la race se circonscrit 
au point où nous en sommes. Il repose sur trois points : 1° l'importance 
et la nature de leurs différences d'ordres anatomique, morphologique, 
physiologique ou pathologique ; 2° l'origine de ces différences, inconnue, 
se perdant dans la nuit des temps et pour quelques-uns miraculeuse ou 
acquise sous l'influence de causes naturelles telles que les milieux, le 
genre de vie, etc. ; 3° Tune de ces différences en particulier, celle qui 
résulte de l'un des caractères physiologiques, la stérilité entre espèces, 
la fécondité entre races. Le mémoire de Broca touche à peine au pre- 
mier, donne quelques pages au second, et, ainsi que son titre l'indique, 
se consacre au troisième. 

Soit le chien, «ses différences d'organisation extérieure et de structure 
anatomique, dit-il, sont tout à fait incompatibles avec l'hypothèse d'une 
espèce unique, » et dépassent ce que l'on peut attendre de l'action des 
milieux. « Jamais on ne comprendra comment leur crâne primitif a pu 
s'allonger ou se raccourcir, se rétrécir ou s'élargir, s'élever ou s'affaisser 
à ce degré ; comment dans certaines races de la famille des dogues les 
membres postérieurs sont devenus pentadactyles par suite du dévelop- 
pement d'un cinquième doigt aussi rudimentaire chez les autres chiens 
que l'est chez l'homme la troisième paupière ; comment le nombre des 
vertèbres caudales a pu varier de quatorze à vingt-cinq ; comment le 
nombre des mamelles a pu descendre de dix à huit ; comment les 
oreilles courtes et droites chez le chien de berger ont pu devenir Ion* 
gués, larges et pendantes chez le basset, le braque, le dogue anglais, le 
chien courant ; comment le nez du lévrier s'est allongé ; comment celui 
du braque à deux nez s'est fendu, ni comment s'est formé ce sillon qui 
dans certaines races de la famille des dogues divise profondément la lèvre 
supérieure. ^) Et cependant les naturalistes, ceux qui ne perdent pas de 
vue l'homme, y voient autant, non d'espèces, mais de races, en s'ap- 
puyant sur un seul des caractères à considérer, l'un des caractères phy- 
siologiques, la fécondité. 

Procéder ainsi, c'est s'écarter des principes de la méthode naturelle 
qui veulent que la détermination de la valeur hiérarchique d'un groupe 
porte sur un ensemble de caractère et non sur un seul ; c'est agir comme 
Tournefort qui dans la classification des plantes ne tenait compte que de 

dite humaine en parliculier, considérées dans leurs rapports avec la question de la plU' 
ralité des espèces humaines, par Paul Broca. Brochure iu-8 de G80 pages. Paris, 1800. 
L'épigraphe y est dign^ de remarque : 

< ?ïon ex vulgi opinione sed ex sano judicio. >• Bacon. 



04 CnAPlTRE IV. 

la tlour, uii comme Linné (jui en subonlunnanl tous \vs antres caractères 
à cenx delà sexnalité a l)Ali nn système ; tous den\, malgré leur génie, 
faisant subir aux groupes naturels de^ rapprochenuMils incohérents et 
des séparations vii)lentes. 

Si Ton n'avait à considérer (jue le chien, on n' Insilci ait j)as, le chien 
constituerait un genre et ses j)rincipales races des espèces. Mais le sort 
de l'homme est lié au sien, les différences entre les races humaines 
sont moins grandes encore qu'entre les races de chien. Si le chien 
présente plusieurs espèces, l'homme doit en comprendre? plusieurs aussi; 
si le chien descend d'un couple primitif, l'homme doit aussi descendre 
d'un premier couple unique. 

Lliyhridité dans ses divers modes ou degrés n'est cependant pas un ca- 
ractère i\ rejeter. Il doit entrer en ligiie de compte, mais avec sa valeur 
vraie c'est-à-dire variable. « D'une part, en eflet, l'hybridité stérile ou 
incomplètement féconde permet d'affirmer que les deux races mères ne 
sont pas de la même espèce. D'une autre part, l'hybridité la plus féconde 
ne permet de réunir les deux races en une seule espèce qu'autant que 
l'ensemble de leurs caractères physiques confirme ce rapprochement. » 
I^'hybridilé, qu'il s'agisse de l'homme ou des animaux, présente quatre 
degrés principaux : l'hybridité ayénésique, lorscjne les métis immédiats 
ou de premier sang sont stériles aussi I)ien avec l'une ou l'autre des es- 
pèces mères ([u'entre eux ; l'hybridité dysiiénésique, lorsque les métis 
stériles entre eux sont féconds avec l'une ou l'autre des espèces mères, 
sans toutefois que les métis de second sang qui en résultent soient fé- 
conds dans des conditions quelconques; riiybriditr- /Kirai/énésiquef dans 
buiucUe les métis de second sang, par retour vers l'une des espèces 
mères, sont fertiles; l'hybridité e</._7<?/R's/Vy?/e, lorsque les métis de premier 
sang sont directement féconds entre eux ainsi (jue les métis de second, 
de troisième sang, etc., qui en résultent, entre eux (1). 

Le chien et la louve dont Ihiffon a suivi le croisement jusqu'à la cin- 
quième génération, sans la moindre tendance au retour vers l'uneou l'autre 
des espèces mères, sont eugénésiques; les Léporides obtenus par M. Roux, 
d'Angoulôme, provenant de l'union du lapin et du lièvre, deux espèces lé- 
gitimes pour tous lesnaturalistes.cjui ont donné un nombre indéfini de gé- 
nérations sans trace de retour vers l'un ou l'autre des types ancestraux, 
sont eugénésiques (2). On ne peut prévoir le degré d'homœogénésie de 

(1) liroca se sprt dos mots d'Iiyhride rt de imHis commo synonymes; ce sont, dit-il. les 
êtres qui résultent du croisement de deux ospècfs plus ou moins voisines. Los monogé- 
nistes rop<'ndanl font une distinction importante entre les diux : Les byliridos sont lo 
produit du croisement entre d«'ux espères, les métis le produit «lu croisement entre deux 
races. Les polynéuistfs, consid«'rant l'hybridité ou le métissage comme une même propriété 
physiologique présentant <les degrés divers suivant les espèces, ne peuvent acquiescer à 
cette distinction, qui est un jugetncnt. 

(ï) l^ question d«'H I^époridivs, qui a été l'occasion du Mémoir«> do Hrora, s'est continuée 
après sa publication jiisqu en IHT.T. Quatre ans apn-s co Moinoire, M. Kugène Gayot, rédac- 
teur élu Juur/Kil (l'ayriculturc pratujue, entreprit une nouvelle série d'expériences à 



HISTORIQUE. — BROCA. 95 

deux espèces que par rexpérience, et même par des expériences réitérées 
conduites avec soin. Si le chien constitue un genre comme tout porte à 
le croire, et qu'on veuille savoir dans quelle limite ses produits avec le 
loup, le chacal sont féconds, ou môme s'ils le sont, l'expérience seule l'ap- 
prend. De même pour les croisements entre le bouc et la brebis dont les 
hybrides connus sous le nom de chabins sont l'objet d'un grand com- 
merce dans les Andes, chabins qui suivant Broca sont une espèce inter- 
médiaire définitive et suivant M. de Quatrefages une espèce fausse, transi- 
toire, tendant toujours à disparaître par le retour à l'une ou l'autre des 
deux espèces mères. De même pour les croisements des diverses espèces 
de bœuf, de chameau, etc. 

En outre des quatre degrés d'hybridité positive en quelque sorte qui 
précèdent, Broca en admettait deux autres absolument négatifs. 'Sa no- 
menclature a du reste une telle importance dans ses applications soit à 
l'homme, soit aux animaux, pour la distinction des espèces éloignées, 
alliées ou parentes de Morton, que le tableau suivant résumant ces degrés 
ne sera pas superflu. 

A. Hétérogénésie (de érepoç, différent). Aucun hybride, pas même de fécondation. 

R. Homœogéncsie abortivc (de ô|Aotoc, semblable). Fécondation, mais avortement 
avant terme. 

C. Homœogénésie. Avec produits prenant naissance. 

{" Agénésie (de a, privatif, non). Hybrides de premier sang absolument stériles. 
Une seule génération. 

2° Dysgénésie (de ^û;, difficilement). Les hybrides de premier sang quelquefois 
féconds, mais les deuxième sang absolument stériles. Pas de postérité. 

3° Paragénésie ou hybridité collatérale (ïrapà, à côté). Hybrides de premier sang 
peu féconds. Hybrides de second sang, ou par retour, féconds entre eux. Une 
lignée peut se produire et se perpétuer ainsi. 

4° Eugénésie (de eu, bien). Hybrides de premier sang directement et indéfini- 
ment féconds. Postérité. 

Brétigny-sur-Orge et demeura convaincu que lo produit intermédiaire, ne du croisement 
du lièvre et du lapin, se maintenait parfaitement, tenant à la fois de l'un et de l'autre. Mais 
en 1873, M. Sanson étant venu montrer à la Société d'anthropologie un léporide à la sixième 
génération qui, à en juger par le crâne, aurait repris les caractères du lapin, la discussion 
s'engagea à nouveau. Mais avait-on bien surveillé les croisements dans ce cas? S'étaient-ils 
produits entre léporides demi-sang ou avec l'une des deux espèces parentes par retour? La 
cràniologie était-elle en possession de caractères distinctifs suffisants pour trancher la 
question. M. Gayot écrivit alors une lettre à Broca dans laquelle il affirmait avoir surveillé 
les croisements avec le plus grand soin jusqu'à la dixième génération sans avoir constaté i 

la moindre tendance au retour du léporide vers le lapin ou le lièvre. La question en est là. ^ 

J'ai écrit ces jours derniers à M. Gayot qui m'a appris que l'expérience n'avait pas été . yfj^ j^ 
continuée et que lesdits léporides avaient étfî_^ej'dus^_de vue. En somme Broca, à sa mort, \ i'*^ili 
affirmait que les léporides étaient fixés en tant qu'espèce nouvelle et intermédiaire, tandis ^^v. ' i;' ' 
que M. de Quatrefages et Sanson prétendent que cette fixation n'existe pas et que, même '^ U/l' ')^ 
avec des croisements rigoureusement entre demi-sang, le retour s'opère spontanément vers ^ _0 y*^ 
le lapin ou le lièvre. C'est la même proposition que MM. de Quatrefages et Sanson sou- (g-t^ 
tiennent pour les chabins du Chili qui ne se soutiennent que grâce à certains croisements 
artificiellement renouvelés par les pasteurs des Andes (Voy. Mémoires de Broca, t. III, 
notes additionnelles, pages 593 à 613). 



9r, CIIAPITIIK IV. 

Ori.Hahli, Hrora pa^^se i\ rcxanien de la fiMonditr dc^ allianros cntro 
les hi)mnu's. sans grande anxiété piiis(iiu' pour lui la s,,liili..ii dans un simis 
,Mi dans un aulie ne préjuge nullement la (luestiun i\c l'espèce. La pro- 
position (lui sc« déuMjïe de son travail est celle-ci : I/agénésie n'existe entre 
aucunes races humaines; la fécondité y est d'autant plus eugénésiquo que 
les races sont morphologiquement et anatomiquement plus rapprochées. 
Certains croisements sont paragénésiques sinon dysgénésiques. Ainsi les 
métis de Tasmanie ou d'Australie avec les Européens sont très rares et ne 
sr pcrprtuent pas entre eux, ni nuMu.', pensait Hroca, avec l'une ou l'au- 
dc leurs races mères. 

J'ai dit que Hroca glissait, dans son méumire, sur les caractères (liIlC- 
ivnliels plaidant en faveur de l'épithète d'espèce ou de race donnée aux 
groupes humains en litige; ce devint plus tard l'occupation de toute sa vie; 
et j'ai ajouté qu'il avait consacré quelques pages à la question de la per- 
manence des caractères des races humaines et à celle de leurs origines sous 
rinlluence des causes extérieures. Dans la doctrine des monogénistes la 
rac e est une variété constante, c'est-?i-dire permanente aussi longtemps 
que les conditions qui ont présidé ;\ son origine n'ont pas changé. Dans la 
doctrine des polvgénistes les races sont invariables, elles ont des caractères 
permanents même lorsque les conditions ci-dessus viennent à changer ; 
autrement dH, elles ne diffèrent pas de l'espèce en général qui, d'un con- 
.sentement unanime dan.s les deux camps, a des caractères remontant i\ 
l'origine des temps. La preuve, ditBroca, que les caractères des races sont 
permanents, c'est que, comme l'ont déjà dit Nott et (iliddon, les types hu- 
mains actuels sont déjà figurés sur les monuments égyptiens, parfaitement 
reconnaissables, aussi bien du reste que les types de chiens, semblables 
à ceux des chiens actuels. Ces figures, ajoute-t-il, sont contemporaines du 
déluge biblique ou antérieures, les types des races qu'elles représentent 
se sont donc formés, dans la doctrine du monogénisme, dans l'intervalle 
qui sépare Adam et Noé. Mais aucune preuve n'a jamais été donnée qu'un 
type quelconque se soit modiUé à ce point. Les caractères tirés du sque- 
lette, des cheveux, pour le moins exigeraient un lrn)i)s plus considérable. 
Les changements de couleur, celui des caraclères dont la modification 
serait la plus facile à expliquer, ne sont pas eux-mômes admissibles. 

Adam était brun foncé pour Labat (1), blanc pour lUunienl.aeh, noir 
pour Camper et Prichard, roux pour Kusèbe de Salles (:>;. Comment con- 
cevoir sa transformation? On sait que les albinos sont des cas teratolo- 
giques et que ceux-ci ne se transmettent pas. Ce n'est donc pas de ce côté 
qu'où peut chercher. Le blanc qui s'expose au soleil et se transporte dans 
les pays chauds se fonce, dit Prie], ard. Oui, répond Hrora, comme precé- 

(l) ,.Ie U'inl (lAdam ôiail d abord d un brin, unwo ou n.ui'.anv .t relui dl-vo birmo, 
,unis ensuite il «■."^tôrlairci.-. (F,abat, Description det'Afnque.) , , , . ,.„,,, 

Ci) Ku^ebe Fr. «le Sali.'!*, professeur de langues oriciilabs, Ilisloirc rjhiénile des ^aces 
Uumuines uu l'fulosophie rthnourap/uqut: Paris. IH19. 



IlISTORIQUK. — BROCA. 1)7 

demnienl Liiw ronce, mais le hille produit est limité à l'individu et ne se 
commuuiiiue pas Ma race. La couleur, dit Prichard, se répartit à la surface 
du ^dohe dans les races, d'une manière générale de l'équateur au pôle, en 
raj)port avec l'intensité de la température : les noirs sont à l'équateur, 
les bruns au-dessus, les blancs et les blonds après. Cela n'est vrai, répond 
Broca, qu'à un examen superliciel; si on examine avec soin la répartition / 
des races actuelles, surtout en Amérique où le continent court presque 
en ligne droite du pùle à l'équateur et de l'équateur au pôle, on décou- 
vre partout des contradictions, ces contradictions qui étaient si désa- 
gréables àBuifon : des teints clairs à l'équateur et des teints foncés aux 
pôles, des enclaves de toute couleur au milieu de tons et de nuances 
opposés. 

Nous n'insisterons pas davantage sur cette argumentation. Le triple 
mémoire de Broca fourmille de considéi'ations et de faits des plus instruc- 
tifs i\ la fois sur cette question des milieux et sur celle des croisements, qui 
se représenteront plus tard dans le cours de ce livre et que nous aurons à 
discuter. 

En somme, pour Broca « le groupe humain constitue bien évidemment 
un genre ; s'il ne renfermait qu'une seule espèce, ce serait une exception 
unique dans la création. Les races humaines diffèrent plus entre elles 
que certaines espèces animales admises dans certains genres, par tousV 
les naturalistes. Transplantées dans d'autres climats, soumises à d'autres 
conditions de vie, ces races résistent à toute altération. Enfin certaines 
races humaines prises deux à deux sont entre elles moins homœogé- 
nésiques que ne le sont les croisements, par exemple, du chien et du 
loup (1). ^) 

Broca est le dernier nom de ce débat sur l'unité ou la pluralité des 
races primitives dont nous avons essayé d'esquisser les phases principales 
depuis l'antiquité. On s'étonnera peut-être que dans cette dernière phase 
nous ne résumions pas les idées de quelque monogéniste militant, de 
Flourens qui n'y a joué qu'un très faible rôle, ou de M. de Quatrefages, 
notre vénéré maître c\ l'égal de Broca. 

Mais M. de Quatrefages n'est entré dans la lice qu'en 18o(), et n'a pu- 
blié sa première œuvre générale sur le sujet, Y Unité de l'espèce humaine^ 
qu'en 1861. L'honorable professeur d'anthropologie du Muséum de Paris 
appartient entièrement à l'époque courante dont il s'inspire largement; 
le premier il a accepté la haute antiquité de l'homme, il marche avec son 
siècle et représente en réalité une école toute personnelle. Ce sont ses 
idées et celles de Broca, conformes sur les points essentiels, que nous 
développerons dans les pages de ce volume. 

UeriiièreH classifications jusqu'en 1859. — Les essais de classification 

qui se sont produits de l'an 1800 à l'an 1859, après ceux que nous 

1; Page 660. Fîi'oca ne formule copciidant cette dernière proposition que sous certaines 
réserves. 

TopiNAhi). — Aniliropologie. 7 



rUMMTUK \\ 
a\oi 



scies; les unes sonl .le '■;■"".-'•';;; \:„,^„,,,,,. ,,„,,,,,. ....i.p.e, 
,es,..e.s les «;7<-,;:'; ,;.;;; '.:.':;.... .L .U.' , aus. .,.,U,„.,...s 

U,s a.>..es -"^7 ' , , , ,,„. U.S ..eues la m,-n..u.U.u .les 

,1„„ 1.' c.mpol-le 1 .'Lit .U ,,.„..{.,.,.. ilr lo.lles so.less..lva..l 

i.o..pes.-eposes.>n.,. ^''■;;:; .;"'-;;;;;;;, :,;,,..,' , ,. ..ota,..,,,,-. Avec 

aesg,.,,.pesela.>e.;eUess,,,l U. 1.^ ^_^^^^^ 

groupe .1u.U .... .léle,-,......' la P • ';'';,„.„., .,„, .,o,.nées ,1,. la .- 

Toute classin.-a.ion •';•';' ^i;;- .';,:,';.' ,,,. ,.,...e fa.-.n clo..,: les 
co.ule et s-e.. '■■M'l''''''''\'''''' ',',,,. ,,,u,,,., cL .na,-.,..e,.l les élapes 
classincalions ,es...ne..l ';'-,,.;, a'aho.d, elle, v.,„l e,. >e pe.- 
...ces.ives .1.. la s,-,e., >• - ' ' , „„.,,„,, ,,, p,,„,.s .le celle-ci. 

foclio....a..l el M. '•'""!''"l"'"" •"' ,,, „ ,,,, ,,a.Mlieali...is : l'uue, 

z„ologi.l..e pa.' excelluia , .u i.i. , .^ , .,„i,„;,..x, 

,,„,, „cc,.pe .lans la c.-eal...,. el .•., 1'' -"';;• ^ „,,, ,,,„ 
ra.are, a,Uh,.op,,lo..,.,e oonce.-..^^ 

se ,„-éoeenpe.' .le la ak. 1 __^ _^ ,^. ^^ ^^.^^j^^ ,,,, 

,, „, , ,,,,at.ve • ■; , „„„„„„„, u>s deg,-és hi.-.,-a,-ehi- 

;t:;,.::r;^tn:::;'^.>--;o.i.".'^ -ui..,se..ir 

,,,„ , eonU^ib........ aula„l 'l-' ^ , ,^^ „„„,,,„„;,,■,„■. 

plantes, autant .p.e celles-.', se .lel,.. h. ..1 " ' ^^ 

n,né.-a, ,.t ,.„■.,.... a.. ;• g- - t i.' :î..,„./,e .■ les .oophyles. 

en .H2H. les ->nuan se pa. g ^ ^^^^^^ ., . , . _,.,,^, ,,„^„„„,. 

les an.n.a..x --"''-•''„„„ n„„.....e ......si.!..- une classe, à 

Pour Carus el a..|,a.•a^a..l l)....l.. "1 ' |.,„„. ..vw., une 5o»..- 

régal .les ,.,a...,n..en.s, ' ;;;;-'^''; ;'', ,;^ l,, n„„„„.e répond . .... 

::r;;ï;::;::-r"t^..- > • • -'-'- 

.„V<„r ,.«..;■; pm..-t-cU» ». — .., IS.H. 



IIISTOIUOUK. — CLASSIFICATION ZOOLOiilOlIK OK I/IIOMMK. 9'J 

entière des mammifères en contenant dix. Gnvier et Duméril acceptent 
la môme valenr relative et les mêmes dénominations. Les mots de bima- 
nes et de qnadi'nmanes datent cependant de Bu (l'on. Avec Charles Bona- 
parte, dans une premièrt^ classilicalion, l'homme ne représente plus 
qu'une /;•///'/, la première de l'ordre des primates de Linné. En 182() God- 
man supprime la tribu et laisse l'homme formant la première famille de 
l'ordre des primates. Ch. Bonaparte s'y rallie, établissant trois faïuillcs dans 
cet ordre : les hominiens, les simiens et les lémuriens. En ce qui concerne 
le gmre, Linné est le premier qui ait appliqué le mot au groupe humain, 
mais en le prenant dans le sens d'espèce. De môme Blumenbach, lorscju'il 
parle du genre humain, veut dire la famille humaine, ne renfermant 
qu'un genre et celui-ci à son tour une seule espèce. Guvier, dans son ordre 
des bimanes, ne décrivait qu'un genre et dans celui-ci une espèce; Dumé- 
ril. Lacépède, de même. 

Virey, Bory de Saint-Vincent, Desmoulins, admettaient aussi un genre 
humain, mais cette fois renfermant de nombreuses espèces, c'est-à-dire 
constituant réellement un genre, parallèle à celui de l'orang et autres an- 
thropoïdes et inclus comme lui dans l'ordre des primates. C'est Linné 
pris à la lettre Gerdy, Pouchet, Broca ont agi de même. 

Les classifications des divisions elles-mêmes du groupe humain, sont 
nombreuses. 

Parmi les monogénistes pour lesquels le groupe constitue une espèce 
unique et les races des variétés, citons, dans le dix-neuvième siècle : la 
division en six variétés ou races de Constant Duméril en 1806 : la cau- 
casique, l'hyperboréenne, la mongole, l'américaine, la malaise et l'é- 
thiopienne, une de plus par conséquent que Blumenbach, l'hyperbo- 
réenne détachée de la mongole; la division longtemps classique de Cuvier 
en trois races, la caucasique de Blumenbach, la mongolique et la nègre: 
elle laisse de côté la race hyperboréenne de Buffon et Duméril, les Amé- 
ricains, les Malais, les Papous et les Australiens, ce qui élèverait le 
nombre des races de Cuvier en réalité à six ou sept ; la division de La- 
cépède en trois races primaires et six secondaires; celle de Flourens en 
trois races d'après la couleur de la peau et dix types d'après le crâne; 
celle de Lesson en cinq races subdivisées en tribus, rameaux et familles; 
celle d'Hippolyte Cloquet en sept races; de Malte-Brun en seize races; 
d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, en onze races, etc. 

Parmi les polygénistes qui, dans un grand nombre de divisions du 
genre humain, voient de véritables espèces, se remarquent Virey, qui 
admet deux espèces se distinguant par l'angle facial et se partageant en 
six races ; Bory de Saint-Vincent, avec ses quinze espèces parmi les- 
quelles plusieurs comprennent diverses races; Desmoulins, avec ses seize 
espèces ; Morton, avec ses vingt-deux familles ; Gerdy, avec ses quatre 
sous-genres, subdivisés en souches, types, branches, familles et variétés ; 
Bérard, avec ses vingt types et plus. 



,00 ciiAriTiii; IV. 

Celle n.ultiplication des races de valeur uu-tiale, les unes p.i.uaires ou 
scoondaiies, les autres des espCcos ou de simples races, sans parler d une 
suite de tvpcs sans lin, cl.eï les monogénisles ou chez les polyKen.sles, 
,„„„„,■ ,,n,' la question des cbssilicati.u.s de races était loin .l'être n.ùre, 
„„ il ne satîissa.l encore que d'essais et <iuc par eons^.(,nenl il est uuilile 
,|-..ntr,r dans les détails, à moins de nm,. livrera une analyse des rai- 
sons oui ,.nt poussé clKH-nn dans ...lie ou telle direction, analyse qui 
serait hors de saison dans un si,n,,le liistori(,ue cl ,,ne nous >'""»; ''«*«'- 
vous de poursuivre plus tard lors,,,,,, nous aun.ns examiné les éléments 
divers sur lesquels r..|,osent les ,-lass,li,.alions en (.'énéial. et dans ,,uelles 

limites on peut s y lie, . 

,;,„,udaut alin de donner „n ^n-nu ,1e Tetal ,1e la science des races 
|,„n, ,i„rs à la lin ,ln p,emier .ina,-l de ce di.v-nenvième siècle avant la fon- 
,,.„,„„ ,1,. la Sociel,-. aVllin.,louie, no.is insisterons sur deux de ces clas.si- 
lieat,ons sur lesquell,- ,li, i.-l,' nous n;„n-ons pas o,-casion de ,evenir : 
celles de Desmoulins et de Itory. 

Desmoulins admet, avons-nous dit, sei^e espèces humaines, et, ,l.,n~ 
,|uel,ines-uues, ,ks ra,es mnllipUs : ,,„alre espèces se rapportant a 1 Ku- 
,'„H., un,, aux liHles. deux à lAsie, l,ois à l'.M'ri.pio, ,,nat,-e M(.,.eanu. 
et lie, IX à l'Amérique (II. 

la première ou sq/iliique comiuvn.l liv.is races ; 1 in,lo-ne,-mani,|„,.. 
d ms laiiuelle sont inclus les Slaves ; la linnoise et la turque 

La seconde ou an,r„^„;„u- coni-erne les populations du Cau.ase et cor- 
riKc par conséquent le j„u'..nu.nl p,r,nalu,c de Hlumenhach, puis de 
Cuvier, prenant le type de lune .les races de ce pays pour celui de la race 
européenne en masse, opinion venant de ce qu'il cette époque les lemmes 
séort;ieunes 1res estimées .lans les ha.enis passai,.,,! pour le phis lieau 

Ivp,. ,1e l'humanité. .... , 

■ 1 a Uoisiè.ne on .somV-./Ne est pou,' la p,v,„u.re lois ic, uns., a part avec 
instesse; par malh..„r l)esn,oul,us la parla,-,. ..n l.-.ds races : I arahe 
•etrus,.o-pelasKi,|..e et la celti.iue. Voici la .lescript.on s.nguhère .p, d 
.louue de celte ,len,iè,e : •• l.es plus gran.ls ,1,. I'espè,.e (sémitique) un ne/. 
séparé du Ironl |m, une le^-i.re dépression, moins bien .-arène que dans 
re.rusco-pelas,M,|„c ; l.-s plus velus après les Persans ; indif,'..nes ,1e ton!,. 
rKui-ope.'l ronesl,ln llhliieldes Alpes... ,, „ , , ,..,,.,^ 

1 , ,|„alr„.nie est lespèce ,ill,mli,,ue qui oniprend les Herhers.le 1 Allas, 
desCanaries et du Sahara, groupe très légitime, aujourd'hui conlirm.:. 
La cinquième on ,wlnue cmpreud les aut..chlones de 1 Inde. 

La sixième est la : -/"'" partagée en indo-sinique (Thil.el, Indo-t.hme, 

Chine là.rée et Jap..n . in..ngole (Occidentaux) et hyperl...rcenne. 
' La septième est la l.„.,il,e,„ie répon.lant à raino et distinguée .le la 
précédente ave.- I.eaocup .1,. laison. 

,) C.«. c..,Mflc,0..n pa„>, , • la pr,.,,,,.-,.' lo.s. J,,i„ k J / ■/. n,<M.,,- ,1. 

Mancndie, en 18'.*.>. 



HISTORIQUE. — CLASSIinCATlONS DES n\GES. 101 

f^es trois suivantes sous les noms ^'éthiopienne^ d'euro-afrirnine et(i'rt?/.s- 
frO'O/ricaine séparent avec non moins de sens les trois groupes nègres 
principaux de l'Afrique, l'un au nord-ouest, l'autre ;\ l'est, le troisième 
au sud. Les Cafres sont très bien rangés avec le groupe de l'est, tandis 
que celui du sud se divise en llottentots et Boshimans. 

Les quatre ensuite sont : l'espèce nia/aise distinguée en Garoliniens, 
Dayaks, Malais proprement dits, Polynésiens et Ovas de Madagascar, 
comme on le ferait volontiers aujourd'hui ; l'espèce iiègre (TOicanie dans 
laquelle sont inclus les Mois de l'Indo-Chine, les noirs de l'intérieur de 
Célèbes et de Bornéo, ceux de la Nouvelle-Calédonie, les ïasmaniens et 
les Yinzimbars de Madagascar, rapprochements les uns fautifs, mais les 
autres très exacts ; l'espèce papoue de la Nouvelle-Guinée, et l'espèce 
aus(?'alasienne, répondant aux Australiens. 

Les deux dernières espèces en lin, sous le nom de colombïpmie et à.' amé- 
ricaine, regardent l'une les Américains du Nord, ce qu'on appelle aujour- 
d'hui les Peaux-rouges, l'autre, les Guaranis, les Botocudos, les Charmas, 
les Araucans, les Patagons et les Pécherais. 

Ainsi qu'on en peut juger, cette répartition et ces distinctions de races 
montrent que la science des races était réellement déjà très avancée. Des 
descriptions sommaires des caractères que présente chacune^ de ces espè- 
ces ou races sont ajoutées qui, avec quelques défauts, ne manquent pas 
d'exactitude. 

La classilication de Bory est moins heureuse sur quelques points et 
meilleure sur d'autres. Je me borne à une énumération sommaire. Ce 
sont : l'espèce japétique, divisée en race caucasique, synonyme de popu- 
lations du Caucase, race pélasgique ou grecque, race celtique prise dans 
le même sens que Desmoulins tout à l'heure, et race germanique divisée 
en variété teutone et variété slavone; l'espèce arabique partagée en race 
atlantique pour le Berber de l'Atlas et des Canaries, et race adamique pour 
l'Égyptien, l'Arabe et le Juif; l'espèce hindoue, que Bory entend dans le 
sens de Hindou d'une manière générale et non d'autochtone spéciale- 
ment comme Desmoulins; l'espèce sci/thique portant sur les Mongols oc- 
cidentaux, dénomination aussi mauvaise ici que tout à l'heure celle de 
Desmoulins pour désigner les Indo-Germaniques, les Turcs et les Finnois ; 
l'espèce sinique, comprenant les Mongols orientaux, les Chinois, Indo- 
Chinois, etc. ; l'espèce hyperboréenne. 

L'absence du groupe kourilien ou aïno de Desmoulins est à remarquer. 

L'espèce neptunienne succède, comprenant les races malaise, océani- 
que (Polynésiens; et papoue de la Nouvelle-Guinée. Je me borne à citer 
les autres : l'espèce australienne ; trois en Amérique, les deux de Des- 
moulins plus les Patagons; enfin quatre espèces nègres: Véthiopienne, 
la cafre, la hotlentote et la mélanésienne (ïasmaniens, Néo-Calédoniens, 
Fidjiens, etc.). 

La classification de Mortondans le Crania Anterirana est à peu près la 



102 CIIMMTHK V. 

résiiIlaiiU» ilf lt)iiU'> iclN's qui (»nl élr pruposcf.-» jiixjiit'-là cl repiéseule 
assez bien l'clal île ranlhioj)uU>gie i\ la suite des auleuiN précédents. Klle 
accepte cinq grandes variétés ou races hurn.iines : la laui-asicjiie, la mon 
gole, la malaise fou océanienne), raniéiieaiiic et rélhiopiiiiie «-e divi-aiit en 
vingt-deux familles. 



ClIAnïHK V 

II ISTolt InlK iSriTh;) 

Notion (IVspt'H-<\ suite : I..imank, Kt. rioollVoy Saifit-Ililair<'. — Nation do rare : A. 'lliifrry, 
\V. Kdwards. — KtlmoKiaphio ul l'ilmologie. — Uiiguisliquo. — d'Orbicny. 

.\otioii «irspôtM-, Milite (i). — Nous avons consacré dans cet historique 
on celle iiilrodiicUun. comme on voudra l'appeler, une grande part h la no- 
tion de Kespèce. et cependant lums n'avons pas fini. (Vest qu'aiilotir d'elle 
pivote tout le problème de la place de l'homme dans la série animale, et 
nu^fiie, conime oii va le voir, le problème de ses ori^'ines dans le j)assé 
et de >on de\elo|)pement dans l'avenir. 

11 était admis dans les pa^es (jui précèdent, aussi bien par les monogé- 
ni^tescpie par les polygénistes. que l'espèce est l'unité zoologique indis- 
cutable, une forme organi(iue définie, les monogénistes assurant qu'elle 
a des limites infranchissables tracées par la fécondité au dedans elia sté- 
lililé en dehors, les polygénistes contestant ces barrières qui font défaut 
entre dillérents gioupe> humains (ju'ils considèrent comme des espèces; 
les uns et les autres acceptant sans conte>tatioii(iue les caractères essen- 
tieU de l'espèce sont j)ei'manents et que son origine remonte à un mo- 
ment délerminé du passé lorsque les êtres vivants furent créés. Nous ne 
Voulions pas compli((uer la (piestion si délicate déi:\ débattue entre eux. 
Mais î\ coté, attendant une heuie favorable, couvait une autre doctrine 
déclarant que l'espèce n'existe pas. et n'e^t (luune conception de notre 
es|)iit, une illusion de nos sens, un état relatif et de convention. C'est cette 
dnctrin(; (pii emplit le monde atijourd'hui, qui est le point de mire de 
l'anlhiopologie, cl (jui a iioui le Ir nisfoi nv'sme. 

L'est sa première phase dont nous allons tracer rapidement l'histoire 
jusiiu'en !8.*)0. 

Nous avons \\\ (|iit' lliiilon, eiilraiiit' par ses <»pinions sur l'aclictu des mi- 
lieux et l'absence de démarcation enlre les groupes de la nature, et j)arses 
jloutes sur le^ limites entie la fertilité de l'espèce an dedans et sa stérilité au 
dehors, en était arrivé h. entrevoir la d«rivalion des espèces, leur réduction 
en un petit iiMmbre des familles cl la p().>5-sibililé d'un j)oint de départ coni- 

,1; Voir precfdeinmunt s\w jcsj,. i,i. : J. |;n\. p. -Ji; l.iin.r. p. \\) , BulToii, p. '.\\\ (.n\it r, 
p. 80. 



HISTOUIOllE. — LAMAUCK. 103 

imin pour collos-ri. C'est vers I7()0, qu'il laissa davantage percer ces dis- 
l)osili()ns de son esprit, comprimées par sa mésaventure antérieure avec le 
syndicat de la Faculté de théologie de Paris. Le système de la création de 
Linné conforme au récit de la Genèse n'avait obtenu du reste qu'un succès 
limité parmi les savants. Des signes précurseurs d'une réaction se manifes- 
taient déjà en France, en Angleterre, en Allemagne : à la création par le 
miracle on sentait la nécessité d'opposer la formation par les causes natu- 
relles. C'est en France que le mouvement fut le plus accentué quoiqu'il 
ait peu duré et se soit arrêté sous la pression sédative de Cuvier. Les 
encyclopédistes, dont l'œuvre magistrale était en voie de publication, 
avaient posé la question. Diderot se demandait si le principe de l'anima- 
lité n'avait pas de tout temps eu ses éléments épars et confondus dans la 
masse de la matière, et si ces éléments n'étaient pas arrivés à se réunir, 
simplement parce que cela était possible. Un géologue, de Maillet, de 
17 i8 à 1758, avait conçu tout un système de l'univers et décrit la trans- 
formation des espèces marines en espèces fluviatiles et terrestres, des 
poissons en oiseaux, s'écriant : « Que cent millions d'individus aient péri 
avant de pouvoir contracterl'habitude de vivre sur terre, il suffit que deux 
y soient parvenus pour donner lieu h l'espèce. » Dix ans après, en 1766-68, 
Robinet déclarait que l'espèce est une illusion des naturalistes tenant à la 
faiblesse de nos organes et qu'il n'y a que des individus: « Toutes les for- 
mes sont transitoires, et d'un bout à l'autre du grand tout régnent sans 
cesse le mouvement, la variation, le changement; » l'homme a été créé à 
la suite d'une série d'ébauches qui représentent les étapes de l'anima- 
lité. Mais pour la science, les conceptions philosophiques ne reposantpas sur 
des faits observés et rassemblés par soi-même n'ont qu'un intérêt de cu- 
riosité, et nous avons hâte d'arriver àLamarck. 

Liamarck naquit àBazeutiu, dans le département de la Somme, en 1744, 
et mourut en 1829, ayant perdu la vue par ses recherches sur les êtres in- 
finiment petits. Il se consacra d'abord à la carrière des armes, qu'il aban- 
donna pour la science, enparticulier pour la botanique. 

On a prétendu que dans sa célèbre doctrine, il avait cédé à la méthode de 
raisonnement qui, en Allemagne, engendra Shelling, Goethe, Oken, Carus. 
Le simple énoncé des faits prouvre qu'au contraire il y était préparé de 
longue main par des observations précises. Son premier travail est une 
Flore française en trois volumes, précédée d'une de ces Clefs dichotomiques 
dans lesquelles on est obligé d'analyser les caractères avec un soin extrême 
et de faire la part des moindres variations pouvant faire confondre deux 
espèces voisines. L'un de ses travaux suivants fut la série des articles de 
AàP consacrés aux plantes dans V Encyclopédie, plus une annexe intitulée 
lUuslration des genres, dans laquelle il décrivit deux mille genres et donna 
neuf cents planches. 

Sa vie de zoologiste ne commence qu'à l'âge de 49 ans, lorsque la Con- 
vention le désigna à la tioisième chaiie de zoologie qu'elle venait de fonder 



104 (.IIMMTMK V 

ail Mu>ôiim, cpllt» consaciM^r aux iiiscrtos, aux in<>llu-.|uos, aux vers, aux 
zoopbyti's. la partie h laquelle Liiiué avait p«.ur aiu^i aire reuoucé. C'étail 
le nuMule (les auimaiix iiiréricur. «lunu Im livrait, .-.■lui .l.ms le.iuM la 
théorie de l'évolutiou découvre ses ai ^'uiueiits les |)liis roiivaiueaiils. l.a 
destinée seinldail le pousser inévilahleuieut dans la voie où, après avuii 
été méeonnu, >on nmu devait acqurrir une si hrillaiili' rcnoiiiuiée. Après 
avnir j)endaut viii^t-ciiui ans travaille i\ dislin-iier les espères vé^'étales, 
Laïuarck se trouvait tout ;\ roup api^elè ;\ porter la linuière au milieu des 
espèces animales les pins rchcllc- jns.jnc là à la elassiticatioii. 

Mais son esprit et son activité étaient à la lianl.Mir de la situation. Suc- 
eessiveinenl, on le vit créer la iirande division des animaux eu vertébrés et 
invertébrés qui a résisté an (Icinier remaniement des classillcateurs, 
puis les divisions et subdivisions principales des invertébrés qui aujuurd'bui 
encore ont cours dans renseiuMiement «lassi.iue. Alors commencèrent ses 
publications en zoologie; ses Herhenlu's snv rnrffauisntion des êtres virants 
en m)-2, sa PhUnsnp/iir z»„/i>;/i(/up en 1H(MI, son Histoire nntiirelte (Us 
nnn/Hiur de ISKJ fi \H22. Kn pbysi(|ue, en cliimie, en géologie, il écrivit 
([ui'hpies moiidgiapliies. 

Lamairk était « le disciple de Ihiiron, le familier de sa maison, » 
Miivanl le mot de M. de Onalrelages ^!). C'est h lui (lue rilluslre naturaliste 
conlia son tils pour le faire visiter les grandes collections de riùirupe. 
Pins bardi que son maître, il reprit sa pensée en la portant plus loin 
pent-C'lre (|iie ne le comporlail la science d'alors. 

Il snilit (le suivre sa P/il/(>s()})/iie z<>n/(,f/iqite {2} pour connaître toute la 
doctrine de Lamirck qui gravite autour de cinq idées fondamentales : 
r- la nature de l'espèce; 2' les classilicalions conformes, dit-il, h l'ordre 
suivi par la naliirc; T le principe de la mutation et de la dérivation des 
êtres vivant les uns des autres; .4° les voies et moyens (jue la nature met 
en œuvre pour atteindre ce résultat ; o" les applications à l'homme. 

L'élude de» sciences naturelles comprend deux choses absolument dis- 
tinctes : 1° les faits recueillis iiidéj)endamment de toute tbéoiie explica- 
tive ou'distributive dont iU penvnt ultérieurement ^tre l'objet; i>o le 
classem.'iit el l'inlerprelation de ces faits au gré des naturalistes. La dis- 
tribution systémali<ine, la nomendaluiv, la synonymie et la technologie 
imaginées par l'homme pour niellic .1.- Innire dans ses éludes, pour dési- 
gner'et distinguer liinmeuse multitude d'objets sur lesquels portent ses 
recherches, sont aiuM des /;./r^/V,s fh l'nrt. Les limites de nos facultés qui 
ne peuvent embrasser tout à la fui» non> obligent fi recourir à ces moyens. 
Mais ces classifications, dont plusieurs .si beureusemeul imaginées, ainsi 
que les divisions et subdivisions (pi'elle proenl.'ut, sont tout ;\ fait artili- 

I U,. Qualr.-ia«cM. Us précurseurs /murais d-: Ihnun,, ,n K-nu.- «Ir. D.m.x Mmm.I. .. 

Il* du Ij (lecumhro 18G8. , i ...i,.. 

2) Umarrk. /"..7oto/./,.^ zoohghfue, hmuv.-II Im.'m. -n .I.m.v VMln.n.s. ,.,„• ( l..ul. >. 

Martins. Pari», 18.3. 



IIISTOHIQUE. — LAMAUCK. \()\) 

ciollos. Rien de tout cela n'existe « dans la nature qui n'a réellemenl 
foi-nié ni elasses, ni ordres, ni familles, ni genres, ni espèces constantes, 
mais seultMnent des individus (jui se succèdent les uns aux autres et qui 
r<>ssemhlenl ;\ ceux (jui les ont produits » (I). 

dépendant il existe un ceitain ordre dans les productions de la nature, 
dans le rèi^ne animal comme dans le végétal, l'ordre suivant lequel elles se 
sont forrnées î\ l'origine. Cet ordre se reconnaît aux rapports particuliers 
et généraux qui existent entre elles. Les eflbrts des naturalistes doivent 
tendre Mes découvrir a afin de remplacer les distributions systématiques 
ou artilirielles qu'on a été Ibrcé de créer pour ranger d'une manière 
commode les diiïérents corps naturels absents ». C'est la méthode natu- 
relle telle que l'a instituée Laurent de Jussieu en botanique, méthode 
qu'on peut détinir: « l'esquisse tracée par l'homme, de la marche que suit 
la nature pour l'aire exister ses productions » ("2). 

Jusqu'ici donc Lamarck se borne à développer l'idée même de BufFon. 
Il n'est pas ennemi des classifications, mais l'ennemi de certaines, lors- 
qu'on veut y voir autre chose qu'un classement pour les besoins de l'étude, 

Dans cet ordre de la nature établi par les rapports visibles entre les 
groupes, que constate-t-on ? Une gradation de bas en haut allant du simple au 
composé, l'organisation se compliquant graduellement, les masses princi- 
pales représentées parles ordres, classes et familles formant « une série uni- 
que, simple et linéaire », ou peu rameuse, et enfin les espèces disposées à la 
périphérie des masses dont elles font partie sous l'aspect « de ramifications 
latérales dont les extrémités offrent des points véritablement isolés » (3). 

Qu'est-ce donc que l'espèce? La définition qu'on en donne est vraie 
lorsqu'on dit qu'elle désigne toute collection d'individus semblables pro- 
duits par d'autres individus pareils à eux ; mais elle est fausse lorsqu'on 
ajoute que ces individus ne varient jamais dans leurs caractères spécifiques 
et que l'espèce est constante et aussi ancienne que la nature. Les espèces 
n'ont réellement qu'une constance relative à la durée des circonstances 
dans lesquelles se sont trouvés les individus qui les représentaient. Cer- 
tains de ces individus ayant varié deviennent des races qui se nuancent 
avec celles de quelque autre espèce voisine. Ce qui donne lieu à la suppo- 
sition que les espèces sont invariables, c'est qu'on s'attache à des indi- 
vidus placés dans les mêmes conditions d'existence. Les espèces dessinées 
sur les monuments d'I^lgypte ou retrouvées dans les tombeaux de ce pays 
sont semblables à celles qu'on retrouve aujourd'hui sur les rives du Nil, 
parce que la situation de l'Egypte et son climat sont encore à très peu 
près ce qu'ils étaient à cette époque. 

'1) (Juvr. ci(é, t. I, p. 41. Quoique çà et là seulement nous placions des guillemets pour 
indiquer les passages textuels, toute la partie relative h Lamarck n'est guère (ju'une analyse 
terre ;i terre de sa Philosophie zoolofjique en se servant des mêmes mots, ("est du reste la 
règle nue nous avons suivie autant que possible depuis le commencement de cet hisloriqne. 

(2) buvr. cité, t. I, p. 65. 

(3) Ouvr. cité. t. I. p. 77 «'t \VÎ. 



lOÔ <;||\I'11MK V. 

Par li'iir> (MiMctru'N. los espèces se Inuchi'iil. Il n'y a (jin' ceux (jui «^c 
sont loiiulfiups t'I loilt'im'iit orrupés de la dtHi'i inmalioii des espèces (jui 
savent jusque (piel point elles se fniideiit, et peuvent se convaincre (jue 
les espèces dites isolées ne le smil (jiic parce (pie les espèces voisine^ leur 
font défant (I); Les espèces (}ui terminent chatjne rainean dont nuns 
parlions tt)nt :\ l'iienie tiennent an moins d'nn cote à dauties espèces 
(|ni se luiaiicent avec ello. 

La notion de resj)èce se perpélnanl semhlahle par la génération eni- 
poitait la nécessité (pie les individus ne juissent èlie féconds entre eux. 
Mais le^ hybrides liés communs parmi les végétiKix ( l les accouplements 
entie animaux d'espèces ï'ovi dilléi entes ont montré cpie cette rè^le soull'i'c 
bien des exceptions. -< L'hyhiidilé seule sut'lit pour créer de pioche en 
proche des variétés (jui tieviennenl cnsiiilc des races, (jui avec le temps 
constituent ce que nous nommons des espèces » (2). 

Lamarck se demande ici ce qu'il faut penser des espèces réputées 
perdues que la géologie révèle. Ne serait-ce pas plutôt, dit-il, «( des espèces 
encore existantes, mais qui ont chan^'é depuis et ont dtmné lieu aux es- 
pèces actuellement \ ivantes, rpie nous en trouvons voisines (.'J ? »» Il s'élève 
alors contre la doi Irinc d nue catastrophe générale et pense qu'au con- 
traire tout ï»'esL lait lenlenitiit, sans secousse, sans bouleversement el 
par degrés successifs. 

L'espèce eu un iiKd ot lemporaire, sa lixilé est une apparence due 
à la brièveté de notre vue. Mais comment se produit-elle? 

Si aucun incident ne venait troubler la gradation ascendante natu- 
relle des èlres, les masses grandes ou petites seraient disposées suivant 
une ligne, une chaîne ou une échelle, sans interruption ni régularité. 
Mais d'une part des lacunes se présentent ;\ nous par suite de rinsulli>ance 
de nos connaissances et de l'absence d'échelons ou d'anneaux, de l'autre 
interviennent \q9, circonslcDires e.rtrnnes d hnhitndon. L'ordre de la nature, 
en un mot, « est le produit d'une loi constante (pii agit toujours avec uni- 
formité; mais une cause particulière fait varier, gà et là, dans toute 
l'étendue de la chaîne animale, la ré,i:ularili'' des résultats cpie cette loi 
devait produire » i i). 

Les circonstances d'habitation répondent à ce que nous appelons au- 
jourd'hui les milieux. Elles n'agissent pas directement sur les espèces pour 
les changer, mais elles appellent de nouveaux besoins, qui engendrent de 
nouvelles habitudes^ lesquelles provocpimt un surplus d'action dans cer- 
tains organes ou uni' diminniion dans d'anlres. D'où les deux lois sui- 
vantes : 

<' I" Dans loiil animal qui na pas dcpasséle terme deses développements, 

1) Uuvr. cité, 1. I, p. Ti;. 
;2» Otivr. ciiif, t. 1. p. «I. 
,3) Ouvr. lité, l. I, p. IKJ. 
(4) Ouvr. cité, p. liî, t. I. 



iiisTORionii. ~ l\mau<:k. 107 

l'emploi plus fréquent et continu d'un organe quelconque t'ortitie peu à 
peu cet organe, le développe, l'agrandit et lui donne une puissance pro- 
portionnée i\ la durée de cet emploi; tandis que le défaut constant d'usage 
de tel organe l'affaiblit insensiblement, le détériore, diminue progressi- 
vement ses facultés et linit par le faire disparaître. 

K :2" Tout ce que la nature a fait acquérir ou perdre aux individus par 
l'inlluence des circonstances où leur race se trouve depuis longtemps 
exposée, et par conséquent par l'influence de l'emploi prédominant de 
tel organe, ou par celle d'un défaut constant d'usage de telle partie, elle 
le conserve par la génération aux nouveaux individus qui en proviennent 
pourvu que les changements acquis soient communs aux deux sexes ou à 
ceux qui ont produit ces nouveaux individus » (1). 

La première de ces lois peut presque se résumer par le dicton : 
l'habitude est une seconde nature (2). Elle conduit à deux sortes de chan- 
gementsdes organes, l'un par progression oupardéveloppement, l'autrepar 
régression ou par retour en ari'ière. Le second donne lieu à la remarque 
suivante: le résultat obtenu se conserve par la génération et devient hé- 
réditaire lorsque les unions se produisent entre individus soumis aux 
mêmes habitudes, mais il tend à être neutralisé si ces individus sont soumis 
à des habitudes différentes. 

« Conclusion: La nature, en produisant successivement toutes les espèces 
d'animaux et commençant par les plus imparfaits ou les plus simples 
pour terminer son ouvrage par les plus parfaits, a compliqué graduelle- 
ment leur organisation, et ces animaux se répandant généralement dans 
toute la région habitable du globe, chaque espèce a reçu de l'influence 
des circonstances dans lesquelles elle s'est rencontrée, les habitudes que 
nous lui connaissons et les modifications dans ses parties que l'observa- 
tion nous montre en elle (3). » 

Nous ne rappellerons pas les exemples plus ou moins satisfaisants que 
Lamarck donne chemin faisant de sa doctrine de la dérivation des êtres 
les uns des autres, ni la classification naturelle ou généalogique des ani- 
maux telle qu'il la conçoit dans l'état de la science de son temps. 

11 admet six degrés d'organisation, quatre pour les invertébrés et deux 
pour les vertébrés, comme il suit : 

1" degré : infusoires, polypes ; 

2^ degré : radiaires, vers; 

3'' degré : insectes, arachnides ; 

4^ degré : crustacés, annélides, cirrhipèdes, mollusques ; 

5^ degré : poissons, reptiles ; 

6'' degré : oiseaux, mammifères. 

1) Ouvr. cité, t. I, p. 235. 

(2) Chez les plantes, les habitudes sont remplacées par l'excitation permanente, dans un 
sens déterminé, de certains organes par les circonstances extérienres. 
à) Owr. cité, t. I, p. 263. 



|08 CIIMMTUK V. 

Ai'iivo à la famill»' dt's fiiiadtiiiiiaiics, les plus pailaits des aniiiiaiix 
connus, ilit-il, et ^iiitont an ^'cnre orane: qni Icrmino la série onlièic 
comme la MiMiiade la e(tininen('e, il passe à riioiiime. aii<niel il s'aiuMe 
ponr nnmlrer (jne. ici eneore, *< les caractei-es dt*nl on se sei l punr en loi- 
mei-, avee st's vaiijMés. nne famille fl part, sont tons le produit d'aneiens 
changements dans ses actions, et des liahiliides ([iril a prises et (]ui sont 
(levennes partieulieies anx iiulividns de son esp^(•e. > 

Supposons, dit-il, « nne race (jutdooncine de (inadrumanes, le. plus jxt- 
feclionnée »>, et pin- loin il cite l'orang d'Angola, on troglodyte, celui (ju'on 
désigne anjonicl'hui ^ous le nom de chimpanzé; « si, f)ar la néc^'ssité des 
cil Constances on j)ar (juehine antre can>e. elle pei'dail l'hahitude de grimper 
^ur les arhres et d'en empoigner les hranches avec les pieds, comme avec 
les mains, ponr s'y accrocher, et si les individns de cette race, pendant 
nne suite de généiations, étaient forcés de ne se servir de leurs j)ieds (jue 
pour marcher et cessaient d'employer leurs mains comme des pieds, il 
n'est pas douteux que ces (juadiumanes ne fussent à la lin transformés 
en bimanes, et (jne les pouces de leurs ()ieds ne cessassent d't^tre écartés 
des doigts, ces pieds ne leur servant plus qu'i\ marcher » (1 1. 

Par un raisonnement analogue on comprend que les individus de celte 
race arrivent à se tenir dioit,à |)eidre le développement excessif de leurs 
inAchoires, à acquérir un angle facial plus ouvert. Ces résultats étant obte- 
nus [)ar des habitudes nouvelles, cette race liniiait par dominer les autres 
races d'animaux, par les maîtriser. Dès lors ses besoins s'accroîtraient, par 
conséquent ses idées et l'obliiiation d'augmenter et de varier en propor- 
tion les signes propres à communiquer sa pensée. Ces premiers résul- 
tats la pousseraient à de nouveaux efl'orts pour mieux se faire com- 
prendre, (juelques sons inarticulés en petit nombre se produiraient, les 
organes de la parole se développeraient parallèlement, lusage ferait 
naître la fonction, et bientôt cette race parlerait. 

Pour que de semblables transformations aient lieu il ne faut que du 
temps: la nature en a de reste. Il s'en opère incessannnent autour de nous, 
mais nos générations se succèdent et ne savent pas les prendre sur le 
fait. Mais supposons la vie humaine d'une seconde, et (jue dans ces con- 
ditions un homme regarde lune de nos montres, non seulement la grande 
mais la petite aiguille lui parailiont immobiles. Trente générations, en 
trente secondes, n'en verront pas davantage, et cependant une obs(M-vation 
méthodi(|ue nous a(ij)rend (jue ces aiguilles se déplacent, (ju'elles avancent 
toujours, (pielles font le t(»iir du cadran (:2i. Telle est la stabilité apparente 
des espèces et 1 immobilité de la natuie. .Nous ne voyons pa^ ses transfcjr- 
mations, et cependant elles ont lieu. 

Jusqu'à sa mort Lamaick re-la lidèle à ses idét's, pai ticulièremenl 
dani Sun Ilistoirf nahirr/le dis 'innunnx sans nrhhins, eu ISi.'i, dans son 

,n Uuvr. cilf. i I. |>. :i'»o. 
.2) Ouvr. cité, \.\\, p. \'iU. 



1 



HISTORIQUE. — GEOFFROY SAINT-IIILAIRK. 10!) 

St/sfème des connaissances /)osifires de P homme, en 18^20, et dans son article 
sur (( l'Espèce » du Dictionnaive d'Histoire nalurelle de Detcrville, paru peu 
après (I). 

F.tipnne C-ooflTroy Maint-iiiiairo continue les idées moyennes de 
lUifl'on comme Lamarck s'est intronisé dans ses idées avancées. Seul 
en France pent-êtie à ce moment il entrevit la hauteur de vues de son 
collègue du Muséum, mais sans oser le défendre. Tout en s'élevant bien 
au-dessus de faivier, il n'atteignait pas l'envergure de Lamarck. 

Trois écoles bien caractérisées au point de vue philosophique, répon- 
dant à trois tendances de la nature humaine, existaient en effet dans la 
science au commencement de ce siècle. La première, dont les précur- 
seurs remontent bien au delà et se retrouvent au berceau de toutes les 
sciences, naquit vers 1797 avec son chef le plus autorisé, Schelling. 
Partant de conceptions à priori, elle donnait un libre cours à son imagi- 
nation, raisonnait sur tout et ne demandait à l'observation que plus tard 
la confirmation de ses théories. Cela est, parce que cela doit être et que 
c'est rationnel, se disait-elle. « La science tout entière est fondée sur le 
raisonnement; philosopher sur la nature c'est la créer, » se plaisait-elle 
à répéter. Goethe, qui réduisait toute la morphologie des plantes aux mo- 
difications subies par la feuille, Tréviranus, Wagner, Oken, qui dans le 
corps entier, dans le crâne ne voyait que des vertèbres, et ses imita- 
teurs Spix, Carus, furent de ses adeptes. C'est Vécole des philosophes de 
la nature, qui, notablement amoindrie, règne encore de l'autre côté du 
Rhin. 

La seconde, l'opposée de la précédente, dont on retrouve de même de 
nombreux précurseurs en remontant le cours des sciences, par exemple 
dans Linné, Blumenbach, Daubenton, avait pour chef Cuvier. Procédant 
uniquement par les faits, son objectif se limitait à la recherche et à la 
description des caractères, des espèces et des genres, et ne s'élevait pas à 
l'explication et à l'enchaînement des phénomènes. L'idéal auquel toute 
la science devait tendre, c'est la classification. Aussi l'appelle-t-on Vécole 
des faits. Beaucoup de faits et peu de méditations, eùt-elle dit volon- 
tiers. Les principes de la subordination des caractères et de la corréla- 
tion des caractères sont les sommets les plus élevés qu'elle ait atteints, 
principes du reste féconds, qui ont permis à Cuvier de reconstituer des 
formes paléontologiques éteintes à l'aide de quelques débris frustes. 

[l) Pour la liste désœuvrés de Lamarck, voii- VlUogede Lamarck par Et. (jcoffi-oy Saiiit- 
Hilaire en I8li) (Fragments hiograpkiques, 1838;. 

Ne pas coufuudre avec l'clogc du iriêine, par Cuvier. Dès les premières pages. Cuvier 
s"eu prend à « ses conceptious fantastiques n et se propose, dit-il, non de l'admirer, 
mais de loffrir en étude aux générations futures. Oui, pour Lamark, s'écrie-t-il plaisam- 
meut,. " ce ne sont plus les organes, c'est-à-dire la nature et la forme des parties, (lui don- 
nent lieu aux habitudes et aux facultés, ce sont les habitudes au contraire et la manière de 
vivre qui, avec le temps, font naître les organes. » Les espèces n'existeraient plus dans 
la nature !11 



!I0 CHAIMTIU: V. 

I/oi«;aiu* t'I >a fi)nrti(Mî sont soli«l;iii es, «li>ail-t'llc, le Imt :\ alUMudii* mii- 
vanl la voîoiilé du créateur prinir tout : t<*lle lonclioii, tel orjiane; c'était 
la doctrine des causes finales. iVnji elle, les j^roupes étaient nettement 
séparés; pas (!»> traiiNilioiis : imiIit riKHimic et le prt'miei' des singes, un 
hiatus. 

La ti()isi('Mi»' ét'nli', iiilci iiiédiaire cnlre Icv deux, e^l frllc d Mtienne 
ric'ollroy Sainl-Hilaire, (pialiliéi; iVuolf p/iilosofthi(/t(t\ l»aitant des laits, 
coiuini' ré«'nle de Convier, elle en dillére |)arce (pi'elle s'empresse; d'en 
liirr les iii{iucli(»ii> lt'^ plus étendues, sans dépasM-r tnulcrois (•• ilaiufN 
limili'-. Telle était la nicllindi' dr hiillnn. bien (juil rùl une disposition à 
alU-raii deh\, (lu'il chereliail à mailiisci'. 

\/.i \ie rnlii'ie ih' (jt'o|lïo\ , nial^'ié la uiulliplieilé de ses travaux, se 
rout-i'iilre autour d'uiu' gi-aiule loi, celle d'unité de comj)osilion or^'a- 
uicjuc, pai- hupu'llc il fit faiie ;\ l'idée transfoiiuiste le plus grand pas 
rpTclle ait réalisé. (Ju'oii laiNNf, dans celle vaste conception, ce (jui ressoil 
delà géologie et de l'enibiyologic, (|u'en lesle-l-il? L'unité de composition 
du règne animal établi par (icoilioy, et des hypolhéses sur les voies el 
moyens. 

('elle loi, ou mieux ce lait, dont on oublie l'auteur et (jue personne ne 
conteste {)lus, Geollroy y arrive par sa théorie des analogues et son prin- 
cipe des connexion^. On la voit se développei- peu ù peu dans le cours de 
sa vie, mais toujours à la remorque d'observations recueillies patiem- 
ment le scalpel ;\ la main. Klle nail en \l\)o (Luis son .Mémoire sur les 
makis. A propos de l'aile de l'an huche, en i800, la considération des 
organes rudimenlaires s'y ajoute; puis le principe du balancement des 
organes. Successivement, à propos des organes électri(jues de la loipille, 
du sternum des poissons, de Los lympanique des oiseaux, du crdne de 
l'homme et du crocodile, de l'appareil hyoïdien des quatre classes de 
vertébrés, cette doctrine grandit. Il la démontre chez les mammirères, les 
oiseaux, les poissons, puis chez les reptiles, et il retendait aux mollusques 
lorsque éclata son giand débat avec Cuvier. Passant aux monstruosités, il 
élablit <jue dans l'ordre pathologique elle est vraie aussi; que nulle part 
il ii'\ a dérogation aux lois ordinaires; qu'une anomalie dans une espèce, 
chez l'homme entre autres, est parfois la règle dans une autre: que les 
monstruosités, « ces jeux de la nature, (lisait-<jn, cet échantillon des lois 
(lu ba^aid (|ui, selon les athées, doivent enfanter l'univers et que Dieu a 
peruiis poui- nous apprendre ce que c'est (jue la création sans lui >», suivant 
les expressions de (Chateaubriand, obéissent il la loi ct)mmune et ne se 
produisent (jue suivant certaines directions, at)portanl leui- cnulii rualion 
à cette gramb; loi d'unité de composition organif|ue. 

Dans un article, ie\u et annoté par (îeod'roy en IS.'JT, Jean lleynaud 
la résume en ces termes, (ju'il nous faut reproduire in crhnso : 

n Considérons l'extrémité du meujbre autérieui- chez les divei-ses 
espèces, non dans ses fondions ou dans ses formes, mais dans les élé- 



IIISTOUIOIH'. — GEOFFnOY SAIN 1-1111. AIIU'. III 

mcnls dont il se compose, et nous y trouverons constamment l'analogie 
(jue nous Nenons de dire, ('.liez riiomme et chez les singes, les cinq 
doigts prennent ini dével(^ppement à |)eu près égal, et demeurent dis- 
tincts; toujours composée des mûmes pièces, la main, chez la chauve- 
souris, s'allonge immodércrnent dans tous les sens et se l'ait aile; chez la 
baleine, elle s'étale autrement et devient nageoire; chez le bœuf, les 
deux doigts inlermédiaires deviennent usur[)ateurs, les doigts latéraux 
privés de nourriture se réduisent à de simples ergots, et la main se change 
en pied fourchu; chez l'àne et le cheval, à part le doigt du milieu, tous 
les doigts s'atrophient, et la main n'est plus qu'un gros doigt, accompagné 
de quelques osselets rudimentaires et emprisonnés dans un ongle qui, 
enrichi de son côté par ce surcroît d'existence, se change en un sabot; 
chez certains reptiles enfin, le développement inusité du système des 
côtes fait que le membre antérieur ne reçoit pres(|ue plus de nourriture, 
perd la force de se produire, demeure entre les muscles de la poitrine, 
se réduit i\ quelques pièces seulement ou même disparaît entièrement. 
Mais que le membre antérieur se réduise à quelques pièces, que son 
extrémité soit un pied à sabot, un pied fourchu, une nageoire, une aile 
ou une main, ce sont toujours des éléments placés dans les mômes 
rapports qui le composent, et il ne se trouve pas une partie chez le plus 
simple qui ne retrouve exactement son analogue chez le plus compli- 
qué. La nature arrive toujours à son but avec le moindre efl'ort et le 
moindre appareil possible; ayant à faire vivre des animaux dans toutes 
sortes de conditions d'existence, elle ne se décide point à créer autant 
de types distincts d'organisation ; ce sera pour ainsi dire toujours le 
même corps dont elle se servira, le pétrissant en quelque sorte entre ses 
mains de manière à lui donner toutes ses formes, à le rendre propre à 
l'exercice de toutes ses fonctions, mais sans le disloquer et sans altérer 
en aucune façon sa composition intérieure (1). » 

Il semble que sur cette pente Geoffroy devait forcément aboutir au 
transformisme. Il n'en est rien. Il savait se retenir et ne pas dépasser la 
limite des inductions démontrées. N'ayant pas fait de recherches spéciales 
sur les animaux inférieurs, il ne pouvait généraliser. Il était morpholo- 
giste, et philosophe plus que Guvier, moins que Lamarck. Le besoin de 
classer ne l'entraînait pas. Son principe, inverse à celui de Guvier : « tel 
est l'organe, telle sera la fonction, » le poussait peu dans la voie des expli- 
cations physiologiques. 

Une fois cependant, dans un mémoire sur les Sauriens à Vétat fossile, il 
se demande comment le type inférieur des vertébrés ovipares a pu donner 
naissance au degré supérieur d'organisation des oiseaux. «Il a suffi, dit- 
il, d'un accident possible et peu considérable dans sa production originelle, 
mais d'une importance incalculable quant à ses effets, pour développer 

V) Et. Geoffroy Saiiit-IIilairc, Fraamenta hi»graphiqu;s, 1838, p. 317. 



IIJ « IIMMIUK V. 

en toutes It-s i).irlii'> du i^rpr, lf> c.iKlilii.nN du l\i».' (.nnlhulugique. " 
L'espèce, pensail-il, est <« une siiiti; d'iiulividiis cara(lLMi>ôs par un en- 
semble do trails disliuclifs dont la tian>nnssiuu est nalundlc, régulière td 
iudt'liuie: » mais « dans l'état ai (u. 1 des choses, il est pn.sij.U. ,|m3 U^ 
espèces actuelles dérivent des espèces paléont.d(»iîi(ines antérieure^ 
modifiées par les milieux ... mn\ comme le V(.ulail Lamarck par l'intermé- 
diaire du besoin et de 1 liahilude suscités, mais direcli-ment. •< Les varia- 
tions de ratnïos|)hère, depuis les temps Icn plus anciens jusqu'à nos 
jours, écrit eiu-ore .b-an iteynaud <ians un autre article revu par 
iieoirroy, consliluc le principe des variali(»ns cpii m- s<.nl picdiiites iV\*^v 
en Age dans les esjjèces animales, toujours obligées de se mettre en har- 
monie avec les conditions j)articulièr(>s du milieu où s'ellectue l.i respira- 
tion .. (l . 

(letdlVoy n'échappait pas du reste à la loi commune, il avait ses l'ai- 
l.lt-si-s et ses heures de découragement : l'autorité de Cuvic r lui en impo- 
sait: il ttit très alleclé de sa célèbre controverse avec lui. Dans ses écrits 
ou entrevoit parfois comme une contrainte: il s'abandonne davantage à 
ses inspirations à la lin de sa vie. Lu LSii'.l il se défend contre la pensée 
<Iiril puissi. y avoir (picbpic chose de cnniinuii cuire sa doctrine et celle 
de Lamarck et de de Maillet; en IHoS il dedie son volume de Fraginenls 
h',u(j,aj)l,uiw's M au souvenir des i:lorieii\ progrès de la philosophie nalu- 
,-,.11,.. prin<M|)e. <lans le dévrl..|)iuMiieiit de riimiianil.'. d'une ère nouvelle 
ccunmençant à la decouverle du syslèiue astrouomi(iue par Keppler et 
Newton, et se c()nlinuant sous l'autorité des conceptions unitaires sur la vie 
harmonieuse de l'iiniveis p;,!' Hiilloii cl (i(ellie. >• A la même date il écrit : 
<( Cuvier crut drvoir .s'en tenir à cet a i>rin,i int/slK^ue ((ui, directement 
contraire à la Iheoiic du perfeclioniiement indélini des êtres, exclut 
tout sentiiui'iil de j)i(),mrs dans riiiiuianit»', «•..iiiiiic dans la vie de l'uni- 
vers ; c'était se soumettre à la .royance (jne Dieu n'a i»..iiil fait /es espèces 
dans tes temps et surressiret/if^nl mais dès ruii-ine, |)ai un seul acte 
éiuauaul de sa toulc-puissauce. » 

Malgré tout. Liienne (ienllV.)y de Saint-llilaire se heurta un j(jur à 
Cuvier. Frères à leur p(.int de (iéj)ait. |)uur u\c servir de sou expression, 
ils se CiHiihaltiivul au déclin (h' la vie. C'était le 22 feviier IHilO. Le 
public était admis depuis peu aux séances de l'.Xcadémie des sciences. 
Cuvier. orateur, y était très écoulé; à l'occasion d'uu mémoire présenté 
j.ar MM. LaiiieiHclel Meyiaiix sur les iu..llus(jues céphalopodes, et d'un 
rapport de lieollVoy laisaiil allusion à ruuile décomposition de ces mol- 
lus(|ues avec les' animaux vertèbres, il counuença laltaque. « Le 
(Irbal, (11! (.n-the. alleulil de l'autre côte du Hhin, fui un spectacle 
(pic Ihistoire des science ne présentera peii(-elre jamais une seconde 
fois. .. Les journaux de rép.Mjuc prenait;nl l'ail et (Musc j.our l'un nii 

I,, fa. (;eofrroy Saint-Hilairc. Frugmmls Oiofjrophi'/urs, \H\H, i ^ul \rii. !<• (L- !• «n 
Hi\fiau«l, O'vu ni annoté par (ii'oîTroy. 



HISTORIQUE. — GEOFFROY SAIiNT-niLAlUK. tl3 

l'aiitrc : les D/'fmts, le National, le Temps ; la jeunesse se partageait en clas- 
si(iiies et philosophes. La révolution de Juillet interrompit la lutte. Geollroy 
en profita pour résumer ses arguments, dans un ouvrage intitulé Princi/jes 
de philosophie organique et la reprit plus tard. La victoire en apparence 
resta à Guvier, le public jugeant sur le fond en faveur de Geoffroy. 

Entre ces trois écoles : Schelling, Geoffroy et Guvier, quelle place occu- 
pait Lamarck? Nous l'avons amplement montré, Lamarck est parti des 
faits, de ceux principalement empruntés au règne végétal et à l'em- 
branchement des animaux invertébrés, et non de raisonnements a priori 
comme Schelling. Mais une fois dans la voie de la synthèse, il ne s'est 
pas arrêté, comme eût fait Geoffroy, il alla au delà de ce que les faits 
acquis établissaient, il eut recours aux hypothèses, chercha des exemples 
qui n'ont pas toujours été heureux, et causa lui-môme un certain préju- 
dice i\ sa propre doctrine. En un mot il a devancé à la fois son temps 
et la science alors possible. Au commencement de ce siècle, la doctrine 
du transformisme était une lueur de génie, une conception hardie, mais 
elle était prématurée; l'unité de composition, au contraire, fut de suite 
un fait acquis, une démonstration. 

Mais la doctrine de Lamarck s'appuyait par anticipation sur cette dé= 
monstration de Geoffroy, ce qui n'échappa pas à Gœlhe; et à côté du 
nom du premier se place à juste titre celui de Geoffroy Saint-Hilaire. 

Ce dernier fit de nombreux adeptes, parmi lesquels Broca. Lamarck 
en laissa peu en France; le premier aurait été Bory de Sainl-Yincent, 
d'après M. de Quatrefages; plus tard, les botanistes Naudin en 1852, et 
Lecoq en 1854. Si Geoffroy eût tenu le sceptre à la place de Guvier, il est 
vraisemblable que la doctrine eût davantage attire l'attention et conquis 
immédiatement des prosélytes. Le succès tient en général plus aux cir- 
constances et au bruit qu'au mérite. 

En Angleterre, à la fin du siècle dernier, vingt ans après le livre de 
lord Kaimes, qui avait soulevé le camp des monogénistes, parut en 1794, 
sous le nom de Zoonomie, un livre de Erasmus Wilson, l'aïeul de Gharles 
Darwin, dans lequel la transformation des espèces animales et végétales 
était attribuée à l'activité interne développée par des changements sou- 
tenus dans les conditions extérieures de milieu. Bien que l'Angleterre se 
préoccupât alors peu de ces questions, Gharles Darwin, dans son histo- 
rique, cite plusieurs noms dans la môme voie : W. Herbert en 1822, Grant 
d'Edimbourg en 1822, Freke en 1841, et Herbert Spencer surtout, dans 
ses Essais^ en 1858 (1). 

(1) Et. Geoffroy Saint-IIilaire, Philosophie anatomiqUe, 1 vol., 1818 et 1822. — Principes 
de philosophie zoologiqiie, l vol., 1830. — Fraf/ments biographiques ^ 1 vol. 1838. — Sa vie, 
ses œuvres et sa doctrine scientifique^ par Isidore Geoffroy Saiut-llilairc, I vol. 18i7. Voir 
pour la liste totale de ses œuvres à la liu de ce dernier volume. 

Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire naturelle des êtres organisés, vol. I et II, 18Ji. — 
A. de Quatrefages, Les précurseurs français de Darwin, Uevuc des Deux Murid^^s, 1801; 

TopiNAnD. — Authropologic, 8 



.|^ ciiAi'irui: V. 



In Mlemapne, M. Hœckel récla.ne en faveur .In philosophe Kant (ITUO) 
'i .!.. v..ll.'Ml.''. d'exDlioalion de la création par des procèdes naturels. 

Bu hti). Viclur CU.US (1853). Scl.aullaaseu (I8:,3„ .,oms Uuckne 
flsS^ cTl botaniste Uookcr (1859 , .-...nme ayant devancé ou paHage 
" ; es li.nites d.verses les idées .!,• l-anuack. l.e plus n. r.tanl à es 
t tUelhe qui. co.n.ne nalu.aUste. ea.vit en HUO nn hvre sur le 
',l„.on,l...s ,/.' ,,/<...r.< et dont le non. est attache à la '^^-"V-' « '^ 
,^ intennax.llaue che. Ihonune adulte et, conjou.temen avec OU, 
à U théorie des vertèbres ciniennes. Ma.s ce n est pas dans les la n- 
beaux cUraits ç^ et là des écrils de Gœthe par lUlustre professeur d lena 
,, ou peut voir une doctrine coordonnée. U est cerla.n cependant qu au 
nome, .le la grande discussion de 1830 entre Cuvier et Kt Oeo ,oy 
Sai l-U.laire, Gu-the prit fa.l et cause eu laveur de la n>éthode syulh - 
Uoe le celui-ci et que sa dernière a^uvre lui un éloquent examen du 
. e Oeollroy venait d'écrire sur les Pn,.,,es ,le Nulnu.,.. =«o/o- 
; -..'uen.émeV.ken, par son A>.ré,é a. la ,Mo.o,: J, lana^. 
en 180- quoi,iu'.l ail écnt : « I/ho.uu.e s'est développé, il n a pas é é oée .-, 
'u ; ùtre rau,é paru.i les con.péliteurs de Lau.arck à la glo.re 
Savoir fonde la doctrine de l'évolution appliquée à l'homme, comme a 
tous les êtres vivants (1). 

»e 1» no.lo., .1.. race. - Ayant leruuué avec les diverses ««épiions du 
„„ .L.c préconisées par les naluraUstes, u.uis avons à présent à pou- 
r usqùen IHoO celles du mot race, c'est-à-dire, après avoir fait con- 
tre ion' acception avant que les naturalistes ne s en soient empare e 
ne l'aienl adaplé à leurs besoins, à dire la sigmlicalion spéciale qu il 
onL en 18:27 et ce qui en résulta. 

' e plus loin que nous ay„ns pu relracer l'emploi du mol race, est 
en 1000. A celte date il est dU dans le Ur.sor cU U lan.jue /'•««r»"'^ ''- 
.•,„u,ois Tant, revu par Mcu, : „ ll.cr: vieul .le radix, racine; i fai lu- 
si„n a l'extracliou .lui. homme, .l'un chien, .1 un cheval, -■ '' ^ ^^^ 
,„„„.e ou de mauvaise race ,-. PI... tar.l e,. i:.7 un -''- ^^ '; " ^ 
celui -le A. l'..retié.e, précise encore mieux : .- ''^-^' ''»''''-'^' O?"!;, 
Mui ^ie,.ne..l dune mOme famille; génération couluiuée de p le en 11 s 
se dit tant des ascendants que des descendants ; vunl .le .ad.x, .atinc, 
|H,i.r 1.1. li.iuer la généalogie. .. „,,. ,,.„n^ 

Uaus le langage courant il était cepeu.la,.l eii.pl..vc .la.,s unant.e sens, 
celni de ...e, d'e.,èa.. Il appa.ait .le .elle fa,<,n la première fois ,.,, 
désigner le g.oupe h,.mai.., sous la pl.,...e de franc.s Dernier, 1 autc... 

(l)Cl..D.r«in. ()e/onj.>..rf««péc«p«r,</«<.o«„..(mW/-.,ra,l. f.a„ç. par CI. lu.,, r. 

Xoiicc liisioriiiuf. ,,,1,1 ,,.i,i fi-aiic i.ar M. Loluunn^au. 

(î, V.. Ilacckcl, H.J(oi.<; dt ta crénllM naturelh, 1 %ul. tiad. t.aiiç. par m. 1. 

Pari«, ï« étlil., IH'1. 



HISTORIQUE. — \UGUSTIN THIERRY. H5 

de la première classification des races, dont nous avons parlé. Voici le 
titre où il se trouve : « Nouvelle division de la terre par les diflerentes es- 
pèces ou races d'hommes qui l'habitent, envoyée par un fameux voyageur 
à M. l'Abbé de ***. » La seconde classiticalion par Bradley en 1721 parle 
de même de cinq espèces d'hommes. Linné agit identiquement lors- 
(ju'il partage son genre humain en quatre espèces, voulant dire races ou 
variétés. 

Ihi lion est le premier qui ait introduit le mot dans l'histoire naturelle en 
lui donnant une signification déterminée. Nous avons suffisamment dit, 
pour ne pas avoir à y revenir, comment les naturalistes, suivant leur qualité 
de monogénistes, de polygénistes ou de transformistes, l'entendaient, les 
premiers désignant ainsi les variétés de l'espèce humaine, ou les groupes 
de l'humanité dont les caractères essentiels ne peuvent s'expliquer par des 
causes extérieures; les seconds et les troisièmes l'employant comme un 
terme indifférent pour désigner les groupes d'une valeur quelconque 
reconnaissables à leur type autre que celui des groupes voisins. Nous 
sommes en droit de passer à une nouvelle acception, celle des historiens 
et de ceux qui, unis ou non aux linguistes, se sont donné la dénomination 
d\'(/tnologistes. 

A la suite des jours néfastes de 1813; un mouvement particulier s'opéra 
en Europe dans les esprits. La Révolution française avait proclamé le droit 
des peuples de disposer d'eux-mêmes ; l'Empire avait remué et disloqué les 
nationalités comme au temps des barbares ; on avait vules frontières avancer 
et reculer au gré des événements; on ne savait sous quel drapeau on se 
réveillerait le lendemain. Peuples et diplomates avaient également besoin 
d'une base, d'un principe d'après lequel ils puissent reconstituer les 
nationalités. 

Un romancier, Walter Scott, et un historien, Au(3^u§tiii Thierry, répon- 
dirent au sentiment général, le premier, en montrant en Angleterre et en 
Ecosse le clan formé du chef, de sa famille, de ses serviteurs, de ses vas- 
saux, s'accroissant même des serfs et de tous ceux qui, opprimés ou op- 
presseurs, ont vécu ensemble depuis des temps reculés, partagé les 
mêmes gloires et passé par les mêmes angoisses; le second, en éta- 
blissant que l'histoire est un recueil d'événements dirigés en apparence 
par les princes, mais derrière lesquels se dérobent des causes générales^ 
des mobiles séculaires, auxquels ni peuples ni princes ne sont libres de se 
soustraire. 

A la thèse surannée de la Providence présidant au sort des nations, 
M. Thierry substitua les raisons de famille et de peuple, les instincts 
héréditaires, les traditions, en un mot, l'idée de race. 

Au dix-septième siècle, avec Tant et Furetière, on citait la race ou 
famille des Borgia et des Médicis, la race des Mérovingiens ou des Capétiens. 
Avec Thierry et Walter Scott, le sens s'élargit, la famille s'étend au clan, 
le clan à la horde des conquérants tout entière, la horde au peuple dont 



H<; CHAPITRE V. 

elle provient. (Vcst la race de llollon qui, au x" si^cle, s'établit en Nor- 
mandie, la rare de liuillauine (|iii déhaniue en Angleterre. .Mais enlre les 
Normands de llullon et de Guillaume, entre ceux de Siegfried sous les 
murs de Paris et ceux de llohert Guiscard en Sicile, on saisissait une 
parenlé, un lien, une origine commune, tous étaient de race normande. 
La race acquiert une acception très élastique, s'élevant du paili- 
culier au général, de la fainillc au clan, du clan ;\ la fédération, au 
peuple. 

Augustin Thierry poursuivit son idée, de JHl" ;\ iS.'i.'l, dans une suite 
d'écrits, particulièrement dans ses />/j: années (Cvludes fùsturiqnes^ parues 
de 1817 à 1842, et son Histoire de la cuuf/uf'ie de iAnylelerre par les 
Normands^ publiée en 1825. 11 voit en Angleterre les Scotts de la mon- 
tagne et les Pietés de la plaine, hostiles l'un à l'autre, réunis contre 
l'étranger et représentant les plus anciennes races; les Gambriens du 
pays de Galles et les Bretons de la Cornouaille, reste des invasion? 
antérieures à l'ère chrétienne ; les Danois, vaincus au x" siècle par 
les Anglo-Saxons, et ceux-ci à leur tour par les iNormands : autant de 
races qui, aujourd'hui, semblent se fondre sur le sol anglais. Ce qui le 
frappe, c'est la persistance prolongée de l'individualité des peuples, de 
leurs caractères moraux et passions, de leurs uururs et coutumes, de 
leur religion et de leur langue; c'est un levain de rancune contre le der- 
nier envahisseur qui persiste (;à et h\ avec ténacité, toujours prêt à s'é- 
veiller. Ces sentiments communs et héréditaires, c'est physiologiquement 
la race. 

« Cette distinction profonde de populations ennemies sur le môme .<;ol, 
la haine du Saxon et du Normand en Angleterre, du montagnard et du 
Saxon en Ecosse, se retrouve aussi dans notre histoire de France, dit-il. 
Ce n'est pas sans de longues convulsions que les deux peuples dont non h 
sommes les fils ont pu être réduits à un seul, et il a fallu bien des siècles 
avant que les noms nationaux, les souvenirs de race, la diversité môme du 

langage aient disparu Il n'est peut-être pas un seul peuple de l'Kurope 

moderne (lui ne présente encore des traces vivantes de la diversité des 
races d'hommes qui, à la longue, se sont agrégées sur son territoire. Cette 
variété se présente sous diderents aspects : tantôt une complète sépara- 
tion d'idiomes, de traditions locales, de sentiments politiques et une sorte 
d'hostilité instinctive, distinguent de la grande masse nationale la popula- 
tion de certains cantons peu étendus; tantôt une simple différence de 
dialecte ou môme d'accentuation marque, quoique d'une manière plus 
faible, la limite des établissements fondés par des peuples d'origine di- 
verse et longtemi)s séparés par de profondes inimitiés. Plus on se reporic 
en arrière du tmips où nou^ vivons, plus on ti'ouve que ces vai'iétés s,. 
prononcent, on apei( (ni clairement l'existence de plusieurs peuples daii^- 

renc(îinlc géograi)hi(|ue (jui porte le n(jm d'un seul Les vaincus d(!s 

diverses épo(jues se sont trouvés, pour ainsi dire, rangés par couches 



I 



IIISTOUIOIIE. — WILLIAM EDWARDS. H7 

de populations dans les diirérents sens où s'étaient dirigées les grandes 
migrations des peuples » (1). 

Amodéo Thierry, en 1828, dans son Histoire des Gaulois, et plus tard 
dans son Histoire des successeurs d'Attila, Henri Martin et les principaux 
historiens depuis, ont continué dans la voie ouverte par A. Thierry. 

Les historiens, en somme, ont imité les naturalistes, ils ont emprunté 
le mot de race au langage courant et l'ont adapté à leurs besoins; les 
naturalistes cherchant l'origine précise de la race, les historiens son 
origine approximative accessible; les naturalistes voyant l'animal et ses 
variétés, les historiens le peuple et ses composants. 

La doctrine des deux Thierry eut un certain retentissement et provo- 
qua, de la part d'un naturaliste éminent, i¥iliiam Kiiwards, une lettre 
publiée en 1829, sous le titre suivant : Des caractères physiologiques des 
races humaines, considérés dans leurs rapports avec l'histoire, lettre à 
M. Amédée Thierry, l'auteur de V Histoire des Gaulois (2). 

Cette lettre fut le point de départ de la fondation, dix ans après, de la 
première Société française concernant directement l'anthropologie ; elle 
marque une phase importante dans l'histoire de la science des hommes, 
pour nous servir du mot de M. de Quatrefages. 

a Vous établissez de la sorte, écrit W. Edwards, des races historiques qui 
peuvent ôtre tout à fait indépendantes de celles qu'avouerait l'histoire 
naturelle Ce qui vous intéresse, c'est de savoir si les groupes qui for- 
ment le genre humain ont des caractères physiques reconnaissables, et 
jusqu'à quel point les distinctions que l'histoire établit parmi les peuples 

peuvent s'accorder avec celles de la nature Il faudrait que tels qu'ils 

existent aujourd'hui, ces groupes eussent toujours été, du moins dans les 
temps historiques. S'il en était ainsi, on puiserait dans cette nouvelle 
source de la filiation des peuples, et l'on remonterait à leur origine mal- 
gré les mélanges qui constituent les nations Je vous dirai donc les 

raisons qui m'ont conduit à penser que Von pourrait retrouver les an- 
ciens peuples dans les modernes. » 

Edwards passe alors en revue les éléments du problème, l'action des 
climats, des croisements, les causes d'extinction de race, les discute et 
conclut « que les principaux caractères physiques d'un peuple peuvent 
se conserver à travers une longue suite de siècles dans une grande partie 
de la population malgré l'influence du climat, le mélange des races, les 

invasions étrangères et les progrès de la civilisation » « Nous devons 

donc, reprend-il, retrouver chez les nations modernes, à quelques 
nuances près et dans une portion plus ou moins grande, les traits qui les 
distinguaient à l'époque oh l'histoire apprend à les connaître. 

Passant à l'examen de la valeur des caractères, il conclut que les meil- 
leurs sur le vivant sont tirés « du visage, c'est-à-dire de la forme de la tête 

(1) A. Thierry. Histoire de la Conquête d'Angleterre. Introduction, p. 3-6. 

(2) Réimprimé dans les Mémoires de la Société ethnologique, t. I, 1841, p. 1. 



III r.iiAiMTfu-: V. 

et dos proportions des traits de la factM, , ot donno le r(^siiltat do ses o])ser- 

vali.)ns pers..niu>ll(>s dans un voyaL-t» i\u'\\ vient de Icrniincr d.tns ri'incjx» 

niériiliniKile. 

Ce n est pas le lieu d'exposer sa méthode, sur laciuelle nous reviindrons 
amplement. Sur les grandes routes, dans les casernes, les églises, les 
m:u(liés. il cherche le type prédominant, puis les types moins communs 
vi linil par les types rares, négligeant les croisés. De cette façon, il arrive 
à reconnaître d'abord dans l'est et le sud-est de la France, deux types 
inégalement répartis : liin au visage allongé, l'autre au visage rond. 
Tenant compte de leur distribution, s'étayant des données historicpies, par 
une suite de raisonnements, il conclut que l'un, celui des (Jalls (Celtes) ; 
l'autre, celui des Kymris, forment les deux grandes familles gauloises, 
suivant Amédée Thierry, qui occupaient cette partie de notre pays. Les 
comparant alors avec les descriptions qu'en ont données les auteurs 
anciens, il constate (lu'il y a identité et continuité du type i\ travers 
les populations intermédiaires. Plus loin, il retrouve le type hongrois 
semblable au tableau que Priscus a tracé d'Attila et à celui qu'Ammien 
Marcellin donne des Huns (1). Ailleurs, il décrit le type slave, le grec, le 
romain, et termine, ayant démontré ce qu'il voulait, c'est-à-dire la filia- 
tion des éléments des peuples modernes avec les peuples anciens, et en 
même temps la permanence des caractères physiques dans les races, de 
môme que les deux Thierry avaient démontré la permanence des carac- 
tères moraux dans les mômes races. 

En un mol, « il a jjrouvé, ainsi qu'il le dit lui-même dans un autre mé- 
moire, que des] peuples peuvent subsister avec les mêmes types pendant 
une longue suite de siècles qui embrasse presque toute l'étendue des temps 
historicpies. » 

Ce qu'il importe, en effet, de bien prendre en n(»te. c'est que les re- 
cherches d'hdwards ne comprennent que la période historique; que les 
Galls, les Kymris, les Slaves, les Hongrois, d.)nt il cherche les descen- 
dants, ne sont eux-mêmes que des peuples lesquels, si l'on se transporte 
à leur époque, se présentent à l'observateur dans les mômes conditions 
de complexité que les peuples modernes; que l'idée de race pour Edwards 
ne découle (pie de la ressemblance générale des types actuels avec les 
types de ces peuples anciens; et enlln que la lettre d'Kdwards n'a d'autre 
but que de confirmer la doctrine d'Augustin Thierry. Les races d'Edwards 
et des deux Thierry méritent donc la dén(»min;ilion iV/iisfùriqucs pour les 
distinguer des races des naturalistes. 

Dix ans après, Edwards, dans les mômes idées, fondait une Société 
à Paris ayant pour objet l'étude des races, sollicitait pour elle le nom de 
Socicté cl'elhnnlogitcs et acceptait celui de Sncif'tr rl/molnf/ir/uc, répondant 
à la direction de ses propres études et conforme ;\ l'étymologie du moi, 
i*Ovo;, peuple. 

(1) Nous n'avons pas à appnri.r iri dans quelle mesure co type est justifié. 



niSTORionr:- — wilmam edwards. H9 

Lo mot était alors a])solnmont nouveau dans la science, mais il était 
inspiré par un autre qui, depuis treize ans, avait une grande vogue, celui 
iV ethnographie. Ce dernier remonfait au commencement du siècle. On lo 
trouve pour la première fois, suivant Bendyshe, dans l'ouvrage de l'histo- 
rien danois Niebuhr, et, suivant James llunt, dans l'édition d'Adelung, 
1807-181-*, de Campe, employés dans les deux cas comme synonyme de 
description des peuples. C'est évidemment î\ ce dernier que Balbi l'a em- 
prunté, en 18:26, pour remplacer, dit-il, ce que les Allemands ont appelé 
la philologie ethnographique, « Ethnographie et ethnographe, ajoute-t-il, 
ces deux mots ne doivent, rigoureusement parlant, ôtre pris que pour la 
science qui a pour but la classification des peuples, et pour celui qui la 
professe, eOvoç ne signifiant pas autre chose que peuple (1). o 

La demande d'autorisation au ministre de l'instruction publique, Ville- 
main, datée du 30 août 1839, indique la valeur que la Société ethnologique 
entendait donner au mot ethnologie : « l'étude des races humaines d'après la 
tradition historique, les langues et les traits physiques et moraux de chaque 
peuple. » De fait, c'était l'étude de l'origine des peuples. IS instruction gé- 
nérale aux voyageurs qui suit ses statuts est en effet consacrée, aux trois 
quarts, à la vie individuelle, de famille et sociale, aux institutions et à la 
religion, aux traditions locales, révolutions politiques et antiquités. Il 
faudra, est-il dit, dans la dernière partie, rechercher d'abord quels sont 
chez un peuple les souvenirs qu'il a conservés de son origine et de ses 
affinités avec d'autres peuples, quelles sont les révolutions qu'il a 
éprouvées dans sa langue ou dans ses mœurs, dans les arts et dans les 
sciences, dans sa richesse, sa puissance ou son gouvernement, par des 
causes internes ou des invasions étrangères. » 

La plupart des premiers membres militants de la Société appartenaient 
à la Société de géographie ; Achille Comte fut l'un des candidats admis 
dès la première séance. Les deux volumes publiés par la Société sont con- 
formes au programme ; il y est peu question d'histoire naturelle, sauf vers 
la fin lorsque intervint M. de Quatrefages. Sous le nom de races, on s'y 
occupe des peuples, de leur parenté, de leurs coutumes. Deux mémoires 
seulement s'élèvent plus haut, tous deux sur l'historique de l'anthropolo- 
gie : l'un d'Edwards, l'autre de Vivien. A cette exception près, Edwards se 
maintient dans le même cercle d'idées dans deux autres mémoires, l'un 
intitulé : De l'influence réciproque des 7'aces sur le caractèi^e national, l'autre 
sur les Gaëls, qu'il termine ainsi : « L'utilité de l'histoire naturelle de 
l'homme, c'est de connaître avec précision l'origine des peuples et de 
distinguer le caractère moral des races qui forment une nation. » 

L'acception du mot de race pour M. Edwards est donc conforme à celle 
d'Augustin Thierry. Tous deux ont pris les collectivités humaines telles 
qu'on les trouve dans le présent, les collectivités palpables et, par l'ana- 

(1) Adrien Balbi, Introduction à l'Atlas ethnogvap/ngue du globe. Paris, 18'2G. 



r:o riiAiMTii!-: v. 

lyso (le leurs caracl6ri's soit physiiiucs, soit moraux, ont ùlalili la lliiation 
de lours éléiutMils couslilulifs avec les peuples aueiens counus. Uaus les 
deux cas c'e^l hitii iK' raecs histori(|uos qu'il s'agit. 

Filiation et ressiMiiblanee! rnuime dans les races de 1 iiisluire nalinelle, 
c'est important à noter. La seule <liilV'i-enee entri; les doux soiies de races 
est dans raiicieiinelé de la liliatioii. l.ev histi>i-iens et elhiiolofçistes so 
contentent de la liliati«)n îles caractères établis par les renseignements 
de l'histoire, tandis (jue les naturalistes, veulent, polygénisles, remonter 
à l'oripine des choses, monogénistes on translormisles, savoir comment 
plus |)rès de nous elles ont pris naissance. Nous allons voir une troisième 
soite de races. 

\\ . l'.dwaids, dan- s(»n mémoire sur 1rs 6V'A' accorde une largo part à la 
considération des langues celticjues ; dans son voyage en Italie il ne clier- 
che le type hongrois que parmi ceux (jui i)arlent hongrois ; les langues 
sont le 111 conducteur, le type n'inli'rvient (ju'après. L'/nstrurtinn (jéué- 
rail' de la Société ethnologicpie recommande cependant en première 
ligne les caractères physiques, et ne met les langues (ju'en seconde ligne. 
Ceci se rattache i\ une question grave qui se débattait alors entre l'anlbro- 
pologie et une science nouvelle, la linguistique, et menaçait d'engloutir 
à son berceau la partie de l'histoire naturelle (|ui traite dc^ races liu- 
m aines. 

ll<>v«'iopp(>iiioii( do la liii»iiiNti«iuo. — L'étudc dos lauguos prit nais- 
sance i\ la laveur de disputes théologiques du seizième siècle et ne porta 
d'abord que sur les langues latines, grecque et hébraïque. Peu à peu 
son horizon s'étendit, comme en anthropologie, par les découvertes 
successives de pays nouveaux. Au commencement du dix-huitième sièch', 
ses progrès étaient si sensibles que Leibnitz, dans une lettre à Pierre le 
(irand, « proposa de former des dictionnaires d'un grand nombre do 
langues alin qu'on les put comparer mot à mot, les analyser et par co 
moyen connaître leurs origines, ainsi ((ue celle des nations qui les ont 
employés. » A la lin même du siècle, Pallas, sur l'invitation de l'impéra- 
trice Catherine, classait environ deux cents langues. Dès lors la science 
lit de rapides progrès. Adelung en 18()() publiait le Pater en cinq cents 
langues. Frédéric Schlegel en 1808, réunissait, sous la dénomination com- 
mune d'indo-germaniques, les langues de l'Inde, de la l'erse, de la Grèce, 
de l'Italie, de rAllemagne, etc. Pinkerton en 1810, mettante exécution lu 
seconde partie du projet de Leibnitz, classait les habitants de FFurope, 
de l'Asie et de l'Amérique d'après leurs langues. Klaproth, dans ses 
Tahlnnux historiques de l'Asie, reprenait ce travail pour la partie spéciale- 
ment de l'ancien continent. Guillaume de llumboldt, en 1821, appliquait 
l'idée appartenant encoie à Leibnitz, (pie l'ère passée d'un peuple peut se 
retracer par les restes de dénominations géographiques empruntées à 
sa langue; il en concluait que les Hasques avaient jadis occupé non seule- 
ment l'ibérie entière, mais le sud de lu Gaule, la Corse, la Sardaigne, la 



HISTORIQUE. — A. HALBI. {%{ 

Sicile et pciit-ôtre la péninsule italienne. Abel de Rémusat, en 1820-28, dans 
ses jjélanyes asiatiques, professait « que par la langue d'un peuple on peut 
dire avec précision quels sont les peuples avec lesquels il a eu des rap- 
ports, i\ quelle souche il appartient..., et que par la comparaison des 
langues on parvient à dresser le tableau généalogique presque complet 
des familles qui ont peuplé la plus grande partie de l'ancien continent, ;> 

Nous n'avons pas ici i\ entrer dans les détails de la méthode suivie par 
les linguistes, les uns se servant des vocabulaires (1), les autres préférant 
la syntaxe et la grammaire, Klaproth préconisant les mots ou mieux les 
racines pour les grandes divisions ou aflinités générales primitives, et la 
grammaire pour les affinités secondaires ou de familles, « Les affinités 
par familles, dit-il, sont le véritable flambeau et le guide qui aident à 
classer convenablement les diflcrenles familles du genre humain (2). » 

Le travail décisif pour notre sujet est V Introduction à Tatlas ethnographi- 
que de A. Balbi, paru en 1826. « Les langues, dit-il, sont inaltérables et se 
conservent t\ travers les siècles ; ni le laps de temps, ni les variations de 
gouvernement, ni les changements d'institutions et de religion ne sau- 
raient généralement parlant les détruire.... C'est donc par le seul examen 
des langues que l'on remonte à l'origine des nations ». Qu'est-ce qu'une 
nation? dit Balbi, et il conclut : a Ce sont les peuples qui parlent une môme 
langue ou ses divers dialectes, quels que soientleur religion, leur civilisation, 
leur état politique et la distance qui les sépare. Exemple : les Espagnols, 
les Portugais, les Chinois dispersés en tous pays. » L'ethnographie et la 
classification des langues sont synonymes. Les langues permettent de 
poursuivre les peuples au delà même des bornes de l'histoire et de re- 
constituer leur répartition, leur provenance, leur parenté. 

Balbi prononce à peine le mot de race, mais partout il est sous-en- 
tendu. Personne ne s'y méprit, et de lui date à proprement parler la 
notion des races de la linguistique, intermédiaires dans le temps à celles 
de l'histoire et à celles de la zoologie. 

Un véritable engouement suivit la promulgation de la méthode nou- 
velle pour distinguer les groupes humains. La filiation des peuples et des 
races, l'ethnographie et l'ethnologie avec le même radical, les peuples 
anciens retrouvés dans les peuples modernes, leur parenté, leur prove- 
nance, leur histoire clairement établies, leur classification s'élevant des 
dernières ramifications aux souches, sinon au tronc unique, tout cela par 
les langues! Telle langue, tel peuple, telle race, était la formule qui devait 
tout délier. 

(1) Klaproth, article Langue do VEncyclopédie de Firmin Didot, 1829. 

(2) Lo vocabulaire, ou les ctymologies, constitue par lui-même une source qui a ses 
règles précises et demande du savoir et beaucoup de réserve. Mais on en fait abus, et la 
critique suivante de Voltaire est encore de saison : « Voici, dit-il, comment on a prouvé 
que les Tartares niantchoux sont les ancêtres des Péruviens : Mango (^apack est le premier 
Inca du Pérou, Mango ressemble b. Manco, Mancu ; Mancu à Mantchu ; de là à Mantchou 
il n'y a pas loin. Uicn n'est mieux démontré. » 



Ift CnAPITRE V. 

Parmi los naturalistes, los plus omprcssôs furent les inono^^i^iustes, qni, 
avec Blumenbach et Prichard, faisaient reposer la race sur la (I6ui(»ns- 
tration que ses caractères essentiels sont acquis par l'action des milieux, 
et qui dans cette voie se heurtaient à des diflicultrs insurinoiilablos. Per- 
sonnellement Prichard, tout en accordant aux rensei^Miemenls apportés 
par la lint;uisli(iue l'importanco qui leur est due, continua fi donner aux 
caractères physiques, pour lescpiels il avait lutté, le premier ranp dans la 
détermination de la race, et jusqu';\ son dernier jour maintint, comme 
nous allons le voir, la balance épale entre les deux. Mais ses disciples 
dans une foule de monographies. Lalham son g^^ndre, dans son Histoire 
naturrlledes variétés /tutnainrs, le dépassèrent et en vinrent presque à aban- 
donner les caractères physiques pour ne s'occuper (pie des caractères 
linguistiques, et à remplacer les classifications des races par les classilica- 
tions des langues. Les exagérations les plus fortes ne furent cependant 
portées à leur comble (pie dans certains ouvrages de la période actuelle. 
La doctrine passa de la science dans la polili(pie et l'on sait le mal (ju'elle 
a produit, les prétextes qu'elle a fournis et le sang qu'elle a fai( rouler. 

La linguistique, à l'origine, donna toute s;itisfaclion aux monogénisles, 
ainsi que le montrent les lc(;ons du cardinal AViseman. « C'est véri- 
tablement par la simple histoire de cette science que nous aurons le 
plaisir, dit-il à ses auditeurs de Home, de vous confirmer le récit que fait 
Moïse de la dispersion de l'espèce humaine (i). » Les langues, quelques di- 
vergentes qu'elles paraissent, continue-t-il, se ramènent à un certain 
nombre de souches : l'indo-européenne, la sémitique et la malaise, qui 
elles-mêmes pourront être ramenées i\ une langue mère unicpic, qui 

est perdue. 

Mais c'était une espérance que les linguistes n'ont pas réalisée, leurs 
efforts ont échoué pour ramener ;\ l'unité tous les dialectes, et la linguis- 
tique au contraire apporte le plus fort argument en faveur de la pluralité 
des races; l'aryenne et la sémite, les deux branches des langues dites à 
flexion, ne sont pas réductibles j\ une. La lingui>tique explique la tour 
de Babel au besoin, mais non la langue d'Adam. 

Les naturalistes polygénistes, eux aussi, acceptèrent, mais avec mesure, 
le supplément d'information qui leur était apporté. Admettant la perma- 
nence des types physiques, la considération de la langue leur était d'une 
moindre utilité. L'un d'eux, Desmoulins le premier, en 1826, objecta que 
la langue parlée n'a aucun rapport nécessaire avec le type de la race, et 
cite un grand nombre de preuves ;\ l'appui : les Lapons petits et bruns, les 
Finnois de taille moyenne et blonds, et les Hongrois grands et bruns, tous 
trois parlant des dialectes ougriens. N'était la preuve fournie par l'histoire, 
dit-il, quelque futur elhuologisle pourrait gravement soutenir que, comme 
les nègres, à Saint-Domingue parlent une langue fran(:aise, ce sont 

(1) Nicolas \\isoman, Discours sur les rapports île la science et de la religion révélée, 
prononcé à Home en 18:iô, \' édit., trad. franc. Paris, 1845. 



niSTORIQUE. — D'ORBÎGNY. 123 

des Français auxquels le soleil des tropiques, une alimentation mauvaise 
et les changements d'habitudes ont donné une peau noire, un visage 
saillant et les cheveux laineux de l'Afrique (l).Balbi lui-môme remarque 
que si les langues ou leurs éléments sont permanents, les peuples qui les 
parlent peuvent très bien les tenir d'autres peuples d'une nature toute 
dilïérente. Il fit voir de quelle façon un peuple perd sa langue et en ac- 
quiert une autre, et en donna une foule d'exemples. Les Romains ont 
absorbé tous les idiomes de l'Europe méridionale et une grande partie 
de ceux de l'Asie occidentale. Les Arabes ont anéanti une dizaine de 
langues de l'antiquité. Les Espagnols et les Portugais ont importé leur 
langue dans toute l'Amérique du Sud, et certains parlent une langue 
guaranie. Les Celtes ont fait disparaître la langue euskarienne, qu'on ne 
retrouve aujourd'hui que dans le pays basque, et ont perdu à leur tour la 
leur pour prendre celle des Romains. De nos jours, dit-il, les langues 
germaniques se répandent comme une tache d'huile, tandis que les lan- 
gues slaves s'étendent en Asie. Les Basques, aurait-il pu ajouter, sont 
européens par les traits et parlent une langue polysyllabique. 11 n'est 
pas de linguistes qui n'acceptent ces faits, mais ils les oublient. 

Aussi à côté d'opinions extrêmes sur les rapports de la race avec le 
peuple, et des deux avec la langue, trouve-t-on h cette époque des opi- 
nions moyennes que nous rendrons par deux exemples d'un caractère 
différent : l'un emprunté à Aicide «rorbis^ny, à la fois naturaliste et 
voyageur, dans son ouvrage en deux volumes sur VHomme américain paru 
en 1839, que l'on peut donner comme modèle aujourd'hui encore atout 
voyageur ayant à écrire une monographie anthropologique sur un pays 
quelconque; l'autre pris au vénérable Prichard, en l'année 1847 qui 
précéda sa mort, dans son adresse anniversaire comme président de la 
Société ethnologique de Londres fondée en 1842 par King sur le modèle 
de la Société ethnologique de Paris. 

Nous laisserons dans le premier les définitions qui concernent la tribu 
et le rameau, lesquelles ne manquent pas d'originalité et de justesse. 
« Nous appelons nation^ écrit d'Orbigny, toute réunion d'hommes par- 
lant une langue émanée d'une source commune, et tribu toute réunion 
d'hommes parlant les différents dialectes dérivés de cette môme langue. 
Nous appelons race toute réunion de nations que rapproche l'identité de 
leurs caractères généraux, et rameau un groupe plus ou moins nombreux 
de nations distinctes qui offrent dans les races des caractères soit phy- 
siques, soit moraux, propres à modifier ces divisions, presque toujours en 
rapport avec la géographie (2). » 

(( L'ethnologie, dit Prichard, est l'histoire des races humaines et com- 

(1) Une théorie presque aussi liardio a été soutenue par Prichard et J.-C. Hall, d'une 
prétendue transformation d'Irlandais chasses en 1G41 et 168Î) par les armées anglaises 
des riches comtés de Leitrim, MayoetSligo, dans une partie ingrate de labaroriuicde Flews. 

(2) Alcidc d'Orbigny, L'homme américain, 2 vol. Paris, 18.3Î), t. I, pages 9 et 10. 



m CHAPITRE V. 

prend tout co qui peut f^lro appris sur leurs origines et Iimiis relallon». 
Klle est (lislinclr do riiisloiro naturelle », qui cependant lui vient en nide. 
« Les branches de l'histoire naturelle (jui concourent i\ relhnolo^ie sont 
l'anatoniie, la physiologie, la zoologie et la géographie physique. » L'his- 
toire et l'archéologie lui appoitenl aussi leur concours et par \h Prichard 
entend les sources de renseignements les plus diverses : l'histoire propre- 
ment dite, les traditions, les inscriptions et surtout la comparaison ana- 
lyticjue des langues. « L'ethnologie est plus voisine de l'histoire que de la 
zoologie, parce que l'ethnologie concerne spécialement l'origine des peu- 
ples, tandis (pie riii>loire naturelle concerne l'histoire de resp6ce hu- 
maine (l), )) 

Ce passage (jui i)i('iiii une doii/aine de pages est le i)i'ogrannno de la 
façon dont la Société ethnol()gi(iue de Londres devait, d'après son honorable 
président, entendre son terrain ; c'est le seul où la signification du mot 
ethnologie soit clairement précisée, quoique î\ plusieurs reprises elle ait 
directement ou indirectement été abordée, notamment dans les Insinir- 
tians de cette Société, qui ne sont qu'une faible extension de celles de la 
Société ethnologique de Paris. 

Aiifliropoloolo, «>tliiiol<><(|(> et ollino^rapliicv — nuoicpU' modéré pOUr 

le milieu où il fut prononcé, le discours de Prichard montre ;\ quel ré- 
sultat les idées nouvelles sur les races, les peuples et les langues avaient 
abouti. L'ethnologie se mettait en antagonisme avec l'anthropologie et 
s'attribuait certaines parties qu'on ne peut h aucun titre lui retirer, (^esl 
à Londres que s'accentuait cette opposition. Tant que la science dont 
l'homme est l'objet avait pivoté autour de sa comparaison avec les animaux, 
de sa place dans la nature à titre d'espèce, de genre, d'ordre ou de règne 
zoologique, de son origine une ou multiple par des causes naturelles ou 
surnaturelles, et du nombre de ses races distinguées parleurs caractères 
physiques, il était évident que les anatomistes, physiologistes, zoologistes 
et médecins avaient seuls voix au chapitre, et que l'histoire naturelle do 
l'homme et de ses races étaient leur propriété. Mais lorsque Thiei'ry et 
Kdwards eurent transporté la recherche des races sur le terrain de l'his- 
toire, et les linguistes sur un terrain plus littéraire encore, les choses chan- 
gèrent d'aspect. On prétendit soustraire aux naturalistes la moitié do 
leur sujet. Autour de ces deux centres, l'histoire et les langues se résu- 
mant en un seul, les peuples, se groupèrent une foule de documents et 
de considérations dispersés jusque-là dans les écrits des penseurs et les 
récits des voyageurs. Les faiseurs de systèmes, ceux qui aiment, comme 
disait Schelling, fl philosopher sur la nature, affluèrent. La science appelée 
l'ethnographie, mot qui ne signifie réellenient que la description des peu- 
|)les et comprend par conséquent toute la description de ces peuples, 

(1} Prichard, séance du ?3 juin IHH. Discours aunivorsairo. L'annro suivante, on 1H4S, 
il prononça, comme prcsidcnl, un autre discours ; ce fut sa dernière œuvre : il mourut le 
Î2 <lécerabre suivant. 



I 



HISTORIQUE. — ETHNOLOGIE ET ETHNOGRAPHIE. 12o 

(jiHMque Balbi ait voulu se l'approprier en faveur de la classificalion des 
langues, devait forcément attirer i\ elle la masse principale des observa- 
tions recueillies sur les mœurs, coutumes, industries, aptitudes, institu- 
tions, genres de civilisation. L'ethnologie dont l'clymologie impli(]uait un 
point commun avec l'ethnographie, mais en môme temps une vue plus 
générale du sujet devait en attirer d'autres. La structure d'un mot pour 
ceux qui la comprennent implique sa signification plus encore que le sens 
de convention et changeant avec le temps qu'on lui prête. Ce fut en effet 
ce qui eut lieu. La science de l'homme conquit rapidement une foule de 
disciples appartenant à toutes les branches de la société éclairée; son 
champ s'élargit, mais aussi chacun vit les choses à son point de vue et 
chercha à s'approprier le tout. Les naturalistes, les premiers en date, ar- 
guèrent que l'organisation de l'homme est la base de l'édifice, que le mot 
anthropologie étant le plus général doit embrasser la totalité de ce qu'il 
comporte, et que la science des races humaines ne peut être détachée de 
la science du groupe humain considéré comme espèce. Les ethnologistes 
associés aux linguistes prétendirent que l'étude des races humaines est 
distincte de celle de l'homme-animal et leur domaine propre ; derrière eux 
se dissimulaient ceux qui se trouvent froissés d'être impitoyablement 
passés au même creuset que les animaux, quelque élevés au sommet de 
l'échelle qu'on veuille bien ensuite les placer. Puis il y avait les sociolo* 
gistes qui commençaient à se manifester et voulaient, eux aussi, se faire 
le centre des études sur l'homme. J'en passe. 

De là des malentendus, une confusion dans le sens à donner aux mots 
ethnographie, ethnologie et anthropologie, qui est l'un des traits de cette 
époque, peut-être encore de la nôtre. En voici des exemples : Latham 
qui, avons-nous dit, avait identifié la science des races avec la linguisti- 
que, écrit : «Au lieu d'ethnologie, beaucoup d'auteurs disent ethnogra- 
phie; quelques-uns se servent de l'un ou de l'autre indifféremment, d'au^ 
très emploient les deux, en les distinguant, le premier désignant la partie 
spéculative et le second la partie descriptive. » Nott, dans ses Types of 
mankind, accentue la même proposition ; « Le terme d'ethnologie est gé- 
néralement employé comme synonyme d'ethnographie, signifiant l'his- 
toire naturelle de l'homme. » Cette dernière périphrase désignant 
l'anthropologie, il en résulte que les trois mots deviendraient syno- 
nymes. 

u L'ethnographie ou histoire naturelle de l'homme, » dit Luke Burko 
dans le premier numéro du journal de la Société ethnologique de 
Londres, en 1842. « L'ethnologie est la science qui traite de l'histoire 
naturelle de l'homme ou mieux des races, » lit-on un peu plus bas. 
«L'ethnologie est la science de l'homme, » dit Difl'enbach dans le même 
volume. Ilodgkin s'écrie : «L'homme, en tant que genre aussi bien qu'es- 
pèce, est un des animaux les plus récents; voilà l'une des acquisitions de 
l'ethnologie. » Inutile de faire remarquer que si l'on enlevait ù l'anthro- 



|2« CHAPITRE V. 

pologie la propriété de riiuiuuiL' considéré connue f,H'nre uu espèce zoolo- 

lîiqne, il ne Uii resleiail pins rien en propre. 

l.:i manière du cardinal de NVisenian est pins cnrieuse à rappeler. La 
science, dont partont il évite de dire le nom, se divise i)onr Ini en denx 
parties : l'ethnographie philolugi^iue et l'ethnographie physiognomo- 
niiiue, celle-ci étant l'histoire nalnrclle de la race hnmaine. 

C'est en Angleterre que la confusion atteint son maxinuiin. Tandis 
(|ue Lubhock prétend (iiic ranthropol<j|;ie et l'ethnologie sont la même 
cho>e (1), Janjes lliinl propose de renoncer totalement au terme 
d'ethnologie, snperlhi sinon nuisible. A ce moment existaient parallè- 
lement deux sociétés à Londres, l'une d'ethnologie et l'autre d'an- 
thropologie. James Hunt était i)résident de celle-ci; il avait demandé la 
même année à l'Association britannique pour l'avancement des sciences 
de cieer une section spéciale d'anthropologie. La proposition avait été 
rejetée par soixante-dix voix contre cinquante (2). l>armi les opposants 
se trouvaient sir K. Murchison, Uwen, (Jrove, Crawlurd, Phillips, Lub- 
bock. Un sait que l'anthropologie a pris sa revanche de cet échec. La 
Société ethnologique a fini par se fondre avec la Société d'anlhr(q)()- 
logie en perdant son nom et prenant celui d'Institut anlhroi)ulogi(iue de 
la Grande-Bretagne et de l'Irlande. 

On comprend que l'Auglelerre, biblique et ayant des intérêts et des 
relations incessantes avec une foule de peuples indigènes, ait ainsi tenu 
pour l'ethnologie, dont le programme, juslilié ou non, se limite aux ra- 
ces et aux peuples, et que l'antliropologie, dont le programme embrasse 
en môme temps l'homme considéré comme animal, d'un point de vue 
purement scientitlque, ail eu autant de peine à s'y implanter sous sa véri- 
table dénomination. i:n France, sauf (piebiues desaccords (lui n'ont 
donné lieu à aucune discussion (^3j, l'anlbropoloLiie de Blumenbach et 
l'ethnologie de Edwards se sont donné la main. L'elhnographie n'a pas 
conservé le sens de linguisticiue (qu'avait voulu lui donner Balbi; elle 
s'est maintenue avec celui (jue lui accorde (.linalius d'ilalloy : « L'ethno- 
graphie ou description des peuples a pour but de faire connaître les sub- 
divisions du genre humain ou races (i). » Il aurait dû dire : ({\ù concourt 

à faiie connaître les subdivisions 

(Juiiul i\ la Société ethnologique de Paris, elle cessa d'exister en 1847, 
le jour où devait s'oiivrir une discussion mise i\ l'ordre du jour sur 
<« les caractères distinctifs de la race blanche et de la race noire. » Ce 
(jui montre combien peu les (luesliuns icnli.iul dans 1 histoire naturelle 
proprement dite de l'homme, étaient dans ses goûts. 

Peu après, vers IS.'iO. un événement considérable se piodiiisil (jui mil 

(1) Juuinalo/ l'.C A!i(hr,.j ,.lnj,.(i( :>,,nrlij. ^canr.j du -l j.m.m.t Is.,.,. p. i.v. 

(2) AnlUiopnloijicnl Hci'i>u\ A. I8GÔ, p. W\ à .ITI. 

(3) Du moins juH<|uen 18.VJ. 

{kj Omalius d'ilalloy, Manud pratique d'ethnogtafj/ne, 1" cdit. Taris, 3» odit. on 18G4. 



HISTORIQUE. — CKANIOLOGIE. 127 

fin aux hésitations et donna délinitivemcnt la suprcniatio au mot anthro- 
pologie. Seri'es, tituhûre de l'ancienne chaire d'anatoniiedu Muséum, de- 
venue chaire d'histoire naturelle de l'homme, ajoutait un mot à son 
alliche : Cours (Vlùstuire ncUurelie de l'homme ou d'aulhropologte, sans que 
personne y fit attention, tant cela paraissait rationnel. Celte fois c'était 
l'anthropologie reconnue ofliciellement. Il ne restait plus qu'à la con- 
sacrer devant l'opinion publique par la fondation d'une Société d'anthro- 
pologie, ce que lit Broca un peu plus tard. 



CllAPITllE VI 

HISTORIQUE (suite). 

Histoire de la crâniologie, suite. Méthode des angles, crànioscopie, etc. : Gall, Mortou, Vau 
der Hoeven, Baer, etc. —Conclusions. — Origines du préhistorique. — Renaissance du 
transformisme. — Fondation do la Société d'anthropologie de Paris. 

Il reste, pour compléter cet historique de la première moitié de ce siècle 
jusqu'en 1859, à dire quelques mots de questions relativement secon- 
daires. 

Je ne rappellerai pas les noms des voyageurs qui de 1800 à 1859 ont 
continué l'œuvre de leurs devanciers, bien que ce soit à eux surtout que 
doive se rapporter tout ce qui concerne l'ethnographie soit générale, soit 
spéciale et la sociologie qui rentre dans la première. 

Je ne puis davantage suivre les progrès accomplis par l'histoire natu- 
relle générale et les sciences médicales, bien qu'ils aient une inlluence 
constante sur le développement presque parallèle des connaissances spé- 
ciales qui constituent l'anthropologie. 

Mais je dois m'arrêler un instant sur un chapitre particuher des mé- 
thodes techniques que les gens du monde considèrent à tort comme la par- 
tie principale de l'anthropologie. Je veux parler de la crâniologie. 

uéyeioppement de la crjiniolojçie. — Une science d'observation a 
droit à l'existence non seulement par la nature des questions générales 
qu'elle soulève et du but qu'elle poursuit, mais par la perfection de ses 
méthodes d'investigation. Les questions générales préoccupent seules le 
public et sont la récompense et la distraction du savant; les méthodes 
qui permettent d'accumuler les faits et d'en tirer parti sont le but inces- 
sant des efforts du travailleur. Les progrès accomplis successivement dans 
les méthodes, les hésitations sans nombre avant d'arriver au résultat 
désiré, ne sauraient donc être passés sous silence dans un historique. En 
anthropologie physique, la partie sur laquelle nous devons dans cet 
ouvrage toujours porter notre attention, on observe sur le vivant suivant 
certains procédés et en se servant d'un certain langage dont lilumenbach 



128 CIIAPITIU-: VI. 

nous a duiiiu' lie** i'\('m|»K'>. A celli' partit' se rall.iche \(itit/ir('j)<>}ii>(,if 
ou niensuratii)ii du corps, uôo îivi'c llnllin cl W liiU', au >ièrle diM nier et (jui 
ne lit pas de pi ogres sensibles dans la j)reiuièro moitié do celui-ci. On 
observe eu>uite sur le cadavre et le scjucletle ;\ l'aide du scapel, de la 
balance, du compas, du microscope. Les muscles, le cerveau, les os so 
décrivent et se nu'snrcnl. Dans le cours de ce vt)lutiu', i\ propos du ceiveau 
sera fait l'iiisloiitiue des pesées de cet organe. Ku ce moment nous n'es- 
(juissons que riiistoiitiue de la crAniulo^ie, iu>us réservant mOme de la 
compléter ç:\ cl h\ plus laid. On verra (pic (*elle méthode d'étude avait 
déjà accompli de tarauds proi^rès et était eu possession de ses princiiiaux 
procédés avant rannéc \HT)\) . 

La cràiiioio<;h> «irsrripi Im- j)iit naissanco avec Rlumenbach comuic il 
a été dit, la crAuioiuélric comparée avec Daubenlun, la ciAnioméliic 
elhni(iue avec Camper et Sccmmcriiig. 

Lu cràniologie descriptive Prichard succède ;\ lilumenbach. Celui-ci 
avait imauiné une façon spéciale de re^'arder le crAne pour le décrire, la 
méthode de la tKtrma /vr^/c'/Z/s; Prichard inventa celle de la nnrma fron- 
ialiSj partagea le crAne et ensuite le vivant, d'après cette vue : en ovales, 
les Européens ; ogivals, les Montrols, et prognathes, les nègres, et créa 
un angle si)écial servant d'après lui il faire reconnaître le type mongol. 
Cet angle était constitué par deux lignes à points de repère indéterminés, 
laii<;cntes en bas aux parties les plus écartées de la face et se réunissant 
en haut au-dessus du vertex pour former un angle aigu ouvert en bas. 
Dans ces conditions vagues il est demeuré sans valeur. M. de (Juatrc- 
fages a construit depuis un goniomètre pour le mesurer; je l'ai pris en 
adoptant des points fixes; il donne (luelques caractères suivant les Ages, 
les sexes et les races, mais non dans le sens qu'avait pensé Prichard. 

Plus tard Owen, dans l'un de ses mémoires sur les anthropoïdes (I), 
(pTil mettait en parallèle avec l'homme, préconisa une troisième manière 
d observer le crAne : la méthode de la )wrma infen'or. Elle fait voir la 
position du trou occipital, la forme de la voûte palatine, le degré d'ccar- 
temeiit des arcades zygomaliques, la projection des niAchoires et des 
deiiN. Avant lui Lauiillard, en 1S37, avait insisté sur les avantages de 
la u())tn'i jiostcrior ou occipitale (fui montre la hauteur des bosses occi- 
pitales, la largeur bimastoïdiennc, la disposition en crôte ou arrondie 
de la Noùte du crAiie, l'inclinaison de l'occipiil, etc. Si l'on ajoute à ces 
quatre norma la vue de profil de Ciamperou uunna latcialh, on a les cin(| 
aspects sous lesquels le crAne peut être considéré. Il va sans dire qu'elles 
ne donnent que des approximations, etcjue pour apprécier exactement les 
caractères qu'elles fournissent, l'orientation du crAne doit être réglée et 
id(!ntirpie dans les cincj cas. 

Mais de bonne licure les anthropologistes compi iicnl (pic la description 

(1; llirlianl Ow.ii, Meninir ofi //je Oilvohfjij of thc ot'uri'j and thc c/iimpatiseet Zooio^, 
transact. Loudun, «ul. I, etc. 



I 



HISTORIQUE. — DÉVELOPPEMENT DE LA CRANIOMÉTRIE. 120 

ducrAne était insuflisante et ne conduirait i\ rien si elle n'était rendue par 
des formules précises et des chillres, tels que les mensurations seules 
peuvent en donner. Malgré leur mérite, les Décades c;'rtnio?7fm continuées 
durant le premier quart du dix-neuvième siècle, furent stériles et ne trou- 
vèrent pas d'imitateurs. En revanche des publications analogues avec men- 
surations, généralement connues sous le nom de Crania^ suivies d'une épi- 
{hHeA7nerienna^ Egypiiaca, etc., ne tardèrent pas àse montrer. La marche 
de la cr;\niométrie marque donc le développement môme dclacrâniologie. 

néTeioppement de la criiniouu'trie. — Les lignes céphaliques de Spic- 
gel au dix-septième siècle étaient demeurées inconnues; les essais de 
Sœmmering n'avaient pas été remarqués à la lin du dix-huitième; le sys~ 
tème général de Camper lui-même avait été négligé. L'angle zoologiquc 
de Daubenlon et l'angle esthétique de Camper en revanche produisirent 
un véritable engouement, malgré les quelques objections non entendues 
adressées à ce dernier. On crut à l'envi que l'angle donnerait la clef des 
proportions du crâne tant au point de vue philosophique et zoologique, 
qu'au point de vue de la distinction des races, et qu'il ne s'agissait que 
de trouver le bon. 

De là le nom d'école des angles qui eut cours alors, et la méthode qui 
s'est perpétuée jusqu'à nous. Voici les principaux angles ou systèmes aux- 
quels elle a donné naissance : 

En 1795, Vangle facial de Ctwier, dans lequel le sommet de l'angle de 
Camper est transporté au tranchant des incisives dans le but de comparer 
les animaux entre eux plus particulièrement. 

En 1802, Vangle c7'ânioscopique de Walther^ situé à la rencontre d'une 
ligne frontale allant de la partie la plus saillante du front à la racine du 
nez et d'une ligne horizontale allant de l'apophyse crista-galli en dedans 
du crâne à la protubérance occipitale externe (inion). 

En 1803, Vangle orifacial de Barclay^ à l'intersection de la ligne de 
Camper et de la ligne ou du plan dit aujourd'hui de mastication ; et 
deux autres, supplémentaires, à l'intersection de la même ligne de 
Camper et de : 1" la ligne médiane antéro-postérieure de la voûte pala- 
tine; 2° la ligne médiane antéro-postérieure du plan passant par le bord 
inférieur de la mâchoire inférieure. Les trois angles font partie de tout 
un système. Barclay inscrit le crâne à la façon de Camper dans un paral- 
lélépipède, il donne à ses diverses faces les noms de glabellaire en avant, 
inialeen arrière, coronale en haut, basilah^een bas, dexlrale^i sinistrale sur 
les côtés, et mène de l'une à l'autre quatre lignes, une transverse ou dexb-o- 
sinistrale, une verticale ou corono-Oasiale, et deux antéro-postérieures, l'une 
aboutissant en avant au point le plus avancé du museau, en quelque endroit 
que tombe ce point qu'il appelle antinion^ l'autre plus haut aboutissant, 
semble-t-il, à notre glabelle. Ladescription de Barclay est du reste peu claire. 
Il ne dit pas notamment suivant quelle ligne il oriente son crâne, et tout 
porte à croire, d'après ses figuies, qu'il n'avait pas de règle lixu à cet égard. 
Tui'iNAiiii. — Viitliropologie. U 



13(» l'.llAlMTHK VI. 

Kn 180'J, les deux angles de Cli. lioll, l'un au point d'intersection de la 
ligne faciale de (Camper et de l'axe vertical du crAne j)assant par le trou 
occipital, l'autre à la rencontre d'une ligne hasio-snsorbitaire ibasion fi 
bord supérieur des orbites) et du inC^nie axe vertical, (lelui-ci était déter- 
miné avec l'instrument appelé piuot de ('/larles liell, (pTon peut voir au 
laboratoire Broca; il se compose essentiellement d'uiic pointe (jui vient 
s'appuyer contre la voOilc interne du crAne, sur iaciuflie le vy^wc, se tient 
en éiiuilibre (1). 

En i\i{{)Van(jle sincipitnUW MuhK'r, indiciué dans la llu'^e inaugurale de 
Ca-ull. Il regarde en bas et est l'ornié par la ligne lacialo de (îamper, et une 
ligne allant de la racine du nez A la suture splH-iio-liasilaiic ; c'est un 
acbeiuini'iueul vers les idées qui vont suivie. 

Kn 1HI.J, /'• si/stn/ie de S/)ij.-, dans kMjuel on retrouve 1 une des lignes 
les plus importantes de Hroca et le triangle facial de Vogt ou de 
Welcker. Si)ix traçait cinij lignes sur la ligure de prolil du cr.\ne : la j)i-e- 
mière liai izonUilc, allant de la face inférieuie des ('(jndyles occipitaux au 
bord alvéolaire supérieur (c'est le plan liorizontal de Uroca) ; la seconde 
faciale, tirée du môme point alvéolaire A la racine du nez; la troisième 
hasif/ue base du crAne cérébral), tirée de la racine du nez à la face in- 
férieure des condyles de l'occipital (les trois lignes burnent un triangle 
facial médian plus correct ({ue celui imaginé depuis par Welcker); la 
(lualriéme rorunide, tangente auvertex et parallèle ;\ la ligne borizonlale ; 
et la cin(|uièmeo6r//y<VrtA', tangente M'occipilal et parallèlt; à la ligne faciale. 
Les deux angles les j)lns impurlanls auxquels elles donnent lieu sont celui 
de la ligne coronale avec la ligne faciale lou naso-alvéolairc) prolongée, 
(jui, obtus cliez les animaux, se ra{)proclie de l'angle droit cliez l'bomme ; 
et celui de la ligne naso-alvéolaire avec la ligne naso-basilaire, (jue 
Welcker a adopté depuis pour exprimer le prognatliisme. 

Vers 1821, Ir si/sf^'-ntr de Oken^ qui associe les lignes faciale et horizon- 
lal(î lie (lamper cl l.i ligne occipitale de Daubenlon et tient compte des 
angles fju'elles fornu'ut entre elles. 

En lS:2i, l'(nt(/le fariul de C/o'/kl'I, (jui tianspoile li; sommet de l'angle 
lie (envier au bord alvéolaire supérieur, sur la ligne médiane. 

Vers IHIO, ffini//e méidfae'ud de Serres ou angle (jue lunl les apopbyses 
ptérygoïdes avec la base du cri\n(;. 

En iS.'Jb, l'iuKjle de Jdequnrl, (jui (léj)lace encore le somiiicl de l'angle 

vl) Aux iiyms de Cliarlos liell lI de Barclay il faut joiiidn' .1 fldiujhouru, au CDUininncOiinMit 
de ce siècle, ceux de \V. (Jibson et de Loacii. Lo premier, dans sa lijuse iiiaupuralc, Dr 
forma ossium fjf lit ilitia, parue à l-',«linjbourg eu 1801), «outiul (jue h; cràue postérieur est plus 
lourd que laiilérieur, autrement dit, que, posé sur st base, lo cràtic bascule en arriére, tandis 
que ce serait linverse rlicz IKuropéen. Le second imagine une sorte de cadre seniblal)le 
à celui de Camper muni de Jils parallèles sentre-croisant à angb; droit, mais liorizontal et 
portant sur liiii de ses cùlés une pradualion. Le musée Urora possède cet instrument, qui 
est décrit par le professeur Ab'X. Mouro, dans ses Oullines of the Anatomy of t/tr Imiiuin 
body. I^ldimbourg, 1813. 



lllsrOlUQUE. - liNFLUENCE DE LA PIIHÉNOLOGIE. i31 

de Camper et le transporte à la racine du nez directement sur le crâne. 

En 1859, les anpjles facial, coronal et occipital de Deschamps, inclus 
dans un triangle dit céphalique formé par trois lignes : l'une faciale du 
point sus-orbitaire au menton, l'autre horizontale (de nom) du menton à 
la protubérance occipitale externe, la ti'oisième oblique de cette pro- 
tubérance au point sus-orbilaire (1). 

Influence «le lu i>hr«'noio»ie. — L'iulluence de Camper se répercuta 
ainsi en Hollande, en Allemagne, en France et en Ecosse. Dans ce dernier 
pays, i\ Edimbourg, une petite école cràniométriquc se produisit avec 
Barclay, Ch. Bell, Gibson et Leach, à laquelle succéda insensiblement une 
contre-école s'inspirant de principes tout différents, ayant leur point de dé- 
part en France. Je veux parler des doctrines phrénologiques qui, quoique 
issues de conceptions fl/)rio;Vet ne préconisant que l'observation extérieure 
sur le vivant, devaient forcément aboutir à la mensuration du crâne. Les 
premiers essais de cràniométrie dans ce sens pourraient bien s'être pro- 
duits à Vienne sur les aliénés, en 1806. Mais c'est en Angleterre qu'elles 
prirent le plus prompt et le plus complet développement. Gall et Spur- 
zheim n'étaient cependant pas favorables aux mensurations ; ils sem- 
blaient avoir l'intuition que leur échafaudage croulerait le jour où il 
serait soumis à un contrôle sérieux. 

George Combe, d'Edimbourg, et plus tard Browne, sont les représen- 
tants de la crâniométrie phrénologique dans la Grande-Bretagne. Le 
premier mesurait les crânes et les vivants, et procédait par les moyennes. 
Voici ses mesures et sa nomenclature telles qu'on les trouve dans le 
Bulletin de la Société phrénologique d'Edimbourg, en 1831. Entre paren- 
thèses sont indiquées les correspondances anatomiques: 

Mesures cràniométriques de Combe, 

Apophyse épineuse de l'occipital (inion) à individuaHté (racine du nez) (2). 
Habitativité (entre l'obelion et le lambda) à comparaison (métopion entre les 
deux bosses frontales). 
Trou auriculaire à épine de l'occipital. 
Trou auriculaire à individualité (racine du nez). 

(i) Geoffroy Saint-Hilaire et Cuvicr, Des caractères qui peuvent servir à distinguer les 
singes, in Magasin cncyclop., t. III, p. 450, 1795. — Walther, Kritische Darsteltung der 
Gallschen anatomi>,ch-physiologischen Vjitersuchungen des Gehirns und Schddelbaues . 
Zuricli, 1802. — Barclay, A new anatomical 7iomenclature relating to the terms which are 
expressive of position and aspect in the animal sijstem. Kdinburg, 1803. — Ch. Bell, 
Essags on the anatomg and philosophg of. expression, London, 1809. — W.-H. Crull, 
Dissertatio anthropologica medica de cranio ejusque ad faciem ratione, etc. Groninga?, 
1810. — Spix, Ceplialogenesis sive capitis ossa structura. Monachii, 1815. — Okcu. Lehrbuch 
der Zoologie 2 Ahtheilung, S. GGO. — J. Cloquct, Anatomie comparée de l'homme, t. I, p. 95. 
Paris, 1821. — Jacquart, Mémoire sur la mensuration de V angle facial. Comptes rendus de 
la Société de biolo^'io, 1850. —Deschamps, Étude des races humaines. Paris, 1857-59, etc. 

(2) Variantes : Philogéniture (région sus-iniaque de l'occipital) à individualité (racine du 
nez). Philogéniture {\(\.) à comparaison (métopion). 



\:vi CIIAIMTIU-: VI. 

Trou auriculain» à fcrmotc (vorli'x cii arrière du broerni . 

Dealructivile ^région ^'us•m^slollJicI^lej à dcslrucliNiU'. 

Sécrélivilé (entre la bosse pariélale et la région sus-mastoïdienne), à sêcre- 
tivité. 

Circonspection (bosse pariétale , à circonspection. 

Id«Mlito (sur le frontal, au-dcssiis de la crtîlc Icniporalc, en avant de la suture 
coronale), à idéalité. 

C.onstruclivité (sur le frontal, entre la cnHe temporale, la suture curoualc cl la 
suture si)ht'n()-fri)ntalc\ à couslruclivité. 

La crAniulu^ic phrén()l()|.îi(iiie ji conservé dos partisans en Angleterre 
juscjue dans ces derniers temps; un en retrtjuve des traces (;à et là dans 
les Bulletins des Sociétés d'ethnologie et d'anthropologie de L()n(lr('<. 
M. Iluniphry, en ISriS, laisse percer une ceilaine bienveillance jjour clic 
dans son Traité du sfjuelclte liumain. En 1870, un livre par M. Marshall, 
inliliilc un l'/irénulogiste parmi les Judas, est acconjpagné d'une longue 
liste de mensurations prenant les bosses de Spnizhcim pour points de 
repère. 

Avec George Combe, la crâniométrie phrénologique passa les mers cl 
lit au.\ Etats-Unis deux disciples dont nous parlerons tout ii Thcurc : 
Moi ton et son ami l'hilipps. 

En France il faut distinj^^ucr dans cette voie deux ordi'cs de Iravaillcui's : 
les uns, habituellcmenl des médecins alicnistes, (jui ne se contenlcreut 
pas de mesurer le crAne, mais pesèrent le cerveau et cherchèrent la 
relation entre les deux avec la i)lus grande impartialité sans se laisser 
distraire par les passions du jour; les autres, des plirénologistes de pic)- 
fession, ne perdant pas de vue leur doctrine favorite. Parmi les premiers 
se placent Léliil (jui, médecin de prison et philosophe, porta fi la ducliine 
en faveur le plus rude coup qu'elle ait reçu (1), et Parchappe, dont les 
conclusi(jns étaient non moins défavorables i2 . 

Parchappe est certainement le premier cràniologiste fran(;ais, le seul 
peut-être méiilant ce titre, avant Hroca. Nous ne pouvjjus passeï* sans 
iiuliipier les mesures (ju'il j)renait sur des séries de crânes ou de vivants, 
et dont il calculait les moyennes. 

Misuri's crdniométriqurs de Parchappe. 

{" Diarnèlre antcro-postéricur, avec un compas d'épaisseur, depuis la bosse 
nasale du frontal jusqu'à la partie la plus saillante de l'occipital. 

2" Diamètre latéral ou largeur de la tétc depuis la partie du temporal qui est 
située immédiatement au-dessus du trou auditif, jusqu'au point semblable 
du cAté opposé. 

(1) Lolul, P/iijxinlmjic de lu fictisée, 2 vol. Paris, IHCt'i. I)ans lesquels sont rcpnMliiii 
lou» Rcs arlicb's sur lo r.ràiie, lo cerveau, la taille, de ixilû h I84I, etc. 

{'Il l'arrliappe, Hfcht'iches sur l'enc(*f>ftale. l'reniicr Méiuuire surlout, l'aria. IH:W' : D" 
volume Je lu tt'tc vt df: t encéphale chei l'homme. 



HISTORIQUE. — PARCIIAPPK. 133 

3" Courbe antt'ro-postérieure, avec le rubnn, depuis la naissance de la bosse 
nasale du frontal jusqu'à la protubcrance occipitale externe ou plutôt jusqu'à la 
ligne circulaire supérieure. 

i ' Courbe latérale ^transverse) du bord supérieur du trou auditif à celui du 
côté opposé, 

ri" Courbe antérieure : du bord antérieur du trou auditif en passant le long des 
arcades sourcilières jusqu'au point semblable opposé. 

r." Courbe poslériouro : du bord postérieur du trou auditif au point semblable 
opposé en passant par la protubérance occipitale externe. 

Nous ferons remarquer la date de 1836 h laquelle furent publiées ces 
mensurations; elle est antérieure d'un an à la communication de Van 
Hoeven, à l'Académie des sciences de Paris, et de trois ans à la publica- 
tion du Crania Americana de Morton. 

Les phrénologistes qui se livrèrent en France à la crâniométrie ne furent 
pas aussi absolus que ceux d'Angleterre et d'Ecosse. A leurs préoccupa- 
tions des bosses se mêlent des idées vagues de races. Le premier fut Sar- 
landières; le dernier fut Dumontier. 

A Paris comme à Edimbourg existait une Société de phrénologie; 
Combe était l'une des illustrations de la Société d'Edimbourg, dont le 
premier volume des Bulletins parut en 1823; le célèbre médecin, Ca- 
simir Broussais, était secrétaire général de la Société de Paris, dont le 
premier volume du Journal parut en 1832. La contribution de Sar- 
landières aux mensurations phrénologiques consiste en un cràniomètre 
complexe, une sorte de casque percé de trous à travers lesquels des 
tiges allaient trouver les bosses voulues. Sarlandières ne parait pas avoir 
publié les résultats qu'il en obtint ; il avait une disposition à rattacher 
ses essais à la crâniométrie de Daubenton et de Camper, et ne semble 
pas avoir été encouragé par ses collègues qui, comme Spurzheim, n'é- 
taient pas favorables à ses tentatives. « L'examen du crâne ne nous inté- 
resse, disait Broussais, qu'en ce qu'il nous donne l'image de la forme du 
cerveau ». 

Cet essai toutefois ne fut pas perdu pour la science. Quatre ans après, 
en 1836, Anthelme écrivait sa thèse inaugurale sur la Physiologie de la 
pensée, et imaginait un nouvel instrument destiné à remplacer les données 
Il op vagues de la crânioscopie par des appréciations rigoureuses. <( Au 
moyen de ce céphalomètre, dit-il à l'Académie des sciences en 1838, on 
obtient avec facilité et précision la mesure de l'angle facial, celle des dia- 
mètres du crâne et enfin les diverses dimensions que peuvent avoir besoin 
de connaître les physiologistes qui s'occupent de l'étude des caractères 
physiques des races humaines ». Dans cet énoncé on sent de suite que la 
phrénologie n'était pas son seul but, et qu'il songeait aux idées que 
W. Edwards venait d'émettre dans sa lettre sur les caractères des races 
humaines. 

La description du céphalomètre d'Anthelme a été publiée dans les 



134 r.lIMMTIU-: VI. 

mémoires delà Stu'iélf (l'aiiliiiopolo^it* di* Paris, ri rinstrument est roslé 
l'un dt' ceux de crAniomi'lrii' rt'CDmmandéspar lirnca, (nioicpTil réponde fi 
un système spécial de niesures (I). M. Herlillon s'en est servi pour étudier 
la helh» ri>llerlion de Né»)-Calédoniens de (laen (2\ 

De même que le céphalonïMre d'Anllielme dérive vraisemblablement 
du crAniométre de Sarlandières, le céphalomèlre de Dumontier ((.uslruil 
six ans après, en \H\2, dérive de celui d'Anllielme. (Vesl le môme appareil 
sur une grande échelle, remplissant quelques indications de plus et 
répondant d'une façon complète aux diverses mensurations acceptées en 
phrénologie. Dumoutier, du reste, était un des adeptes résolus de la doc- 
trine ; il avait été chargé, en [H'.\2, par la Société de phrénologie de Paris, 
de faire un cours public sur le sujet, et avait imaginé un système de 
dénombrement et de nomenclature des j)rolul)érances du crAne, différant 
un peu de ceux de Gall et Spurzheim. Ni la desciiption ni aucun travail fait 
avec cet instrument n'ont été publiés, du moins mes recherches ont-elles 
été infructueuses; mais le céphalomètre lui-m^'^me est devenu la propriété 
du musée liruca. \Volkoir, dans son mémoire sur l'épaisseur du crâne, 
parle à plusieurs reprises de la méthode que suivait Dumoutier, et je me 
crois en mesure de combler la lacune. L'instrument a 2 mètres de 
hauteur dans son entier, et ses autres dimensions en proportion : c'est un 
chef-d'œuvre de construction sorti de la maison Gravet, rue Cassette, 
Paris, et portant le nom de Dumoutier et la date de 1842; il mérite qu'on 
lui consacre une page. 

La tète, le buste ou le crAne à mesurer est placé au centre de l'appa- 
reil et orienté suivant un plan horizonzal passant par l'axe de l'arcade 
zygomatique, plan que M. Lucjc a adopté plus tard, et qui est l'un de 
ceux qui se disputent encore la vogue en Allemagne. Deux fiches viennent 
se poser sur le point sus-auriculaire, c'est-à-dire sur le prolongement en 
arrièie de la racine longitudinale de l'arcade zygomati(}ue. ;\ la renconti-e 
du plan horizontal précédent et de la perpendiculaire passant j)ar le trou 
auditif. 

L'axe transversal de la tête ou du crAne est donc le diamètre bi-susau- 
riculaire et son centre général, le point d'intersection du plan horizontal, du 
plan vertico-transversal et du plan médian anléro-postérieur. Deux sortes 
de mesures se prennent avec rinstrument : les unes sont des rayons partant 
de divers points de la surface de la tôle, et par conséquent des bosses 
phrénologiques désirées, et convergeant vers son centre ; les autres sont 
des lignes liorizontales, et, si l'on veut, des lignes antéro-postérieures, se 
projetant dans le plan horizontal. Pour les obtenir, un chAssis en cuivre 
muni d'un contre-poids, ton. ne autour de l'axe transverse bi-susauricu- 
laire, de quantités variables dont les angles sont in(li(|ués par un cercle 

(1) Soif ittr la réphalométrte, pai M. Aiillioliin', IHOl, in .M»in. Sur. autlimp. sério I, t. 1. 

(2) Forme et ijKtiiileuv de tther. /roupcx tie crânes néo-calédoniens, par B»TliII<'U, iu 
Revue d'anthropologie^ série 1, t. l, 1872. 



HISTORIQUE. — DUMOUTIEH. i3îj 

gradué à l'une dos extrémités diidit axe. Ce ch;\ssis forme un demi-cercle 
en dedans et un parallélogramme en dehors. Sur le demi-cercle glisse un 
curseur dont le pointe va chercher la bosse ou le point de repère voulu à la 
surface du crûne, tandis que la distance de cette pointe au centre de la 
ligure se lit sur la tige par un système de graduation facile à concevoir. 
Sur les bords extérieurs du parallélogramme, glissent trois autres cur- 
seurs, l'un vertical, les deux autres transversaux, qui donnent les diamètres 
par projection. 

Avec les rayons obtenus, Dumontier traçait des tableaux graphiques 
de la configuration du crAne ou de la tête dans lesquels les longueurs 
absolues des rayons étaient représentées par des ordonnées. Les mesures 
transverses dans le plan horizontal et les mesures antéro-postérieures 
soit en projection, soit autrement, à volonté, devaient être simplement 
les mesures de Combe ou d'analogues. 

Dumontier avait d'autres procédés d'étude du crâne. Le premier il fit 
usage des tracés superposés des courbes crâniennes, que le Crania etknlca 
a depuis largement employés. Il mesurait la capacité crânienne en cou- 
lant du plâtre dans la cavité, sciant le crâne en deux pour en retirer le 
moule, et plongeant celui-ci dans l'eau pour savoir la quantité d'eau dé- 
placée, procédé plein de défectuosités dont il n'a du reste publié aucun 
des résultats. 

La mensuration de la capacité crânienne est en effet l'une des plus an- 
ciennes opérations de la crâniométrie. Elle fut pratiquée pour la première 
fois avec de l'eau par Saumarez, en 1798, sur 1 crâne de nègre et 36 d'Eu- 
ropéens, afin de vérifier l'opinion de Sœmmering, treize ans auparavant, 
que la capacité est plus grande chez l'Européen. Virey, en 1817, et 
Wolkoff, en 1847, employèrent le même procédé. Avec William Hamilton, 
en 1831, naquirent à la fois les procédés du sable et des chocs pour le 
jaugeage et de la pesée pour le cubage; ses expériences portèrent sur 
300 crânes humains. L'année 1837 fut mémorable pour cette opéra- 
tion. Tiedemann voulant réagir contre la thèse de Sœmmering et Virey, 
qui avait cours, cuba 480 crânes â l'aide du millet, des lapes sur les 
parois et de la pesée ensuite, et en conclut, après un examen in- 
suffisant de ses propres chiffres, que la capacité crânienne est à peu près 
la même dans toute l'humanité. A la même époque, Philipps et Morton, 
aux États-Unis, mus par une idée toute différente, celle de la distinction 
des races humaines par la crâniométrie, pratiquaient, à l'aide de la graine 
de moutarde, les mensurations de la capacité du crâne consignées dans 
le Crania Americana, paru en 1839. Ce n'est donc pas l'idée phrénologique 
qui a présidé au développement de cette opération; les moulages intra- 
crâniens de Dumontier, que les Allemands ont voulu reprendre, sont 
isolés. 

L'idée de distinguer les races humaines avec plus de précision qu'on ne 
l'avait fait jusque-là, à l'aide des caractères physiques, prenait en effet de 



\M\ CIIAIMTRK VI. 

rcxlenviuii ilt'piiis la IcUrt» de W. Kdwards à AiiumIciî Tliierrv, vu 18'J'.». H 
diîvail foiréiuonl venir î\ la pensée de (luelqiies-uiis de se servir ilii pro- 
cédé des mensurations {xuir découvrir ees caiaclrics, en laissant de rùlé 
toute visée purement |)lnl<)S()i)ln(ine on physioht^'icine. Les premiers dans 
celte voie furent Van der lloeven en {H'M, et Murlon i-n \H:i\K Par là iU 
doivent Cire considérés avec I^archappc dont nous avons parlé, en \H'Mi, 
coinnje les précurseurs de l'école craniolo^'ique française cpii s'est aflirHiée 
avec l^itca. 

Van ii«'r iitM-M-ii, i)r()fcsst'ur (le zoologie il riniversité de Leyde, 
s'adduna ;\ raulluDpolou'ie et plus i)arliculiéiement î\ la cri\niologie, 
depuis l'année ISiU jnxpi'à sa mort en iSr.S. (Juuicpril eût déjà esquissé 
ses vues dans une suite de mémoires intitulés « Contributions à l'histoire 
naturelle de l'homme, » ^a méthode de mensuration ne date réellement 
(pie de IHin. Il la communiiiua ;\ l'Académie des sciences de Paris, sous 
le titre de lissai sur h's (linicnsiims de lu Irte osseuse, considérées dans leurs 
rai»iwrts avec rftistoire naturelle du (jrnre humain. Nous ne possédons 
encore, dit-il, que des notes éparses sur les dimensions du crâne, on n'a 
émis (jue tles allirmalious ;\ cet égard qui n'ont pas été vériliées. Les 
mesures qu'il propose et (ju'il prend sur 20 crAnes de races diverses, sont 
les onze suivantes : 

Mtsurcs dr V(in der Ihcccn. 

[•' (.irroiili ifiice horizontale passant au-dessus des orbites, par le bord supé- 
rieur des orbites et par la protubérance occipitale externe. 

2" Courbe antéro-poslérieure, d(!S os propres du nez au boni postérieur du trou 
occipital. 

3" Longueur du crj\ne, de la racine du nez à la partie postérieure de roccipilal. 

4» Largeur, eu un endroit variable, là où elle est la plus ^;rande. 

:i" Hauteur, du bord postérieur du trou occipital au point opposé sur le Iraj.'t 
de la suture sagittale; ce n'est pas la plus grande bailleur, ajoute -t-il. 

d" Largeur du front, en arrière des orbites. 

7*> Longueur et largeur du trou occipital. 

8" Largeur maximum entre les arcades zygoniatiijuos. 

U" Hauteur de la syinpliyse du ineiitoii. 

fU' Hauteur de la iiiaiidil)ule eu arrière, de laiiglc iufcricur à la partie la plus 
élevée des condyles. 

H" Uistancc oblique du nieuton à l'angle de la uiandibulc (1). 

Suiuii.-i-€-.'orjf«' Morion, (iuul U()U> a\ons \)M (Icux Inis déjà rcncoutré 
l(î nom, à propos de sa division des espèces et de sa classification des 
races humaines, vécut de \TM à !K:iL Comme Van der Hoeven, il était à 
la fois zoologiste, géologue, analomiste et médecin. (Vesl en 1830 qu'il 

|)orla son attention vei- l'anlliropologie. .\yanl choisi pour sujetde sa leçon 

(i; Vau der Hocvcii, Aniialts de.s 5C»err« uaiurrlles, V s.rio, i« aiiucc, voL VIH, 183:.. 



inSTORIQUK. — VAN DEU IIOEVEN ET MOUTON. 137 

d'ouverture d'un cours d'anatomie à rhiladolphie: « Les diirérentcs formes 
du «ri\ne présentées par les cinq races d'hommes, » il ne parvint pas i\ 
rastembler les cinq crânes nécessaires à sa démonstration, et résolut do 
fonder une collection de crAnes. Avec la collection de Blumenbach com- 
mencée au siècle dernier et celle que Vander lloeven rassemblait au mômo 
moment, ce fut la seconde ou troisième collection de ce genre. A sa mort, 
en 1851, elle comptait 918 crânes. 

Morton fut essentiellement crâniologiste, et c'est pourquoi nous nous 
réservions d'en parler ici d'une manière générale. Sa grande couvre est son 
(^rania Awerirana, paru en 1830. Son second travail, en ISii, est le C^mnia 
/:(ji/ptiaca. La première se partage en trois parties : l'une à laquelle nous 
avons emprunté la classification des races humaines de Morton, est un 
traité d'anthropologie s'inspirant à la fois de Blumenbach, de Prichard et 
de Bory de Saint-Vincent; l'autre est la description avec planches et men- 
surations de centaines de crânes, suivant le système de mensurations que 
nous allons dire ; la troisième qu'on s'étonne de rencontrer, quoiqu'elle 
n'y occupe que peu de place, concerne la phrénologie et s'accompagne 
d'une table de mensurations d'après le système de George Combe, mais 
beaucoup plus étendue que la liste de ce dernier par nous repro- 
duite page 131. 

Les mesures cràniométriques de la seconde partie, qu'il qualifie d'ana- 
tomiques, sont les suivantes, au nombre de 13, ou de 16 si l'on tient compte 
de toutes les capacités partielles : 

Système de Morton. 

1° Diamètre longitudinal, de la partie la plus proéminente du frontal entre les 
crôtes sourcilières à l'extrémité la plus éloignée de l'occiput. 

2° Diamètre pariétal, entre les deux points les plus écartés des pariétaux qui, 
en général, sont aux bosses pariétales. 

3" Diamètre frontal, entre les angles antéro-inférieurs des os pariétaux. 

4° Diamètre vertical, de la fossette qui est entre les deux condyles (basion) au 
sommet du crâne. 

;i° Courbe intermastoïdienne, avec un ruban gradué, du sommet d'une apo- 
physe mastoïdienne à l'autre, en passant par la voûte du crâne. 

0" Ligne intermastoïdienne, directement d'un sommet d'une apophyse mas- 
toïdienne à l'autre. 

7° Courbe occipito-frontale, avec un ruban, en passant sur la voûte, de la 
suture fronto-nasale au bord postérieur du trou occipital. 

8° Circonférence horizontale, avec le ruban, en passant immédiatement au- 
dessus des arcades sourcilières et par la partie la plus proéminente de l'occi- 
pilal. 

9*^ La longueur de la tète et de la face, de la mâchoire inférieure au point le 
plus éloigné de l'occiput. 

10" Largeur zygomatique, entre les deux points les plus écartés des arcades 
zygomatiques. 



!3S CHAIMTHF. VI. 

1 1" Angle facial do (laniper avec un goniomctre iniaplné par le W Tiirnpenny. 

12° C.apacile iiilcrnc totale. Avec de la graine de jtoiMc l)lanc, tassce dans le 
crûnc au maximum avec le duigt. Mensuration dans un < nUikIic gradué où l'on 
tu<isc uu MKivimum aussi, en ébranlant le >asc. 

13° Capacité à part des chambres coronale et sous-coronale, antérieure et poS' 
téricure du crAne ù l'aide d'un appareil p.irticulier du 1)'' Pliilipps ^1). 

Les mesures phrénologiques de la troisième partie du Criwia Atneri' 
rnno sont nu nombre de quarante, ont été prises sur cent cr;\nes et com- 
prennent entre autres les projections verticales de divers points au- 
dessus d'un i)lan horizontal passant parles bosses frontale et occipitale. 
Hien que Morlon les donne sans commentaires et sans paraître en faire 
grand cas, elles nous empochent de nous rallier à l'aflirmation de l'un 
de ses biographes, H. -S. Patterson, que « jamais Morlon ne s'est commis 
avec la phrénologie i:2 . » 

Morlon a laissé en Ainéiiiiuc plusieurs disciples, parmi lescpicis 
J. Ailken Mieggs, qui continua la collection du maître et publia, outre 
le catalogue augmenté de celle-ci, un travail sur » Ln menstiratinn du 
crnne humain (IJ) », Philadelpliie , 1801. Nott et Gliddon (jui, dans leurs 
deux ouvrages sur «Les types de l'humanité » et « Les races indigènes», 
se réclament des idées de Morlon et reproduisent quelques fragments iné- 
dits de lui, ne sont qu'indirectement ses élèves. L'influence de Morton, 
comme crAniologiste, fut plus grande en Europe que dans son propre 
pays. Williamson qui, en 1857, publia le catalogue descriptif du Musée 
médical de l'armée à Chatham (4), figure au premier rang parmi ses dis- 
ciples d'outre-mer. Je signalerai dans ce catalogue très remarquable, la 
forme de l'ouverture antérieure des fosses nasales suivant les races, une 
statistique des os wormiens sur 452 crânes, des mensurations de sque- 
lettes, etc 

Thurnam et Davis, dans le Cra/iia IJriiannica en 185(3, s'inspirent de 
l'esprit général de la cràniométrie de Morton et de Van der Hoeven, en 
y apportant cjuehjues modifications. Ils abandonnent l'angle facial, rem- 
placent la méthode de cubage de Morton par celle au sable de W. llamil- 
ton et ajoutent des rayons auriculaires pris par projection, directement 
avec un instrument spécial dit de Harnard Davis. 

Dans l'Kurope occidentale, l'influence de Van der Ilcu'ven ne visant que 
les races humaines, fut contre-balancée par celle de Oken et des natura- 
listes i)hili»sophes visant « l'architecture •» du crùnedans ses rapports avec 
l'animalité en général. (>'est en glissant à travers des noms assez nom- 
Ci) SamiK-I-fi. Mnrtoii. Cmnia Avinirana. IMiiKult'lpliir, Ivj.TJ. Voir aussi Cranin Efjyp- 
tiaca, IMiila'l.'Iphi.', 1844. 

(2) « Ile never cooiiuiltod liimsolf fully lo Ibo inlscallcd IMircuology. > Types of mankind, 
p. XZXII. 

(3) J. Ailken Moi^s, The virnsuratinn of the fiuman sku/l. Pliiladclphia, 18GI. 

(i) GoorK''s Williamson, Ohservatioii on ihr human cranui, contninrd in the Muséum nf 
the army ntedtcal départ ment ^ Fort Pitt, Chatham. Dublin, 1867. 



HISTORIQUE. — OK lUER. 139 

breiix s(î rattachant ;\ la cràniologie anthropologi(iiic qu'on retrouve son 
continuateur, de IIjut, professeur i\ Saint-Pétersbourg, dont le système 
de mesures exerça une inlluence marquée sur les décisions du premier 
congrès anthropologique allemand réuni i\Gœttingue en 186i, et se ren- 
contre avec le système de Busk présenté la môme année ;\ la Société 
ethnologique de Londres. Pour ce double motif, il importe, en terminant, 
de le reproduire ici. 

Système de Baer. 

\° Longueur du calvariuni (crâne cérébral) ou distance maximum entre la 
glabelle et l'occiput. 

2° Hauteur du calvarium, du plan du trou occipital au vertex. 

S*' Largeur du calvarium, maximum n'importe où elle tombe, eu évitant la 
saillie sus- mastoïdienne. 

4° Largeur du front, entre les points les plus rapprochés des deux ligues tem- 
porales semi-circulaires. 

0° Largeur pariétale, dune tubérosité pariétale à l'autre. 

6° Largeur zygomatique de la face, entre les deux points les plus distants des 
arcades zygomatiques. 

T'' Circonférence horizontale par la glabelle et l'endroit le plus proéminent de 
l'occipital. 

8° Arc vertical, de la suture nasale au bord postérieur du trou occipital en 
indiquant le passage du ruban au niveau : t<> du bregma, 2<> du lambda, 3° de 
l'inion. 

9° Longueur du corps des vertèbres, de la racine du nez au bord antérieur du 
trou occipital, dit-il ; suivant la méthode de Virchow, ajoute-t-il. 

10 et 11°. Arc transverse du calvarium d'un trou auditif à l'autre en passant 
par l'occiput en arrière. Corde biauriculaire répondant à cet arc. 

12° et 12 bis. Distances obliques du centre du trou auditif au milieu de la gla- 
belle d'une part, et au point le plus proéminent de l'occiput de l'autre. 

13° Endroit où tombe la plus grande largeur, par rapport à la perpendiculaire 
passant par le trou auditif, abaissée sur le plan du trou occipital (1). 

A la suite de rindication de ces mesures pour chaque crâne décrit en 
particulier, de Baer ajoute les rapports du diamètre longitudinal d'une part 
à la hauteur, et d'autre part à la largeur maximum du crâne sous la 
forme suivante : 

Rapport :: 1000 (longueur) : 721 (hauteur) et 843 (largeur). 

C'est l'application dans le premier cas à la hauteur du crâne, de la 
méthode qu'André Retzius, en 1845 et 1852, avait imaginée pour la lon- 
gueur; l'une donne naissance à l'indice vertical, l'autre à l'indice hori- 
zontal plus connu sous le nom tout court d'indice céphalique (2). 

(1) De Baer, Ciania selecta, Acad. imp. dos scieuces de Saint-Pétcrshourf?, 18 mars 1859. 

(2) Retzius, Ueter die Sclisedelformen dev Novdbewohner (De la lonnc du crâne des 
habitants du Nord; Stockholm, 1842. 



140 CIlAl'irUK VI. 

Nous avons l.ii>.bt' l)U'ii des nul^^ tle côté dans celle fourse rapide h 
liaveru la fri\ni<)ni<^lrie ju>i(iu'en \Hti\). La France en complu un oerlain 
nombre; un honvcia l'analyse de leurs Iravaiix dans le tome l"de la P/ij/- 
wo/o//«V de Heiard, Paris, 1848; nous donnons en note ceux que non»» 
n'avons pas eu l'oeeasion de eiler (IV l/élranger et en particulier l'Alle- 
magne, où la centralisalinn s( ienlilitjue n'existe pas comme chez nous et 
où, par cons«j(jucnl, la concurrence e>t plus excitée, en compte peut-ôtre 
davantage, surtout de ISK) ^ ISJlO, ;\ la suite de l'iEUpulsiou donnée par 
ojvcn. (loliic, cl autr.'s philosophes de la naUire. C'est dans cette période 
(ju'apparaissent les vétérans actuels de l'anlliropolo^'ie d'outre-lthin, les 
Lucic, les Kcker, les Virchow. La note bibliographique ci-jointo montre 
ri-poijuc de leur cntrcc en scène (:i). 

(l^ Dubreuil, Études anfttomùfues de liUes ai/nnt appartenu à dei individus de races 
huoinines diverses. Comptes rendus tlo l'Acud. de» sciences. Paris, IH37, — Maslieurat Lagé- 
inard, l>e l'influence du maxillaire supérieur dans la conformation de la face et de $es 
di/ferencei dans les rares /tumuiues, HuIl.Soc, anal, de Paris, I«U). — J. Puclieran, Con- 
sidérations anati>rni<{ues sur les formes de la tête osseuse dans les races humaines ^Tlièso 
innUBuralo. Paris, 1«U. — Dureuu de> la Malle, Sur la position du trou auriculaire chez 
lei hafjitants anciens et modernes de la Haule-Ëyypte. Comptes rendus Acad. sciencot, 
vol. IV, p. :>S0. — Cosse, Essai sur Us déformations artificielles du cnine. Paris, IS.Vi. 
— Cratiolot, Mémoire sur te développement de la forme du crâne de l'homme et sur<fuelffuea 
variations qu'on observe dans la marche de l'ossificatiun de ses sutures. Comptes rendus 
Acad. des sciences, vol. \LI1I, p. ViO, I8:)6. — Silbermunn, Meiures naturelles du corps 
humain. Caz. méd. Paris, ls:.C. n" 12 et 1807 n" 1. — Scgond, Procédé de mensuration de 
la tt'te .« applicable à toutes les vertèbres et destiné h découvrir la loi dos modillcations 
réciprofiues entre la face et le crâne soit dans une mômo espèce, suivant V\gG, le sexo, los 
variétés, soit d'une espèce h l'autre ». (Gaz. méd. l'aris, 18')7). — \o\v passim pour Cuvier, 
Parcliappe, Lélut, J. Clocjnet, Jac(|uart, etc. 

2) J.-K, Doornik, Wijsfjeervj natuurkundif] onderzoek aampiande den oovspronkeli/ken 
mensch en de oorspkerun>jh/ke stnmmen vun deszelfs yesacht. (Sur l'bomme primitif et sos 
raceH. Amsterdam, 1808. — Kools. Annotutionesanatiomica-, Cronin^^ue, 1810. — CorardSan- 
difort, TahuLr craniorum diversarum nalionum. Leyden, 18:58-I8i:i. — J.-C.-C. Luca>, De 
si/melria et asymetria orum animnlitatis, imprioiis rranii Marburyi, 18:r.). -- Hueck, De 
crniiis Ksthonum commeidatio anthropoUxjica, etc. ySur le cràneestbonien\ Dorpat, 18:J9. — 
C.-(;. Carus, Grundiitife einer neuer wissenschaftlich beyrùndeten Cranioscopie. Stuttgart, 
I8il. C.-C. Carus, Atlas der Cranwscopie, oder Abbildun^cn der Schatdel und Antlilzfor- 
men berQlimter oder sonst merkwiirdifier Personen. Leipsi^', I8i:i. — A. Zenne, l'/>er 
Shadelbildumi zur festern He(jrundu>iy der Merischenrassen. (Sur la formation du criru", 
pour servir i\r basr à la classilicalion des races.) Berlin. 18i(;. — Hidder. Pe la conforma- 
tion du crùne. Dc.rpat, 1847. — Josepb Kn{;el, Vntersuchunyen iiber Schadelformen. (He- 
cbercbes sur les furmes du crâne.) Prague. 1851, in-8. — J.-C. Stabl, Seue lieitrage zur 
Phi/singnomik und pathotoyischen Anatomie der Idiotia endemica (Anatomie patbologi(iuo 
du crétin. Pragu.', IH.'.l. -lUidolf Virchow, l'ef>erden Cretinismus, namentlich in Franken, 
und ùljer pathol,„jischen Sch&lelformen (Sur le crétinisme et sur les formes pathologiques 
du crâne . Warzburg, iHfil. —A. Kcker, Vefjer die Methoden zur Ermittluny dev topoyra- 
phisrhen Heziehunyen zivischen llirnoberfliirhe und Schadel (Sur les niétbodes pour dé- 
terminer les rapports topographir|Ues entre le cn\ne et le cerveau). Freiburg, 18:il. — 
I..-J. Kitzinger, Veber die Srhadel der Avarrn Sur les crines d'Avares). Vieuuo, 185:1.-- 
Kmil lluhchko, Sch.rdel , Ilim und Seete des Me/isrhen und der Thiere nnch aller, 
C.eschlecht und liace, (tarye^telU nacU neuen Meifioden und i'ntersuchunyeu. (Lo crùne, 
Ir cerveau, l'àmo de Ihomme et des animaux suivant l'àgc, le sexe et la race.) Icna, 18.^4. 
J.-C.-C.Luca'. Shûdel nfnwrmer Form in Geometrisrhen Aldaldinv/en. Frankf. am Mein, 
1M5S. (Les cràucft anormaux représonté.H par dos figures géomelricjues.) — F.-K. Stabl, 
luniye klinisrhe St. uhrr Schadel Di/furmitdten isur les difformités du crâne), in Zcitscbr. 
far Psych. 18ô:>. — 11. Wagner, I^achrichten von der G. A. Universitiit und der kOnigl. 



niSTORIQUE. — CONCLUSIONS. 1 ', I 

Il ressort, en somme, do cet exposé, qu'en 1851), au jour où commenee 
la période actuelle, la cnlnioniétrie était déjA largement cultivée et n'at- 
tendait plus qu'une main ferme, une grande autorité pour lui imprimer 
une direction pratique et surtout lui donner la précision mathématique 
sans laquelle elle n'a aucun droit à l'existence. 

Dès que s'ouvre la période actuelle, les œuvres de crâniométrie les plus 
importantes se succèdent avec rapidité, telle que le Crania Germamn^ 
lucrid'ionalis de Ecker, à Fribourg, en 18G5, le Crania Helvelica de llis et 
Ilutimeyer, à Bàle, en i866, le Crania ethnica de MM. de Quatrefages et 
Hamy, dont la première livraison parut ;\ Paris, en 1873, et surtout, d'année 
on année à partir de 1861, les nombreux travaux de Broca (2). 

Broca, dont nous nous proposons d'exposer dans ce livre, à côté des 
nôtres propres, moins les idées et les méthodes crâniométriques de la pre- 
mière heure, que celles vers lesquelles il tendait et qui résultent de ses 
registres inédits, s'est, en somme, inspiré à ses débuts en crâniologie, de 
l'esprit qui dirigea Van der Hoeven, de Baer, et surtout Morton. Par ses 
idées physiologiques, Broca dérivait de Geoffroy Saint-Hilaire, par ses 
idées polygénistes, comme par ses premiers travaux de crâniométrie, il 
dérive de l'école américaine spécialement. 

Conclusions sur la dernière périoiic. — Concluons qu'à la veille 
de 1859, l'anthropologie ne ressemble plus à celle de la fin du dix-huitième 
siècle; elle a largement évolué déjà. Celle-ci ne comprenait guère que 
deux parties ; l'homme étudié dans son ensemble et dans ses ressemblances 
et différences avec les animaux, à la façon de Blumenbach, et l'homme 
étudié dans ses races à la façon de Buffon. A la veille de 1859, son horizon 
a grandi, les races sont regardées comme les éléments composants des peu- 
ples, ceux-ci sont scrutés au point de vue de leur histoire, de leur langue, 
de leurs coutumes, de leurs institutions et modes de civilisation, et leur 
étude se rattache à l'anthropologie. A la fin du siècle dernier, l'anthropo- 
logie ne comprenait que l'histoire naturelle du genre humain et de ses 
races ; actuellement, il s'y joint l'histoire naturelle des peuples et des so- 
ciétés. L'ethnographie et la linguistique, en un mot, se sont ralliées à 
elle. La sociologie lui arrive. L'homme moral devient de plus en plus in- 
séparable de l'homme physique. 

Nous aurions terminé sans les trois événements qui marquent la fin de 

Gesellschaft der Wissenschaften zu Gôltingen^ 185G. — Rudolph Vircliow, Untevsuchungen 
ûfjrr die EntvnckeluTif/ des Schadetgrundes im gesunden und krankhaften Ziistandc, etc. 
(Sur le développement de la base du crâne dans l'état physiologique et pathologique.) Ber- 
lin, 18r>7. — J.-C. Lucaî, Architectur des Alenschenschâdels nebsl geometrisclien original 
ZeirJi7iungen von Sclwieln normaler und Abnormerform. (De l'architecture générale du 
crâne humain.; Frankf. a. Moin, 18r>7. 

(l) Le premier travail de crâniologie de Broca fut présenté à la Socit-té d'anthropologie de 
Paris le 4 juillet 1801, et porte sur les crânes qu'il venait de recueillir dans la cité. Neuf 
années avant, on 1850, il avait fait sur des os humains trouvés dans le cimetiùre des Cèles- 
tins uiv rapport où se trouvent quelques observations déjà bonnes ii noter. 



li-J CIIAIMTMF. VI. 

iH'lliî période : la ilécoiiverli» de la hanlt; anli(iinti' de l'iiumme, le réveil 
du Iranisforinisine el la foiidalioii de la Société d'aiilliiupologie de Paris, cl 
si deux d'tMitre eux n'avaient des racines profondes dans les années anlé- 
lieuie^et ne devaieiil nous arrêter encore. 

Orls^iiie du iirrliUtorlque. — N'avaul i)as à faire rinsloire complète de 
celte science, p(un- laijuelle réj)illu'le de nouvelle esl celle fois légilinie, 
nous ne reinunterons pas au deh\ île Cuvier. 

La célèbre doctrine des révolutions du glol)e, rélutèe depuis par i.yell, 
esl ainsi exposée par l'illustre paléontologiste: <« La vie a souvent été 
troublée sur cette terre par d'edVoyables événements; des êtres vivants 
sans nombre ont été victimes de ces calastropbes. les habitants de la 
terre sèche ont été engloutis par des déluges, ceux (jui peuplaient le sein 
lies eaux ont été mis i\ sec avec le fond des mers subitement relevé (1). » 
La découverte de nombreuses espèces fossiles d'époques iliverses, diffé- 
rentes de celles queles natuiali>tesconstatentactuellement, était la preuve 
de ces catastrophes. Du même coup, l'interprétation des livres saints 
jus(iue-h\ professée était ruinée; il était acquis ipie, contrairement i\ la 
doctrine de Linné, de nombreuses espèces pouvaient disparaître sans que 
riiarmonie de l'univers en soit atteinte ; il fallait modilier le système et 
l'adapter aux dernières acijuisitions de la science. L'homme seul résistait 
à ce cataclysme d'un ordre autre que ceux auxfjuels (hivier faisait allu- 
sion. Créé le dernier, au commencement de répoipie actuelle, il conservait 
son origine privilégiée relativement récente, et la (juestion agitée entre 
les monogénistes et les polygénistes, si le blanc et le nègre dérivaient 
l'un de l'autre, demeurait discutable. 

Sur ce terrain, comme sur celui de l'espèce, (hivier est resté orthodoxe, 
mais sans conviction, comme on le voit par ses propres paroles qui ne 
paraissent pas avoir été suftisamment méditées: 

« On n'a pas encore trouvé, dit-il, d'os humains parmi les fossiles pro- 
prement dits, ou, en d'autres termes, dans les couches régulières de la 
surface du globe... Parmi les éléphants et les rhinocéros, on n'a jamais 

découvert le moindre ossement humain (p. H\) Tout porte donc à 

croire que l'espèce humaine n'existait point dans les pays oîi se décou- 
vrent les os fossiles, à l'époque des révolutions qui ont enfoui ces os... 
Mais je ne veux pds en conclure ipie l'homme n'existait pas du tout avant 
celle épo(jue : il pouvait hal)iter quelques contrées peu étendues^ d'où il a 
re/n'uplé la terre (iprrs ces érhu'mvttts terribles; peut-être aussi les lieux oîi il 
se tenait ont-ils rté entih-enient abîmés et ses os ensevelis au fond des mers ac- 
tuelles, à l'exception du j)etit nond)re d'individus qui ont continué sou 

es[)èce. Quoi qu'il en soit, l'établissement de l'homme dans les pays 

à fossiles esl postérieur aux dernières révolutions du globe (p. 00). » Ainsi, 
la plus dégradée des races humaines, celle des nègres, dont les formes 

(I) Cuvior, his.ours sur les révolutions du yiobe. Paris, ISôli, cdit. Didot. p. H. 



HISTORIQUE. — ORIGINES DU PRÉHISTORIQUE. 143 

s'approchent le plus de la brute, nous montre clairement par tous ses 
caractères, qu'elle a échappé i\ la grande catastrophe, sur un autre point 
que les races caucasique et altaïque, dont elle était peut-être séparée 
depuis longtemps quand cette catastrophe arriva (p. 140). » 

La dernière phrase est grave. Les nègres seraient antérieurs à la der- 
nière catastrophe qui assurément, dans l'esprit de tous, à l'époque de 
Cuvier, était le déluge biblique, réputé universel pourtant. Entendait-il 
par là que la race nègre, comme les races caucasique et altaïque, remon- 
taient à Adam? Non, il préférait ne pas s'expliquer. Lorsqu'on relit son 
mémoire sur la Vénus hottentote, on en est convaincu. 

Cependant, par trois fois au moins, des ossements humains dits fossiles 
lui furent présentés. La première fois, c'était l'anthropolite de la Guade- 
loupe : il fit remarquer que le travertin, môle de coquilles terrestres et de 
madépores de la mer dans laquelle il avait été trouvé, se formait encore 
de nos jours. La seconde fois, en 1823, c'était le squelette d'homme trouvé 
dans le lœss du Rhin à Lahr, par Ami Boue : il répondit qu'il devait y 
avoir erreur et que ces ossements provenaient d'un cimetière ancien. La 
troisième fois, il s'agit d'os recueillis dans les grottes du Midi, avec des os 
d'animaux disparus ou émigrés : il déclara que les os humains étaient 
postérieurs au dépôt des os d'animaux. C'est vers cette époque que 
Tournai et Christ.ol, en 1827-1828, découvraient dans ces grottes, ou 
d'autres équivalentes, des ossements humains associés à des articles d'in- 
dustrie humaine et à des restes d'animaux disparus. Cuvier rejetait systé- 
matiquement tout ce qui venait des cavernes, comme ayant pu y être 
apporté par les eaux depuis la dernière catastrophe du globe. 

Mais voici qui juge la question. A quelqu'un qui lui demandait si l'on 
avait trouvé l'homme fossile, il répondit : « Pas encore. » Le seul reproche 
à lui adresser est d'avoir rejeté un peu vivement les ossements d'Ami 
Boue. 

La constatation à laquelle il s'était dérobé et qui lui eût donné un titre 
de gloire de plus, fut faite l'année après sa mort par Schmerling. De 1833 
à 1834, il explora avec soin les grottes des environs de Liège, plus 
ou moins remplies de lœss apporté par les inondations, ou, pour se ser- 
vir du langage d'alors, par les courants diluviens. Elles renfermaient, 
sous une couche de stalactites, des ossements de mammouths, de grand 
ours, de lions et de hyènes des cavernes, et d'autres espèces éteintes, 
vivant à l'époque quaternaire ou postpliocène, ainsi que des squelettes 
humains et des silex taillés par une main intelligente. Schmerlingn'hésita 
pas à en conclure à la comtemporanéité de ces reliques et fit de ses re- 
cherches l'objet de deux volumes et un atlas. Ce qui l'étonnait, c'est que 
les mammouths, ces éléphants à fourrure dont on avait retrouvé des trou- 
peaux entiers congelés dans les glaces de la Sibérie, le grand ours et le 
renne, soient des animaux des pays froids; néanmoins, il maintint sa 
conclusion. 



lli CIIAIMTHE VI. 

Schnioiling lU' fut pas eiileiHlii. Seul l'illuslrt' ^<^<>l()^ue LycU accepta 
les faits, mais sans y allaclier riinportance (|u'ils niôrilaieiil, aiu>i qu'il le 
déclara plus lard, ('epriulant de nouvt'lles lircouvciU s étaient successi- 
venieut signalées ru SmimIc, au Hiesil, aux Natche/., à la Nouvelle-Orléans. 
l'.'e>t ahtrs sans doute (jue Morton éci'ivitee passage extraordinaire, repro- 
duit par les J'i/pes itf inankiwi : 

a Je n'ai aucun doute (jue l'honinie ne soit découvert à l'étal {'(tssile aus>i 
basriueles dépôts éocènesel (ju'ila vécu sur la terre avec le paléothériuin. 
De ce (lu'nn ne l'a pas trouvé encore, <»n ne j)eut conclure (ju'on ne le 
trouvera pas plus lard; il y a dix ans (jue les singes étaient inconnus et 
niés ;\ l'étal fossile. » 

1/inslant ainsi picvu approchait. Depuis 18.'{2, en l'rance, un homme se 
consacrait avec une rare persévérance à la recherche des pieuves de 
riioinnie dans les couches (juaternaires non remaniées, qui bordent la 
vallée de la Somme : lioucher de Perlhes. Là, il recueillait à profusion des 
hachettes, des couteaux et autres instruments en silex, et commença en 
18iG la [)ublicalion d'un grand ouvrage sur les Antiquités celtiques et an- 
tèdiludiennes. Son premier disciple fut Iligollot en 185i. Sur ces entre- 
faites, étaient fouillées en Angleterre les grottes de KenCs hole et de 
llrixham dans le Devonshire par M'Knery, (îodwin Austen, Falconer, 
Preslwich et Pengelly qui, en 1858, y découvrirent des objets de l'indus- 
trie humaine avec des restes de /{/linoceras tichorhinus qui attirèrent 
l'attention sur les trouvailles de Boucher de Perlhes. Le D' Falconer, le 
premier, vint à Abbeville et, très frappé de ce qu'il avait vu, écrivit à ses 
Collègues de Londres. iMM. John Evans, Flower, Godvvin Austen, Lyell, 
tirent fi leur tour le pèlerinage de cette station d'un nouveau genre. 
En isrit) enlin, Lyell déclarait au congrès de l'Association britannique 
d'Aberdeen, (pie désormais il était convaincu, et que l'homme poslplio- 
cène existait. Kn Fiance, les conversions s'opéraient en môme temps : 
MM. Hébert, Georges Pouchct, Albert Gaudry, Desnoyers, et la question 
était portée ;\ la fois devant l'Académie des sciences et la Société d'anthro- 
pologie. 

On se sonvint alors des découvertes antérieures qui auraient dû ouvrir 
les yeux plus tôt : du squelette d'Ami Boue (jui depuis 18i3 était relégué 
dans un grenier du .Muséum, de ceux de Schmerling, des deux recueillis 
eu 1814 par Swen Nilson à Stœngenes en Suède dans un banc de coquil- 
lages marins émergé à 100 pieds au-dessus du niveau de la mer actuelle, 
du ciAne trouvé dans le lœss du Mississipi, des squelettes trouvés dans les 
grottes de Lagoa Santa au Brésil en 1842 par Nilson Liiiid, des crAnes ex- 
traits en 184 4 des laves de l'ancien volcan de Denise au Puy en Velay, etc. 
La découverte en 18.*)»;, près de Diisscldorf, dans une grotte dugenrede celle 
de Schmerling, du célèbre crAiie de Neanderlhal couronna la série. Il arr>va 
alors ce que Lyell répète d'après Agassiz à une de ses leçons : « Toutes 
le.s fois qu'un fait nouveau et saisissant vient au jour dans la science, les 



IllSTORIOllE. — pnÉlIISTORlQUE. I Î5 

p:ens disont d'ahorii (juo ce n'ost. pas vrai, puisque c'est contraire ;\ la re- 
ligion, et i\ la lin iju'il y a longtemps que tout le monde le savait. » 

L'anti^riorité de l'homme au déluge et sa contemporanéité avec les ani- 
maux (juaternaires étaient donc prouvées. Les travaux de Lartet en 18()0 
cl la uiAchoire de Moulin-Ouignon en i8()3 ne la rendirent pas plus évi- 
dente. Par une singulière bizarrerie il était réservé à un membre éminent 
de rKglise française, l'abbé Bourgeois, directeur du collège de Pontlevoy, 
près deïhenay, d'aller plus loin et de soutenir que l'homme remontait jus- 
(ju'à l'époque miocène ou tertiaire moyenne. 

Ces laits s'accordaient avec la doctrine de Lamarck en géologie, que la 
terre, ses diver.ses couches et s«;s habitants s'étaient produits successive- 
ment, sans secousse, lentement. La thèse inverse de Guvier avait du 
reste succombé sous la démonstration de Lyell confirmant celle de La- 
marck. 

C'était toute une révolution. Monogénistes et polygénistes avaient 
également professé ou admis que le monde existait depuis 0,000 ans. Les 
espèces immuables des premiers et les races humaines permanentes 
des seconds remontaient jusque-là. L'objection principale à la doctrine 
transformiste par l'action indirecte ou directe des milieux disparaissait. 
(Jue faut-il pour que toutes ces transformations se produisent ainsi? 
(lisait Lamarck. Du temps ? Prévoyant la vérité du lendemain, il ajoutait : 
La nature en a de reste. Pour l'homme en particulier qu'est-ce en effet 
que 60i;0 ans par rapport au temps infini qu'il a fallu pour permettre à 
nos rivières actuelles de d<^poser leurs alluvions dites des bas niveaux, 
après avoir creusé leur lit au sein des alluvions quartenaires que l'on ap- 
pelle leurs hauts niveaux, pour permettre au climat chaud de l'époque 
tertiaire de se refroidir au point que les glaciers ont par deux fois cou- 
vert une grande partie de notre pays et que les animaux des zones po- 
laires ont pu y vivre -et s'y multiplier en nombre infini? Ouest ce que ces 
6000 ans si l'on remonte au delà sur les rives de ce lac de Thenay décrit 
par l'abbé Bourgeois dansl'avant-dernière période géologique? Parler dans 
ces conditions de la permanence des races ou des espèces depuis 6000 ans, 
cela fait sourire. 

Il n'y avait plus de débat possible entre les monogénistes et les po- 
lygénistes. Les milieux tels que nous les connaissons peuvent fort bien 
avoir été sans efficacité pendant le court laps de temps ci-dessus ; les mi- 
lieux tels qu'on les voit entre la période torride, dans notre pays, de l'ele- 
//h'is metn'lionalis, du rhinocéros etrusrus, de Vliippopotamus major ^ et la 
période glaciaire suivante du mammouth et même du renne, agissant 
pendant des infinités de siècles sur dos gens moins intelligents ne sachant 
pas s'y soustraire, peuvent au conlraiie avoir transfoinié les races ou 
espèces humaines et les avoir amenées au point où nous les voyons et 
môme plus loin, en faisant comprendre des types humains encore plus 
divergents et aujourd'hui disparus. 

TopiNARD. — Anthropologie. 10 



146 f.iIMMTlU-: VI. 

ii,.naUsa..r,. du f runsforiulsmo. - CoiiuiiopoJir achcNTP la transfop- 
iiKitinn (lu U'iiaiii anlhrupoln^i.iiic, un second ('•v.MUMUL'nt se prodiiisil 
s.uulain ;\ L.uulivs ^ la ^ovMè. Linn.^enne. Ce Inl à la séance du 1" juil- 
let IH5H, date mémorable dans rhisloiro des sciences, ilooker el Lyell y 
donnèrent communicalion i\ la fois d'un manuscrit d'AlIred llussell Wal- 
lace. arrivé un mois auparavant de Malaisie où était ce nahnalisle, el d'ex- 
traits de manuscrit inédits de Charles Darwin cpie l'auleur avait réservés 
jusque-lfi.afindelai^-ser niArir une idée conijuepar lui vingt ans avant pen- 
dant un voyage autour du nmii.!,' fi bord du Heagle. Le travail (!.• W alla.v 
était intitulé : Ih' la l^n'lance drs variéfcs A srcurler Iwlrfinnneut dn (i//>t' 
primitif. Les extraits de Darwin provenaient d'un livre en préi)aralion (jui 
parut en noveml»re 185') sous le titre de VOriginedes espèces, llrprcnaul de 
part et d'autre la doctrine de Lainarck sur l'évolution des ôtres vivants et 
la formation des espèces, ils aboutissaient à un mode de formation nou- 
veau, la sélection naturelle, analogue à la séleclimi arlilicielleopérée quo- 
lidieiiuement par la main d(> l'homme sur les espèces animales et végéta- 
les, mais opérée parle hasard de la concurrence pour l'existence. Le mot 
n'existait pas dans le travail d.' ^Valla<•i^ mais la description du procédé, 
son mécanique el les phénomènes qui l'accoiupaguent étaient semblable- 
ment exposés par les deux. Le grand cuivrage de Wallace fut publié 
eu 1870. sous le nom de Contnhmion n la tinunie de la sélection naturelle, 
suite d'essais; le second de Darwin en 18(18, sous le titre de Variations d^s 
animaux et des plantrs sous larti>.n de la duwcsliratinn, en deux volumes. 
Les deux, d'abord, ne parlèrent de la sélection que chez les plantes el les 
animaux! il leur restait ii en faire l'application fi l'homme. 

Wallace, en 18tii, fil le premier pas, dans un mémoire sur VOiigine des 
rares humaines et l'aad^j'ntr de Chomme déduite de la théorie de la sélection 
naturellr. Il croit M'unilé du précurseur de l'homme quel qu'il soit; mais 
l'homuie lui-même, en ac(iuéranl son cerveau propre et sa parole se serait 
diversifié de suite, en sorte que les véritables races humaines auraient ete 
multiples dès r(,rigine. La sélection naturelle efficace chez le précurseur 
aurait cessé d'agir chez l'homme, grâce à son intelligence qui lui aurait per- 
mis d'en neutraliser les efl'els sur lui-mÔme. Mais en 18(iî> dans le fjuartrrh/ 
lieview et en 1870 dans l'ouvrage ci-dessus, Wallace recule et n'admet 
plus l'acli..n de la sélection, môme chez l'homme en voie de formation. 
DaiAMu larda davantage ;\ se prononcer, mais il le fit résolument 
en 1871, dans son ouvage sur la Descendance de l'homm.'. Aucune réserve 
pour Ihomme, les lois ciui le régissent sont rigoureusement les mômes 
que chez les amniaux. La sélection sexuelle cpie Darwin ajoute i\ la 
sélection générale naturelle, s'applique aux deux au môme titre. 

N'était cette divergence cai)ilale sur l'homme, la théorie de la sélection 
natun-lle rùt mérité autant de ^'appeler le wallacisme (pie le darwi- 
nisme Mais ce qu'il v a d'important dans eetle théorie vraie ou faus>e 
dans son application, c'est qu'au-dessus d'elle |.laue un principe général : 



HISTORIQUE. — SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE. 117 

la dérivation des êtres les uns des autres, ou doctrine de la descendance 
ou do l'évolution, d'où est sortie la généalogie de Thommc et de tout 
le r^gno animal proposée par M. lleckel. 

Société «i*antiiroi>oio;(io do Paris. — Le troisième événement enfin, qui 
devait décider du sort délinilif de l'anthropologie fut la fondation de la 
Société d'anthropologie de Paris, le 10 mai 1859 par Paul Broca(l), avec 
le concours d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Gratiolet, Ernest Godard, 
Béclard,Bertillon, Robin, Verneuil,Bro\vn-Séquard etc. Les premières dis- 
cussions portèrent sur l'ethnologie de la France, l'homme préhistorique, 
la perfeclibililé des races et des caractères accidentels, l'hérédité, le poids 
du cerveau, la crâniologie des Parisiens, et montrent la direction qu'elle 
était disposé h. prendre. 

C'était la troisième société relative à la science de l'homme qui se fon- 
dait en France. La première en 1800, eut pour titre : la Société des obser- 
vateurs de Vfiomme, et pour secrétaire général Jauffret. Son objet était de 
hâter les progrès « de la science naturelle de l'homme » en dirigeant le 
zèle et l'attention des voyageurs... Elle s'éteignit faute d'aliments pendant 
le blocus continental (2). La seconde fut la Société ethnologique de Paris^ 
de 1839 à 1848 : sous son influence prirent naissance, en 1844, la Société 
ethnologicjue de Londres et, quelque temps après, la Société ethnolo- 
gique de New-York. 

La Société fondée par Broca n'a rien à envier sous ce rapport à sa de- 
vancière. A son exemple une série de Sociétés d'anthropologie se consti- 
tuèrent successivement : à Londres en 1863 sous la présidence de James 
Hunt, à Moscou en 1866 sous la direction de M. Démétrius Soutzoff, à 
Madrid en 1865 à l'instigation du professeur Velasco, à Florence en 1868, 
à Berlin en 1869, à Vienne en 1870, à Washington en 1880, à Lyon 
en 1881, à Bruxelles en 1882, à Bordeaux en 1883. 

En outre, en 1865 sur la proposition de M. de Mortillel à la Spezzia, un 
congrès d'international palaeoethnologique fut institué, qui en 1867, à 
l'exposition de Paris, prit le nom de Coufjrh d'anthropologie et d^archéologie 
préhistorique ; en 1882, une section d'anthropologie était installée à VAsso- 
riation française pour l'avancement des sciences. En réalité tout centre 
éclairé possède aujourd'hui ou veut posséder, soit une Société propre, soit 
une Section spéciale d'anthropologie dansl'une des Académies ou Sociétés 
de la ville. 

Nous en avons fini avec cet historique, ou mieux avec cette longue in- 
troduction dans laquelle nous nous sommes efforcé de déblayer le terrain 
actuel, et de faciliter notre tâche ultérieure. Nous voilà libre avec la phase 

(1) p. Broca, Uisloire des progrès de i Anthropologie, ISôO-lSOO, p. 400 du vol. II do ses 
Mémoires. 

i2j J.-M. Dcpcrando, Considérations sur les diverses méthodes à suivre dans l'ohser ration 
des peup'es sauvages. Kxtraitdes procos- verbaux d«; la Sociclé des observateurs de liionimo, 
in-i, 57 pages. Paris, 1800. 



i48 



CHAIMTUK Vil. 
présente cLnl nnus allons exposer la silualinn sur un .erlai.i nombre d. 
pninU. lellt' 'inc nous la voyons. 



\1 



Vil 



r.KM.UAi.lTK 



l,e,lm-i..,> .1.. , :>.,.hro,,olOBio. -Son pr-sraunuo. - 8« »cie„cc. canlmale» H """°^';»; " 
- 8e, rap|.o,„ avec le, scin.cs .uod.cal.s. - Sociulo«,e. - ISyd.o.op,.. - 1 relus... 
ri^„. _ I „,...,Mi.|U.>. - IMacc d« lanlliropolonic dans 1m sciences. 

„,,„..i. n.„n.ropoloc.e.-Antomps.o.n.M.àlas,Mled..sdôl,at> 

,1 a... U.uuuv.s ..„ .,■„. ,l,v,.rs ,lu„t n„ns v..n„ns .lo ,-..t,-are,- h.stowe 
, ,,,. , , ,,,,,„|„„„„ pa.-.li.pu- ..|,o,-,... par H.>m.1.,m- .lo 1 erl >o. c 
;;„,„„, ,,„,, .ales...„>,apns .l,.lini.iv..nu.nt le ,„„l an Hop„log e .' 
g„..lU., .ont l..sl,nHl.s.l !,• progranun.. ..n'il .lési(;uo. a ,,nel es sont les 
divisions aau,l.. .p-1 .onM.orle? C'est ce ..n'il s'ag ta p.esenUl exa, m m • 
A ne consulter qne relyniologie, le dunte n'est pas permis. Lanthio- 
polo-ie es, la science „ni s'ocrnpe ,1e Ihoninie dans son entier, sans 
Lai liea.dqu, en restreigne 1 e,e,„lu,. : de riioniine physique comme de 
',„„„. moral, .le la brute cuune de lètre mlelligenl. de 1 homme dan. 
raàl de nature comme dans létal social, dn groupe total comme de 
SCS groupes secondaires et <lc leurs fractions conslituanlcs. 

m's tant d'aspects dillerei.ts supposent le concours ,1e eonnaissan,... 
„;„„„..s sorl,.s cenlrali.,Vs par une penM.e unique, ,ell,. „u on voya.l 
,M..rile an f,-„„ton ,lu l...n|,le ,ri':phèse : C,.nnais-lo. toi-mùm,'. 

.,,„„„ ,„„,„ ac^epliou aujourd'hui serait lautive : synonyme de psy- 
d„dope, ,-ounn,. au dix-veptiènieet uuMne an ,livhnit.ème *'ècle,d 'near- 
n lion de la,l,vu„le ,lan.la l„rn,e Inunaine (An.hrop-do.ie du Christ,, ,e 
"dgTàplue, ,1e représenta,,.,,, ,1e lUomme sur ,1,.^ vas,., ou d ensemble 
desscien,-,>s mé,li,'ales i;n,-y,-lop,',lie Ilossn}. 

L pn.nier apeiru e^t ,„nr,rn,e par les delinilions .,iie donnenlde 1 an- 
l,,,,,,,;,!,,,,,. les ,-hers autorises de celle science. Chose suiKuliere, ce n ,■. 
,,„■,„ iMance .,iion trouve ,1e ces .Icfiuitions et en Angleterre, par un s,.,l 

'"■,'",'''."„,„l anthropologie - écrit en IH.h .M. de Uiialr,.rnges le repr.- 
senlai.l ulli,i,d ,1,. lanthrop.dogie Irançaise- sigmiie hutoue ,l,.s Ix.n.n.s 

comme ,„a,„ 1,..,,. v,.„t,lir,./„w,„.c A. ,„«-„»„/-, e, comme enloniologie 

vent .lne/»s,o„c U.s ,„.■... : rigoureuse.nenlil ,loit .loue é ,e pris dans le 
inême sens ,ll. » H emlnassc .. la desciplion ex,,r,e,ne, 1 examen c„m- 
pltalif des organes ,•, celui ,1,-. fom-ti".- l"l-l.' ''- variation, qu.. pre- 
, ,„. o,.a„-..f,...s. ««H""' ••"• '"' i-'"""' '" "'""■■■■'""":/"■ '■" '■"'""■•'•• ■'""■ '"■" 

Iinprim«rw nationale, p. I à ^- 



GÉNÉHALITES. — DÉFINITIONS. 149 

sente le type fondamental, celle des instincts et des mœurs. » « L'anthro- 
poloj2;is(e, en traitant des divers groupes humains, n'a pas î\ s'occuper 
seulement de l'homme physique: l'homme intellectuel, l'homme moral, 
réclament de sa part une attention égale. » 

Il y a conformité entre la définition donnée par M. de Quatrefages et celle 
iju'impli(iue l'élymologie. Nous ne lui adressons qu'une objection. 
L'entomologie, la mammologie, concerne une classe entière d'animaux 
ayant des caractères généraux communs, mais aussi un fond de caractères 
particuliers diiférenlsqui permettent de les partager en familles, genres et 
espèces, De la baleine qui vit dans l'eau au cerf qui hante les forêts et à la 
chauve-souris qui habite l'air, trois mammifères, la distance est con- 
sidérable. C'est donc plutôt à l'histoire particulière d'un genre ou d'une 
espèce que l'anthropologie est comparable, comme dénomination et 
comme programme, h l'histoire du chien ou cynulogie, ou à l'histoire 
du cheval ou hippolo(/ie. 

Vers la môme époque, en 1866, le représentant de l'enseignement libre 
de l'anthropologie en France, mon maître plus immédiat Broca, donna sa 
première dédnition. L'anthropologie, dit-il, est l'étude du groupe humain 
considéré dans son ensemble, dans ses détails et dans ses rapports avec le 
reste de la nature (1). On pourrait, ajoute-t-il, la délinir plus brièvement 
et avec autant de justesse, l'histoire naturelle de l'homme ; mais il serait 
à craindre qu'on prenne ces termes dans un sens trop étroit. Toutefois, en 
1876, à la séance d'ouverture de l'École d'anthropologie, il passe outre et 
adopte résolument ladélinition suivante, sur laquelle iln'estjamaisrevenu : 
(( L'anthropologie est l'histoire naturelle du genre humain ; » entendant 
par là qu'elle regarde non l'individu, dont s'occupe spécialement la 
médecine, mais le groupe dans sa totalité, dans ses différences avec les 
autres groupes zoologiques, et dans ses différences intrinsèques pro- 
pres (2j. Cette définition, comme celle de M, Quatrefages du reste, ren- 
ferme tout, car, continue Broca, u le naturaliste ne connaît vraiment 
une espèce que lorsqu'il l'a étudiée complètement sous le rapport de sa 
structure, de ses fonctions, de son habitat, de ses conditions d'existence; 
et, s'il s'agit d'une espèce animale, il faut en outre qu'il étudie ses facultés, 
ses instincts, son genre de vie, ses mœurs, ses migrations, ses industries, 
ses sociétés. » 

J'ai tenu à mettre en présence les opinions des chefs des deux Écoles 

françaises, l'une que l'on accuse parfois de timidité excessive, l'autre que 

quelques-uns trouvent trop hardie, afin de montrer que sur ce point 

initial et qui a des conséquences infinies, elle sont absolument d'accord. 

« Au point de vue matériel, ajoute un peu après M. de Quatrefages, 

;1) Dict.encyc. des sciences médicales, article Anthropologie. Paris, 18(iG, t. V, part. I, 
p. 276. 

(2i Leroii d'ouverture des cours de l'École d'anthroijologie, lo la novembre 1S7G; ïix 
Revue d'antUrop., 1877, p. 171. 



r-'^^ CIIM'llllK VII. 

rhoiimie f^t un animal, rien de plus, rien de moins ; au point de vue 
anatomique riiomine diflère moins des singes supérieurs (|ue ceux ci ne 
din^rent dessinées inférieurs » {{). (Vest la proposition, exactement dans 
les mômes termes, (|ue iJroca a défendue à la Société d'antliropolo-^ie, spé- 
cialement de !80l) à !8H(), et s'est applijjué h démontrer fi l'Kcole d'anthro- 
pologie pendant se> ciiui aimées de cours 

Une seule dissidence existe ici entre eux. Pour M. de (JH'il'claj^es riKMume 
possède une f.iculte nolamment, la religiosité, que ne possède pas l'animal 
et (|ui permet den faire, ;\ la façon d'Isidore Geollroy. un règne humain. 
Pour Hroca, ainsi (jue pour Huxley, Darwin et une foule d'autres à pré- 
senl. l'homme, à tous les jjoinls de vue, n'est (pie le plus perfectionné 
des mammifères, le premier des piimatcs, et dillère psychi(piement des 
autres animaux non par la natuie, mais par la (juanlilé ou lintensilé de 
ses facultés ceréhrales. 

Tous deux cependant placent la caractéristi(|ue de l'homme comme 
Arislote, Linné, Hull'on, dans le c»M-veau et ses fonctions. Tous deux se 
rallient ;\ la dénominalioii de Linné, /mftto so/jifns, et h la (lélinition de 
Billion : l'homme est un animal raisonnable. L'un et l'autre font rentre!- 
les diverses formes de sociétés el la psychologie comparée dans l'anlhid- 
pologie, comme n'élanl (pie réliide de la caractéristicpie humaine. 

Lorsque James liunt, dans la dicussion dont nous avon> j)arlé page Il>(j, 
a délini l'anthropologie, h son tour, « la science de l'humanité », c'est la 
même pens(''e (ju'il voulait expi"imer. 

DiMic avec mes deux maîtres, Bi'oca et M. de (jualrelages, avec James 
Hunt et conformément à l'étymologie du mot, je maintiens la détinition 
que j'ai donnée dans mon Anthropologie et (pii embrasse, ainsi (pie nous 
allons le voir, la totalité du sujet : « L'anthrop(jlogie est la branche do 
l'histoire naturelle (lui traite de l'homme et des races humaines. » 

l*rogrrnmiii«' de raii(iiropolo<;^i«>. — ^11 nous est donné par M. de (Juatre- 
fages dans une lormiile mau'isliale (pii sera notre guide : « L'anthropo- 
logie est l'étude de l'homme traitée monographiquement, comme fait 
le naturaliste d'un animal quelconque. » Il n'y a donc, pour savoir se con- 
duire en anthropologie et (jiiels sujets elle embrasse, (pi'fi suivre l'exemple 
du iiaturaliNle (lé>ireux de ne laisser échapper aucune des parties de son 
sujet et de les traiter toutes méthodiquement. 

Soit un animal, une espèce (pielcompie, la première chose dont il 
s'occupe, c'est (le l'individu. 11 prend un adulte ordinaire (pi'il accepte 
provisoirement comme le tyj)e moyen de cet animal et envisage d'abord 
sa conformation générale extérieure, sa taille, les pr(q)ortions de ses 
membres, sa robe, ses griffes, ses cornes. Cette première étape franchie, 
il passe aux organes intérieurs, dissèque les muscles, les nerfs, les 

W) L'Espèce humuinr', par de Quatrefagos, p. i;{. l'aris. jsTT. in liibliotli. scifnt. iulcvuut. 



GENEHAMTKS. — PROfiUAMME. \h[ 

vaisseaux, les viscères, observe l'état lisse ou circonvolutionué du 
cerveau, suit ragencement de ses libres au microscope et uiet î\ part les 
os et le crAne pour les étudier ullérieurement. 

M;iis uu objet, un org^ane n'a d'intérêt que par ses ressemblances 
ou sesdillerences avec les organes analogues dans d'autres conditions. Le 
naturaliste, dès qu'il a pris cet aperçu, se hâte donc de le comparer 
avec les parties semblables chez d'autres types d'animaux, les uns 
rapprochés, les autres éloignés. 11 fait ainsi de la morphologie et de 
l'anatomie comparées, et arrive à la notion de caractères communs 
et de caractères distinctifs, qui le conduit à celle de groupes divers, s'op- 
posant plus ou moins. 

Jusqu'ici toutefois il ne s'est exercé que sur des individus de choix, 
supposés être de bons types d'espèces, ou sur ceux que le hasard a fait 
tomber entre ses mains. Il a vu les différences très accusées entre les 
espèces qu'il a comparées, il a maintenant à s'occuper des difïerences 
plus délicates dans le sein même du groupe auquel il se consacre. Les unes 
seront limitées à l'individu et isolées ou accidentelles, les autres se 
répéteront sur un grand nombre d'individus, se perpétuant visiblement de 
génération en génération. De là la notion de variations à laquelle s'op- 
pose celle de constance, entraînant celle de types secondaires, primaires, 
puis de divisions naturelles et de parentés dans le sein du groupe, comme 
tout à l'heure il en a entrevues en dehors. 

Le naturaliste, quoique ayant suivi tous les caractères physiques et 
leurs divergences, n'en a pas fini encore avec eux. Il n'a vu que l'adulte et 
ses organes à leur maximum de développement. Il a à reprendre cette étude 
sur l'enfant, le vieillard, comparativement dans les deux sexes; et cela 
aussi bien dans les formes particulières que dans les formes générales. 
Ces différences, il a à les poursuivre de la conception à la naissance, de 
celle-ci à l'âge mûr, et enfin au delù. dans la période de décrépitude. 

L'anatomie est ainsi pour lui le point de départ, la connaissance 
initiale à laquelle il devra toujours se reporter plus tard, rA,B, G. La 
physiologie vient ensuite, non pas cette physiologie générale qui est 
commune à tous les animaux présentant à peu près les mêmes dis- 
positions anatomiques, et dont les lois ne diffèrent que dans leurs 
applications, de l'organisme le plus infime àl'organisme le plus complexe; 
mais la physiologie propre de l'animal étudié, celle qui concerne les 
manifestations extérieures du corps vivant, se mouvant, bruyamment ou 
obscurément, sous la direction générale du système nerveux et, plus par- 
ticulièrement dans les animaux supérieurs, du cerveau. Cette physiologie, 
le naturaliste la poursuit sous le même quadruple aspect par lequel il 
a passé en anatomie, savoir: {"chez l'adulte moyen pris pour type ; 2° par 
comparaison avec les animaux voisins ; 3° dans les formes diverses au sein 
de l'espèce qu'affectent ces manifestations; 4" aux divers âges. Ainsi, pour 
les fonctions de locomotion, il décrit la démarche particulière, l'attitude, 



[.,1 CHAI'liUK vil. 

la façon de nager. Pour les fondions de la iv|)io(lu('tioii, il note le 
nombre des petits, la durée de la grossesse, les époques du rut, les 
phrnoini'nes de congestion qui les accompagnent. A propos des fonctions 
de nulrili«)n, il examine la nature des aliments préférés l'iles particularités 
auxquelles donnent lieu leur ingestion, digestion et excrétion. 

Mais :\ cha«iue fonction se rattache indirectement toute une feule 
d'actes et de phénomènes. La reproduction conduit aux croisements 
dans le sein de l'espèce examinée, au degréd ailinilé génésique de celleci 
avec les espèces voisines, i\la stérilité ou à la fécondité et vitalité de leurs 
hyhrides cl aux phénomènes, si hi/.arres eu apparence et si puissants, de 
l'hérédité résultant de la ('..inhinaison des deux éléments mâle et femelle 
semblables ou diderents. Puis à un nidrede phénomènes plus élevé : 
les mobiles apparents (jui président au lapprochement des sexes, les soins 
apportés à la confeclinu du -ite ou du nid, les attentions ddunées h l'é- 
pouse, les soins en comnnin aux enfants, eu iiii lunl à l..ut ce qui i-essoit 
de la famille et tie sa constitution é|)hémère (»u persistante. La (|uestiou 
des aliujents et des besoins répc.ndant ;\ la nutrition, pousse le natma- 
lisle à se préoccuper de luèuie d.' la iacun de se procuier la nourriture, 
des procétlés de pèche et (léchasse, des aptitudes et facultés dont l'ani- 
mal fait preuve pour atteindre son but et des circonstances dans lesfinellcs 
il s'associe à ses scuil)lal»le> et se soiiuicl à nue sorlede discipline en vue du 
bien commui». On a exagéic la conduite enlendiu' et prévoyante des 
singes cynocéphales, j)ar exeniph', dans une raz/.ia, mais il n'en reste pas 
nioins(|iruue euleule f\i>te enhi'cux à c(d éu'ard. Au besoin dese défendre 
contre I ennemi exleiieur, le milieu ou les autres animaux, se rattachent 
une foule de (pieslionsà examiner encore, comme l'habilatiiju et l'étendue 
des facultés (iirelle met eu Jeu. liappeler l'indiislrie des rongeurs et eu 
particulier de ceux qui modifient leins habiludes (d adaptent leurs cons- 
ti urtions auxcondilions nou\(dles, serait un lieu commun. Ilègle génér.ile, 
loulo les juii-dious de rtdaliou sont causes déterminantes, chez l'animal, 
(jind (ju'il soit, d'iuipulsions v{ de s.'utiFnents en ra|q)ort avec l'exercice 
de ces f()n(qi(.ns, et metleiil eu jeu i\r< lacnlt'S nnlimeutaires plus ou 
moins dévtdoppées suivani les espèces, dont le naluialiste , fiuebjue 
idéab-te (ju'il soit, ne peut éluder l'étude. 

L'aninuil a (b-s instim-ts, c'est-à-dire des actions réllexes coordonnées, 
se produisant sans (juc la volonté intervienne sensiblement, en vertu 
d'habitudes répétées sur une -uite d'individus et ac<-nmulées dans leur 
substance organi(pie par l'acliou de l'hérédité séculaire. Mais il a aussi 
des actions spontanées, c'est-à-dire des actions réllexes modiliées (»u di- 
rigées par la vcjlonté. 11 reçoit l'impressic/n et réagit. Il veut et sait ce 
(piil veut. Le chien, le cheval, l'éléphant écoutent, regardent, se sou- 
viennent et débbèrent; ils rapportent l'elfet à la cause, on les voit hésiter 
et se décider dans le sens (pie leur dicte l'expérience ou (|ui les entraîne 
le plus, comme fait l'humme. Ils ont leurs sympathies, leurs répugnances, 



GÉNÉKAl.lTKS. — PROGlUMMlî. 153 

leur fierté, leurs rancunes. Assurément le chien ne possède pas l'idée vague 
réputée élevée, d'une puissance supérieure intervenant dans les choses de 
la nature, qu'on appelle Dieu, mais il a la terreur de l'inconnu ; de la recon- 
naissance, de la vénération peut-ôtre pour la main qui le caresse et pour- 
voit ;\ ses besoins. Il aime, se dévoue et se venge. Le cheval a la notion 
de liberté, il s'apitoie sur sou semblable en servitude, ronge son har- 
nais et lui rend la liberté (Brehm). L'éléphant, au dire des Egyptiens con- 
liiuié par des observations dans l'Inde, a une notion de justice. Tout cela 
est étudié par le naturaliste. La faculté de vivre en société d'un grand 
nombre d'animaux et de se soumettre ii certaines règles, ne doit pas non 
plus être oubliée, qu'elle réponde à un besoin de société ou à la nécessité 
de s'entr'aider. Chez l'éléphant sauvage, la société est représentée par la 
famille elle-même composée de dix i\ cent individus; aucun étranger n'y 
est admis. Chez le cheval, c'est une réunion de familles, chacune conser- 
vant son autonomie. Le chef est un mâle, tandis que chez l'éléphant ce 
peut être une femelle. Ce chef est écouté et, dans la race chevaline, sait 
se faire obéir quand il le faut. Chez les éléphants il règne par la douceur 
de son caractère et la confiance qu'il inspire; c'est le plus prudent, le plus 
sagace de la troupe; s'il commet une faute qui mette la communauté en 
péril, on le change ^Brehm). 

L'animal a même la perfectibilité, entendue non dans le sens que l'homme 
donne à ce motet qu'il rapporte lui-même à son propre idéal, mais comme 
synonyme de f.iculté de profiter des observations et d'adapter spontané- 
ment, individuellement ses habitudes aux nécessités nouvelles. Tels sont le 
castor dont nous parlions, le chien, l'ajDeille. 

L'homme met à profit cette faculté dans les races qu'il domestique. Parmi 
ces races, l'une des études les plus fécondes pour le naturaliste, les unes sont 
simplement des espèces sauvages apprivoisées, c'est-à-dire ayant conservé 
leurs mœurs qui sont simplement adoucies. Tels sont le cochon qui n'est 
qu'un sanglier et l'éléphant qui ne diffère à l'état sauvage et à l'état domes- 
tique que par l'appropriation de ses aptitudes à une autre situation. Les 
autres sont réellement modifiées, transformées dans un sens ou dans un 
autre, avantageux pour l'homme, et acquièrent même des qualités ou ca- 
ractères nouveaux. Ainsi l'aboiement est un mode de langage supplémen- 
taire acquis parle chien domestique, que ne possède pas le chien sauvage. 
La domestication pour certains animaux, comme le cheval et le chien, peut 
être regardée comme une étape dans la voie du développement de leurs 
facultés, qu'une circonstance favorable leur a permis de franchir. Cette 
circonstance aurait pu être amenée par le hasard, par la nature; dans ce 
cas particulier, c'est la main de l'homme opérant comme parfois, chez les 
peuples, agit l'infiuence opportune d'un homme exceptionnel d'initiative. 
Cette domesticité, pour certains animaux, est une sorte de civilisation re- 
lative, un progrès, étant admis que la civilisation soit pour l'individu 
toujours un progrès. De là, en somme, dans plusieurs espèces animales 



\.>i CIIM'ITUK Ml. 

deux genres de races (|iii uuvreiil au naluralisle de nouveaux horizons : 
des races sauvages et des races donu'sliques se pai tageaiil en niodili^es 
ou non, el comparables chez les lioninies au lloshiiuaii, par exemple, 
ou au ïasmanien d'une part et aux Kuropéens de l'aulic. 

Le parallèle des deux genres de races est plein (rintér<M I.e naluralisle 
s'y attache à tous les points de vue, il compare leurs caractères physiolo- 
giques, leurs mœurs, instincts, laçons de vivre, sans oublier leurs diilé- 
rences physiques dont il recherche les causes. Il remaiipie surtout la 
façon dont Ihomme (d)lient ses races domesticjues : par le r(''gime, l'édu- 
cation, les croisements, ou la sélection, ainsi qtre l'a fait le naturaliste 
Ch. Darwin, et se demande si naturellement, ])ar ce cju'on appelle le 
ha>ard, les espèces sauvages moins accessibles à nos investigations ne se 
sont pas produites de mùme. Il ne manque pas, entre autres, de chercher 
dans le cerveau (luelles difl'érences de poids, de circonvolutions, déstruc- 
ture amènent les deux genres de vie, et de les rappi(»cher des dilfé- 
rences dans les manifestations cérébrales constatées de part el d'autre. 

Darw in a ilonné l'exemple de ces recherches en comparant le poids du 
cerveau du lapin domeNli(jue et du lapin sauvage. .Mai>^ l'animal est mal 
choisi. Le lapin est de ceux (pii non seulement n'acciuièrent rien par la do- 
mestication, mais perdent; on les enfeinie ( l l'on ne songe qu'à accroître 
leur volume par ralimentation. Darwin a tr(juvé (|ue le ceiveau du lapin 
de ferme est diminué par ce régime. Voici le lésultat que j'ai obtenu à 
l'aide de ses chiffres, par une autre méthode, sur douze individus. 
C'est le rapport individuel de la capacité ciAnienne, représentant le 
volume du ceiveau, à la taille du sujet j)rise de l'extrémité du museau fi 
l'anus, rapport iiicoirect suus certains aspects, mais préférable à bien 
d'autres. 



"iappfnt ilr la capacitr 


,hi 


a 


•()nr ft In /ottf/upur du corpa. 


Lapins saiivagt's. 






Lapins (|i»in('sli<ju('s. 


5>:>.î) 






•i<;,i) 


52,8 






47,2 


:.i,4 






35.7 


(11,3 






31,5 
43,4 
4G,I 

47,1 


.V.,3 






43,2 


l'xtn'-mos. (;i,:j à :>\,\ 






48,3 h 31,') 



Mov^nnos 



Les lapins (iMincsli.jiii's ont donc pcrtlii 22 pmir lui) du puids du 
cerveau des lapins sauvages. Mais c'est sur des espèces gagnant i)ar la 
domesticité (pi'il f.iudrail opr-rer, comme le clicval, le chien. Min-ls 
résultats donnerait celle couijjaraison ? 

Il résulte des oi)sei \.ili(»Ms de M. (^hiid/.in-ki, l'un des savants les plus 



GÉNÉUALITÉS. — PROGHAMMK. inri 

compétents sur la morphologie comparée des circonvolutions, auteur d'un 
grand ouvrage sur ce sujet, que le type des circonvolutions est tou- 
jours plus simple, plus lixe dans les races sauvages d'une espèce et plus 
développé, plus variable dans ses races domestiquées. 

Le naturaliste est ainsi conduit à apporter sa contribution à la thèse, 
exacte ou non, des localisations cérébrales des fonctions piopresà tel ou tel 
lobe ou circonvolution. Entrant plus avant dans la comparaison des fa- 
cultés et instincts de part et d'autre, il peut aider aussi au dénombrement 
des facultés primaires et i\ leur classification non avec des à priori, comme 
l'école de Galletdes philosophes, mais avec des observations méthodiques 
basées sur les rapports du physique et du moral. Le naturaliste pénètre 
donc ainsi dans le domaine de la psychologie la plus délicate, en s'élevant 
du particulier au général. 

Les facultés psychiques des animaux ne sont du reste plus à démontrer 
aujourd'hui. Bud'on a consacré une bonne partie de son histoire naturelle 
à en décrire les manifestations extérieures. Le mot même que nous em- 
ployons est emprunté à l'un des plus farouches partisans des prérogatives 
humaines, à Prichard. Il n'est pas de numéro du journal anglais Nature, 
depuis quelques années, qui ne renferme des exemples de la haute intel- 
ligence dont les animaux font souvent preuve. Tout le monde a lu les 
descriptions de Brehm sur les mœurs et coutumes des animaux, les deux 
volumes de Houzeau sur les Facultés mentales des animaux comparées à 
celle de l'homme, ceux de liiibner et de Lubbock sur les caractères psy- 
chiques des fourmis. Broca s'exprimait ainsi dans son discours d'ouver- 
ture de l'École d'anthropologie, en parlant de ces dernières. « Ces petits 
êtres, disait-il, vivent en société; ils construisentdes édifices relativement 
plus grands que les nôtres; ils ont un système d'approvisionnement; ils 
ont un gouvernement, des castes; des guerriers, des ouvriers ; ils élèvent 
dans leurs fourmilières des animaux domestiques, les pucerons, qui appar- 
tiennent à un autre ordre d'insectes ; ils ont en outre des esclaves qui sont 
des fourmis conquises à la guerre, sur des espèces autres que la leur. Ils 
ne font pas la guerre au hasard ; ils ont une véritable stratégie ; ils font des 
sièges en règle ; ils ont des cohortes de réserve qui se mettent en marche 
lorsque les rapports des courriers transmis par les attouchements variés 
de leurs antennes leur annoncent qu'on a besoin de renfort; après le com- 
bat ils emportent leurs morts, ils soignent leurs blessés. Toutes ces mer- 
veilles de la vie des fourmis, qui les a étudiées, qui les a décrites ? Les 
naturalistes. Dans quels ouvrages les lisons-nous? Dans les livres d'his- 
toire naturelle. » 

Parmi les facultés dérivant de l'exercice combiné des fonctions organi- 
ques et des fonctions cérébrales se place la faculté générale d'expression 
commune à tous les animaux, mais qui ne revêt la forme particulière, 
appelée le langage articulé que chez l'homme. Les animaux, en effet, 
échangent comme nous leurs idées, ils se comprennent, expriment leurs 



ir.G ('.IIM'llllK VII. 

besoins par des moyens diviMs : cris, japprnu'iits, liiirleineiUs, ^M'ogne- 
nienls, aboiements, intonations divrr^t's. l)rt''vt's ou prolongées, isolées ou 
répétées. Le langage fornif un rli,ii)ili(' i)aiti(iilier de la zoologie qui 
prend aujourd'hui de rirnportaïuc dans la science et (jui di'iiiandt' à Clm 
rempli pour idia(iu(' animal. 

Par ronsé(iuent, le Mahualislc qui api t's avoir consacré de loimucs veilles 
sur l'anatomie. passe ii la physi..lo-i(' propre de l'animal (ju'il veut connaî- 
tre en totalité, a devant lui un liori/on inlini. Les fonctions de chacun des 
organes ou des systèmes sollicih-ul son allcnlitui, mais h-s fonctions inhé- 
rentes au système nerveux tt particulièrement au cerveau le retiennent 
plus loni,demps. C'est (jue le ceiveau ou les gangli(.ns (\u\ en tiennent 
lieu dans beaucoup d'espèces sont le centre organique au.iu.'l ahoutis- 
sent tous U's actes et tous les sliiuulauU, et qui assoie l'e.xercice exté- 
rieur des auti'es fonctions. 

Tue ccmIc philosMphiijue veut (pie. primant tout, il y ail une psychologie 
générale, voire même une sociol»)gie générale dans laciuelleon considère 
toutes les manifestations ou facultés dont nous venons de parler, dans 
leur ensemhle, d'un bout à 1 aulrc de la série animale. Il n'y a rien à 
dire, mais avant de s'élever au.\ vues générales il faut connaître les faits 
j)articuliers: les chapitres en (jueslion, s'ils sont ouverts pour l'ensemhle 
(11- l'animalilé, le sont aiq)aravanl i)oui- chacun des animaux pris à part; il 
a autant de psychologies prtqires ainsi (jue de s()cioh)gies propres qu'il y a 
d'espèces possédant un système nerveux central suflisamment développé. 
Après les phénomènes ni.rmauxsc rapportant à la physiologie viennent 
les phénomènes anormaux et les désordres organiques relevant de la 
pathologie. Ici le naturaliste n'est pas tenu de pousser loin ses investiga- 
tions ; la pathologie a ses spécialistes aussi bien pour les animaux que 
pour l'homme. Il ne doit pas ignorer cei)endanl les maladies particulières 
à l'espèce (lu'il étudie, comme les genres de parasites internes ou externes, 
microbes, vers ou insectes (jui se grellént sur liii ; ni les monstruosités 
et anomalies d'organes (pii contribuent i\ éclairer (juehiues-uns des pro- 
blt'ines spéciaux à l'espèce étudiée ou généraux. 

Jnsfiu'ici le naturali-tc. s'il ai)rocédé correctement, s'en est tenu à l'a- 
nalyse, et si parb.is et invobuitairemont il s'est élevé au delfi du fait, 
c'es'ten manière de distraction. Il en a lini avec les caractères auatomi- 
(pirs. physiologiques, psychiques, palhologiciues, il les connaît et sait 
leur portée, le parti (ju'il en peut tu er. Dès lors il peut passer à la syn- 
thèse, c'est à-dire considérer les caractères associés entre eux, se con- 
ji, ruant ou se conliedi-ant et, sons le nom de types, fournissant la preuve 
delab'gitimilédes divisionsouraces (piil est appelé à établir dans le groui)e 
général. Ces races elles-mêmes il les i)iciul à part, les décrit, en complète 
rinslnire et s.- drm.n.lc (juclle relation de variété, d'espèce, de genre, elles 
allectent avec le tout. Ilrvenant alors au groupe total qu'il a étudié dans 
ses détails conmie dans bon ensemble, il a qualité pour lui assigner sa place 



GÉNÉIULITÉS. — r.YNOLOGIR. 157 

k^çitime dans la classification des ùlres et par contre pour fixer sa parenté 
avec les groupes voisins, remontera son origine et établir sa généalogie, 
sa descendance. En un mot, pour parler le langage de l'école transformiste, 
il est en mesure de déterminer la continuité des races avec l'espèce, de 
celle-ci avec le genre, la classe, c'est-j\-dire de remonter des extrémités 
terminales de l'arbre à sa souche première. 

Dans cette vaste et difficile enquête tout est mis ,\ contribution, le na- 
in laliste puise i\ toutes les sources, quel que soit l'animal auquel il s'atta- 
che; il ne recule devant aucun genre de considération, ou de connais- 
sance spéciale pour assurer la solution du problème. Il emprunte et fait 
converger tout vers son but. Les renseignements anatomiques, psychi- 
ques, tératologiques, archéologiques, historiques s'il en possède, j'allais 
dire linguistiques, il met tout en œuvre, il accepte tout. 

Prenons un exemple : le chien. Ordre des carnassiers, dit-il ; famille des 
canidés, genre canis, espèce familiaris. 

La première question à résoudre est celle-ci]: Quelles sont les variétés 
fixes ou races à admettre dans son sein? Les dégager de tout ce qui peut 
nuire à leur étude. Démontrer leur réalité, c'est-à-dire leur filiation et 
leur origine. Retracer leur histoire. Les suivantes porteront sur leurs 
relations entre elles et avec les autres espèces du genre chien. 

Les races sauvages de chiens sont en nombre limité, mieux définies et 
se recommandent davantage au travailleur, mais elles sont moins acces- 
sibles. Les races domestiques au contraire sont à notre portée, mais elles 
sont nombreuses, très croisées, peu fixes ; on les rattache cependant à trois 
souches ou types principaux offrant une foule de variétés dites pures, 
entre lesquelles se montrent des intermédiaires innombrables, à caractères 
instables, désordonnés, comme affolés ; à peu près, dirons-nous par anti- 
cipation, commechez l'homme. C'est que de part et d'autre, la plus grande 
liberté règne dans les unions, la domesticité agit comme la civilisation, 
elle affaiblit les répugnances de race, favorise les croisements en tous 
sens et tend à amener la fusion et la confusion des caractères et l'anéan- 
tissement des types définis, à moins que des circonstances spéciales 
n'aient isolé la race ou que des motifs d'intérêt n'aient porté l'homme à 
surveiller lui-même les unions et à conserver pures certaines qualités 
physiques ou psychiques. 

La tâche du naturaliste est donc très difficile. Pour remonter aux 
races réelles, immédiates ou éloignées, son premier moyen est tout ana- 
tomique. C'est la méthode de réductibilité des caractères par un système 
d'analyse qui permet de pressentir sinon de retrouver ceux qui ont 
été associés entre eux avec le plus de ténacité, en constituant ainsi un type 
proprement dit. Son second moyen repose sur diverses hypothèses, sur 
le hasard qui, à l'origine même de la race, a présidé à sa formation, et 
sur les milieux qui y ont prêté leur concours. Le troisième moyen réside 
dans les renseignements qui quelquefois disent avec quelque précision 



^38 ClIM'ITHi: VIL 

\o moment exarl où la rare s'est produite, et d'antres fois permettent de 
comparer un type antérieur avec un type artuel. C'est le chapitre si vaste 
des documents ;\ consulter, .|ui ne Innt pas plus d/.f.inl i.-j ,p,,. chvv. 
l'homme et se rattachent îi diverses sciences : l'histoire, larchéolofîie, la 
trcoloLMc, la v.'Mierie dans le cas particulier du chien, la zootechnie, etc. 

nn s, il ,j,H' pour le chien, comme pour le cheval et autres animaux 
utiles, lesaFualeurs ou inlùressés ;\ la pureté d'une race tiennent des re- 
^istres généaln-i,jues précis (jui assurément sont une garantie de filiation 
rigoureuse, plus rigourcuM', plus grande (pie toutes les généalogie analo- 
gues connues chez rhomme. A délaut de ces registres, l'histoire relate les 
faits et gestes de certaines races de chiens, comme s'il s'agissait d'un peu- 
ple ou d'une dynastie de <'on(|uérants. Les combats que ces races ont sou- 
tenus, la gloire qu'elles ,, ni acfpiise, rien n'y manque. Témoin \ccams san- 
f/i(itïnns, on bloodhound des Anglais, introduit en France par l'abbé de 
Saint-Hubert, fondatem- du nionastère de ce nom dans les Ardennes; il 
a fourni aux meules royales jns(ju';\ saint Louis, Charles |\ et Louis XIV. 
Au moment de la con(iu(ne de l'Angleterre par les Normands, il passa 
dans ce pays où il fui employé par les Edouard contre les liruce et par 
Klisabelh contre les Irlandais. Le comte d'Lssex, sous le r.'-nc de celle-ci, 
commandailun bataillon de huil cents hhxnlhnnn'h. Plus tard ils rendirent 
de grands services comme limiers de police. Vax Améri(iue. où ils furent 
envoyés, ils servirent aux planteurs jusque dans ces dernières années à 
traquer les esclaves marrons. La race des chiens Talbot en dériverait; 
toutefois les anciens portraits où ils sont représentés ne ressemblent pas 
exactement, dit-on, auxTalbols actuels. 

Non seulement Ihisloire, mais la tra(iili.)n, la mythologie, la littéra- 
ture (Virgile), les peintures, les médailles, les bas-reliefs se sont occupés 
du chien et de ses diverses formes. Les plus anciens monuments de 
l'Assyrie, de l'Inde, de la Perse, de l'Cgypte, le représentent. (1) Les 
chiens ligures sur les monuments égyptiens ont l..iirni aux polygénistes 
l'un de leurs arguments favoris en faveur de la i)ermanence de type des 
espèces ou races. Le Zend Avesta en fait mention, ce i\\\'\ a une haute im- 
portance pour les migrations. Il existe dans la mythologie du Pérou, avant 
les Incas. Une ville de l'Egypte portait le nom de Ci/no/jo/is. 

Le préhistorique se préoccupe de lui. 11 en signale trois types se succé- 
dant dans le Danemarck aux époques des djekkemœddings, du bronze etdu 
fer. Uutimeyer décrit deux sortes de chiens dans les habitations lacustres 
de laSuisse, l'un ti l'Age de la pierre polie, l'autre ;\ l'Age du bronze. Schmer- 
ling a trouvé dans une des cavernes de Liège deux variétés de chiens. 

La paléontologie ne retrouve plus les mômes variél.'-s aux éporjues qua- 
ternaires et tertiaires, mais tout au moins un canidé |)articulier iU'é|)o(|ue 
qualcrnaii-e. 

(I) .NoU ol Gliddon, Monumental hislonj of doffs in T>p.'sol Mankind, p. ;{8(i. 



GÉNÉRALITÉS. — CYNOLOGIE. 159 

Buffon admettait 30 variétés de chiens, dont 17 dues à l'action des 
milieux et I3i\ l'action des croisements; aujourd'hui Bi-ehm en indique 
une douzaine de sauvages et 195 de domestiquées. Buffon en traçait 
Tarhre généalogique ou descendance d'une souche commune. Suivant 
M. de iMortillet, nos lévriers proviennent du chien sauvage de l'Abyssinie 
et les chiens européens de l'époque de la pierre polie de deux races sau- 
vages de l'Inde qui existent encore, le chien de l'Himalaya au nord, et le 
chien des Nilghiris au sud. Non loin de là, il est vrai, prospère en Australie, 
une autre race sauvage, le dingo, qui en est originaire, s'il n'a été introduit 
par les Tasmaniens antérieurement à leur refoulement vers le sud par les 
ancêtres des Australiens. Dans la Nouvelle-Zélande, en Amérique existent 
d'autres races sauvages spéciales. Les chiens des Esquimaux et des 
Lapons, dans le cercle polaire, paraissent bien aussi être des races pri- 
mitives. 

La question de l'unité ou de la pluralité des races primitives et de 
l'ancôtre commun se pose donc pour le chien, comme pour tous les 
animaux et pour l'homme. Les deux races de l'Inde ont-elles pour 
ancêtre le canidé quaternaire de l'Europe, comme incline à le croire 
M. de Mortilîet? Quelle parenté y a-t-il eu entre ce canidé et ceux dont 
sont dérivés le chien d'Abyssinie, les chiens d'Amérique, etc. Ou bien, çà 
et k\, la descendance vient-elle du loup, du chacal? 

Mais si le naturaliste plonge ainsi son regard dans le passé, pourquoi 
ne le porterait-il pas vers l'avenir? Si les races primitives de chiens sont 
issues d'une ou de plusieurs formes analogues, si l'une ou plusieurs de ces 
races a fait un pas en avant le jour où une circonstance, imprévue, la 
main de l'homme, l'y a aidé, pourquoi une autre circonstance, ou la même 
plus efficace encore, n'en permettrait-elle pas un second, qui reculerait la 
limite jusqu'ici posée à la perfectibilité du chien et lui ferait franchir une 
nouvelle étape dans la voie que nous appelons le progrès ? 

Le naturaliste, en somme, lorsqu'il veut embrasser la totalité du 
sujet qu'il s'est donné, a un horizon immense devant lui qui l'oblige à 
de nombreux emprunts à une foule de sciences accessoires. Individus, 
races, hordes sauvages ou domestiques, groupe entier et ses origines, 
coté physique, psychique, social, il ne doit rien négliger. La cynologie, 
pourrait-on dire du chien, est la branche de l'histoire naturelle qui 
s'occupe du chien sous tous ses aspects, c'est l'ensemble des documents 
et des questions se rattachant à cette histoire (1). 

i:tcndue de raiithropoio^^ie. — Lorsque le naturaliste devient anthro- 
pologiste, c'est-à-dire qu'au lieu du chien, de l'éléphant ou de la fourmi, 
il prend l'homme avec l'intention de l'étudier avec le même soin et de le 
connaître à fond, il va sans dire qu'il ne doit rien changera sa conduite, 

(1) Voir Piétrcmont, Les Chevaux dmiA les temps jn-éhisioru/ues et historiques. Paris, 
1883. Il montro la part considérable que prennent les ronseignemeuts de l'histoire et de 
l'archéologie dans Ihistoire naturelle du cheval. 



IGU r.llAÎMTUK Vil. 

à SCS procédés d'éludé el à son piograiiuiK'. 11 ^i' ii'lr«>Mvo on présence 
des m^mes orpanes, fonctions, facuUés, les unes absolument semblables, 
les autres nmdiliéos el adaplét's aux nianii^res d'Mre spéciales de riiomrne. 
Les questions générales synlbéliipies. ce sont les iniMnes encore, sauf 
l'étendue el l'intérôt, qui grandisscul. A moins d'avoir deux poids el 
deux mesures, et môme avec la croyance inlime «pie riinrnme est un 
(fUc h pari, le centre de l'univers, le coumnneineul de l'inivre des six 
jours et conslilue^ un certain point de vin- un rè-in' à lui m-uI, le natu- 
raliste doit se résij;ner. nuelcjne incoinniensiirahle (jue soit sa li\clie, il 
est obligé de passer par les niOmes chapitres, (juitle à en doubler et 
(|uintupler l'étendue. Laiilliropologiste doit traiter i'iioiniue monograpbi- 
(luement comme lait le naluialisle d'un animal, a dil M. de nualrefages. 
L'une des preiuiéies idées générales aux(|uelles s'arrête le naturaliste 
lors(|u'jl en a lini avec l'étude analyti(|ue des caractères d'ordres divers, 
est. avons-nous dit, la déti'rmination de la place de l'animal dans la clas- 
sification des êtres en s'a|»pnyanl sur ses traits rondamentaux, réduits :\ 
(piehiues uns <>n î^i '»" ^''>d dan> certains cas, qui devient la caracléris- 
ti(pie du gn.upe, le trait à étudier sous tous m's aspects, le |)oint central 
de la monographie. 

Cette caractéristicpie, chez l'homme, c'est le cerveau au point de vue 
anatomique comme au point de vue de ses fonctions et de ses produits. 
Or, le cùtéi)bysi«)logi(pie(le cet organe, danscequ'il a de propre à l'homme, 
c'est-;\-dire >on mode de vitalité, ne se connaît (pie par ses manifesta- 
tions extérieures, en i)remier lieu chez les inili\idus d'Age, de sexe 
el de provenances didérentes, en second lieu dans les collections d'in- 
(li\i(lus associant leurs manifestations, groupés à la surface du globe 
sous le nom de peuples, de hordes, de tribus, ou, pour parler le langage 
convenant au sujet, de sociétés plus ou moins civilisées. 11 s'ensuit que 
l'élude de la caractéiisti(nie de l'homme conduit à celle de l'humanité 
entière, ainsi (pie l'a dil James Hunt dans sa définition de ranthro|)ol(.gie. 
D'où les proportions prescpie sans limite que prend la monographie de 
l'homme par comparaison avec celle de l'animal dans laquelle ce même 
chapitre n'a qu'une médiocre étendue. Ce point de vue. essentiellement 
anlhr.q)ologi(iue, et la structure physique intérieure et extérieure du 
corps sont les deux pôles de la science qui fait l'objet de ce volume. 
Supprimer lun serait rayer d'un seul coup l'anlhn.pologie du «adre des 
scieiu-es, ainsi (pie le voudraient beaucoup de gens. 

Les peuples sont en ellet l.s analogues des associations, grandes 
ou petites, que forment entre eux tant d'espèces animales et qu'aucun 
naturaliste n'a jamais songé à rayer de son cadre, ou encore de ces 
groupes diffus que l'homme a constitués h son profil sous le nom d'ani- 
maux domestiques. Mais entre eux est une diflennce peu remarquée ipii 
rend compte à la fois de la supériorité de rhonime et de l'étendue déme- 
surément grande «pie |)rend ^on histoire. 



GENERALITES. — KTKNDDE DK I/ANTI1R01H)IA)(ÎIE. 161 

Chez l'animal les actes sont automatiques, ce sont des habitndes deve- 
nues In^^i'oditaires ctinconsci(Mites se continuant en vertu d'une impulsion 
î\ la(jni'lle il lui est d'autant plus difticile de se dôrober qu'elle est plus 
ancicnuo, c'est Vin-dnrf, une action réflexe coordonnée en vue d'un buta 
remplir et accumulée peudant des siècles Chez l'homme, la môme faculté 
persiste; à défaut d'iiahitudes se révélant dès la naissance, ce sont des 
prédispositions ou aptitudes innées tout aussi éclatautes, des impulsions 
presque irrésistibles à agir d'une certaine façon, h penser comme les 
ancêtres. Mais ce que l'animal possède à un faible degré, VinHialive 
ind'icidnelle, la volonté qui permet de lutter contre une certaine tendance, 
le pouvoir de dévier de ses habitudes, de tenir compte des circonstances 
nouvelles, de s'y adapter et de modifier ses actes, l'homme le possède au 
suprême degré. Maître de sa personnalité en quelque soi'te, libre de lui 
appliquer sa ferme volonté, de suivre une voie, de prendre une décision 
autre que celle à laquelle le poussent ses actions réflexes, fixées et accu- 
mulées dans sa matière nerveuse, l'homme gagne en intelligence ce qu'il 
perd en instinct. Les coutumes, les croyances, le langage, les institutions 
se perpétuent dans les sociétés en vertu de l'instinct animal. Mais elles 
se modifient, s'adaptent et se perfectionnent en vertu de l'initiative in- 
dividuelle. Cette lutte entre l'instinct ancestral et 1 initiative personnelle 
existe chez l'animal comme chez l'homme, mais avec une force et des 
résultats différents. Du jour où l'instinct a faibli, a été ébranlé, s'est 
afl'olé, la cause a été perdue pour l'auimal. C'est la circonstance, le mo- 
ment cherché par Lamarck, qui a permis à l'animal dont l'homme des- 
cend de se changer en précurseur. Chez l'homme confirmé et à plus forte 
raison avancé en développement, l'initiative personnelle devient une puis- 
sance, le levier cherché par Archimède. De là les transformations 
que subissent les sociétés à travers les siècles, de l'état de nature à 
l'état civilisé, et l'accélération du mouvement. C'est le tiiomphe de 
l'individu sur la routine ancestrale, la gloire de l'humanité. Mais aussi 
combien cet élément n'agrandit-il pas le champ de l'aulhropologiste ! Il 
n'a plus à compter avec une faculté seulement, mais aussi avec ses effets 
devenant causes à leur tour. 

A coté de ces caractères cérébraux d'un certain ordre se présentent, aux 
yeux du naturaliste devenu anthropologiste, toute une série de caiactères 
qui sont encore des manifestations de l'organe caractéristique de 
l'homme, mais d'une nature différente. Je veux parler de ce que je qua- 
lifierai par anticipation , bien que j'en aie parlé dans l'historique, de 
caractères ethnographiques liés h l'histoire extérieure des peuples, à leurs 
oi'igines, migrations, mélanges, langues, religions, industries, mœurs et 
coutumes, etc. C e>t là surtout que les renseignements de toutes sortes 
que le naturaliste >ollicilait en faveur de l'animal, interviennent en nom- 
bre infini pour l'anthropulogiste. C'est là qu'apparaissent en foule, parla 
division du travail, les sciences annexes, accessoiies, complémentaires 

TuPiNAHii. — Viitliropolojijp. 11 



16-2 CIIM'ITIIK VII. 

de rhisloin» de l'homine el que rliacjuo cliapilic prend à volont^^ une 
étendue sans linnte et peut devenir l'ohjel d'une scii»nee spf^eiale. ;\ inclure 
ou non dans ranlhropDlo^Me. 

ftrienrra antiiro|}oio8:i<iueii. — L'anlliropolo^ie arrive de celte façon ;\ 
centraliser auloui de son sujet propi-e, un certain noml)re de sciences, les 
unes lui appartenant en piopreet auxquelles nulle autre connaissance hu- 
maine n'a dioit an inùrne titre, les antres qui r/'pondent à des aspects 
particuliers du sujet et le complètent, d'autres enlin (jui n'interviennent 
qu'à titre très accessoire ou fi titre de renseignements. 

Les premières sont Vanatnintf, la ///n/!<i()l(Kjie et en principe \;i jiafho/otjir 
qui, parlant de l'individu, ce point de départ forcé, s'élève h l'espèce et 
à ses divisions, comparant l'Iiomme aux animaux et les collectivités hu- 
maines entre elles ; à la physiologie se rattache la psi/rhnioi/ie. Les 
secondes se résument en un mot : Veilui(>griti>ltip [\ hupielle se lie la socjo- 
/o^»e,lesdeuxconcernaiille^ |)enples,seulesréalitéstanf:il)les pourTanthro- 
polofjiste. Les troisièmes sont l'histoire, l'archéologie, la géographie, la 
géologie, la paléonlologie, la linguistique, la mythologie, la démographie, 
etc., c'est-à-dire les mêmes sciences que nous avons vues intervenir lors- 
que le naturaliste voulait compléter l'histoire de l'animal. 

C'est une transformation complète pour ce naturaliste. \l\\ ou plusieurs 
volumes lui suflisaient pour terminer la monographie de l'animal tenant 
le plus de place, A présent, c'est une encyclopédie dont il est chargé. 
L'animal, cette fois, étant nous-mêmes, ncjtre organisation, nos faits et 
gestes, nos pensées, le moindre aspect mis en lumière prend des propor- 
tions inattendues, soulève de vives discussions, appelle des ohservations 
métho(li(iues, exige des {)rocé(lés d'étude spéciaux, et parfois môme 
acquiert du jour au lendemain le droit d'être traité à part. L'esprit 
le mieux organisé ne saurait y suffire, la cenli-alisation lui est j)er- 
mise, mais il ne peut entrer dans tous les détails. La division du travail 
s'impose donc ;\ regret. Il faut laisser les spécialistes se créer, sauf ;\ 
fixer leui' part dans l'd'uvre commune et à empêcher l'intrusion d'idées 
discordantes et étroites en désaccord avec le principe général, tout en 
Laissant à chacun une iudcpendance snllisaiile cl les voies et méthodes 
qui Conviennent à s(jn sujet propre. Parmi ces sciences r>u spécialités, les 
unes surgissent parla force des choses et ont droit à plus de privilèges, 
les aulirs, lro[) souvent, sont intéressées cl clicrclicnl à se greffer à l'an- 
thropologie plus fjiie de raison afin de proliler de la faveur dont celte 
science jouit actuellement dans le puhlic. Les unes ne peuvent être culti- 
vées que pai- des lionnnes de science ou i\\' lettres, les autres sont acces- 
sihles à tous sans grande piéiiaralion ; ce sont celles ci (piil f.iut redouter. 

La première pensée d'une dénomination collective s'aj)pli(|iianl à l'en- 
semble des sciences concourant direclcrncnt ou indirectement aux pro- 
grès de l'histoire naturelle de l'homme est venue en LS'H, avec l'Lxpo- 
sition internationale. I/expression i\e scifures nnt/trnfxt/nr/if^/es fut acceptée 



GÉNERAI.ITKS. —SCIENCES ANTHHOPOLOGIQUES. If,:) 

par Broca dans le sens donné à srienres médtcala^ en médecine, élanl en- 
tendu que l'accessoire ne modifierait en rien la science fondamentale. 
L'anthropologie se réservait, ainsi que le programme de l'Ecole d'anthro- 
pologie présenté par Broca i\son ouverture deux ans auparavant le disait, 
de centraliser toutes les connaissances qu'elle groupe autour d'elle pour 
les Caire servir à la solution des problèmes généraux qui sont son objectif 
suprOme: la place de l'homme dans la nature et les lois qui président à 
sa transformation physique, morale et intellectuelle dans le temps. 

Devant cette marée montante, l'anthropologie a-t-elle su maintenir son 
terrain propre? s'est-elle suflisamment retranchée dans sa redoute cen- 
trale? a-t-elle été débordée? G'estce qu'il nousest personnellement difficile 
de dire. Chaque jour, dans les publications périodiques, par exemple dans 
la /fevue scientifique, on lit des articles qui, sous la rubrique « Anthropo- 
logie », n'ont aucun droit à ce titre. Aux séances mêmes de la Société 
d'anthropologie de Paris et de bien d'autres, on voit se produire des 
communications qui ne la touchent que de bien loin. Moi-même, dans la 
Revue d nntliropoloçjie, il m'est arrivé d'être débordé. Il y a là un danger 
contre lequel notre science doit se prémunir. A trop s'éparpiller on s'affai- 
blit. Notre terrain est solide, notre méthode constitue notre force, notre 
objectif représenté par deux ternies extrêmes, l'homme-animal et l'huma- 
nité, est très net, ne nous en laissons pas détourner. Explorons tous les 
coins de notre domaine, recevons les tributs qu'on veut bien nous payer, 
mais restons nous-mêmes, c'est-à-dire naturalistes embrassant la totalité 
de notre sujet, mais rien que notre sujet, déjà si vaste. 

Voyons rapidement la part qui revient à ces sciences, à ces branches du 
sujet, et délimitons-la, dussions-nous nous répéter. Commençons par les 
trois premières, deux surtout, une plus encore, qui sont le terrain proj)re 
de l'anthropologie, le réduit central où elle se replie, surveille ses parti- 
sans, projette ses rayons dans toutes les directions et défie toutes les 
attaques. 

Anatomie, physioioarie et patholosrie. — Nous ne faisons que les indi- 
quer, devant y revenir souvent, notamment à propos des sciences médi- 
cales. Toutes trois se composent de faits et de phénomènes généraux 
communs à tous les animaux, et défaits et de phénomènes particuliers à 
chacun, par conséquent de ceux propres à l'homme. 

Les faits communs, simples dans les organismes élémentaires où ils ne 
comportent qu'un horizon limité, vont en se multipliant et se compli- 
quant dans leurs applications à mesure qu'on se rapproche de l'homme, 
où d'une manière générale ils présentent leur maximum de développe- 
ment. L'anatomie, qui, à ce point de vue, serait mieux nommée la morpho- 
logie, s'élève ici à la notion générale d'unité de composition de Geoffroy 
Saint-Hilaire, de liens entre tous les êtres, et de descendance de Lamarck 
et Hœckel. La physiologie, qui est mieux désignée sous le nom de bio- 
logie, aboutit de môme à l'unité des phénomènes vitaux, et ne voit dans 



,5^ ciui'ii m. vil. 

U.s ,l,v.rgei.ces de délail .ln„ .Mi.„;,l à laulre, «li.e .les adaptaU..,, 



varices, l.a pall.olocif s'alla> l,.ua a la n.O.ne iMMoér. .1 pn.,-,., anl .les 
aUéralions simples el primonliales .les .-.ellules, .les tiss,,. ,1 ,l.s h,,,...les. 
esl conduite aussi à lidentilé .les plu..m,i.f.„es nioil.i.les. simples .léga- 
tions de r.Mal phvsi„l..j:i,,iie, .lans .l.'s ...Kanes .hlleranl ,hi plus a., 



moins. 



IMI1>. Il, liv 

Les trois, dans ces con.liti..ns, cousIiUi.i.l laiialomie générale, la pli>- 

si,.l..«ie gcnéiale, la palhoUigio K.^i.erale, >,.il .l.^ IViisei.iMe .les ■■.•j;nes 

ori-anisés, s„it cl.' lim 'ieilX, soit .lUn eiiiliiaiH-lieiiU'iil .1 ai.miaiix. 

I •a,ill.r..m.U.gie cons.,lte ces ti..is sciences, le.,,- apporle .i.iel,|.iet..>s sou 

,,,l,„t M.ais na pas :\ s'i.nniiscer dans leur spécialité ; elle cherche le se- 
,,el ,1e lliunime, ses relaliuus avec le resl,' .le la nalm.', mais ii.m le se- 
cret de l'univers ..rKiiiiisi\ i i „ 

Mais les faits el phénomènes parli.-.ili.M s à .iKupie espèce animale, .lais 
,l.,,.nne de ces s.iences. appa, henn.nl .!.■ .Innt à l'histoire de ce te 
espèce, .luellc .lue soil l'elemlue de ces laits, miniM.e .m in.oniuiensurahle^ 
Ihislnire natnielle .!,• lamphioxiis est inleressanle en ce .pi .1 pan.il 
,■.,,,. 1,. |,lus élémentaiir el,.laii> la .lucUim- KénéaU.gi.lue, le premier des 
vertébrés. L'iiist.me naturelle de la t.uir.ni attache s.irloul par sa vie 
phvsiol..gi.l"e, par ses sociétés si extraor.iii.airem.'.it avancées. L histoire 
Lu„.elle de llLmim,. ivrlam.. l..nl vr ,,,„ .■..iicerne ses prop.es socieles, 
les l'aculle. int.lhMtuelles ,|,ii ,v s.ml mises enjeu, el la morph.dogie du 
eerveau .nu v lep.m.l Ce ,p.i nenipéche pas ,pie les autres pomls de vue 
,,,„, |,r..senl,M,l ,ha,-un ,!.■ .es élves ne soient étudiés au nu^me tilre par 
l'.s l'al.iralisles. Il v a ,l.>nc aiilaiil .l'anatomies spéciales, de phvsiologies 
spe.iales ila psychol„i;ie spécial,' .'il étant une dépendance), et de pa- 
lh..logics spéciales .(Uil .v a ,1 animaux. 

I homme le pia'in.er de ces aiiiniaux, a donc, je ne dis pas au m.ino 
un',, mais a phis forte raison, pnis,,.ie rien de ce .pii le concerne ne nous 
,.,1 ii„l,lle,er,l, M,n anal..,,.!,' piopiv, ^-a physiologie propre el sa patho- 

''' Mlism'c 'serail la ,„niiaissaiic.. .lun oiKan.' .laus une seule espèce .■! .laiis 
ses variatmns au s,in .le celle espèce, si .m ne la com|iarail avec la dispo- 
Mtion .1,1 même or«aiie dans les antres organisim.s .' l/elnde des circnv.l- 
hilions d.i s,ii«e .loiiiie la clef .le .elles de ll„m,ine, bien mieux ,pic 
l'élude de celui-,i, où elles s.ml si conipli.|nées .piil laul une l..n|;ne 
experieii.:e avant .le s'y reconnaitrc. Pour comprendre la liaison entre les 
caractères phvsi.pies et les correspondances physioh.giq.ies liées a la ti- 
l.uleverti.akd.. rhomm.-. il laul savoir la .lisp..sili,m anatomi.|ue des 
siiiuesen iapp..rt av,r l,nr allilu.le .d.li.pie .ni imlilléreute et celle des 
carnassiers répondant à l.-ur allitmle .,i.a.lrnpè,le. Il ne sanrait .l.mc y 
avoir .lanthropologie sans analoinie .■..luparee, sans physiolo^i.' .■onipa- 
i-ée et même -ans pathologie c.iiiiparée. 

l/ra.l.r,o«i-uie. .[ui dérive de lanaLuiiie, reiitiv aussi .1 .liiecleimnt 



GENERAUTKS. — PSYCIlOLOfilK. 165 

dans l'histoire naturelle de l'homme et en est l'un des plus beaux fleurons. 
Nous avons dit que chez l'animal on prend l'adulte pour type, mais qu'il 
faut suivre le développement des organes depuis la naissance et depuis 
la conception. De môme chez l'homme. Les causes des diflcrences de 
taille chez les géants et les nains, et par contre chez les hommes grands 
ou petits se comprennent ainsi. Les délormations spontanées du crâne 
s'expliquent en remontant î\ la période intra-utérine. L'œuf humain, dans 
ses différentes phases, n'étant que la répétition écourtée, d'après les idées 
modernes, des dillërentes formes organiques que l'on retrouve dans la 
série animale chez l'adulte, doit être étudié avec un soin tout spécial. 
C'est avec les œufs de grenouilles et de poules qu'on est parvenu à recons- 
tituer la série des phénomènes qui se passent ;\ l'origine de l'individu hu- 
main et qui expliquent une foule de dispositions subsistant chez l'adulte, 
et qui sont du ressort de l'anthropologie au premier chef. 

■•«yciioioffic. — De ce mot, nous faisons le synonyme de physiologie 
cérébrale, la partie la plus brillante et la plus vaste de la physiologie 
propre de l'homme. 

L'organisation, ainsi que l'avait vu Aristote, se complique de plus en 
plus, disons-nous, en s'élevant dans les séries ramifiées de l'arbre généa- 
logique des êtres. Un organe manque en bas, il se dessine h l'état rudi- 
mentaire plus haut, il s'accuse dans un sens dans une des branches, et 
dans un sens différent dans une autre, pour atteindre £on maximum 
de développement à l'extrémité de l'un ou de plusieurs des rameaux. Le 
système nerveux est réduit à quelques fibres et renflements à ses dé- 
buts; ces renflements se multiplient et se dispersent par petits centres, 
comme chez les insectes, où ils acquièrent sous cette forme un haut 
degré de perfection ; ailleurs, chez les vertébrés, ils se concentrent, quel- 
ques-uns en se fusionnant et augmentant du volume, c'est le cerveau 
petit, puis gros, lisse à sa superficie, puis circonvolutionné, ses circonvo- 
lutions étant indiquées d'abord, flexueuses ensuite, très compliquées 
enfin, comme chez les anthropoïdes et plus encore chez l'homme. 

En même temps et parallèlement les fonctions simplement nerveuses, 
puis cérébrales, de simples aussi deviennent complexes, avec prédo- 
minance chez tel ou tel animal d'une faculté ou d'une autre, d'un sen- 
timent ou d'une impulsion. Chez l'homme, tout à coup, elles apparais- 
sent à leur maximum, non pas une ou plusieui's facultés, mais toutes 
celles dont çà et là, chez diveis animaux, on ne constatait que l'existence 
plus ou moins rudimentaire. La raison humaine résultant de cette exubé- 
rance subite sur la plupart des points où en préexistaient les germes, cons- 
titue la caractéristique dont il a été parlé, celle qu'il s'agit de poursuivre 
sous toutes ses formes chez les individus, chez les peuples sauvages, bar- 
bares et civilisés, chez les aliénés, les hommes ordinaires et les hommes 
de génie, en s'efforçant toujours de mener de Iront, s'éclairant l'une par 
l'autre, l'analomie et la physiologie. 



ir»6 ciiArnni' vu. 

Maisconinu'ul conduire parallMeinent les deux séries d'éludés si ce n'esl 
en confronlanl sans cesse l'organe avec ses manifestations, et observant 
rnt tlu)(li(|ueinent. en ce (jui refîarde celles-ci, les individus d'aboid, les 
niasses en>uite, à toutes les étapes de l'intelligence, depuis les Austra- 
liens occidentaux de Scott Nind ou les Hoshinians de Levaillant jusqu'aux 
peuples civilisés de la vieille Einope ou de la nouvelle Aiuérii|ue? 

Dans celte œuvre considérable (|ui chez les animaux est le couronne- 
ment de la môme recherche, la première opération consiste non à inventer 
un système de dénombrement et de classilicalion des facultés primoidiales 
à la fagon des pliilosoplics de J)rofes•^ion, des «rons du monde et de cer- 
tains savants ilt»nl (i.ill est un cxcniple, mais i\ le découvrir pai' l'analyse 
palienle des aptitudes, senlimcnls, tendances, nueurs, inslilulions ules 
simples aux comp(»sés , langues, religions, etc., des divers peuples, 
et l'observation parallèle du cerveau par le scalpel, la balance et le mi- 
croscope. 

D.ms la reciu'i'che des Kn-alisalions céiébiales il y h'ois procédés i\ suivie : 
rcxpcinncnlalinii sur les iiiiiiiaiix, ;\ la(juelle on objecte (jue ce n'est pas 
riiouime et (ju'on ne peut rigoureusement coniîlure des uns i\ l'autre, en 
dehors des phénomènes de sensibilité simple et de mouvement ; l'observa- 
tion (le ct'ilaines lésiuus palhulouMciiies accidentelles ou congenilales ; et 
la cuniparai-on directe du cerveau sur le cadavre avec les facultés et 
aptitudes constatées sur le vivant. C'est pour favoriser ces études qu'a 
été fonib'e à Paris la Société d'aulcjpsie, .Mais ccjinbien de sujets ne 
faut-il pas avant d'aboutir à (juelque conclusion! Ici, comme dans tout 
caractère physique et physiologiciue, il faut le nombre. J'ai toutà l'heure 
signale une aulie méthode chez les animaux, celle de comparer les mœurs 
et le cerveau dans les laces domeslicpies et sauvages. Ce (jui y répond chez 
l'homme, c est la compaiaison aux ileux mêmes points de vue des peuples 
possédant des modes d'activité céi'ébrale dillerenls, des civilisations oppo- 
sées, des cr(jyances religieuses autres. 

La déleiniinalion des facultés du premier ordre, puis du second, du 
troisième, non en reiilianl en soi-même et se faisantjuge dans son propre 
procès, mais par les mellnjdes d'obseivation rigoureuses, sur les peuples 
elles races, cjui seules mènent à des résultats dans les sciences; puis leur 
localisation, et comme conséquence l'inlluence qu'elles exercent les unes 
sur les autres anatomicjuemenl et physiologicjuement, c'est-à-dire le Uïé- 
canisme même dt; la pensée, suivent ou précèdent nécessairement, et sont 
du ressort du naturaliste (]ui changeant de nom s'est fait anthropologiste. 
Mais tout cela, c'est la psychologie elle-môme, la psychologie nouvelle! Un 
objectera que la physiologie cérébrale ne concerne pas que l'homme et 
rentre dans la physiologie générale. Assurément ou |)ent le soutenu'; 
maisqu'estce (|ue la partie (jui en revient auxammaux, par comparaison 
avec celle (|ui aj)j)arti'nt à l'homme ? Ce jeu des fonctions cérébrales, dont 
la vie des sociétés est le produit, la m.iiiifeslatinn, c'est la caractéristique 



GÉNÉRALITÉS. — SOCIOLOGIE. \e>l 

physiologique de l'homme comme le volume et la structure du cerveau 
en sont la caractéristique anatomique. 

La psychologie nouvelle, s'appuyant sur la comparaison de l'homme et 
des animaux et des hommes entre eux et ne séparant pas l'étude de 
l'or^-ane de l'étude de sa fonction et de ses manifestations variées dans 
l'humanité, appartient donc tout entière î\ l'anthropologie, je ne dis pas 
aux sciences anthropologiques, mais à l'histoire naturelle proprement dite 
de l'homme directement. 

Dans le temps présent, toutefois, il n'en est pas ainsi : la philosophie 
n'est pas encore complètement sortie des mains de ceux qui s'intitulent 
des penseurs, mais son sort e^t décidé, tôt ou tard elle passera forcément 
aux mains de l'anthropologie. C'est à ce temps présent que Broca fait al- 
lusion dans le passage ci-après : 

(( Le psychologue, dit-il, qui étudie surlui-même et sur les individus qui 
l'entourent les facultés de l'esprit, les sentiments ou les passions, n'est 
pas unanthropologiste;mais celuiqui, donnant plus d'exiensionau champ 
de la psychologie, se préoccupe des différences qui existent entre les peu- 
ples et les races sous le rapport de la puissance intellectuelle, de la per- 
fectihilité, de la sociabilité, des aptitudes artistiques, scientifiques, litté- 
raires, industrielles, religieuses, politiques, celui-là participe à l'œuvre 
des anthropologistes, et c'est ainsi que la psychologie comparée des races 
devient une des branches les plus intéressantes de l'anthropologie géné- 
rale )) (Ij. 

!iocioio|rie. — Les mœurs et coutumes des peuples, leurs diversités de 
sentiments, de goûts et d'aptitudes, leur conduite à l'état de nature, de 
barbarie etde civilisation, leurs migrations et leurs mélanges, la question 
revenant sans cesse de l'action des milieux et des circonstances sur le mo- 
ral comme sur le physique et des façons dont prennent naissance les types 
nouveaux physiques, psychologiques et autres dans les collectivités hu- 
maines, tout conduit l'anthropologiste à la connaissance des phases suc- 
cessives par lesquelles les peuples et leurs éléments-races ont passé avant 
d'atteindre la phase actuelle; tout l'amène à en déduire les lois qui ont 
régi les couches de populations depuis l'origine des choses, et engendré 
l'évolution ou différenciation des hommes et des sociétés, évolution que 
nous qualifions de progrès lorsqu'elle est avantageuse à l'homme, suivant 
les idées générales que nous nous faisons du bien. 

De même que la psychologie comparée de l'homme et des animaux et 
des hommes entre eux dérive de laphysiologie du cerveau ou mieux n'est 
que cette physiologie elle-même, de même la sociologie est issue de cette 
psychologie comparée et en est l'expression la plus avancée et la plus 
générale pour 1 homme. 

La sociologie se lie, ainsi que nous l'avons dit, à l'ethnographie ou his- 



(1) Dict. encycl. des se. niéd., art. Anthkopololie, 



t. V. Paris, ISOfJ, in-8. 



168 r.HAIMTHK VII. 

loirc des poiipIp<;, dont nous parltMons (lavaiilaero ; carromnicul s«'|)arri la 
fatiillt' dt's ailrs. It's idt't's d»» leurs produits? KIU» jii^'c, d iiiu' part, des 
notions di* faiinlU», de propriété, do devoir, d'iutéit^l, de gloire, par ses 
réalités palpables, et, de l'aiitre, des aptitudes à satislaire aux besoins et 
aux facultés (|ui eu dépendent ))ar les prcjdnits uiôtiu's de l'industrie, de 
la eniistruelion, de la navigation. L'hist(»iie, dans le temps, de l'outil, du 
produit conune de l'inslitution, de la coutume, est le corollaire forcé de 
l'histoire tles facultés cérébrales suivant les peuples et suivant les races. 
C'est en comparant les dessins naïfs mais spirituels sur défense de mam- 
mouth des Trogodytes de la Vézère. les essais grossiers sur roches des 
iJoshimans et des Australien-, |»i-es(jue contemporains, et les œuvres de la 
IV' dynastie en Kgypte ou de l'épocjue de Périclès en Grèce, et en tenant 
compte des moyens mécanicjues dont ils disjxisaient. fpi'(»n apprécie la dose 
et la nature des faculté** de leurs auteurs. 

Les facultés de conslruclivité du castor, de la fouiini, de la taupe, et 
de sociabilité de l'éléplianl, du chien sauvage, du singe cynoc«''phale, ne 
sont connues du naluralisle (jue par le tiavail visible produit et les actes. 
Dans toutes ces études, se composant d'idjseivations et d'interprétations, 
un problème incessant se présenle : la part à faire dans les modili- 
cations et formes coiisialées, d'un crdé ^ rorganisalion physique même 
de la moyenne des individus et des races (pii composent le peuple exa- 
miné, h l'épocjne en question, et de l'autre aux ciiconstances acciden- 
telles favorables ou delavoiables, piodiiisaiit nu mouvement en avant ou 
en arrière, dans les(jiielles il se trouve. Ce sont deux influences égales. Les 
philosophes (|ui discutent ces choses sans le secouis innuédiat des sciences 
nalurrllo, sans y être initiés, ne sont pas en mesure (h; tenir compte de 
la i)iemière. Qu'ils soient idéalistes ou matérialistes, ils raisoiment comme 
si l'humanité était paitont >eml)lalde à elle-même, à la façon des m(»iio- 
géni>tes oithodoxes (jui ne voient (juc l'unité de l'espèce Innnaiue, on 
des artistes (pii nv reconnaissent cpi'un type pliysique paru)i les hommes, 
pour eux l'évolution de l'humanilé est une: iU iguoi'ent (pie les cerveaux 
diffèrent, ne s'iinjuiètenl \):i> en (pioi ils dillèicnt et lai-onnenl ^ur le (Illi- 
nois comme sui* le Hoshimaii, l'.Xuslralieii ou rKnro[)é«'n. Le temps est fini 
où l'on peut traiter d'une piopriété sans tenir compte du corps matéiiel (pii 
eu est le siège. La sociologie procède, en somme, dr l'idée anatomicpie de 
lastiuctuie du cerveau et de ri<lée physiologi(jue de facultés corres|)on- 
dantes, dont la détermination précise et le classcuu'ut relèvent de l'anato- 
mie et de la physi(dogie associées ,\ la considéiation des produits moraux 
et matériels de ces organes et facultés, pour aboulii* i^l la delerniination 
des lois générales du pi'ogrès dans les sociétés humaiiu'S. 

La sociologie humaine est donc à tous les [Kunts de vue une branche 
de l'anthropologie, comme la sociologie d'un animal (pieboïKpie est un 
rameau de la science com|)lète (jui traite de cet animal. 

Klle est intimement liée au problème final de 1 anthropologie se posant 



r.ÉNRRALlTÉS. — SICKNCE OKS HKIJGIONS. i09 

ainsi : Klant donnés les oric:ines et la composition du p:enre humain, ses 
atlributs et le mouvement au(iuel ont ohéi ses didorentes fractions, pré- 
juuer de >es destinées ultérieures et mettre les hommes d'application en 
mesure d'élablir les moyens d'accélérer ce mouvement s'il est avanta- 
geux, de le retarder s'il est f;\cheux et inévitable, de le diriger s'il peut 
ôtre détourné. 

H faut distinguer en effet dans la sociologie, comme du reste dans l'an- 
thropologie totale elle-même et dans toutes les sciences reposant sur des 
faits, deux aspects: l'un qui est la science pure, dans laquelle on cherche 
les phénomènes, leur cause, leur liaison et leur relation avec la nature 
humaine ; l'autre, qui est la science appliquée, dans laquelle on s'efforce 
de faire profiler l'humanité des vérités découvertes. L'anthropologie n'a 
d'autre but que de trouver la vérité, elle est mieux préparée que toute 
autre science à la découvrir en sociologie. Elle laisse les applications aux 
économistes, aux législateurs, aux moralistes, etc., ce n'est pas son 
affaire. 

La même distinction est à établir pour les subdivisions de la sociologie 
et pour toutes les sciences secondaires qui y surgissent à volonté suivant 
lattention portée sur un point ou sur un autre. Telle est la partie qui traite 
par exemple de la morale. 

M. Yves Guyot définit la morale : la meilleure manière de se conduire 
en société ; d'autres : les principes nécessaires au bon aménagement d'une 
société ayant atteint ou voulant atteindre le plus haut degré possible de 
perfectionnement. Cet aspect particulier n'est pas de notre ressort. Il se 
rattache à l'économie politique, à la jurisprudence, quelques-uns disent 
à la religion. En tout cas il mérite d'être l'objet d'une science spéciale 
qu'on appeite la science de la morale et qui appartient aux moralistes. 

Et cependant la morale est le produit d'une seule faculté, disent les 
orthodoxes, la résultante complexe d'une série de facultés, disent les lo- 
calisateurs. Par conséquent, il serait du devoir de l'anthropologiste de la 
considérer comme telle jusqu'à preuve contraire, de l'étudier suivant ses 
procédés, et notamment d'en poursuivre les formes diverses depuis les 
plus simples aux époques préhistoriques et chez les peuples sauvages, 
jusqu'aux plus compliquées en Europe dans nos civilisations rafflnées. 11 
lui appartient, dans cette multiplicité de manières de concevoir le beau, 
le bon, le devoir, l'honneur, la famille, et dans ces changements succes- 
sifs dont l'ensemble constitue l'évolution de la morale, de faire la part de 
ce qui résulte des diversités d'organismes venant de la race et de ce qui 
résulte des circonstances extérieures : état de paix ou de guerre frécjuent, 
habitat dans une île ou un continent ouvert, misère ou prospérité, su- 
perstition dérivant de la faculté spéciale à laquelle M. de Quatrefages 
donne le nom de religiosité, etc. 

Le mot airive à point. Il existe une science très légitime qu'on aj)pelle 
la Hcieiice de» roiis^ioiiH OU des mvthologies comparées. C'est l'histoire des 



170 rilAlMTHE VII. 

inyllies t't iMoyances diveis de riuiinanité et des eoiieeplious plus uu 
niuins fanlaisistes, philoso|)hi(]ue$, scientifiques, ulililuires ou aihllraire» 
(jui leur tuit donné naissance. Klle se relie h riiistoiie, à relhnogriijihie et 
à la sociologie, de la façon la plus directe. Kl cependant elle n'est autre 
(jue l'exposé des manifestations extérieures de la lacullc im'^uie dont 
M. de Quatrefa^e^ fait la caraclcristicjue de re>pcce humaine. Si l'on ne 
donne \)d^ h l'étude de celte caraclcrisliijue toute ^exlen^ion nécessaire, 
(|ue dcNient l'anthropcdo^ie ? \i\i cette occurrence nous dirons (jue la 
science tles reliuMons appaitient absolument ;\ l'antliropolo^io par ses liai- 
sons avec retlino^rapliic ou histoire des {leuples, et |)ai' ses relations avec 
la psychologie ou hi^^loiie des lacullés céréhiales. MaiuU'iiaut. dans cette 
science, on découvrirait des application^ utiles au bonheur de l'humanité, 
une foiine de leli^'ion plus avanlaj^'euse (jue celles (jue nous posséchjns 
aujourd'hui, (jiu' la science des leligions cesserait par là de faire en en*» 
lier partie de l'anthiopoloj^ie. 

Kn somme, la socioioj^ie, (jui répond non seulenu'ulà la faculté de socia* 
bilité mais ;\ une inlinilé d'aulres (pie celle-ci met en jeu, la science de la 
morale, (jui réj)ond il une autre faculté pi'opre assuie-l-on, la science 
des relij;ions, (pii e>t dans le môme cas, et toutes autres du même genre 
(jui peuvent surgir, relèvent de l'anthropologie par leurs attaches avec : 
1' la psychologie, 2" l'ethnographie dont nous parlerons bientôt, -- 
sous la seule condilion que les applications à la pratique en soient 
écartées. 

Est-ce ti dire que ces études doivent être absolument interdites à ceux 
qui n'y sont pas préparés par des connaissances premières en histoire 
naturelle et en médecine, et (piil faille forcément avoir disséqué à l'am- 
philhéAtre et approfondi la structure du cerveau? Kst-ce à dire qu'il faille 
les défendre aux gens faisant prcjfession de philosophe sans avoir jamais 
lu directement dans le grand livre de la natuie? La réponse est délicate? 
Il y a d'abord une catégorie de personnes i\ mettre de côté, de bons es- 
prits qui savent se défendre des aperçus et procédés fantaisistes sans 
avoir passé par la gymnastique intellectuelle à laciuelle équivaut l'habi- 
tude des observations précises commencées de bonne heure. Ce n'est pas 
à celles-là (jue je songe et contre lescjuelles j'ai à défendre le sanc- 
tuaire. 

Tous, entendons-nous, peuvent recueillir les éléments d'étude de la 
sociologie et de la psychologie sur les peuples, leur faire subir un premier 
examen, uu premier classement cl eu tiicr (|iiel(jues aperçus ; mais i\ ce 
|)oint il faut s'arrêter, recourir aux natuialistes. Pour quel motif entre 
autres? l*our celui-ci surtout : c'est (pie la fantaisie est le pire ennemi de 
la sociologie, et (|ue la piujjait des jiersonnes non rompues aux études na- 
turelles directes ont une disp(»sition (lé>astreuse à sujjpléer à leur défaut 
de connaissances sur un point par un échaffaudage de raisonnements ingé- 
nieux, mais d'autant j)lus dangereux. Je suis philosophe, disent-elles, tout 



GÉNÉRALITÉS. — SCIENCES MÉDICALES, 171 

le niomlo peut Otre philosophe, il suflit de bien penser et d'avoir l'esprit 
juste, or j'ai l'esprit juste. Kh bien ! non; avoir l'esprit trop philosophiqne, 
cette chose tant estimée, est un mal. Souvent il dissimule le vide sur 
le terrain des laits palpables. Or, nulle part, plus qu'en psychologie et en 
sociologie, il n'a aussi beau jeu. Toute doctrine qui est trop nette, trop 
séiluisante dans toutes ses [)arties, me laisse en suspicion, je l'avoue. 
Yoih\ pourquoi je crains Timmixtion des étrangers dans les sciences qui 
se prêtent facilement aux écarts de l'imagination. Parlez-moi du ma- 
thématicien qui accueille les faits sociaux et psychologiques, les pèse 
dans une balance, en tire des moyennes, classe celles-ci par catégories, 
qu'il rapproche suivant leurs affinités, et vient dire à l'anthropologiste : 
Vi)ilà des documents, rapprochez-les de ceux que vous possédez déjà et 
tirez en ce (jue vous voudrez. Mais ce n'est pas ainsi que l'on procède en 
dehors des sciences naturelles. La subjectivité intervient, on sent suivant 
son tempérament; aux quelques faits qu'on a entrevus et sur lesquels on 
a échaCaudé un système, on ajoute des citations prises çà et là dans le 
naturalisme à sa propre convenance, et faisant concorder tout cela avec 
quelques idées philosophiques abstraites, on enfante toute une doctrine 
devant laquelle les monceaux de faits recueillis sur un même sujet par 
Darwin ne paraissent rien au pubhc. 

Préparez-vous, soyez anthropologiste, naturaliste si vous préférez, 
dirons-nous comme conclusion, et après cela vous vous adonnerez à votre 
étude favorite ; sociologie, mythologie, morale ou l'une de celles dont 
nous parlerons plus tard. Soyez docteur, disent de même les médecins, 
et après cela vous vous livrerez à la spécialité qui vous plaira dans l'art 
de guérir. 

Nous avons dit la part de l'anatomie en anthropologie et celle de la 
physiologie, en insistant sur la psychologie qui en dépend, il nous reste à 
parler de la pathologie. Ce qui en a été dit, à propos de l'animal étudié par 
le naturaliste, pourrait suffire en l'appliquant à l'homme. Mais nous nous 
heurtons ici à la médecme, qui est de toutes les sciences complexes celle 
qui présente le plus de contact avec l'anthropologie. Le moment est donc 
venu de tracer leur parallèle. 

Kcienceti mt^tiicaics. — La médecine et l'anthropologie ont pour sujet 
commun l'homme, mais chacune le considère à son point de vue, 
absolument diflerent. La médecine n'a qu'une visée ; connaître les 
maladies, leurs causes, leur mécanisme, et les guérir ou les prévenir; 
l'anthropologie, une seule aussi ; connaître l'homme lui-même pour la 
seule satisfaction de le connaître. Toutes deux s'attachent à l'individu: 
l'anthropologie parce qu'il ne lui est pas possible de connaître l'espèce 
humaine et ses races, l'humanité et ses sociétés sans commencer comme 
fait le naturaliste avec tout animal, par la structure et le fonctiormement 
de l'organisme individuel ; la médecine, parce que dans la pratique de l'art 
de guérir, elle n'a alfaire qu'à des individus. Cette distinclion est subtile; 



i72 CIIAlMTItK Vil. 

mais tîint cjne riiiilliropologic n'aura pas p(''i»(^ti('' dans les rliidi'S mrdi- 
rale?», elle st'ra vraie. Los deux ont pour base raiiiitoiiiic, la physiolo^'ic 
et la pattiolo^ie aii\(|ii(dli>s elles s'adonnent pins on moins (>t dans les 
direelions (|ni lenr conviennent, snivant lenrs hesoin^i. Kn analomie, le 
niôderin ayant à i)i)itei- le l)istniiii ^ui- le vivant, à dia^nostirpier le 
siè^'e ijréeis d'une le-mn on d'une tnnienr, ;\ eonnailre les symptômes 
dns an contact on an vi»i>inage de celle-ci, et il connaîtie le inécani>me 
intime des maladies pousse ses investigations pins loin : l'anatomie hislo- 
logiijne 1\ l'anatomie topographiiine et l'anatomie palliologi(ine sont sa 
propriété essentielle. La nn'decine part de l'idée fansse (jne tons les hom- 
mes sont semblables, (ju il n'y a ijn'nn t)p(' (l'anatomie humaine, et que 
ses vaiMations indi\idiielles sont nulles, in>i^niliantes et sans intéiôt. 
Loi'squ'une variation attire son attention elle la (inalifie d'anomalie et 
passe outre. Tout antre est le point de nuc de l'anthropologie, l'en lui 
importe (lu'nne altère passe î\ droite on h gauche si elle n'y voit pas une 
diirérence de race, une réminiscence de quelque animal ou un éclaircis- 
senïent quelconipie (lan> l'un des problèmes (ju'elle agite. L'anatomie 
comparée est son domaine piopie : compaiaison de l'homme et des ani- 
maux, coiiipaiaison des divers types humains enti'c eux. Cette diversité 
des In pes hiiniains est le piincipe (jui dirii:»' la uïoitié de ses recherches. 
Les dillércnces entie le type général de Thomme et ceux des animaux, 
sont le but de l'autre moitié. Aussi ces anomalies, à coté desquelles passent 
le médecin, deviennent-elles j)aitois, sous le scalpel de l'anthropologiste, 
le pivot de ses preuves anatomi(iues en faveur de l'origine animale do 
l'homme ; ce sont les réversions et organes rudimentaires. 

C'est ainsi (iiic la tératologie relève «le l'anlliropologie et non de la mé- 
decine. Il e>t peu viaisemblable «jne la connaissance des monstruosités et 
même de lenis causes accidenlelles ])nisse donner lieu î\ une indication 
prophylacli(|ue pour le médecin, tandis (jue à l'égal des hypothèses dar- 
winieimes elle peut livier un jour le secret de la foiniation des èties, et 
pai- conséfjnent de l'homme et de ses races. La (|ualilicalion d'airèt ou 
d'excès de développement <loimée ;\ la majorité de ces monstruosités, 
suffit pour montrei' rimportance (jue le natuialiste philosophe, en (juéte 
de la vérité, doit y attacher. N'était le trouble oculaire, l'albinisme ne 
serai! ((u'une singularilé pour le médecin, laiidis (ju'il est peni èh-e la cler 
de certaiiu' tiansf'oi-malion pour ranthro|)ol(jgisle. Le lait (jue le crAne 
et le scjnelette des généiations éteintes et des races humaines éloignées 
se conservent cl ai i i\(nl dans le^ laboiatoii-es. tamlis (jue les parties molles 
s'anéanlis<.(iit , est cause (juc la ci;\iiioin(''lrie cl l'ostéométrie sont rmio 

(I) Je lu' mo sors pas voloiilainMiKtit du synonymo. «'nipluyé par los nn^dnrins, d'aiia- 
tomin R(Snéralp. qui pourrait t^iro ronfundu avec l'anatomie urtH'rale des rooiogisics. C.q\W- 
rj a [)our .synonyiiir l'atialoniir romparoo : raiiatuiui*! gi-iiriaU- «Irs nu'derin.s hi((Uilic à \>ra- 
prt'iiicMi parler 1rs géiiOraiitt'H sur I anaioniif liuinainc. l.\'\i'nhi'Uni'/nstoloffi<fUf f|Ut' j'f'iiiplnii. 
inÎMnfî répondant & dcsiror. 



GENERALITES. — SCIENCES MEDICALES. 173 

des branches les plus cultivées de l'anthropologie, tandis que la méde- 
cine ne prend pas plus d'intérêt au crâne et au squelette (pTaux autres 
organes. Le fait que le cei'veau est le caractère distinctiT essentiel de 
rhouimc et des animaux, est cause que l'anatomie de cet organe com- 
prenant tout ce qu'elle comporte : circonvolutions, structure histolo- 
gique, volume, etc.. est la propriété première de l'anthropologiste. 

Dans la physiologie, il y a deux aspects, comme nous l'avons dit, l'un 
qui concerne le mécanisme de la vie des organes, et aboutit en particulier 
au mécanisme des maladies et de la guérison. Cette partie tient essen- 
tiellement ;\ la zoologie générale, mais la praticjue, qui prime tout, a décidé 
avec raison, que les écoles de médecine avaient droit à cette science qui 
atteint son plus haut degré de développement chez l'homme, pour toutes 
sortes de motifs. 

Mais parmi ces organes se trouve le cerveau, dont les fonctions appar- 
tiennent, quoiqu'on fasse, àranthropologiste,nonqu'ilprétendeen enlever 
l'étude aux médecins et surtout aux laboratoires de physiologie expéri- 
mentale, spécialement installés pour certaines recherches qui détourne- 
raient l'anthropologiste de ses études habituelles, mais parce que l'anthro- 
pologie c'est l'homme, et que l'homme, c'est le cerveau. Appelé h déter- 
miner les facultés élémentaires d'après celles des peuples sauvages, à 
les comparer avec celles des animaux, à suivre leurs changements à 
travers les temps et les civilisations; appelé à confronter ces données avec 
celles de ranatomie, à indiquer le poids moyen de telle et telle partie de 
l'encéphale, l'anthropologiste est le seul qui puisse centraliser les travaux sur 
la physiologie du cerveau de l'homme. Broca, passant sa vie d'anthropo- 
logiste à chercher la correspondance des organes et des facultés, et fon- 
dant le plus beau musée sous ce rapport qui soit au monde, était dans 
son rôle. 

Reste la pathologie. Il est évident qu'en masse elle relève de la méde- 
cine, et cest plutôt pour le principe que l'anthropologiste, parmi les 
sciences lui appartenant en propre, inscrit sur une seule ligne : l'ana- 
tomie, la physiologie et la pathologie. La médecine humaine et la science 
vétérinaire n'existeraient pas, que l'anthropologiste comme le naturaliste 
seraient obligés de connaître les maladies et les cas tératologiques intéres- 
sant particulièrement les sujets dont ils s'occupent, et auraient à en faire le 
parallèle avec les maladies des espèces voisines et à chercher les différences 
intrinsèques que présentent les races. Mais elles existent et se consacrent 
spécialement à ces questions. L'anthropologiste ne demande pas mieux 
que d'être allégé d'autant et ne s'arrête qu'aux points paiticuliers qui 
lui importent davantage. Tels sont, par exemple, l'hygiène du crâne et du 
cerveau pendant l'enfance, dans ses rapports avec laboime conformation 
de l'un et de l'autre; les troubles apportés à leur libre développement par 
la synostose prématurée de sutures destinées à rester ouvertes plus long- 
temps, parla compression extérieure produite par certains usages ridi- 



17Î f.llAlMTUK Ml. 

Cilles, par riiydror^^plialic, le ra( hilisiiic, la sypliili^. l)i* ni^ine, en raison 
du principe (|(n' le cerveau et tout co (\u'\ s'y lallacluî appartient en 
propre :\ ranthi«>poI()j;ie, raliéuali<ni el ses diverses formes, de l'idiotie 
;\ la manie el à Tépilepsie. aiii^i ([ne la criminalité moibide, sauf sous 
leur aspe<t clini(jue rcservé aux iiitMlctins. doivent-elles ôtre étudiées 
avec soin |)ar l'anthropolo^iislc (|ui y trouve de précieux renseignements 
pour l'histoire des déviations intellectuelles voisines de ce qu'il regarde 
comme l'état normal moyen dans un groupe de population. 

Au delà des tiois sciences (|iii piécèdent, aux(iuel!es il importe de rat- 
tacher Ihygiéne générale, dans hujuelle rentre l'étude des milieux cm 
wrsntayie et dt' leur iiitluence, rac<:limatement et (jiiel(|ues autres points de 
vue, la commuuinilé (('s-^f entre la médecine et ranlhropologie. C.hacun 
ne voit que son hiil : i:iiéiii- d.ins un cas, connaître puiement et simple- 
n)ent dans l'autre. Les i\('\ï\ ont ainsi leurs sciences ou branches propres: 
la clini(jue médicale et ( hirurgicale en médecine, l'ethnographie el la so- 
ciologie en anthropologie. Les deux ont leurs sciences accessoires ou 
complémentaires, la thérapeutique, la chimie, la physique, la hota- 
ni(|ue en médecine; l'iiistnire, I archéologie, la linguistique en anthro- 
pologie. 

Du reste, les denv nImmiI en j)arraile intelligence, sachant qu'elles se 
complètent, l'uni' \i-;int la satisfaction du corp-, l'autre la satisfaction de 
l'espiit. Les anthropologisles de profession en France sont la plupart mé- 
decins, si bien (jue beaucoup s'imaginent qu'on ne peut être admis à la 
Société d'anthropologie sans ce titre. La Société, Tl^xole et le Laboratoire 
d'anthropologie, fondés par Hroca, professeur de clini(jue chirurgicale fila 
Faculté de médecine, et vice-président de l'.Vcadémie de médecine au 
jour de son décès, sont réunis dans les locaux de la l"'aculté de médecine, 
là même oîi, il y o cinc] cents ans, siégeait la pienucre école chirurgicale 
dite des moines de Saint-Come. Les étudiants en médecine et les médecins 
(le marine fnrtnenl la plus gi"(»sse paît de la clientèle de 1 Fcole et du 
I^aboratuire d'anthroijolotiie, Dans le programme de concours du j)rix 
Hroca, fondé ])ar madame veuve Hroca en faveur « du meilleur mémoue 
sur une (piestion danatomie lininaine. d'anatomie cnniparée ou de phy- 
siologie )', il a siilli d'ajoult r ■ se rattachant ;\ l'anthropologie » pour 
préciser son but. 

Il est évident même, lorsqu'on considère la façon large dont la Faculté 
de Paris entend son enseignement, (jue tôt ou tard une chaire d'anthro- 
|)ologie y sera annexée. I^a l'ranc»; étend chaque jour ses colonies et dé- 
velnppe sa maiine. Des élèves de t<His j)ays et de toutes races prennent 
leurs inscriptions de médecine à Paris. Les médecins (ju'elle envoie ainsi 
au large ne sauraient être ignorants des (luestions dogmaticjues et pra- 
ti(jues que soulèvent les races diverses en présence desquelles ils se Irou- 
veiont. Ils doivent les reconnaître et faire la part, dans chacun de ces ter 
rains, des ilillérences cpie jiréscntent les maladies, que pioduisunl le^ 



GENERALITES. — KTIINOGU \PII1K. 175 

médicaments, et qu'amène la diversité des milieux. Quoique l'anlhi-opo- 
loijfie ne soit qu'une branche de l'histoire naturelle, et soit représentée 
aUxMiiséum par une chaire officielle, les connaissances médicales sont 
en réalité, celles qui préparent le mieux à son étude, et l'enseignement 
compl«>t de l'anthropologie a des droits i\ être placé à côté de l'enseigne- 
ment médical. 

Rthnos^rnpiiie. — A la suite de l'anatomie, de la physiologie et de la 
pathologie, la science sans laquelle l'anthropologie ne pourrait exister est 
l'ethnographie, qui concerne les masses humaines. C'est là que l'anthro- 
pologie puise cl pleines mains, dès qu'abandonnant le type généralhumain 
et sa comparaison avec les types animaux, elle entre dans la question des 
diversités de groupes d'importance diverse au triple point de vue ana- 
tomiqne, physiologique et pathologique. Déjà nous avons montré com- 
ment la psychologie humaine était incluse dans la physiologie etcomment 
celle-ci conduit à la sociologie et à toute une suite de sciences qu'elle 
éveille. En réalité, la place de la sociologie et de ses sciences annexes eût 
pu être discutée ici, car tout en étant l'histoire de la succession dans le 
temps des formes diverses d'une certaine faculté cérébrale, elle est, 
avant tout, par son étymologie, l'histoire des associations ou peuples (de 
socius^ compagnon^ 

Il n'est pas de partie de l'anthropologie dont le cercle se prête davantage 
à la division du travail et engendre plus de spécialités. 

Soit, par exemple, la question des habitations. Les habitants les plus 
sauvages du monde actuel, ou d'il y a cinquante ans, dressent quelques 
branchages contre un rocher et se couchent dessous; ou bien ils se glis- 
sent dans un trou de ce rocher; ailleurs ils adossent deux branches incli- 
nées l'une contre l'autre, ou plantent deux morceaux de bois en fourche 
et en posent un troisième dessus, contre lequel d'autres bois viennent 
s'appliquer. D'autres superposent en parallélogramme une série de 
troncs d'arbres s'emboitant réciproquement par des entailles à leurs 
bouts, et y ajoutent un toit. Aux âges préhistoriques, les indigènes habi- 
tent des grottes artificielles ou naturelles, des dolmens, des plates-formes, 
des lacs. Le chaume, la boue, les planches, les pierres, les briques, les 
tuiles, se montrent successivement. Alors naît l'architecture, les habi- 
tations grandissent, se décorent, une série de systèmes se succèdent, 
la civilisation se développe : c'est l'art grec, le romain, le gothique. Tout 
cela ne conslitue-t-il pas une véritable branche de l'ethnographie, une 
science k part taillée dans la connaissance des peuples, un petit coin de 
l'anthropologie! 

Dans le chapitre suivant, nous examinerons la valeur exacte du mot 
ethnographie, la question se liant à d'autres d'un intérêt de premier 
ordre que nous ne pouvons agiter encore. En ce moment, il s'agit de 
poursuivre l'examen des sciences qui rentrent dans l'anthropologie ou se 
bornent à lui prêter leur concours. 



176 (.JIM'IIUI. \11. 

A la suile de la sociologie, la scifiu-e aHérento il l'histoire des pcupU-s 
qui se piM^^culiMiatiin'Ilcrnt'nt. fsl l'histoire propreiniMit dite. 

L'iiUtiilre c^l-i'll»' mu* science aiithn)p()logit|ue .' A j)it'iniiM-e. vue, h' 
doiile i»'e>l pas pt'rmis. Son uni(jin' nhjcl ««si de racoiitci la Nie des pen|)le^ 
aus^i loin dans le passé (pril lui est possible, iniis origines, leur 
gramleiir et décndeiice, leur «lisparition et reinplaccincnl par d'autres, 
leurs lois d inshintiuns, h urs (piivres arliï.ti(|ues, littéraires et indus- 
trit'Hes. ItMii s nju'iiis et C()iilunjt'>, leurs mouvements en a\anl, ou inverse- 
ment fu arrière, les causes de ces péripéties et l.es enseignements philo- 
s<»phi(|ues et pralicjues (pii en découlent. Ainsi considérée, la science de 
l'histoire se confond réelli-ment avec lellinograpliie et la sociologie. 
L'usage, anlérieuià la eréalion de ces deux nmts et des deux sciences 
(pfelles désignent, est laseide raison qu'on puisse donner de leur sépara- 
tion. Mais l'histoire ne comprend pas ainsi sa l;\che, de nos jours, et encore 
moins auparavant. Ku général, elle n'est (ju'nne séiie de biogi'a|)hies dans 
les(|utdles tons les événements pivotent autour de héros dressés sur un 
piéde^lal, l'épopée d'nnt* horde di; ((jiKiuérants, écrasant les peuples 
conquis ou d'une caste aristociati(|U(; emidis^anl l'air de ses exploits et 
de ses intrigues. Lhistoiie, dans l'état (h; choses, est l'apologie du fort, la 
conséciation du succès, la gloiilicalion de la gneire. La masse du peuple 
local y est oublié, il n'y est indi(|ué (jue pour lelever la gloire du triom- 
phateur. On se tait sur ses souirrances, sur ses luttes obscures contre la 
misère, sur son attachement au sol. Son nom même est omis, celui des 
conquérants seul lelentil. Lhisjoin' des (iaiilois, par exemple, est celle 
i\t'^ guerriers de proiession (ju'oii voit s'écoulantde la Uaule vers Delphes, 
Home et l'Asie Mineure. Des ('.elles sédentaires, de la glèbe, de la masse, il 
est j\ peine (jue-lion. Sous cet aspect, la science de l'histoire n'aurait 
qu'un faible intérêt, si ces invasions bi'illantes n'étaient malgré elles le 
véhicule des idées, des civilisations, des langues et des croyances. 

La science de riiistoiic datis l'avenir se confondra inlimenu'nl avec 
ridhnogiajdiie; elle devra donner* l'évolution des idées et des institutions, 
etdiie les obstacles «(u'elles ont rencontrés, les circonstances qui les ont 
aidées; elle monlrcr-a, non la j)oignée qui s'emp.ir-e des tei-res et passe, 
comme les seigneurs et leurs meules avant la lévolirlion, à travers les 
moissons des cullivalerrrs au birril des trompes, dans des costun.es bril- 
lant-, mais la masse, le jjaiia tiavaillaiiL et ariosant le s.;l de ses lar^mes. 
Dans le présent, elle est insrrftisanle et ses renseignements regardent plu- 
tôt l'économie |)oliti(pre, la science du droit, l'ai t de gouverner et de 
pressurer- les lu. rnnies, l histoir-e des ails et de la liltér-atui-e, la lactiijne 
militaire, etc. Il CNlddiK- préférable (jue, jrrsqu'à nouvel ordre, 1 hisloiic 
reste h part, et que chacun y puise à sa convenance. 

A l'histoire se rattachent toutes les connaissances qui contribuent à 
l'établir, telles que les (l'uvr-es littéraires analogues »^ Y Iliade et VOt/i/ss/r 
d'Homère, au Mahahhnnila des légendes aryennes de l'Inde ou au 



GENEKALITES. — PREHISTOKIQUE. i77 

Kalevala de Finnois, la niiniisinali(ine , Tépigrapliie , l'archéologie. 

L'npchôoioifie préiii.storiquc csl une partie de l'archéologie générale, 
qui est un des moyens de recherches et de contrôle de l'histoire. Par 
conséquent elle rentre dans celle-ci et devrait en partager le sort. Mais 
le préhistorique a rendu de tels services et a été si bien répudié par 
les archéologues de l'ancienne souche qu'il mérite une faveur parti- 
culière. 

A son origine, son rôle était fort réduit, il se bornait i\ apporter à l'an- 
thropologie les restes fossiles de l'homme ou les restes de son indus- 
trie la plus éloignée et à fixer leur date relative dans le temps ; il 
n'avait qu'à relever les circonstances du gisement, à recueillirles objets 
et débris d'animaux qui les accompagnaient. Mais avec Lartet et Broca 
ce rôle a grandi. Les préhistoriens ont eu à constater les manifestations 
artistiques et industrielles de nos ancêtres lointains et, à l'aide de traces, 
de pièces frustes, à reconstituer leurs mœurs, coutumes et jusqu'à leurs 
croyances. C'est donc avec quelque raison que M. de Mortillet a cru pou- 
voir dire que le préhistorique est la science anthropologique qui traite de 
l'origine et des premiers développements de l'humanité, et a créé le syno- 
nyme pab'oethnologie qui ferait du préhistorique une portion intrinsèque 
de l'anthropologie. Si M. de Mortillet eût dit paléoet/uiographle^ nous au- 
rions accepté sa proposition. Le véritable mot répondant à sa pensée eût 
été paléoanthropologie. Le choix de ces mots n'est pas indifférent : le 
dernier implique que le préhistorien doit être un zoologiste ou un mé- 
decin et avoir les connaissances fondamentales qui font l'anthropolo- 
giste; avec le mot paléoethnographie, il n'y a pas d'objections. M. de 
Mortillet dans cette question se reporte à lui-même ; assurément il est 
naturaliste, mais il est presque seul dans ces conditions. Habituellement 
le préhistorien est un lettré qui jusque là a vécu avec les Grecs et les 
Romains et dont l'ambition était de retrouver les piles de quelque pont 
par lequel aurait passé César, ou bien un homme du monde qui se pas- 
sionne tout à coup pour les collections de silex et ne s'élève guère 
aux idées générales qu'il y a à en tirer. Je ne parle pas des anthropo- 
logistes se faisant préhistoriens dans leurs heures de loisir, des crà- 
niologistes qui font une fouille par occasion ou des médecins collec- 
tionneurs, mais de la masse. Je serais enchanté que l'attrait du mystère 
qui enveloppe les restes de nos ancêtres stimule çà et là quelques préhis- 
toriens et qu'ils deviennent anthropologistes en passant à l'anatomie et à 
la zoologie, mais ce n'est pas le cas habituel. Les questions qui nous 
sont quotidiennement adressées sur des os recueillis dans un gisement 
quelconque, les prétentions d'en parler hautement et d'en tirer des déduc- 
tions que nous nous interdisons, quoique nous en faisions l'objet constant 
de nos éludes, en sont la preuve. L'invasion du préhistorien se croyant 
anthropologiste est le danger contre lequel nous devons nous défendre. 
(Ju'il prenne le titre de paléoethnographe en sachant bien que l'ethno- 

rni'i.NMH». — Autliropoloiîio. 12 



ITM CII.UMTKK MI. 

graphie reduid'a rlle-niôiiie ue>[ pas de ranlhr»i()ol.)^ie, rien de mieux ; 
la place est ;\ preiidie, ou rnieiix ;\ ((HHjuérir. (yest ainsi (jiie M. de Moi- 
tillt'l ri'uli'iid à son ruur^ de rilcolf d'anlhrupolugie et il a raixjii. Il sait 
aussi bien (jue nioi (jue le jiire ennemi dans les seiences e^t la lanlaisie, 
et cpie les nombreux a(le|)les cju'il groupe autour de lui n'échappent pas 
àcellc Ifiidanfe. Nnlle partie îles sciences anthr(>j)olui,'i(iues n'exige autant 
de calme et tle reserve (jue le préhisloriiiue actuel. On y est trompé et 
on s'y trompe avec une extrême lacilité. 

Je me résume sur ce sujet délicat : le préhisloriiiue e>t une science 
anthropologique au môme titre cpie l'histoire, la mythologie ou la lin- 
guisticpie, mais il peut, en maichant ;\ la suite de notre collègue et 
ami M. de Mortillet, se rattacher h relhnographie. 

|jin|(uistiqu<>. — Après riii>toiii'. (jue nous rejetons sous sa forme 
actuelle, et l'archéobjgie piéhistoiique, que nous acceptons comme syno- 
nyme de paléoethnographie, la science qui se présente avec le plus de 
droits à faire partie de l'anthi-opologie est la linguistique. C'est une science 
toute particulière, détachée de la philologie et (jui s'occupe de la struc- 
ture des langues, comme phrases et comme vocabulaires, pour aboutir à 
leur classification. Ses titres à rentrer dans l'histoire naturelle de l'homme 
sont au nombre de deux: l'un est le contingent des connaissances cju'elles 
apportent à l'étude, dans les divers groupes humains, de l'une des 
facultés les plus caractéristiques de l'homme : le langage articulé; l'autre 
est sa prétention aflichée pendant longtemps, comme nous l'avons vu 
dans rhislori(]ue, mais aujourd'hui retirée, d'identilier la classilication 
des langues avec la classification des races. 

Ce dernier point est jugé. L'anthropologiste prend les données lin- 
guiste comme il accepte les ossements fossiles humains avec leur 
date, des mains des préhistoriens. I^orsque le linguiste lui assure que la 
langue finnoi>e actuelle est la môme que celle du h'a/eua/u et est voisine 
de la langue hongroise et de la langue samoyède il n'aqu'às'incliner sauf ù 
examinersi ces renseignements éclairent le problème des origines finnoises 
et s'ils concordent avec les renseignements tirés d'autres sources, no- 
tamment de l'anthropologie physiijue. 

Le premier point est à regarder. Précédemment nous avons été porté 
à accepter la sociologie comme l'une des parties essentielles de l'histoire 
naturelle de l'homme pour deux motifs : le premier, parce qu'elle n'est 
que l'étude des formes di\ erses (juc prennent les manifestations de l'une 
des facultés les plus caractérislicjues de l'homme, celle de sociabilité ; le 
second, parce (pi'il ne peut y avoir d'étude des peuples, de leurs UKCurs, 
croyances, industries, c'est-;\-dire d'ethnographie, sans elle. Kn laissaFit 
de côté les applications (jui regardent l'économie politi(|ue ou la jurispru- 
dence, la paitie science pure de la sociologie est tout entière dans ces 
deux points de vue. Il n'en est plus de même delà linguistique. Assuré- 
ment les langues sont de> formes diverses des manifestations de la faculté 



GENÉHALITES. — DÉMOGRAPllIt;. 170 

du lanp:ap:e ; assurément elles concourrent largement i\ la connaisbance 
des rapports des peuples entre eux et par conséquent de leur passé. iMais 
ces deux services qu'elle rend à l'anthropologie n'existeraient pas, qu'elle 
n"en serait pas moins. Son bagage principal se compose de considérations 
qui sont du ressort de la littérature plus que de l'histoire naturelle. 
L'agencement des sons articulés, la grammaire, les étymologies en for- 
ment le fond. La linguistique est enseignée avec raison d'ans les Ecoles 
d'anthropologie, mais au môme titre que pourraient l'être avec profit 
l'histoire bien comprise, la mythologie comparée et autres sciences. La 
linguistique est un simple chapitre de l'anthropologie. Mais par certains 
points de vue, la somme de ses titres à rester indépendante l'emporte 
sur ceux à relever de l'histoire naturelle de l'homme. 

La démographie sc présente ensuite par ordre d'importance. 

Dans l'état actuel des choses, son horizon est assez limité et ne répond 
pas à son programme : la statistique de tout ce qui concerne la vie 
des peuples. De fait elle ne s'occupe encore que de ce que l'adminis- 
tration lui permet, c'est-à-dire de la natalité, de la mortalité et de la 
nuptialité suivant les âges, les sexes, les professions, les pays. En Italie 
et dans d'autres pays la statistique a porté sur quelques faits intéressant 
plus immédiatement l'anthropologie. En Amérique, pendant la guerre de 
sécession, des mensurations ayant été prises sur des milliers d'individus, 
la taille entre autre sur un million et un quart, la statistique a été appelée 
à jouer un rôle considérable. 

En somme la démographie ou statistique sur les peuples et la statis- 
tique anthropologique représentent en France plutôt une espérance. 
Môme dans les pays étrangers ci-dessus plus favorisés, les applications 
à l'anthropologie ne forment qu'une minime part de cette science qui se 
rattache davantage à l'économie politique, à la pratique médicale et à la 
géographie commerciale. Nous pensons donc qu'il y a lieu, en lui laissant 
toute son indépendance, de ne l'accepter que comme une science très ac- 
cessoire de l'anthropologie par quelques-uns de ses points de vue actuels. 

Puis viennent une foule de sciences qui apportent leur contribution, 
mais dont le secours est cependant nécessaire. Telles sont : 

La ^éog^raphie ancienne et moderne, qui donne l'emplacement suc- 
cessif des peuples dans le passé et dans le présent et les conditions des 
milieux dans lesquels ils se trouvent. Nous ne l'indiquons que pour mé- 
moire. C'est un exemple de science à laquelle l'anthropologie emprunte 
sans s'immiscer en aucune façon dans sa façon de faire. Réciproquement 
cependant l'anthropologie lui ouvre des horizons qu'elle est libre d'ex- 
plorer et qui ajoutent un nouvel intérêt à ses travaux. 

La i^éoio^ie et la paléontologie, qui se rattachent à la paléoethnogra- 
phie ou archéologie préhistorique, et ne sauraient en être séparées. 

La mythoio«^ie comparée et la science de la morale, dont nous avons 
déjà parlé comme se reliant à la sociologie notamment. 



Ig0 <:ii.\i'iiKh Ml. 

il MiffU do parcourir les IJullelins de la Sociél^' dautlin.poloKÏe pour se 
rendre compte de la mulliplicilé des sciences qui pcuvenl ainsi entrer en 
jeu. Un jour c'est la cpieslion des canons usités par les ailisU-s depuis 
les Egyptiens jusqu'il nos jours; une autre fois celle des divers genres 
de sculpture on d'architecture qui se sont succédé chez les premiers 
peuples civilisés ; ou celle de la gamme musicale ayant ours chez les 
Chinois ou les Polynésiens ; une autre lois c'est un pmnt de législation 
comparée, se rattachant le plus souvent a rellinc^Maphie et i\ la so- 
ciologie, comme le mariage ou la propriété chez les Australiens ou les 
Mongols. 

On s'étonnera i)eul-iMrc (juc ji- n'aie jias cilé la R.M.srapl.M' iiMMlit-aU-, 
,,„i isl représentée à I'Imm.I,' (ranllimpolo^ie. La géographie médicale 
n'est pas une science particulière, ce n'est (jue la répartiti.ui des maladies 
suivant les races et les milieux, c'est-à-dire l'un des chapitres d'une divi- 
sion très large de l'anthropologie .iiie j'aurai- voulu appeler pathologique. 
Le nom de géographie médicale a été donne à cette chaire pour des 
raisons particulières. Celui (VriHi/(rn,,nli,;,ù' pntliidofjviw, eût embrassé tous 
les caractères et phénomènes d'ordre pathologique (lui ont un intérêt 
quelconciue pour l'histoire naturelle de l'homme et des races, et le cadre 
en est vasU«. M. l{ordier l'a du reste ainsi compris. Son enseignement est 
le trait d'uiiiun enhe IKn.le de ni.MJcrine et l'Ecole d'anthropologie. Il y 
joint avec raison la mesnlof,œ et dans une certaine limite la initholoffie 
rumparce. C'est une lacune (lu'il comble avec bonheur. Je renvoie du 
reste à son excellent livre sur U; sujet (1). 

Les sociétés d'anthropologie (lui sous divers noms se sont succédé à 
Londres, sont une preuve aussi de l'étendue d'horizon que comprend 
l'histoire naturelle des hommes, et des spécialités intimes qui se mettent 
soussone^Mdeci). L'anlhr.,p(dogie, a dit l'un de leurs plus illustres prési- 
dents, James llunt, comprend touies les sciences (jui portent directement 
snr la science de riioniin." et de l'humanité, comme l'anatomie, la 
physiologie, la psycholo^ne. l'ethnographie, l'ethnologie, la philologie, 
riiislnirc. la paléontologie etc. 3 . 

1 Unnli. r. Lu >j.'o'jnnj',>c nuiirnle. IliMintli. (]<•;* se. loiiteuip. l'an^ ^^^^' 

daLs, pir John Sl.ortr. M.-m. Soc. anthr. IS^H-.'.). Lo.uiros. - Ir in ,nusu,H^ ^'7;^' '* 
races parJoH. Kain.s. l»roceed. auil.r. S.,c. 18" l. Loudr... - he a iransuussion ,les apU- 
/U/.;' 7«'//'^•>. parc;. Hanis, .lourn. an.l.r. lusl. .SV'. I...ndre.. - Du /«"^«V-. ^?; 
50.W..-»mW.. par (iraham Bell. Journ. an.l.r. h.si. 1H78. Io,h1;o« - Des cnract^res delà 
voix cuez le. ,,^uple. ./ei'Asle.t de l'Afrique, par sir Dunca.. (..b >, Mem. hoc. a.ul r. 878. 
LoudrcH. - /../ r^.^^sahon de Hahylnne, par (.had IWav.u. Jour... -';^«;'-- '''•;^^ «''• 
Londn.H. - i:esle..s,on de. Sln.es, par II. II. HoworU.. Jour... an.l.r. Ins.. 8.8. Lo c . 
Ufarmlle humaine ,.n,nitive, par Sun.land Wak., Jour... an.l.r Insi. '«•'•»•'«";''•; 

/;. lov,,ine de la charrue et de In roue n voUurr, par K.-B. T>Wm-. Journ. anthr. InM. 
1880. Londrc. - Du fetulusme, par W.sU-opp. Jour... a..il..-. 1..M.. 1>80. Lo..dr«^^^ Le. 
droite de la mère et du ,,r,r. par Howiu ol Fison, Journ. an.l.r. Ins.. I8R?. Londres, le. 
(.1. James llunt, Anilnu.pol. Hevieu-, vol. III, I8(ii, p. lxxmii. 



GÉNÉRALITÉS. — PLACE DE L'ANTHROPOLOGIE DANS LES SCIENCES. 181 

En résumé, Fanthropologie a pour terrain propre et pour base l'ana- 
tomie propre de l'homme et l'anatomie comparée, pour assise suivante 
l'ethnographie, et pour couronnement la sociologie et la psychologie. 
Son objectif, c'est la connaissance complète de l'homme, de ses races et 
de ses sociétés, la place de l'un dans la nature, et le secret de l'origine et 
de l'évolution des autres. A cet effet elle met à contribution toutes les 
sciences dont elle a besoin, en se les annexant ou leur laissant leur auto- 
nomie. Le mot de sciences anthropologiques n'a pas un sens fixe et, 
comme celui de sciences médicales, il embrasse toutes les cormaissances 
concourrant à celle de l'homme ou mieux des hommes, les sciences d'ap- 
plication étant seules exclues. 

Place de l'anthropologie dans la classification des sciences. — 

Quoique nous n'attachions pas un grand intérêt à ces classifications qui 
ne sont pour nous qu'un jeu de l'esprit, nous nous croyons obligé d'en 
(lire un mot. 

Mais dans quelle classification des sciences ? se demande-t-on aussitôt ; on 
crée de ces classifications à volonté suivant le point de vue où l'on se 
place. 

La division qui a fait le plus de bruit est celle en sciences abstraites et 
sciences concrètes, ces dernières n'existant pas par elles-mêmes et s'épar- 
pillant çà et là dans l'une des six sciences abstraites admises. 

Il y a deux genres d'esprit, notre historique l'a montré : des spécula- 
teurs et des observateurs. Les premiers conçoivent et coordonnent, dans le 
silence du cabinet; ils conçoivent les choses d'une façon simple et hiérar- 
chique, suivant l'idée personnelle et philosophique qu'ils s'en font, et rat- 
tachent ensuite les faits à leurs conceptions, qu'elles confirment bien 
entendu. Ce sont les successeurs de la philosophie allemande de Scheliing. 
Les seconds procèdent inversement de l'observation, ils avouent ne rien 
savoir tant qu'ils n'ont pas réuni un nombre suffisant de faits, et se gar- 
dent avec soin de tout parti pris ; ils s'élèvent, mais avec prudence, d'in- 
duction en induction, de généralisation en généralisation, à des som- 
mités aussi transcendantes que les précédents. Les premiers partent de la 
foi dans leur propre raison, leurs idées deviennent des dogmes, ils sont 
intolérants, hors de leur église point de salut. Les seconds prennent le 
doute pour règle, ils croient que la science est l'œuvre des siècles, le 
fruit du travail accumulé, ils reconnaissent que ce qui leur paraît le 
mieux démontré peut être renversé le lendemain par un petit détail qui 
leur aura échappé. Les premiers font profession d'esprit philosophique 
sans s'apercevoir que cet esprit n'est qu'une forme d'impressionnabilité 
pouvant conduire par chance à des idées justes, mais menant aussi à des 
abîmes de fantaisies; pour eux il n'y a que des sciences abstraites ou 
générales. «Les sciences vraiment concrètes, disent-ils, resteront toujours 
interdites à notrefaible intelligence, les sciences abstraites seules noussont 



|S2 r.llAPITHI- VI !. 

accessibles. •» Lopicpies avec eux-in^ines, ilsne laissent aucune place dans 
leur classilioation aux sciences concrètes et se contentent de six sciences 
générales n'ayant pas do relations entre elles; comme la sixième, la so- 
ciologie, qui serait sans lien avec la (Minjuièrne, la hioloi^ie. 

Tout proleste contre celte fa<;on exclusive de voir. Les facultés intel- 
lectuelles de l'individu s'exer^ant dans l'état de nature ou dans l'état 
social, procèdent de l'organisation pliysi([ue de ct't individu. Les facultés 
collectivement manilestées par un nombre d'individus rassemblés en 
société, procèdent de 1 organisation physique rpoyenne de ces individus. 
L'humanité t(Mit entière, dans ses caractères généraux d'ordre social, n'est 
que la ré>ullante de l'ensemble des moyennes d'organisation des groupes 
dont elle se comp»>se; ses diverses fractions ont évolué en civilisation et 
en morale, comme a progressé et s'est modilire l'cu-ganisation physique 
cérébrale. (Jue l'excitation extérieure ou la modilicalion intérieure, spon- 
tanée en api)ar('nc(', en s(»it ou non le point de (léj)ail, peu importe! il n'y 
a pas d'ellet sans cau>e. Pour rire sociologiste complet, il faut être physio- 
logiste, voiie même anatomisle. 

Ileii)er Spencer, (pii sans dériver du i)osilivisme, a quelque faiblesse 
pour lui, montre que cette sépaiation du concret de l'abstrait n'est 
applicable ([u'à l'une des divisions établies par Comte. La logique et les 
mathématiques sont î)our lui des sciences abstraites. La mécanique, la 
physique, la chimie, etc., sont des sciences h la fois abstraites et concrètes. 
L'anatomie, la biologie, la psychologie, la sociologie, etc., sont des sciences 
concrètes. 

Nous irons plus loin, et nous dirons fjue dix-neuf fois sur vingt, toute 
science présente les deux aspects. On ne peut recueillir des faits sans 
(juil s'en dégage quelque généralité qui, rapprochée d'autres généralités, 
conduit ;\ quelque loi ou idée générale de l'ordre absolument abstrait. 

Il y aussi la division des sciences en pures et appli(|uées, celle en ana- 
lyticpies et synthétiques, en générales et spéciales. 

Polir nous, ain^i (jue l'a dit Lamarck, tout dans les connaissances 
humaines se réduit ;\ deux choses : les faits palpables recueillis et l'em- 
ploi que nous en faisons : interprétation immédiate, généralisations, clas- 
sements, dénominations, synthèses. Les vues de l'esprit changent avec les 
générations et les écoles philoso[)hi(pies, les faits restent. Un jour peut- 
être la vérité suprême sera connue, la formule de l'univers trouvée ; 
jus(|ue-là le^ vues de l'esprit ne sont que des produits humains, les hypo- 
thèses (jue des procédés de travail, les synthèses (|uc des degrés s'élevant 
successivement du connu :\ l'inconnu. 

Pour nous les sciences forment un tout dont les diverses parties étroi- 
tement unies et enchevêtrées se prêtent un nuiluel soutien et que la 
nécessité nous oblige :\ séparer en tronçons j)lus ou moins naturels qu'(»ii 
multiplie à volonté suivant l'intérêt qui s'attache à telle ou telle partie. 
Le tronçon anthropologique que l'on divise et subdivise à son tour suivant 



GltNÉRALlTKS. - PLXCK l»R L'ANTHROPOLOGIE DANS LES SCIENCES. 1813 

les besoins et l'étude n'est qu'une portion constituante d'un tout qui se 
présente aux yeux de l'observateur philosophe à peu près comme il suit. 

Ce qu'il voit d'abord, c'est le total du kosmos, la voûte céleste, les 
constellations qui brillent au-dessus de nous, l'objet de l'astronomie. L'un 
de ces astres, plus accessible, le sollicite plus particulièrement, la planète 
que nous habitons: l'étude de son intérieur donne lieu à la géologie, celle 
de sa surface î\ la géographie; secondairement dans celle-ci interviennent 
les cours d'eau et les mers, c'est l'hydrographie, etc. Sur cette planète les 
ôtres vivants appellent surtout son attention, les végétaux, objet de la 
botanique, les animaux, objet de la zoologie. Parmi ceux-ci certains 
successivement donnent lieu à l'entomologie, à l'icthyologie, à la mam- 
mologie. Nous arrivons ainsi à nous-mêmes, objet de l'anthropologie, 
que nous divisons de môme à notre gré suivant le système organique 
auquel nous nous attachons en ostéologie, craniologie, etc., ou à un autre 
point de vue, en anatomie, pathologie, etc. Toujours c'est le sujet qui 
caractérise la science. Dans le même cercle kosmique les phénomènes 
au lieu des lois peuvent nous solliciter; d'où la chimie, la physique, la 
physiologie. Mais la physiologie ne peut se passer de la chimie, de la 
physique ; la zoologie comprend à la fois l'anatomie, la physiologie et 
vingt autres connaissances, comme nous l'avons vu, qu'il s'agisse du règne 
total ou d'un animal quelconque. 

L'anthropologie, simple partie de la zoologie comme la zoologie est une 
partie de la science générale des êtres organisés, comprend les mêmes 
sciences et connaissances avec cette seule différence que certaines y sont 
portées à leur plus haute puissance. Là, comme partout, les sciences les 
plus opposées s'enchevêtrent et se tiennent. Ce qui n'empêche pas que la 
chimie, comme la physiologie, la zoologie ou l'anthropologie, ne puisse être 
prise à part et érigée en science autonome, si cela est utile. La nécessité 
seule fait loi, les scissions ne sont qu'apparentes en vue du partage de la 
besogne. L'anthropologie, comme la médecine, comme la physiologie, 
est un composé de sciences reliées par un objectif défini. Des trois on 
peut dire à égal titre, pour répéter un mot qui n'est que spirituel, qu'elles 
sont le carrefour d'une foule de sciences. Il serait plus exact de dire l'étoile 
où convergent une foule de sciences, la mieux partagée étant celle vers 
laquelle aboutissent ou d'où partent le plus grand nombre de voies. 

Si je voulais insister sur ce sujet, je dirais que la classification des 
sciences la plus pratique est celle en sciences générales, sciences spéciales 
et sciences d'application. A ce point de vue l'anthropologie est une 
science spéciale. 

En second lieu c'est au premier chef une science d'observation, s'éle- 
vant de l'analyse aux synthèses les plus brillantes. 

Enfin, si l'on veut, c'est une science pure et concrète. « Elle est pure, 
dit Bertillon père, c'est- fi-dire dégagée de toute vue d'application immé- 
diate, comme de toute idée dogmatique; elle se propose de découvrir des 



18» .:iUIMTHK VIII. 

faits préri'*, et les rapports (|iii les fucliaiiMMil dans l'ordre naturel sans 
se soucier du plaisir ou du déplaisir que leur découverte uu leurs consé 
quences feront éprouver aux champions des diverses croyances, sans 

ni^cne se préoccuper des applications. » Klle est (•()UcrMe, c'est-à-dire 

(jm'»'!!»' a un ohjet réel délini, l'hoinine. 



ClIMMTi;!: Mil 



(iKNKU M.ITKS 'SriTIV. 

Divisions i\v laiithropoloRie. — Caractère». — Typo». — Hart>s. - Roupie». 

— Natioiialitos. (Iniirliisions. 



Les divisions à accepter dans l'anthropolof^ie aussi bien pour les be- 
soins de l'étude, afin «le ne pas confondre des |)aities qui doivent ou 
peuvent ôtre conduites dans un esprit didéient, (jue pour satisl'aiie à la 
logique, découlent de cecjui j)iécè(le : les objectifs successivement pour- 
suivis les in(li(|uent. L'hoinnie physicjue est le point de dépari, l'homme 
moral et social est le pcjinl d'ari-ivée; il y a des personnes «jui s'adonnent 
spécialement à rélutle du premier el d'autres ;\ l'étude du second. La 
séparation des deux est impossible, on ne peut traiter d'un caractère 
physi(|ue (juel que soit le désir de s'y conliner, sans se préoccuper de ses 
conséquences physiologiques et par conséquent sans parfois se porter 
sur le terrain intellectuel et social. Réciproquement le chercheur qui se 
limitant au côté moral, social et physiologicpie, ne tiendrait pas compte 
des différences d'organisation dn substratum physique, risquerait de 
perdre pied. Les deux aspects se tiennent, se consolident muluellement, 
et l'homme (jui a la garde du sol sur le(|uel Tédilice s'élève et des pre- 
mières assises supportant le reste, celui-là est l'anthropologiste, bien qu'il 
ne s'attribue pas en propre les parties supérieures du monument. C'est 
donc le principe de la division et de la nature du travail (jui préside à la 
répartition logique des matières inclues dans l'anthropologie, s'accordant 
du reste avec la nécessité (jui veut fju'on aille de l'individu à la collecti- 
vité, de l'animal à l'être intelligent. 

De là les divisions et la marche que j'ai adoptées dans mon Anthropologie 
et qui me paiaissent encore les plus sages lorsqu'on veut suivre la succes- 
sion logicjue des idées et embrasser la totalité de son sujet. Les masses 
compactes dans lesquelles on puise, où se rencontrent à la fois les indi- 
vidus et leurs caractères d'ordre divers, et où s'étudient les phénomènes 
complexe^, je les laisse de cftté, ce sont les peuples, l'objet particulier 
de relhnograj)hie sur larjuelle je m'explicpierai bientôt. I^es scierices 
complémentaires, plus ou moins grelfées sur l'anthropologie et (\u\ vien- 
nent apportei- leurs données propres, je les mets à part aussi. Kthnogra- 



r.ÉNÉRALlTÉS. — ANTHROPOLOGIK r.KNÉRALE. 185 

phio et sciences accessoires concourent avec les autres divisions i\ la so- 
lution dos grands problèmes généraux qui dominent l'histoire naturelle 
des hommes. 

Après ces éliminations, que reste-il? En premier lieu le genre humain 
dans son ensemble, considéré en lui-môme et dans ses rapports avec les 
autres groupes zoologiques. En second lieu les races humaines comparées 
entre elles et dans leur relation avec le genre total. En troisième lieu les 
(luestions générales. Ceci est évident. Voyons ce que Broca en pensait. 

En 1866, dans le Dictionnaire enci/clopédique des Sciences médicales^ à la 
suite de sa définition : a l'anthropologie est l'histoire naturelle du genre 
humain, » il ajoutait : 

(( Du genre humain considéré : 1** dans son ensemble : 2° dans ses dé- 
tails et 'S" dans ses rapports avec le reste de la nature. » Et prenant ces 
trois divisions au rebours il disait : on peut ramener toutes les études 
qui ont pour but d'arriver à la connaissance du groupe humain, à trois 
chefs : sous le premier se range la considération de l'homme en tant 
qu'animal et sa comparaison avec les autres animaux, ce qui constitue 
« ^anthropologie zoolof/ique ou étude de groupe humain considéré dans 
ses rapports avec le reste de la nature organisée ». Sous le second se 
décrivent les caractères anatomiques, physiologiques, intellectuels, mo- 
raux, sociaux, qui, en s'associant, donnent naissance aux types caracté- 
risant les groupes secondaires qu'il s'agit de classer ; c'est l'anthropologie 
descriptive ou ethnologie. Sous le troisième chef se rangent les questions 
d'ensemble, telles que les méthodes d'étude, la crâniologie générale, 
l'anthropologie générale, les questions de permanence des types et d'in- 
tluence des milieux, d'unité ou de pluralité primitive des groupes secon- 
daires, d'hérédité et d'acclimatement, d'hybridité et d'unions consan- 
guines, de perfectibilité humaine et de civilisation, de transformation et 
d'évolution; c'est « Vanthropologie générale, troisième branche de l'anthro- 
pologie, insistait-il, la dernière dans l'ordre logique d'évolution scienti- 
fique régulière, mais la première en importance, qui a pour but l'étude 
du groupe humain considéré dans son ensemble », et qu'on peut encore 
définir d'une façon moins rigoureuse, mais plus frappante : « L'anthropo- 
logie générale est la biologie du genre humain. » C'est à peu près ce que 
j'ai dit dans mon Anthropologie, où en effet je me suis inspiré de ce 
passage, en coordonnant l'ordre des matières. 

Mais dans la pratique la conduite souffre quelques différences lorsqu'un 
étudiant possédant du reste les premières notions indispensable en ana- 
tomie, physiologie, pathologie et histoire naturelle, veut se livrer à l'an- 
thropologie et procéder prudem.ment, de façon à être toujours en mesure 
de se juger lui-même et d'avoir des idées siennes. 

Son premier acte est de se donner une teinte générale de ce qui s'est 
dit et fait en anthropologie jusque-là, des discussions jugées ou pen- 
dantes, et surtout des acceptions dans lesquelles les mots doivent être pris. 



I8« CHAPITRE VIII 

11 viMil >av(iir v(Ms ((uols points ^on allenlion (init tMre portée cl (juelk' 
iiH'lliDilf il (ioil Miivri'. Alors commence son (puvre personnelle. 11 déhule 
par les caractères physiques : ceux du crâne, du squelette, du cerveau, 
des muscles d'abord, s'il veut Mre hi^mme do science et surtout de labo- 
ratdire; ceux tirés du visage, des cheveux, de la peau sur le vivant, s'il 
est pressé et vise à >c laire voyageur. 11 les compare, les mesure, les 
décrit, en cherche la si.::niIlcation, la subordination, la gradation des ani- 
maux à l'homme et dans les diverses fonctions humaines, et se rend 
compte peu à peu de leur valeur afin de s'en servir plus tard pour établir 
les races. Les anomalies pathologiques et réversives, les arrôts de déve- 
loppement, les singulaiilés de (juehiue nature (lu'elles soient le préoc- 
cupent en ce sens qu'elles peuvent ôtre prises pour des caractères régu- 
liers de races sur le vivant; l'albinisme, les hommes-chiens, la polydactylie 
l'intéressent pour les mûmes raisons. CheEuin faisant il se verra obligé de 
s'en prendre aux caractères physiologiques ; non pas encore aux carac- 
tères intellectuels et sociaux qu'il réserve pour plus tard, mais à ceux des 
caractères physiologi(|ues (jui peuvent lui fournir des caractères immé- 
diats dans la lûche de la distinction qui va se présenter après, ou l'éclairer 
sur la portée des caractères physiques et leur degré de résistance aux 
causes de détérioration. C'est ainsi qu'il étudie l'inlluence des milieux, 
des croisements, de l'hérédité. 

Dès lors il passe aux races, c'est-fi-dire que, réunissant les caractères 
d'ordre divers qu'il apprécie i\ présent i\ leur juste valeur, il peut dire 
celles qui méritent ou non celte qualilication. 11 est également préparé pour 
examiner leur degré de pureté, les phénomènes qui président à leur 
formation, ;\ leur existence, i\ leur fusion et à leur destruction, et pour 
établir leur parenté et leur classement, ("est à l'aide des peuples qu'il 
poui>uit ici son travail, tâche longue et laborieuse qui l'entraîne aisé- 
ment, s'il ne sait s'arrêter, dans la voie si large do l'homme social et 
intellectuel. 

Du reste, après l'étude analytique des caractères il aurait pu passer 
directement à leur synthèse dans le groupe humain sans procéder à la 
comparaison de celui-ci avec les animaux, et en tirer un premier aperçu 
général, celui par le(|uel j'ai terminé la première partie de mon Aii- 
thrnpnlnfjie : la place du genre humain dan^ la classification des êtres. 
Mais il y est mieux préparé après l'étude des races qui est une continua- 
tion de la méthode analytique, mais un premier degré déjà pourtant de 
synthèse. C'est l;\ en effet (ju'il voit la distance de l'homme le plus élevé 
M'animai le plus voisin, diminuer par l'interposition d'intermédiaires, 
etfpril établit la gradation sériaire des groupes humains. 

A partir «le ce moment, ayant examiné l'homme animal, sous ses aspects 
principalement phyMjpies, dans son ensemble tl dans ses formes diverse^, 
il est en droit de ^'alta(|uer au côté moral. 

Procédant de l individu i\ l'humanité en passant parle peuple, il aborde 



GÉNÉRALITÉS. — CARACTERKS. 187 

la psychologie, l'ethnographie, la sociologie et les mille questions qui 
s'y rattachent et exigent le concours de connaissances d'autres prove- 
nances. 

C'est la méthode analytique, je le répète, s'élevant des faits particu- 
liers aux faits généraux, do ceux qu'il importe de connaître les premiers 
i\ ceux qui n'en sont que les effets, la suite ou les combinaisons, par une 
série d'étapes prudentes conduisant en dernier ressort aux synthèses les 
plus hardies. Procéder ainsi, c'est lire un livre en commençant par les 
premières pages et allant jusqu'à la fm sans rien passer. Dans une science 
tout dépend des commencements. On se fausse l'esprit ou on lui donne 
de la rectitude suivant la conduite tenue au début. 

Du reste Broca, dix ans après, en face des nécessités de l'enseignement, 
modifia sensiblement sa façon de présenter les divisions les plus appro- 
priées de son vaste sujet. L'histoire naturelle de l'homme comprend doux 
parties, dit-il : « V anthropologie générale ou étude des caractères communs 
à tout le groupe, et Vayitlu^opologie spéciale ou étude des caractères propres 
aux divers groupes partiels dont il se compose. » Quant à la place des 
grandes questions générales à débattre, il n'en parle plus. Dans sa pensée 
chaque professeur devait être libre d'en parler à volonté à l'occasion des 
faits principaux qui y donnent lieu. Inutile d'instituer une chaire pour 
elles, disait-il. Fidèle à son ordre logique précédent, il les veut placer à 
la suite de l'anthropologie spéciale. 11 scindait donc l'anthropologie géné- 
rale en deux : une portion qui était comme une introduction à l'étude 
dogmatique soit du groupe humain dans son entier, soit des races hu- 
maines, et une qui était la terminaison, le couronnement de l'anthropo- 
logie entière ; de la première il séparait même tout ce qui exige une 
constante comparaison avec les animaux, toutes les descriptions et consi- 
dérations qui regardent la brute; c'était V anthropologie zoologique. 

En définitive, sous le titre d'anthropologie générale, je traiterai dans 
ce livre non de toutes les matières que cette expression comporte suivant 
Broca, mais de toutes celles que l'étudiant doit connaître avant de passer 
soit à l'anthropologie zoologique, soit à l'anthropologie spéciale, et à plus 
forte raison à l'ethnographie, à la sociologie et à la psychologie. 

J'ai montré, à la suite de l'historique, tout ce que renferme la défini- 
tion acceptée de l'anthropologie; j'en ai établi les divisions. Je passe à 
présent à l'examen de la signification de certains mots qui reviendront 
sans cesse et sur lesquels portent une bonne partie de l'anthropologie : 
ceux de caractère, de type, de race et de peuple: les derniers me condui- 
ront à m'expliquer sur deux autres mots dont je ne me suis servi jusqu'ici 
qu'avec regret: ceux à' ethnographie et (^ethnologie; ce sera le complément 
du chapitre précédent. 

Caractèreii. — Ce mot a différents sens dans la langue française, en 



IH8 cnAPiTiu: VIII. 

Iiisioirt' naluri'lli' il n'en a qu'un, il ilr^i^Mit' Utulo paiticiilaiité physiijuc 
nii auti»' <|ii«' prt'scntc un sujet on un ^lonpo, v[ <jin' ne pié^ciilc pas 
un antii' snji'l nu iiii autrt? f^roiipc. 

Lf caiacltTt» appailii'iil, en ellVl, :\ nn seul iiidividn, ri est dil indivi- 
duel, ou ;\ un ^Mdupe dans leciucl il est plus ou moins ('\piiin('* par la 
majorité on la lolalih» des sujets, i.e cerveau d'Asselifie (|ni est au labo- 
ratoire d'antliiopoloirie de la Société, piésenle une particularité extrèinc- 
nient rare; le pli de passade su[)érieur du lohe pariétal au lohe occij)ilal, 
toujours très développé et par la superficiel, y est au ((jutiaiic à peine 
inar(iué et profond du c(Mé dioit : c'est le caractère particnliei- ou indivi- 
duel de ce ceiveau. Deux ci'Anes sont sous vos yeux semblables, vous 
découvrez un os wormien dans la sutuic lambdoïde de l'un, une suture 
anormale en travers de l'os malaire ou nn indice cépbali(iue de 73 au lieu 
de 7.') : cela devient le cai-actère propre de ce cr;\ne, scju caraclei-e indi- 
viduel. 

Les caractères sont bons, mauvais ou indillérents, c'est-à-diic que, 
tout en constituant une particularité ;\ noter, ils réi)ondent plustni moins 
à ce «jui lait leur intérêt : leur propriété de faire reconnaître un sujet ou 
un groupe d'un autre sujet ou groupe. Lorsque par leur constance dans 
un groupe, leur fréquence plus ou moins accusée ou leur intensité de 
développement, ils sont jugés bons, on leur ajoute l'épithète d(i distinrtifs 
pour insister sur cette qualité. 

Lorsque cette valeur est poussée à son maxinuim et satisfait pleine- 
ment, le mot se transforme : le caractère distinctif devient un trait carac- 
téristique et pour plus de brièveté une rfwact ûrisf tfpie. Ainaï l'homme a des 
caractères distinctifs par lescjuels il se sépare plus ou moins des animaux 
en général, des singes en particulier, des anthropoïdes ensuite, mais il n'a 
qu'une ou deux caractéristiques vraies. 

Le crâne tasmanien a plusieurs caractères qui le dislingue parfaitement 
des autres crânes d'Océanie. Mais il n'a peut-être qu'une caractéristi(jue : 
une certaine disposition en carène de la voûte dans la région bipariélale 
que l'on reconnaît toujours, loisqu'on l'a saisie une lois. Lue forme 
pai-ticulière de nt'/ bnscjué bien «-onnue est la caractérislicjuo du visage 
des Bourbons. 

Le <yo /t>(i(I i\u Yankee résume d'un mot l'un des (Mractcies de celui-ci, 
comme l'esprit de migrations lointaines est depuis cjuarante siècles l'un 
de ceux de la lace blondevt grande du Nord de l'Europe que nous dési- 
gnerons sons le iimii (le Kyniri, pour faciliter la description; mais on ne 
saurait dire (jue 1 un ou l'autre soit une caractéristicjne, car le Yankee et 
le Kymri possèdent d'autres caractères non moins remarquables. 

Il y a des caractères de toutes sortes: anatomiques, crAniométri(|ucs, 
phy>iologi(jues, pathologirjucs, lératologitjues. moraux, sociaux, ethni- 
ques, linguistiques, démograj)hi(|ues. 

Le nègre est presque exempt de la lièvre jaune, tandis (pie le blanc la 



(ÎENKKALITES. — TYPES. 189 

contracte avec facilité; cette iiniminité est un caractère pathologique du 
nègre. L'usage du tabou chez les Polynésiens et du scalp chez la plupart 
des Peaux-Uouges est un caractère ethnicjue. L'attachement au sol du 
Celte, de même que l'inverse tout à l'heure chez le Kymri, sont des 
caractères physiologiques. Telle forme de silex taillé, distinguant une 
population préhistorique d'une autre, est donnée comme un caractère 
préhistorique et peut être la caractéristique de l'une de ces populations. 
L'état nomade de l'Arabe d'Algérie est sa caractéristique sociale, comme 
l'état sédentaire est la caractéristique inverse du Berber. 

Le mot revient si souvent dans le langage anthropologique qu'il était 
nécessaire d'être de suite lixé sur son mode d'application. Dans le chapitre 
suivant nous verrons les autres divisions à admettre parmi les caractères, 
le parti considérable qu'on en tire et les divers aspects sous lesquels, 
pris en particulier, ils doivent être considérés. 

Type. — Ce mot est ancien dans la science; les prototypes de la nature, 
disait Bulfon. C'est autour de lui plus encore qu'autour de celui de race 
que pivote la grande discussion des monogénistes et des polygénistes, les 
premiers soutenant la mutabilité, et les seconds la permanence des types 
secondaires de l'humanité. Afin d'éviter le terme de races qui impliquait 
un jugement dans l'opinion classique et orthodoxe, les polygénistes en 
arrivèrent à ne plus se servirque de lui, à décrire et à classer les types au 
lieu des races. Quelques monogénistes acceptèrent même ce système. 
C'est ainsi que Lesson, Nott et GHddon, Bérard, Isidore Geoffroy Saint- 
Hilaire, ont admis de nombreux types dans le groupe humain, et les ont 
répartis, suivant leur importance, en primaires, secondaires, tertiaires, etc., 
et que Broca m'engagea à me borner, à la lin de mon Anthropologie, au 
dénombrement et à la description des principaux types humains et non 
des races. 

La délinilion la plus simple du type est celle de Cuvier : « Un ensemble 
de caractères physiques. » Celle-ci, que nous empruntons au Dictionnaire 
de Dupiney de Vorepierre, précise davantage: « C'est un ensemble de 
caractères distinctifs. » 

11 y a des types individuels : les quelques traits principaux par lesquels 
un individu se distingue d'un autre et possède sa physionomie propre. 
Des types de famille : l'ensemble des traits spéciaux que l'on rencontre 
dans les différents membres, contemporains et ascendants de cette fa- 
mille. Des types accidentels résultant de l'action des circonstances exté- 
rieures delà vie, communes à un même groupe d'individus: tels sont le 
type des mineurs privés de lumière; celui des marins exposés à tons les 
vents, baignant dans une atmosphère salée et se nourissant de même; 
celui des paysans de la Bresse ou des Marais Pontins soumis aux mêmes 
influences paludéennes; celui des Irlandais des comtés d'Armagh et de 
Down, dont parle Ch. Hall, parLagcaiit la uièuie misère, la même saleté, 



t'Jt» CIIAI'IIIU. Mil. 

la inôiiR* aliineiilation insulli>.iiiU'. VA des types Z(ntl()(/ii/nes : races d'ordre 
divers, espèces, genres, ordres, classes, etc. L'embranchement des ver- 
tébrés a pour caractères communs et par conséciuence pour type, une 
colonne vertébrale, nn crÀne, un axe neiveux cérébro-spinal, un coMir 
à (juali-e cavités. 

1) aiilre part, il y a aiilaiil de sortes de types (ju'il y a de sortes de ca- 
ractères, c'est-iVdire de points de vue où l'on se place; j'insiste i'ortenient 
sur ce fait qu'on oublie trop; donc des iypas /thi/sùjucs, jthysiubxjKiuea, 
puthuiogitjucs^ psi/choiofjtquesy sociaux, religieux, lintjuisiiques, cl/itiiffues, etc. 

L'assemblage des caiactères suivants : des yeu.x clairs, des <:beveu.\ 
blonds, une certaine d()li(lioté()balie, un visage allongé et étroit, un nez 
leptonhinicn et saillant, di's pommettes ellacées, des orbites mégasème>, 
des l'ormes sveltes et une hante taille, constitue le type pliysique général 
kymri, (ju'on poui-rait partager en type nioiphologi(|ue ne concernant 
que les caractères relevés sur le vivant, et ty|)e cràniométriijue no concer- 
nant (jue ceu.x mesurés sur le crAne, 

Le type physiolo,i;i(|ne du Kabyle, par opposition h celui de l'Arabe, 
se présente comme il suit : le Kabyle a une demeure li.xe, une cabane li.xe 
en bois ou en pierre associée à d'autres, et formant un village habituelle- 
ment perché sur une cime peu accessibb;. 11 cultive autour de lui son 
jardin. st>ii verger, ses champs avec le plus grand soin, il plante des arbres, 
emmagasine les récoltes, exploite les mines, se livre i\ toutes sortes d'in- 
dusliies et de commerces, pourvoit les marchés des villes, est journalier. 
Attaché aux lieux (jui \\>iA vu nailre et où est sa famille, il va dans les 
villes et y amasse un petit pi'cule avec lequel il revient acheter son lot 
de terre. Son administration communale est hautement libérale ; tout 
adulte y est électeur, éligible, et fait partie de l'assemblée ou djemniâ. 
Le Kabyle est actif, travailleur, honnête, digne, ouvert, droit et d'une 
humeur agréable. Il a un sentiment élevé de l'égalité, de l'honneur, de la 
dignité humaine, de la justice. H est brave et attacpie son ennemi en face ; 

est indifférent en matière de religion et prêt fi embrasser celle qu'on 
voudra, pourvu (ju'on le laisse travailler et jouir en pai.x de ses droits et 
de son indépendance. Lu i)renanl le contre-pied de toutes les parties de 
ce résumé, on a le type phy>iologique de l'Arabe, type qu'on pourrait de 
même diviser, en distinguant les deux oidres de caractères, en type psy- 
chologique et type social. 

La série des maladies particulière^ que pi«'>«iile le nègre, ou la forme 
(|ue les maladies communes au nègre et au blanc revêtent, donnent le 
type pathologique du nègre. 

Knfin, il y a des types mixtes lors(|u'on associe des caractères de pro- 
venances diverses. Ainsi le genre humain a pour caractères distinctifs, 
par comparaison avec les divers groupes animau.x, d'avoir un cerveau h 
surface très circonvolutionnéc, dont le poids ne s'abaisse pas au-dessous 
de îloO gramme> dans les cas normaux, et peut s'élever à LjUO gramme^ 



GÉNÉKALlTEi^. — TYPES. 191 

et plus, tandis que ceux des anthropoïdes comparables ù riionime i)ar le 
volume de leur corps, ont un cerveau dont le maximum ne dépasse 
pas en chilVres ronds 500 grammes; de posséder une foule de facultés 
intellectuelles extrêmement développées, notamment celle de ne pas 
s'immobiliser et de se perfectionner dans le temps; de posséder seul la 
faculté du langage articulé ; de cultiver les arts et la littérature; de plier 
tout i\scs besoins; de se fabriquer des outils, ainsi que l'a dit Franklin {tool 
makiuy animal) \ de marcher le corps droit et la tête haute dans l'attitude 
bipède ; d'avoir des mains adaptées pour les fonctions de préhension et 
du toucher, tandis que les pieds ne sont appropriés qu';\ la fonction de 
marcher; d'avoir la peau nue, ce qui l'oblige î\ se vêtir pour se défendre 
contre les agents extérieurs; d'être omnivore; et enfin de boire sans soif, 
de manger sans faim et de faire l'amour en tout temps, comme a dit 
Beaumarchais. 

Lorsqu'on ne désigne pas le genre de type dont on veut parler, c'est gé- 
néralement du type physique qu'il est question, quelquefois du type mixte. 

Dans la définition citée de Dupiney de Vorepierre : le type est « un 
ensemble de caractères distinctifs », est un mot sur lequel nous devons 
insister. Il vise ce que beaucoup regardent comme le trait essentiel de la 
notion de type et nous conduit à d'autres déhnitions se rattachant à ce trait. 

Le type, dit Gratiolet, est une « impression synthétique ». Le type, dit 
(jœlhe, est u Timage abstraite et générale » que nous déduisons de l'ob- 
servation des parties communes et des différences (1), « Le type d'une 
espèce, ajoute Isidore G. Saint-Hilaire, ne se montre jamais à nos yeux, il 
n'apparaît qu'à notre esprit. » « Les types humains, écrit Broca, n'ont pas 
une existence réelle; ce sont des conceptions abstraites, idéales, qui res- 
sortent de la comparaison des variétés ethniques et se composent de l'en- 
semble des caractères communs à un certain nombre d'entre elles (:2) ». 
Nous acquiesçons pleinement à ces manières de voir : le type est bien un 
ensemble de traits, mais par rapport au groupe qu'il caractérise, c'est 
aussi l'ensemble de ses traits les plus accusés et se répétant le plus souvent. 
D'où une série de conséquences que l'anthropologiste, dans son labo- 
ratoire et au milieu des populations de l'Afrique centrale, ne doit jamais 
perdre de vue. « Le type, dit merveilleusement Isidore G. Saint-Hilaire, 
est une sorte de point fixe et de centre commun autour duquel les diffé- 
rences présentées sont comme autant de déviations en sens divers, et 
d'oscillations presque indéfiniment variées ; autour duquel la nature 
semble se yo?/er, comme disaient autrefois les anatomistes, et comme on 
dit encore dans les langues germaniques (3j. » 

Un exemple semble inutile après une peinture si parfaite. Prenons ce- 

(1) Œuvres d'histoire naturelle, de Gœtlie, traduit pai- Ch. Martius, in-8, 185Î, p. G8 et 60. 

(2) Mémoires de Broca, vol. I, p. 8, 1871. 

,3) Hist. nul. des replies organisés, par hid. Geoffroy Saint-IIilaire, vol. II. 18GI, 
p. .301-:m.S. 



\0: CIIAI'ITMK VIII. 

pendant une série de crAnes. une centaine dans de !)()nnes conditions 
d'Iit»niogénéité, tels, par exeinpk', que la première série d'Auvergnats, 
étudiée par Hr(K*a, qui provient d'un cimetière ancien de n)ontapne, dans 
une localité écartée, en nous rappelant une fois pour toutes (jue les 
crânes représentent des individus avec cet avantage qu'on peut les manier 
à volonté, les mesiner et en disposer à son aise. 

Au premier coup d'cril, ce (pii frappe, ce sont leurs dillërences. il n'y 
en a |)as deux d'absolument semblables ; après des ellbrts réitérés il faut 
se résigner: par nii p. tint (.u pai- un autre tous différent. Cependant, à 
(pielques exceptiuiis pIè«^ tout à fait rebelles, ils ont un air de famille (jui 
les rapprochent entre eux, et d'autre pari les éloignent par exemple d'une 
série de cent Basques à côté, et ;\ plus forte raison d'une série decenlNéo- 
Calédoniens plus loin. Cet air de famille est même ti'ès prononcé chez cer- 
tains. Si, procédant ù l'analyse des caractères et les mesurant pour mieux 
s'en rendre compte, on y regarde de plus près, on remarque qu'il y en a 
de plus ou moins brachycéphales, de plus ou moins orthognathes, de 
plus ou moins mésorrhiniens, etc. Prenant alors les chiffres qui, dans 
chaque crAne, sont l'expression numériciue du degré de ces caractères et 
les disposant en séries suivant une imHluxle ((ue nous décrirons plus tard, 
ou voit qu'un certain degré de l'indice céplialique, par exemple, se répète 
un plus grand nornbi'e de fois, et (jue les degrés au-dessus et au-dessous 
vont en dinninianl de lVé(iuence. De même pour le pi'ognathisme, la mé- 
sorrhinie, et ainsi de suite de vingt caiactères. Le crAne (|ui présenterait 
réunis les degrés de clKupie caractère se répétant le plus, exprimerait donc 
au maximum l'ensemble de^ caractères communs de la série, il résumerait 
<( l'air de famille '> cherché et en réaliserait le type parfait. Mais ce cràiie 
idéal n'existe pas, lasérie serait de KKK) (piil ne se rencontrerait peut-être 
pas davantage : \i) ciAnes seront semblables par le degré d'un caractère. 
iO par un autre caractère, 10 par la réunion de deux ou trois carac- 
tères, aucun ne les j)résentera tou^ A la fois, au degré typi(pie de 
développenu'ut. 

Ce cn\ne virtuel, place/.-le sur une table ou mieux laissez-en la place 
vide et disposez les autres autour par layons ou masses divergentes, sui- 
vant leur affinité décroissante, et par nuances graduées, vous aurez 
l'image du type, de ses variations et de ses écarts, tel (pu* le dépeint Isidore 
G. Saint-llilaire. Les plus voisins du centre vide seront les plus typiques, 
les moins voisins viendront après, les plus éloignés ra[)pelleront faible- 
ment le LM-oupe dont ils font partie et iront se confondre ça et lA avec 
ceux de la j)ériphérie de groupements analogues d'autres séries de crânes 
de typCN (liflérenls. (Juel(iu»?s cas môme échapperont à toute tentative de 
distribution, et seront de véritables étrangers au sein du groupe. 

C'est ce (pi'a rendu Ca^sini. délinis>ant le type en ces termes (I): " ï.c- 

(I l)i'liiiili<»ii loproduiioilaii-. W l>icttonn<ii>c (hs Oi mes, i\r .lounlaii, «;t accppti'»- par Nou 
01 r.li.l.l..ii «l.iii', Irur 7'v/"> «/ M'iiikiiul. 



I 



GÉNÉRALITÉS. — TYPES. 193 

caractères typiques sont ceux qui appartiennent à la majorité des corps 
naturels compris dans le groupe — ou ceux qui occupent le centre du 
groupe et servent en quelque sorte de type à ce groupe, — mais présen- 
tant des exceptions quand on approche des extrémités, à cause des rela- 
tions et affinités naturelles qui n'admettent pas de limites précises entre 
les espèces. » 

Pour en donner un exemple pris dans les races humaines, c'est ainsi 
que les anthropologistes se représentent le type des races jaunes : un 
ensemble de caractères, aucun ne manquant à l'appel, très fortement 
accusés, qui a pu exister sous cette forme idéale, mais qu'on aurait grand'- 
peine à rencontrer dans l'un des groupes réels compris sous la déno- 
mination de races jaunes et qu'on aurait plus de chance de retrouver, vu 
leur grand nombre chez des individus. 

Par la mensuration des caractères crâniens et l'opération qui en donne 
les moyennes, Broca obtenait ce qu'il appelait le crâne moyen de la série. 
Mais ce crâne possédant exactement toutes les dimensions moyennes ob- 
tenues ou au moins tous les rapports moyens, et reproduisant la forme 
moyenne, sinon le volume moyen, est un artifice, il ne répond rigoureu- 
sement ni au crâne idéal déterminé par le procédé de la sériation de tout 
à l'heure, ni à un crâne réel quelconque de la série. Un hasard seul peut 
donner le crâne moyen ou le crâne typique. 

Le type d'une série de crânes ou d'individus n'est donc pas une réalité 
palpable, mais le produit d'un travail, un désir, une espérance, une image 
abstraite et générale, suivant l'expression de Goethe. Le résultat serait le 
même, si au lieu de procéder mathématiquement, par une série de men- 
surations, on eût procédé par les sens et par une suite de tâtonnements, 
en conservant le souvenir de la physionomie de chaque crâne, rejetant 
les traits exceptionnels, exaltant ceux qui se répètent le plus et contras- 
tent davantage avec ceux des autres groupes, et créant dans son esprit une 
résultante typique, une quintessence de caractères. 

Le type d'une espèce, d'une race, d'un peuple, d'une série de crânes, 
autrement dit d'un groupe quelconque, est donc l'ensemble des caractères 
les mieux accusés, les plus constants au degré voulu et les plus frappants 
par rapport à ceux d'autres groupes. 

Il va sans dire que ces caractères ne pèsent pas de môme dans la 
balance, qu'il y en aura de légers et de décisifs et, pour me servir du 
véritable mot, de caractéristiques. Il va sans dire aussi que parfois 
aucun, pris isolément, n'aura une grande signification, et que leur portée 
résultera de leur nombre. Il y a ainsi des types bons, mauvais et 
indifférents, des types certains et des types douteux. Une question se 
pose donc : à quel nombre minimum de caractères utiles un type peut-il 
se réduire? Elle se pose et ne se résout pas. C'est au jugement de chacun 
et à la rigueur qu'exige le cas particulier à en décider. Dans la pratique, 
doux ou trois bons caractères physiques réunis sont souvent une bonne 

ToPiNARD. — Anthropologie. 13 



iH CIIAIMTHK Vlll. 

fortune, et l'on s'en rontonto, lurscju'ils sont apptiyésde considérations et 
surtout de carartt'rcs jjhysiologiciues, hisloriqui's, olc. Mais quelquefois 
on en est réduit ;\ un du deux caractères, et l'appui des circonstances 
extérieures fait défaut; on tombe alors dans les liyp()tlu'*ses. L'idée de 
type disparaît délinilivement lorscju'un n'a plus qu'un caractère, quelque 
excellent qu'il soit et quehiue pressé (ju 'on se trouve parla rareté des pièces 
ou des individus. On ne pourrait parler par exenipli; du type de l'époque 
quaternaire européenne, dit du Néauderthal, si les quelques crûnes et 
calottes qu'on en possède n'avaient pour caractère commun que la doli- 
cocéphalie ou qu'on soit réduit fi une seule pièce. C'est dire qu'il ne faut 
pas confondre, comme ou le fait souvent, un caractère avec un type. 

liacea. — Nous vi'uous de pailei" entre autres des types de races, c'est- 
à-dire lie l'ensenihle des caractères, qu'on me permette cet euphémisme, 
caractéristiques d'une race. Qu'est-ce donc (jue la race? Le type suffit-il ;\ 
l'établir. Question majcurtî en anllir()polo*;ie, qu'on a embrouillée comme 
à i)lai^ir eu la mêlant à de^ (juestions de doctrine, sur hKjuelle règiuMit 
des idées erronées, qui cependant sont bien simples. Dégageons-en 
d'abord sou interprétation en histoire naturelle, nous y avons consacré 
une part assez large dans l'historique. Que les races humaines soient les 
unes des espèces et les autres des variétés de ces espèces ou que toutes 
soient des variétés, peu nous importe ici. Il s'agit d'en déterminer les 
éléments, de les déterminer elles-mêmes, d'en établir la hiérai-chie, les 
parentés diverses, l'histoire. Leurs relations avec le groupe général hu- 
main ne sauraient môme venir qu'après, se liant à celles de ce groupe 
avec tout le reste de l'animalité. 

Les races sont des types héréditaires; non attribuables i la répétition 
sur une suite d'individus d'une môme influence générale de milieux ; 
types non d'une famille, mais d'un assemblage de familles, d'un groupe 
plus ou moins étendu. Avant que liuffon n'ait introduit le mot de race 
dans l'anthropolo^Me, il était employé en effet pour désigner tous les 
iiulividus d'une même famille et leurs ascendants ou leur souche com- 
mune. Dans la zootechnie il a conservé cette signification en s'étendaut 
un peu. La notion de race, dit M. Sanson, n'est qu'une extension de celle 
de famille. En horticulture il est difficile de dire aussi où finit la famille et 
où commence la race. En anthropologie, la race dérive le plus souvent de 
la famille et n'en diffère, par la pcîusée sous-entendue de communauté de 
sang, que par le nombre des individus plus grand dans la race. 

Ces types héréditaires sont d'ordre physicpie, physiologique ou patho- 
logique, se complétant et se confirmant mutuellement et obéissant les 
uns et les autres aux mômes lois générales d'hérédité. Nous ne nous 
occuperons que des types physicpies, les plus fixes des trois, ceux sur les- 
quels l'anthropologie s'appuie de préférence et qui rentrent dans le cadre 
que nous nous sommes tracé, c'est-à-dire des ensembles de caractères 



GÉNÉRALITÉS. — RACES. 195 

physiques constatés à une époque dans un groupe de population, re- 
trouvés dans un groupe antérieur et faisant naître l'idée de filiation, sui- 
vant toute vraisemblance, de l'un î\ l'autre ou de continuité dans l'in- 
tervalle. C'est cette continuité dans le temps qui constitue le trait 
caractéristique de la notion de race. Ressemblance des individus entre 
eux et continuité de cette ressemblance dans le temps par hérédité, l'as- 
sociation des deux idées conduisant h celle de parenté, de communauté 
de sang, de lien, d'unité dans une succession d'individus plus encore que 
de familles : telle est en dernier ressort la pensée fondamentale renfermée 
dans l'expression de races. 

Il en résulte que les opérations tendant à établir la réalité d'une race 
sont au nombre de deux : i° la détermination du type par l'analyse suivie 
de la synthèse des caractères qui le composent ; 2"" la preuve de sa con- 
tinuité dans le temps. 

Il semblerait, par ce que nous venons de dire du type, que la pre- 
mière offre peu de difficulté. C'est l'opinion de bien des personnes qui se 
servent du mot de race avec une extrême facilité. La moindre différence 
physique ou physiologique, la moindre apparence de filiation leur suffit. 
C'est un véritable abus qui cause un grand préjudice à la science, une 
invasion du langage courant dans le langage scientifique contre laquelle 
il faut réagir. Non, le type n'est pas facile à déterminer, pas plus dans 
les laboratoires sur des crânes, que dans les forêts de l'Amérique ou 
les steppes de l'Asie sur un groupe d'individus. Nulle part il n'apparaît 
tout préparé et évident. Je vois des personnes qui se proposent d'envoyer 
des types de telle race, ils veulent dire des photographies d'individus pris 
dans une certaine population. La détermination de l'individu qui, dans 
un pays, représente approximativement bien le type de cette population 
et à plus forte raison celui de l'une des races qui entrent dans sa compo- 
sition, est une opération très laborieuse exigeant une dose énorme d'ob- 
servation, de sagacité et d'expérience. 

Entrez dans un village quelconque de Bretagne, par exemple, vous y 
verrez des blonds, des bruns, des châtains, des grands, des petits, des 
moyens, des visages allongés, des visages aplatis. Prenez un caractère 
particulier, les yeux bleus, vous les trouverez associés à des cheveux 
bruns ou châtains, à des tailles hautes ou petites, à des formes trapues 
ou sveltes. Où est le type? Passez à un second, à un troisième village, ce 
sera la même chose. Les traits vous paraîtront répartis sans ordre, comme 
affolés et affectant toutes les combinaisons qu'on obtiendrait si, mettant 
vingt caractères dans un sac, on les tirait par séries. C'est qu'en Bretagne, 
l'un des pays de France cependant où les races passent pour s'être le 
mieux conservées, il y a des types multiples, l'un prédominant dans une 
localité, l'autre prédominant dans une autre, ailleurs également mélangés, 
mais partout représentés et comme éparpillés à doses diverses dans cha- 
que individu. Pour s'y reconnaître dans ce dédale et en dégager les types 



196 CIIMMIIIK Vlll. 

ai'cii^L's printipaiix, au nombre ilo deux dans ce cas, il faut une certaine 
niéllioile dont nous j)a[leions ailleurs. 

C'est le luoincnt de se rappeler (jue le type est une conception ahs- 
Iraile, une iina^e (ju'on se crée. Tout à l'iieure, dans cette série soi-disant 
lioinogène et pure, nous avons supposé une chose cjui n'existe pas, une 
série ne fournissant «ju'un sinil type. La réalité est (jue dans toute série 
deciAnes. (ju'elle soit d'Auvergne, de Bretagne, de la Nouvelle-Calédonie 
ou de l'Australie, on rencontre ù coté du type princi[)al, sinon de deux 
types principaux, des traces de types secondaires, j)lusou moins accusés. 
Il en est de môme des collections d'individus vivants observés dans un 
marché, dans une caserne ou toute autre réunion publi(jue. Aussi bien 
dans l'Afrique australe, dernier refuge de toutes les populations du Nord 
repoussées par les conquérants, qu'en Asie centrale où les mouvements 
de races les plus compli(iués sont notés encore par l'histoire, du 
deuxième siècle avant au deuxième siècle après J.-C, en Amérique 
centrale où le mèuie va-et-vient s'est produit, se superposant au reste 
des populations quaternaires, et en Océanie où l'homogénéité ne se ren- 
contre pas môme dans les endroits les plus solitaires, les plus favorables 
à l'isolement, où l'on est le plus en droit de croire i\ l'unité; comme 
nie de Van Diemen où le type tasmanien se môle parfois à des vestiges 
d'autres types inconnus, les îles Andaman où le type négrito présente 
deux variantes très accentuées, et les régions polaires où le type es- 
quimau change de l'est à l'ouest. 

Nulle part, l'ensemble des caractères communs dont il s'agit d'extraire 
les traits les plus saillants pour en constituer le type ne se présentent à 
l'état de pureté. Partout on ne découvre que des prédominances de 
caractères aboutissant i\ des prédominances de types enchevêtrés avec 
d'autres. Les prétendues races, dont on parle avec tant de prodigalité en 
s'appuyant sur la crAniologie ou l'étude du vivant, ne sont que les popu- 
lations brutes elles-mêmes, telles que le hasard des événements les a 
faites à l'heure de notre observation. Le point de départ de la notion de 
race, l'association de certains caractères au milieu desquels un point central 
virtuel représente le type autour duquel oscillent les variations indivi- 
duelles est un mythe (jui échappe au toucher. Nous montrerons cependant 
que par la patience et la persévérance on en vient à bout et (juels impor- 
tants résultats la science a déjfi obtenus. M. lis le fait subsiste, la race n'est 
pas imnuidiatement sensible, il ne sullil pas d'ouvrir les yeux ou de prendre 
un instrument de cràniométrie pour en parler comme beaucoup se l'ima- 
ginent. 

Le second problème h élucider est la recherche de la continuité do la 
race dans le temps, c'est-à-dire des preuve> (ju'il ne s'agit pas d'un type 
accidentel de courte durée, produit par les milieux ou des circonstances 
de passage. 

Le moyen direct est la recherche de la filiation à l'aide môme du corps 



GÉNÉRALITÉS. — RACES. 197 

de délit, c'est-iVdire des crAnes et ossements des époques antérieures, 
duemenl datés par l'ensemble des renseignements; de dessins et de re- 
productions conservés dans des archives quelconques ou sur les monu- 
ments; ou enfin de descriptions laissées par les historiens. 

Mais on compte les séries, comme celles des grottes préhistoriques de 
la Lozère ou des Bei/iengraeôe?^ dans lesquelles le type est assez homogène 
pour qu'on puisse le rapporter positivement ?i une race déterminée; les 
séries incertaines de provenance exacte ou insuffisantes de nombre do- 
minent dans nos collections. Un ou plusieurs crânes trouvés dans un tom- 
beau ne prouvent pas qu'ils soient de la race dont la civilisation a présidé 
à la construction de ce tombeau. Les ossements recueillis dans une loca- 
lité et répondant à une époque peuvent être d'une race étrangère au pays 
et à cette époque. Partout il faut distinguer la classe aristocrate, qui 
le plus souvent est étrangère à la population véritable du pays plus ou 
moins ancienne et plus ou moins liée au sol. 

Mais si la distinction des types est une opération difficile dans le pré- 
sent et par nous-mêmes, quelle idée se faire des descriptions et figures 
insuffisantes qui nous sont transmises par des auteurs qui s'intéressaient 
médiocrement à ces choses? S'agit-il de comparer la ressemblance des 
types sémites de nos jours avec ceux des monuments égyptiens et assy- 
riens (nous disons des types sémites en général, et non de l'un ou l'autre 
de ces types), les indications utiles se bornent à deux ou trois caractères 
plus ou moins bien tracés, sur la valeur desquels on discute aujour- 
d'hui encore? S'agit-il de connaître la ressemblance des types normand, 
germanique, anglo-saxon, belge actuels, avec ceux de leurs ancêtres, les 
indications sont encore plus rares. On possède quelques bas-reliefs de 
Gaulois et de Normands; des autres on n'a que trois ou quatre men- 
tions de taille et de couleur des yeux et des cheveux, qui ne permettent 
nullement d'établir les distinctions nécessaires entre les diverses races de 
la grande race générale blonde que nous avons désignée du nom de kymri. 
Les crânes et ossements sont, à vrai dire, la principale ressource. 

Ce n'est donc pas par la comparaison directe des types physiques, an- 
ciens et modernes, qu'on poursuit le plus habituellement le problèrne 
de la continuité et de la dérivation des types de races. Le système des 
inductions, tirées de l'analyse des caractères dont se composent les types 
crâniologiques, morphologiques du vivant et physiologiques est bien plus 
employé ; il est l'analogue du système des linguistes établissant la parenté 
des langues actuelles et anciennes et reconstituant même des langues 
n'ayant laissé aucune trace. Mais c'est surtout parla connaissance des 
peuples qu'on y arrive, à l'aide de considérations de toute nature tirées 
de l'histoire, de l'archéologie, des mœurs et coutumes, des langues, reli- 
gions, littératures, de ce que M. Tylor appelle des survivances, etc. 

De fait dans la pratique on ne se préoccupe pas assez du second élé- 
ment nécessaire de la notion de race. L'association de certains caractères 



196 CIIAPITRR VllI. 

se répétant sur un certain nombre de sujets, crAnes ou vivants, de môme 
provenance implique, admet-on, leur parenté. Cette parenté actuelle pré- 
sume une descendance commune, une parenté dans lo passé. Lorsqu'au- 
run renseignement ne s'oppose ;\ eidte hypothèse, elle est acceptée pour 
bonne. On ne se demande pas si le hasard a présidé à la rencontre 
de ces quelques caractères sur les mOmes sujets, et quelle est la part 
du milieu commun auquel ils ont été soumis. La race du Néanderthal 
est dans ce cas; il n'existe de prouvé qu'un type du iNéanderthal, le petit 
nombre de pièces sur lesquelles il repose dans une môme partie du globe 
ne permet pas d'aller au delà. On agit comme font les archéologues pour 
les pièces frustes, on émet une hypothèse, sauf à la rejeter le lendemain. 
La plupart des sciences en sont là. On fait ce que l'on peut avec ce que 
l'on a. Faute d'avoir les deux éléments qui constituent la race, on pro- 
cède avec un seul. 

La démonstration de la race comporte un troisième problème qui se 
rattache au précédent, mais dont la solution nous échappe davantage en- 
core la plupart du temps. C'est la recherche de ses origines. 

Dans l'art vétérinaire, chez les animaux domestiques, ce qu'on demande 
c'est le premier accouplement entre deux sujets quelconques, lorsque 
dans la suite les unions ont continué dans le sein même de la famille 
produite ou qu'il y a eu peu d'infractions à la règle; dans ce cas, en effet, 
la famille en se multipliant est devenue race. Mais dans l'humanité rien do 
pareil ne se produit, les unions ne sont jamais dirigées, les fameuses 
races de rois elles-mêmes s'alliaient avec l'étranger, les unions exclusive- 
ment au .sein d'une môme tribu ou d'une môme religion ne sont qu'ap- 
parentes. Si le noyau de race qui s'est produit en 75 ans dans l'îlot de 
Pitcairn en Polynésie, ainsi que le raconte M. de (Juatrefages, n'avait pas 
été dispersé, il aurait fourni un bel exemple de ce que produisent le 
mariage in and m de quelques hommes et de quelques femmes de races 
différentes et les mariages successifs entre leurs enfants et petits-enfants. 
Dans l'art vétérinaire et chez les animaux domestiques on poursuit quel- 
quefois la filiation d'une race jusqu'à une cause connue : un accident, 
comme chez le binuf gnatos de l'Amériiiue du Nord, le mouton ancon ou 
le mouton de Meauchamp, ou jusqu'à une influence déterminée des 
milieux. La difficulté de tout à l'heure se représente pour l'humanité. Le 
défaut d'isolement des individus et de direction dans les croisements 
détruit promptement les effets du hasard (lui auraient pu engendrer une 
race. 

Ouant à rinlluen(*e des milieux, la question est considérable, nous 
en parlerons à propos de chacjue caractère, i^n'û nous suffise de dire qu'on 
n'a jamais surpris de race humaine en flagrant délit de formation par 
l'action des milieux, (pi'il n'a jamais été prouvé (pie les caractères, ou 
prétendus caractères acquis de cette façon, ne disparaissent pas totale- 
ment en une ou deux générations ou plus par le retour à d'autres con- 



GÉNÉRALITÉS. — RACES. 199 

ditions. Le mode d'origine que l'on surprend le plus aisément chez 
l'homme est celui par mélange corps à corps de deux peuples différents 
ou de deux races différentes. Un produit intermédiaire se forme qui, aidé 
de l'action des milieux, efficace dans ce cas, devient réellement une 
race nouvelle, non pas seulement mipartie, mais différant peut-ôtre 
par quelque point de celle rigoureusement intermédiaire entre les deux 
races mères. 

En définitive la recherche des origines dans les races humaines, sauf 
pour les races croisées, n'ahoutit à aucun résultat jusqu'à présent. On se 
rend compte de la filiation des éléments constituants des peuples, on 
retrouve ces éléments formant d'autres combinaisons dans le passé et 
on les perd de vue : la nuit se fait, que ne dissipent pas encore les efforts 
des préhistoriciens. Nos lumières dans les temps éloignés ne viennent que 
de l'analyse des caractères anatomiques des séries successives de crânes 
que les fouilles archéologiques mettent entre nos mains. 

Et cependant les races existent à l'état diffus et sont les éléments cons- 
tituants des agglomérations humaines présentes et passées. Ce ne sont pas 
d'une manière générale des hypothèses, ce sont des réalités et leur his- 
toire dans son ensemble est à faire. 

Je ne puis esquisser ici les nombreux et intéressants aperçus auxquels 
donne lieu cette histoire; montrer par exemple les diverses façons dont 
les races prennent naissance, la manière dont elles meurent et sont 
remplacées; et faire voir que ce n'est pas par races qu'il faut compter dans 
le cours du temps, mais par couches de races, que nos observations ne 
portent guère que sur la dernière de ces couches, que le nombre des races 
définies et positives, considérables à l'origine, va en diminuant, et que 
l'avenir est à l'unité de type dans toute l'humanité. Auparavant il y a à 
déterminer les races à admettre, tout d'abord les types se divisant en 
généraux et particuliers, primitifs, secondaires et tertiaires, et auparavant 
encore à connaître les caractères sur lesquels ces types reposent. 

Un seul mot cependant. L'un des traits les plus curieux de l'histoire 
des races, c'est la facilité avec laquelle elles se dissocient et se modifient, 
bien que permanentes dans leurs traits généraux. Cette dissociation 
porte sur les éléments constituants des types qui s'écartent et se rappro- 
chent sous l'influence d'unions en sens divers. Je m'explique par une 
comparaison. 

Soit trois faisceaux de fils représentant des caractères, trois races pri- 
mitives : l'un blanc, l'autre rouge et le troisième bleu. Faisceaux et fils 
s'allongent dans le temps. 

Deux faisceaux vont s'adosser, échangent quelques fils et donnent nais- 
sance à un faisceau mixte. Le troisième faisceau plus loin envoie quel- 
ques fils aux deux premiers ou au quatrième formé. Des faisceaux secon- 
daires apparaissent contenant des fils de deux ou de trois couleurs en 
diverses proportions. Si bien qu'à un moment donné on se trouve en 



500 CHAPITRK VIII. 

présence de faisceaux nomhrt'ux, ollraut toutes sortes de combinaisons, 
les uns de deux ou tri)is couleurs par parties égales, les autres dans 
lesquels quelques lils seulement troublent la nuance générale ; d'autres 
dans les(iuels ces fils étrangers sont plus nombreux, de plusieurs prove- 
nances, mais dans lesquels cependant il y a prédominance d'une môme 
coloration. 

Dans cet écbange entre faisceaux primitifs et secondaires, les fils repré- 
sentant chacun un caraclC're pourront de cette façon, à diverses époques, 
faire partie de combinaisons différentes; ils iront se perdre dans l'une, 
renforcer la majorité dans l'autre, contribuer à une résultante plus loin; 
à toute époque cependant on pourra dire à quelle souche primitive ils 
api)artiennent, on saura par la couleur que tel fil relève de tel faisceau 
initial. 

Ce tableau est l'image de la permanence des caractères et de la per- 
manence, dans une limite moindre, des types. Supposons que les faisceaux 
primitifs de fils soient, l'un la race celto-slave, l'autre la race anglo- 
germanique, le troisième la race ibéro-basque et nous tenons l'explicatiim 
de toutes les variations infinies de mélange qu'elles présentent en Europe 
et même la clef de leur permanence dans le temps. Les faisceaux acci- 
dentels plus ou moins diversement colorés ce sont les peuples, la couleur 
indicjue la proportion des races qui entrent dans leur composition. 

Deux causes dominent, en effet, la question de la pureté des races dans 
les peuples. 

L'une est le mouvement de flux et de reflux, de dispersion et de consti- 
tution qui agite sans cesse les collectivités humaines, sans égard î\ leurs 
liens de parenté, aussi bien dans l'Afrique australe ou l'Asie centrale que 
dans l'Amérique centrale ou môme les régions polaires, et y occasionne des 
tempêtes intermittentes dans lescjuelles les races se voient ballottées et 
brisées çà et là au gré des flots. VA cela depuis 100,000 ans et plus. 

La seconde est la faculté de croisement eugénésique que possèdent 
entre elles toutes les races humaines connues, comparable à la faculté 
développée au môme degré entre les innombrables races de chiens domes- 
tiques livrées h la promiscuité la plus déréglée. Un exemple en montre 
les C(»nsé(|uences. 

Soit une famille prise en France, comme il y en a tant et comme on en 
rencontre dans tous les groupes humains réputés races. Dans l'hérédité, on 
le sait, la hn générale est que le fils ressemble ou mieux tend à ressem- 
bler dans des limites plus ou moins étendues à ses parents. La ressem- 
blance serait parfaite, si le type des deux familles dont sont issus les père 
et mère était identique et absolument j)ur dans leur lignée ancestrale. 
Mais il est loin d'en ôtre ainsi : le premier cas qui peut se présenter, 
c'est (jue les types soient purs dans les deux familles, mais difl'érents 
comme le sont, je suppose, l'Auvergnat et le Hascjue; l'enfant alors aura 
autant de chances de ressembler à l'iiii (ju'à l'autre, et les caractères en 



GÉNÉRALITÉS. — RACES. 20i 

lutte se fondront ou se partageront par moitié : i\ aura les yeux de sa 
mère et la taille de son père par exemple. Mais cette pureté absolue n'est 
qu'une hypothèse, l'inverse est l'ordinaire. 

Supposons une généalogie, la mère ou épouse étant toujours de race 
étrangère mais pure, le produit étant toujours un enfant du sexe mascu- 
lin. Le produit de cet Auvergnat et de ce Basque aura, avons-nous dit, moi- 
tié du sang de l'un et moitié du sang de l'autre, par conséquent moitié de 
chances d'hérédité dans les deux sens. Il épouse une Anglaise; son fils 
constituant la seconde génération que nous voyons naître aura la moitié 
des chances encore de ressenibler h sa mère, et aussi la moitié de res- 
sembler à son père. Mais celui-ci est un composé d'Auvergnat et de Bas- 
que par parties égales ; ce ne sera qu'un quart de chances de ressembler 
à l'un ou à l'autre de ses aïeux paternels dont il héritera de ce côté. 

Le raisonnement sera mieux suivi sur le tableau ci-contre. Chaque 
ligne donne la formule des chances d'hérédité ou des proportions d'an- 
cêtres que le fils a reçues de ses parents. 

Proportions ancestrales ou chances d'hérédité. 

asq. 

» + 1/2 Anglais. 
» -f 1/4 » -f 1/2 Danois. 
» + 1/8 » + 1/4 » + 1/2 Breton. 
» + 1/16 » + 1/8 » + 1/4 » +1/2 Alsacien. 
» 4- 1/32 » + 1/16 .. 4- 1/8 » 4- 1/4 .) -f 1/2 Italien. 

On voit ce qu'il en est, dans cette hypothèse, dès la sixième génération. 
L'enfant a moitié de chances de ressembler à sa mère italienne, que nous 
avons admise pure et 1/64 de chances de ressembler à son aïeul l'Auver- 
gnat. Si l'on réduit ces chiffres en proportions pour cent, les chances se 
décomposent ainsi (en nombres ronds) : 

.')0 chances sur 100 de ressembler à l'Italienne. 

25 — — — l'AlsacienuG. 

12.5 — — — la Bretonne. 

6 — — — la Danoise. 

3 — — -- l'Anglaise. 

1,5 — — — la Basquaise. 

1.5 — — — l'Auvergnat. 

Si l'on prend un caractère donné, les chances cependant se modifient, 
elles s'ajoutent ou se neutralisent. Dans cette liste l'Anglaise, la Danoise, 
l'Alsacienne ont les yeux bleus, les Italiens et les Basques les ont noirs, 
les Auvergnats et les Bretons les ont indifférents ou intermédiaires. En 
faisant le calcul, on verra que le fils à la sixième génération aura 52 chan- 
ces d'avoir les yeux noirs, et 34 de les avoir bleus, si toutefois les deux 
caractères ne se fusionnent pas en produisant des yeux intermédiaires, 
beaucoup plus rapprochés des noirs, c'est-à-dire foncés. 



Génération. 






1'* 


= 1/2 Auv 


+ 1/^ 


9e 


= 1/4 . 


+ IM 


3» 


= 1/8 .. 


+ 1/8 


4« 


= 1/16 » 


+ l/t6 


5» 


= 1/32 .. 


+ 1/32 


6» 


= 1/64 « 


+ 1/64 



2<'2 CIlAl'ITRt: Vlll. 

Je n'ai pas i\ traiter ici du problème physiologique si intéressant de 
Vhérédité, et à dire ipie le tableau ei-dessus expliciue ses divers genres, 
y compris l'atavisme. Il n'explique pas tout cependant. Ainsi les difTé 
rents caractt'res ou associations de caractères n'ont pas la mCme inten- 
sité de transmission; ceux (pii sont vraiment caractéristiques de la 
race dans chaque sujet, (jui se sont le plus souvent rencontrés et ont été 
réunis le ])lus longtemps, (jnt plus de tendance à se retrouver, plus de 
résistance à la dissociation et plus de ténacité. La presque totalité des ca- 
ractères d'un ancCtre donné, malgré des alliances discordantes, repa- 
raîtra en bloc, sur un ou plusieurs de ses arrière-petits-lils d'une façon 
imprévue. Lucas raconte que le D' Gregory, d'Edimbourg, appelé en con- 
sultation h la campagne vers la lin du siècle dernier, trouva dans sa cliente 
une ressemblance exacte avec le grand chancelier d'Ecosse sous le règne 
de Charles I". Se promenant dans le village, à chaque pas il retrouva la 
môme ressemblance, et s'étant informé, il apprit que tous descendaient 
de bâtards acceptés du célèbre chancelier. M. de (Juatrefages dit avoir 
connu un arrière-petit-lils, à la huitième génération, du bailli de Suffren, 
qui ressemblait de la façon la plus étonnante i\ l'illustre conquérant des 
Indes. 

Mais ce sont là des faits qu'on cite, qu'on trouve curieux et qu'on qua- 
lifie môme d'alauiques. Si dans une môme famille la ressemblance a déjà 
disparu au point d'ôtre considérée comme un phénomène après aussi peu 
de temps; si à la sixième génération un homme peut n'avoir plus que l/G't 
du sang de l'un de ses ancôtres, que faut-il donc penser des races et de 
la prétendue permanence de leurs caractères associés, c'est-à-dire de leurs 
types? 

S'étonnera-t-on après cela que la détermination de la race par la 
continuité de son type dans le temps soit un problème redoutable qui 
appelle le concours de toutes les forces vives de l'anthropologie? Ce qui 
est un sujet d'étonnement bien plus grand encore, c'est que l'humanité ne 
soit pas encore arrivée à l'unité, au point de vue physique, et que l'anthro- 
pol(»gisto ait le pouvoir néanmoins d'extraire les races de leur gangue, les 
peuples, l'unique ressource dont il dispose. 

Il reste donc à répéter pour la race ce (pie Droca, G(Ethe et Isidore 
Geoffroy-Sainl-IIilaire, ont dit du type. La race, dans l'état actuel des 
choses, est une conception abstraite, une notion de continuité dans la 
discontinuité, d'unité dans la diversité. C'est la reconstitution d'une chose 
rt'elle, mais directement insaisissable. Les races existent, on ne peut les 
nier, notre intelligence les comprend, notre esprit les voit, par le travail 
nous les dégageons; lorsqu'on supprime par la pensée les mélanges entre 
|)euples, leurs croisements, à l'instant on les voit apparaître simples, iné- 
vitables, comme une conséquence forcée de l'hérédité collective avec 
toutes leurs caractéristiques anatomiqucs et physiologiques. Mais défait 
nulle i)art on ne les touche du doigt. 



GÉNÉRALITÉS. — RAGES. 203 

A l'aurore de riiumanité resplendissaient les prototypes des races pri- 
mitives dont l'empreinte générale, comme eût dit Buffon, s'est conservée 
jusqu'à nous dans les types généraux, par exemple ceux des races jaunes 
ou de la race noire aux cheveux droits. Grâce à des conditions spéciales 
d'isolement, de mariages in and in et de milieux qui n'existent plus aujour- 
d'hui, ces types primordiaux se formaient, s'accentuaient et se fixaient 
avec une facilité relative. Puis vinrent, au sein de chacun, des divergences 
qui purent à leur tour se concentrer et se confirmer. Enfin de nouvelles 
divergences et des croisements de ces types entre eux en créèrent d'autres 
d'un ordre moins élevé, moins tranché, analogues à ceux qui se sont per- 
pétués jusqu'à nous. Mais dans cette évolution, combien réussirent à se 
constituer et moururent au berceau I combien disparurent dans la lutte, 
exterminés jusqu'au dernier (1) ou noyés dans la confusion des mélan- 
ges 1 Les races les moins bien douées, les races inférieures, s'éteignirent 
comme de raison en plus grand nombre, creusant un abîme, qui n'a 
pu aller qu'en grandissant entre les types initiaux et les types sur- 
vivants. Si la sélection a une action insuffisante pour créer une espèce, 
au dire de beaucoup, il n'est pas douteux qu'elle n'ait une action puis- 
sante au sein de cette espèce pour diversifier les races et faire prendre à 
leur évolution générale une direction donnée. Mais, dans l'humanité 
comme chez le chien, la sélection agit plus sur les individus que sur les 
groupes et a besoin du concours de l'affolement des caractères que les 
croisements produisent. Dans ce va-et-vient d'influences, de destructions et 
de reconstitutions, les types généraux persistent certainement, mais d'une 
façon vague et difl^use. Les types particuliers de nos jours ont peut-être 
passé par vingt transformations avant d'arriver jusqu'à nous. Et cependant 
ces types généraux dont les classificateurs de races se sont seuls occupés, 
et même les types secondaires mais généraux encore, comme le Celtique, 
le Kymri, l'Esquimau, se retrouvent par l'analyse anthropologique à force 
de travail et de persévérance. 

Il n'y a plus de races pures, a dit Gerdy l'un des premiers. Aristote 
déjà aurait pu le dire. Nous sommes tous des métis. 

Ici une explication est nécessaire. Si l'on écoute les discussions et 
affirmations qui se produisent autour de nous sur la valeur du métissage, 
et même sur sa réalité, on s'aperçoit qu'on ne songe guère qu'à celui 
qui s'opère entre races éloignées, comme la race blanche avec la race jaune 
ou la race nègre. Ceux mêmes qui se servent du mot de métis pour les 
produits de l'alliance, par exemple, du Malais avec le Chinois, ne l'appli- 
quent plus à ceux du croisement du Kymri blond avec le Méditerranéen 
brun, du Celte brachycéphale avec le Scandinave dolicocéphale, du Lapon 
petit avec le Suédois de haute taille. Ce sont pourtant là des croisements 
entre races très accentuées, très certaines. 

(1) T. Beadyshe, De L'extinction des races, Journ. of thc Anthrop. soc, 1864, Loudon. 



204 CIIAPITRE Mil. 

Ceux qui pr^tondont (jue les inélis ne vivent pas, ne prospèrent pas el 
sont le llt'au de riiuinanilé, ne portent leurs yeux (jue sur des cas particu- 
liers, comme celui des niulAtres mis à l'index aux Ktats-Unis et en état 
d'infériorité sociale avant la j^uerie de la sécession, (ju encore des Zambos 
et autres produits entre les races américaines et né^'res de rAméri(|ue 
centrale que l'on rejette de la civilisation el (jiii vont se réfugier dans 
les forélsou végètent sur le pavé des villes. Tout être en défaveur dans une 
société et paria est nécessairemeiit dans des conditions moins favorables 
d'existence. II inenil, s'iiisurf,'e ou se livre au vice, ce (jui le conduit 
encore au tombeau. 

Il est une autre circonstance dont on ne lient pas encore compte lors- 
qu'on apprécie, je ne dis pas l'ensemble des métis humains, mais ceux 
du genre vulgaire dont je parle et auxquels on réserve ce nom; c'est la 
faculté iïarclimatef/ient. Lors(|u'un métis nait dans un pays tropical el 
soumis à la malaria où ne vivent pas les Kuropéens, il a en lui la moitié 
des chances de ne pas résister qu'aurait son père Européen, je suppose, 
dans le môme pays. Dans les régions où le métis est, dans le milieu social, 
l'égal des classes qui l'ont produit et n'a pas à lutter avec désavantage 
contre le milieu physique, il prospère et se multiplie, quelle que soit la 
distance anthropologique des deux parents. Il serait oiseux d'en donner 
des preuves; les deux Amériques en fournissent en abondance. Les 
Indiens disparaissent non par extinction, mais par fusion avec l'Européen, 
et constituent une population excellente, plus vivace que les deux races 
mères, ou tout au moins de qualités égales. Daniel Wilson rapporte des 
chitlres éloquents sur le sujet pour les Etats-Unis et le Canada, il a suivi 
certaines tribus depuis le commencement du siècle et montre leur trans- 
formation progressive en Européens par le métissage et leur acroisse- 
ment (1). Dali a publié de semblables documents en 1870 pour l'Alaska. 
La race nègre des États-Unis dont le total importé jusqu'en 1850 n'a pas 
dépassé 400, (M^O, d'après les documents olliciels, a atteint aujourd'hui avec 
le mulâtre dont les slalisli(iues ne le séparent plus, G, 577, toi en 1880(2). 
Mon ami, le D' Ten-Kale, ({ui vient de vi>iter les Réservatiom des Indiens 
de l'ouest, le métis qui accompagnait les Peaux-Ilouges du Jardin d'ac- 
climatation elles lettres des anthropologistesles plus autorisés me conlir- 
mentle fait. Le métissage se poursuit visiblement encore aux Etats-Unis ; 
les races y sont assez séparées, pour qu'on sache (juand un mariage 
se prtiduit entre elles; mais le moment approche où on se trouvera dans 
les conditions où nous sommes en Europe; on ne se donnera môme plus 
la peine alors de remarquer les métis, peut-ôtre les niera-t-on ! 

(1 Daniel Wilson, of Tomito, Sovie American illustrations of the évolution of new 
varieties of nxan, in Atiilir. Instil. IMTH, I.ondun. 

(? Suivant M. T'ti-Kalo, l«s Indiens de rAintriquc du Nord qu'il a visités diminuent da 
nomijrc dans les tribus fjui ne su marient qu'oiitr»- riios et augmontcnt dans celles où les 
croisements avrc 1 Kuropcen sont ronsidorablcs ^Lettres diverses à la Société danthropO' 
iogie en 1882-83. Dernière séance do 1883 entre autres). 



GÉNÉRALITÉS. — RACES. 205 

Le métissage ordinaire auquel nous faisons allusion est certes le plus 
palpable; mais l'autre, le métissage interstitiel, ou par lnfiUraùon{\)^ qui 
s'opère sans bruit entre tribus et familles amies, est autrement actif. Au 
Mexique, pour le premier seulement, il y a quinze termes désignant les 
diverses combinaisons auxquelles donnent lieu les unions entre les trois 
races générales du pays, l'européenne, l'indienne et la nègre. Combien 
en Europe, et pour plus de précision rien qu'en France, en faudrait-il 
pour exprimer les diverses combinaisons auxquelles donnent lieu les al- 
liances entre nos trois races principales : la méditerranéenne, la celtique 
et la kymri? Combien dans l'une de nos colonies, l'Algérie. 

Désirant, dans ce pays, connaître les deux types fondamentaux, l'un 
Arabe, l'autre Berber dont j'avais moi-môme tracé la description d'après 
les observateurs les plus autorisés (2), je me rendis dans les tribus les 
plus favorables, l'une sur les frontières du Maroc, l'autre en grande 
Kabylie et malgré tout je ne réussis pas à en trouver des échantillons 
entièrement satisfaisants. Je suis parvenu à les reconstituer, mais 
aucun individu n'y répondait rigoureusement; le métissage entre Ber- 
bers, Arabes, Blonds de l'époque des dolmens. Nègres, etc., a tout mêlé 
aussi bien dans les tribus réputées arabes que dans celles réputées 
berbères ou kabyles. Je reconnus que ce que j'avais donné dans mon 
Anthropologie comme type berber, sur les avis du colonel Duhousset qui 
a longtemps séjourné en grande Kabylie, était au contraire plutôt arabe, 
ce que du reste la qualité de marabout de cet individu, que je n'appris 
qu'alors, aurait dû faire prévoir (Voir la figure 7). Le type berber, tel 
que je parvins à le dégager et qui pour moi est l'ancien Numide, était le 
plus commun, mais était fréquemment altéré par les éléments arabe, 
nègre, juif, etc. Le type kabyle, parfaitement réalisé, était plus rare, 
même dans la grande Kabylie, je n'ai pu m'en procurer de bonnes pho- 
tographies alors, ni depuis. La figure 8 est un Kabyle de Palestre mé- 
lisse, dans ce cas particulier, de Blond. 

Partout, au centre comme au sud et au nord de l'Afrique, sur tous les 
points de l'Asie comme en Amérique, visiblement ou insensiblement, les 
croisements entre races diverses, rapprochées, éloignées, s'opèrent sur la 
plus grande échelle. Lorsqu'il s'agit de deux peuples depuis longtemps 
séparés et physiologiquement distants, de deux races physiquement plus 
ou moins différentes, on prend sur le fait les individus passant d'un groupe 
à l'autre, on remarque leurs croisements, on les compte; mais autrement 

(1) M. KoUmanu le désigne sous le nom de métissage par pénétration, 
•2 P. Topinard, ariicle Algérie, in Encycl. générale, 1869. — Rapport sur la popula- 
tion inliyène d^ Biskra, in Bull. soc. anthr., 1870. — Instrudions sur VAntUropologie de 
l'Algérie, en collaboration avec le général faidherbc, in Bull. soc. anthr., 1873. — De la 
race indigène ou berbère en Algérie, in Revue d'autlir., 1874. — Etudes crùuio m étriqués 
sur Toasis de liiskra, in Compt. rend. Assoc. franc, pour l'avanc. des sciences. Alger, 1881. 
— Les types indigènes de CAlgétne, Bull. soc. d'anthr., 1881. —De la méthode d'ohser- 
cation sur le vivant à propos de la discussion sur l'Algérie, 1881. Bull. soc. anthr. 1881. 



200 CIIM'ITIU': VllI. 

on n'y fait pas attention, les m(''tis par inliltralion n'ont nl^me pas de 
nom. La Polynésie, la Malaisie sont an nombre de ces grandes officines 
de métis; on connaît les descriptions classiques par Pritcliard des métis 
niélano-polynésiens (l) et par M. de (Juatrefages des niélis do l'îlot de 
Pitcairn où l'on croit assister [\ une expérience de laboratoire {2). Les 
polygénistes d'il y a vingt ans niaient les métis entre Australiens et Kuro- 
péens, entre Tasnianiens et Européens. J'ai contribué à en prou\-er la 




l-'ig 7 _ Type arabo dAlpéric. Ali Issohanotncn de la tiihu kal.yh- des Boni-Raien ; 
marabout, chef d- rinsurrection de 1871 en Kabylie. (Collection du Col. Duhousscl.) 



réalité 3 : les conditions déplorables de résistance que leur faisaient d'une 
part le niilieu nouveau européen, et de l'autre l'hostilité des indigènes, 
senties seules causes de leur petit nombre. Mais là où ils rencontrent les 
conditions de tous ils se confondent avec la masse de la population Euro- 
péenne et prospèrent. 

Lorsfpi'on parle de métis on ne songe (lu'à une 



catégorie spéciale 



(1) W.T. Prilrhard. Viti et srs finhitanls cl Us Samoan^. M. in. <•! tlie ai.tlin)p. socicly, 
vnl 1 18G3-0L p. l'»'» f't 322, London. . t.. • • 

(2) De Quatrofagos, ll.nnmes fossiles et hommes sauvages. Paris, ISHS. Les Pitcairniens, 

'"'nfp Toninard. f:/uJrî sur 1rs rares indiqrnes de rAustralir, in linll. sor. antl.r 18:2. 
Jsur )es Ltralu-ns, in Hovu. d'anthr.. IH72. - Sur 1rs ,nétis d' Australiens et d turo- 
Vé^il in Hovuc danlhr., 18::>. - H,'vuc sur les Austrui,ens, ,n H.vu. d anthr., 1881, 
p. -l! h 721. 



GÉNÉRALITÉS. — PEUPLES. 



207 



palpable, on oublie la forme la plus répandue, courante en quelque sorte. 
Toutes les races humaines, quelqu'anthropologiquement distantes qu'elles 
soient, sont eugénésiques, c'est-à-dire fécondes entre elles, toutes don- 
nent des métis entre elles qui vivent suivant les circonstances, au môme 
litre que tout autre enfant. Nulle part il n'est un homme qui puisse se 
vanter de ne pas être plus ou moins métissé. La pureté dans une famille 
ou dans une race n'est qu'une expression relative, souvent une question 




Fig. 8. — Kabyle aux yeux bleus et aux cheveux blonds. Homme de Palestre, 
grande Kabylie. Taille de l-",?!. (Collection du Dr Prengrueber.) 

d'amour-propre. Mais combien doit-il se succéder de générations exemptes 
de sang étranger pour que le mot soit applicable? Toute la question est là. 
Ayant défini le caractère, le type, la race, il reste le peuple. 



Peuples. — La tâche est facile après les explications qui précèdent. 
Les peuples sont, pour l'anthropologiste, les collections humaines telles 
qu'elles se présentent au moment de son observation, dans l'état actuel 
ou passé des choses, sous les noms de peuples, de tribus, de hordes. 
C'est le chantier dont il tire tous ses matériaux, toutes ses connaissances : 
individus, races, caractères sociaux. 

Les types sont des conceptions, les races sont des conceptions, les peu- 



208 CflAPlTIU: VIII. 

pies seuls sont des rt^alilés. On parle des races arabe, hottentole, kanake, 
chinoise, il n'y a rien de pareil (1), ce ne sont que des peuples, comme 
le peuple chinois, le peuple arabe; aucun n'ollVe la moindre apparence 
d'unité. Ce ne sont (jue des af^^louiérations de provenance multiple, dans 
lesquelles on retrouve quehiuefuis un type préduminant, le mélange en 
proportion égale de deux ou trois types ne s'observant guère ('2). 

Dans nos musées ils sont remplacés par des séries de crânes cjui offrent 
les mCmes cliances de discordance. Toute la dilférence, c'est que dans les 
crAues nous ne nous occupons que des caractères physiques, tandis que 
chez les peuples nous leur associons les caractères physiologicjues et 
nous aidons des renseignements sur la fac^'on dont les éléments entrevus 
^out entrés au contact et sur les relations qu'ils ont afTectées. 

Prenons un exemple qui permette de mettre en relief les différences 
entre le peuple et la race, car on ne saurait trop insister sur ce point 
capital, llevenons à l'Algérie : 

La population actuelle s'y compose d'Européens fournis par les divers 
j)euples de notre continent : des Français, des Espagnols, des Italiens, 
des Allemands, des Juifs. Le reste, sous le nom d'indigènes, comprend 
li's Herbers, les Maures et les Arabes, que le vulgaire réunit sous une 
môme dénomination : le peuple arabe. On accorde cependant que les 
Maures sont la population indigène des villes, un ramassis de toutes pro- 
venances que nous laissons de côté, quoiqu'il prouve au plus haut degré 
ce que nous voulons démontrer, c'est-à-dire que l'anthropologie, partout, 
se trouve en présence de peuples et non de races. Reste la population in- 
digène des campagnes. De quoi se compose-l-elle, d'après les renseigne- 
ments de toutes sortes auxquels nous puisons ? 

L'Atlantide, ce continent légendaire dont les prrtres de l'Egypte ont 
parlé à Solon, ne paraît pas avoir existé à une époque contemporaine 
de l'homme (3;. Les Canaries elles-mêmes ne semblent pas avoir été 
rattachées i\ l'Afrifiuc à la môme époque. Le plus loin qu'on remonte, 
on entrevoit l'Algérie formant avec le Maroc et la Tunisie une presqu'île 
allongée entourée d'eau au nord, à l'ouest et au sud, et reliée à la Sar- 
daigne et à la Sicile par deux langues de terre. 

L'homme y apparaît cependant contemporain d'espèces animales au- 
jourd'hui éteintes, fabri(iuaul des silex taillés du type du Moustier. Onle re- 
trouve à l'âge delà pierre polie, caractérisé par des ateliers de taille jusque 
dans les oasis algériens et par des monuments mégalillii(|ues en quantité 

(Ij P. Topiiianl, Dr tu notion de rno\ en Aut'iropolugie, Ucvuo d'antlir., I.S79. — I)e.< 
métis humums; hiron à l'firoli' «Jantlir, (iazotlo «l«'s hùpiiaux, 1H79. 

il) J'accepte rcpcndani les mois do races franraise, allemande, am»''riraiiie dans le lan- 
gage courant, mais «'ii sotifçeant .'i l'avenir. La fusion de Inirs types divers tend à se faire; 
dans un avenir lointain, les circonstances aidant, elles peuvent devenir des rares. Mais 
anjourd'liui cllt's n'uni aucune unilo antliropol<>^i(|ue, ce ne sont que des composés du races, 
de» assemblages politiquos. 

;3; Voir page ô. 



GÉNÉRALITÉS. — PEUPLES. 209 

considérable, qui se continuent dans la période du bronze, dans la pre- 
mi^l•epé^iodedufe^, sinon jusque dans les époques carthaginoise et romaine. 

Les premiers renseignements liistori(iues nous sont donnés par les 
monuments égyptiens et notamment par les listes de Manetliou. En 4500, 
date la plus rapprochée dans les estimations, un peuple ù. l'ouest des 
Egyptiens appelé Lebou ou Lybiens est rendu tributaire par Menés de 
la première dynastie. En 4000 environ, le même peuple sous Nékhérô- 
phès, de la troisième dynastie, est battu, ù. la faveur d'une éclipse de lune 
qui avait plongé les combattants dans la terreur. Plus tard, un nouveau 
peuple apparaît, à l'ouest encore, un nouveau nom du moins, les Ta- 
mahou , signalés vers 3000 sous la douzième dynastie. Il revient en 
l iOO environ, sous la dix-neuvième dynastie, en compagnie des Mashouash, 
les deux à partir de ce moment prenant une part importante dans l'his- 
toire de l'Egypte. Or la linguistique rapproche ces Tamahou, des mots 
tamalioug, taniahag^ tamachek qui désignent encore la langue des Toua- 
regs du Sahara et assimile les Mashouash aux Maces d'Hérodote et 
aux Mazigs, A'Mazigs, sous lesquels noms se désignent aujourd'hui 
les Touaregs, congénères par la langue des Kabyles actuels et autres 
Berbers. D'autre part les Tamahou sont figurés sur les monuments 
égyptiens comme de haute taille, blonds, avec des yeux bleus et de 
longs cheveux ondulés. Cette époque des Tamahou serait contemporaine 
des dolmens de la pierre polie. Suivant le généial Faidherbe, le mot Ta- 
mahou voudrait dire les hommes du nord ; d'où la doctrine soutenue par 
lui et par d'autres anthropologistes que les Tamahou sont venus du 
Nord, apportant avec eux la coutume des monuments mégalithiques, et 
qu'ils appartiennent à ce groupe de guerriers turbulents, grands et blonds 
aussi, que nous voyons avec certitude se mouvoir en Europe dès le seizième 
siècle avant Jésus-Christ, à nouveau au huitième siècle et enfin au qua- 
trième siècle, cette fois sous les dénominations bien connues de Kymris, 
de Cimbres, de Bretons, de Belges, etc. 

Dans tout cela que découvrons-nous jusqu'ici? un peuple lybien, proba- 
blement autochtone, un peuple tamahou et mashouash, et un rapproche- 
ment de ce peuple tamahou avec un autre peuple européen et cons- 
tructeur de monuments mégalithiques. Eu fait de race? Une hypothèse 
vraisemblable de la filiation du type peint sur les monuments égyptiens 
avec le type de ceux que nous voyons apparaître plus loin sous le nom 
de Kymris, etc. Quant au fait que la tribu des Denhadjas, comptant au- 
jourd'hui parmi les tribus berbères, dresse encore des menhirs, tient sa 
djemma dans un cromlech et raconte qu'elle descend de ceux qui ont 
élevé les sépultures mégalithiques de Roknia et autres lieux, il témoigne 
simplement que la population de l'époque de la pierre polie en Algérie, 
ou du moins l'un de ses éléments, s'y est maintenu, non par son type, 
c'est là une question délicate à discuter en faisant intervenir diverses sortes 
de documents, mais par ses coutumes et ses traditions. 

ToPiNARD. -- Autliropologic. 14 



,|„ CIIAIMTIIE Vlll 



1,,., K„- s.' .......irenl .lans la région de l'Atlas une suite <le peuples appai- 

teuanl à 1 lu.l.M.e. Vers loUO les premières colonies phéniciennes ; v ers KMX. 

les Carlha.inois; au sixièn,e sièele les Grecs sur les côtes delà (.yrénaniue 

et en 150 av. J.-C. les llomains.qui Toanipèrent pendant cnni sn^les jns- 

u ■•\ l'Atlas A ee moment trois peuples bien connus se partagent le sol, 

.. ioco-.n :\ la petite Syrie : à l'ouest les Maures etdaii^ le reste de l'éten- 



qu a i Allas. A ee moment trois peuples bien connus se partagent le so 
,|„e Ks.Numia.>. mmiadercTclvaliers, et les Oétules, sédentaires. Parmi 



d 



ces derniers >e remar.iuent les Q,wu,ue,ienles dont les annales ■■"'"-"nés la 
content l'énergi.iue résistance an n.out Ferratus, actuellement le tort Na 
tional dans la grande Kabylie, de ^SC, A VU; après J .-C. évidemment les uns 
et les autres sont les descendants des Tamahou et des I.ybiens anté- 
rieurs Y a-t-il là quelques renseignements perm.llant de prononcer le 
„.,n, de races, quoique l'état nomade et l'étal sédentaire constituent des 
caraclères physiologi.iues aussi précieux que lest un caractère physique, 
comme la forme du cra,ie'? Non; il n'est question que de peuples. 

Durant les périodes carthaginoise et romaine, il faut compter avec une 
autre population, celle des mercenaires de la Gaule et d autres pays. 
Vers la Un de la domination romaine un aul.e peuple est aussi à men 
lionner, les Vandales, .,ui venaiei.l .le traverser t.,ule l'iiuropeet dese ré- 
fu-ier en Afrique, parliculièrement .lans la province de Conslaiilme. 

lu septième siècle entre en scène un nouveau peuple, les Arabes, qui 

convertissent tous les indigènes à l'blamisme et .^'^^f "J^^^'^''^-''^' 

maîtres du tcrriloire jns,,u'au seizième siècle. Puis, de loll» à ISJJ, les 

Turcs sur le littoral et .lans les vallées avoisinantes, ou mieux une horde 

ae pirates de toute provenance, recrutés principalement en Syne- Nous 

avons liiii, après avoir cité les nègres .i-ii comme esclave^ se son i 1 t s 

partout et quel.iues coU>iiies d'Espagnols à Oran et de Gen..is à Ito igic. 

Dans tout cela <iue voyons-nous'? Toujours des peuples on des fractions 

de peuple appartenant à des races dillérentes. Mais .,u. nous autorise a 

nous servir ie ce d..n„cr mot, lequel est un jugement tant .,ue nous ne 

nous serons pas livré au travail préalable et laborieux indispensable. 

Ce ne ,1 ar ihe dont on nous parle aujourd'hui e.l un produit bien 

compleL. puisquci, lin de couiple il est issu de tous les peuples que nous 

venons d'énuinérer. i: .i;.,,.»; .n 

.Mais, en Algérie, les gens éclairés établissent avec raison une d stm, ho 
11 V a, diseiu-iU. Us in.ligènes qui parlent en règle générale la langue .1. 
K.Iraii, présentent cerlai.is caractères physiologi.iues et ^^'^^' ^^>"^^'^ 
ceux . iii parlent l'ancienne langue tamahou. le berber, sont séJenlaires 
a ne Mii'ei.t la UU.e du Koran que par habitude, 'leiu.ns-nous-en aux 
seconds pour limiter notre sujet, prenons le berber de la région du lorl 
Natlal' l.orii,ei.t-iU une race'.' Mériteiit-ils cette quali.ication La res.s 
tance qu'à l'exemple de leurs ancClres les (M,my"fye«a-. ils ont toiijo us 
^Zl aux conquérants, les Kran.;ais exceptés, et leur habitat dans .les 
lieux élevé», hor» des voies de communication ordinaires, portent a cr.M. e 



GÉiNÉRALITÉS. — PEUPLES. ' 211 

qu'ils se sont peu laissé pénétrer par les Turcs, les Romains et autres 
étrangers, ;\ part cependant les Arabes qui par leurs marabouts se sont 
sensiblement infiltrés parmi eux. Leurs mceurs sédentaires portent à les 
considérer comme les descendants des anciens Gétules. Mais ces Gétules 
eux-mCmes étaient ou pouvaient être un mélange de Lebou et de ïa- 
mahou. Ils devaient même, d'après une suite de considérations que je ne 
puis développer ici, être en bonne partie composés de Celtes venus avec 
ces Tamahou, ils constituaient donc à cette époque non une grande 
famille, une race, mais un peuple comme ils le sont aujourd'hui, une 
individualité politique ou géographique. 

L'anlhropologiste, en somme, mis en présence de ce qu'on appelle les 
races d'Algérie, y trouve non des races visibles mais des mélanges produits 
par les événements de l'histoire, des peuples s'entassant les uns sur les 
autres depuis GOOO ans. S'il consulte l'histoire, l'archéologie, les langues, 
la religion, on ne lui parle que dépeuples. Aujourd'hui encore s'il s'attache 
à ceux qu'on appelle des Arabes, ou des Maures, ou des Berbers, il n'y voit 
encore que des peuples. C'est donc à tort qu'il leur applique la dénomina- 
tion de races. Le jour où ayant nettement dégagé un ou plusieurs types 
de ces mélanges il aura su prouver qu'ils ne sont pas le produit de ses 
propres vues, qu'ils ne sont pas dus non plus au même mode d'existence, 
au môme climat, à la même nourriture, et que leurs caractères physiolo- 
giques en particulier ne sont pas l'effet du genre de vie auquel les ont 
obligés leurs vainqueurs ou leur religion, mais qu'ils remontent par filia- 
tion à tels ou tels types antérieurs, ce jour-là il aura le droit de parler de 
races; qu'elles répondent ou non à des conceptions abstraites. 

Si je ne craignais d'allonger trop cette démonstration je n'aurais qu'à 
prendre au hasard pour de nouveaux exemples. Dans les pays actuellement 
civilisés, chez les peuples sauvages, sur les continents, dans les îles, dans 
le temps présent, aux premières lueurs de l'histoire, partout je ne trouve 
indiqués que des peuples composés d'éléments qui poursuivis plus loin se 
présentent toujours à titre d'agglomérations humaines réunies par leurs 
instincts ou par les circonstances. Dans toutes les stations de la pierre polie 
je rencontre au moins deux types mélangés; je décris leurs usages, leur 
industrie, ce sont celles de peuplades et non de races. 

Le véritable terrain de travail de l'anthropologiste, malgré son désir de ne 
s'occuper que des races, ce sont donc les masses humaines tout simple- 
ment, c'est leur histoire, leurs péripéties, leurs qualités intellectuelles, 
leur état social et leurs caractères physiques. Ceci admis, il est obligé de 
s'en occuper complètement, sauf à faire la part ensuite de ce qui appar- 
tient aux hommes considérés en tant qu'animaux, et de ce qui appartient 
à l'influence qu'ils exercent réciproquement les uns sur les autres et qui 
en commun les pousse dans la voie du progrès. 

Le mot de peuple, tel que l'anthropologiste l'emploie, ne désigne pour lui 
en définitive que les agglomérations d'hommes, sur lesquelles il travaille. 



„,., ciiM'iiitE vni. 

' V..i.."ali..-. - Avant .1.- .imll.M- ce s..jc-t il |mmiI (Mro .aile .lo .lire en 
niK.i liilée .le nali.>iialil.^ en .lillèie. ,, ,. , 

»-.ll.i uni a a.il.- eelte ,|nesli„n, présente trois o|.,ni..ns. Dans 1 une la 
„a ionsiRnide les hal.ilanls rénnis sons nn môme seeplre .m une môme 
?o r. " "-•ornen.,.nt, qnelles que soient leur langue et leur re ...on; 

exo"ii.l.' 1^' >'^"i"" '''■^""•^'■'^''' ■'" ''"'^' ''" ^•■'P'''^""- <=°"'l"-«"''"l '» »"'■ 
3e el"-' P^">i" -''•''"^'"« J«'^'l"'^ l»"'"^'- '>""^'^' ^'-"•'■'"'" .""*-■"- 
t'.n la nali..n s'enlen.l d.s hal.ilants d'une région Kéogra,>l...,ne .nrcons- 
cri",'. par .les frontières naturelles; tels sont les Italiens et les Indons. 
Dans la l.cisiéme ce sont les l.al.itanls d'une c,...lree parlant la m^me 
,an..ne on ses divers dialeetcs ,1). Nous renvoyons aux pages l>l~\2.i 
o(nesol,ieolionsont été faites h ce systèu.e ,,ui eoudu.t an pangerma- 
„is,ne au panslavisn.e. ete., et ^ lont.-s les savantes con.bma.sons poli- 
linnes' avant p..nr l.nt de répandre sa langue dans un pays vo.sm et de 
e réelan.er un peu plus lard comme sien. Une quair.ème manière su- 
année est celle'de S.helling, de ll...el et de Fr. Mnller. « L ulée e D.en, 
dit lle-el. constitue la base sur la.,uell,. rep..se toute nat.onahte J,. - 
êxenudcs: les Arabes et les Juils. Ces derniers en parl.cul.er, pn,s,,ue 
l'occasion se présente de le di.e, ne sont ni une nali..n. n. une race. Dans 
•Intraînemenl du langage, nous p.n.rrons suivant ''.-«VHér.tron 'L i' 
ce mot, ce sera nue licence. Les Ju,fs ne sont ,,., u.,e ledciafon . U- 
Insc nn ancien peuple -lispersé, très n.élé a..jourd hu> c<.mn>e .1 l ta.t 
dès -oHpne. C'est l'anli.,ue sn.ala dAbrabau, venue se li.xer avec tous 
ses se-vileurs .lans le pays Cbananéen déji occupé par une non,breuse 
population antérieure, plus ..u n,oins autochtone, noyau <,n. se renfor 
de tous les fuvards de l'Kgyple qui. s<.us le con.n.an.lement de Mo.se et de 
osl.é. revinrent pren..re possession .le la terre «J-;'--";-'. "/J^'-'J 
facilem..nt soutenir -lue dès l'épo.p.e du premier chef srael. c. e.s 0.,0 
as-int J -C il V avait .lans celle pa.lie occi.leulale de l'Asie des blonds et 
derÏrun;:'D'.s l..„r berceau les JnUs n'avaient .lonc pas le droit an litre 

'"'irdeiinilinn la pb.s J..s|.. d.. la nali.u. ou nationalil." e.l à notre avis la 
nremièr,. 11 n'est pas d..nl,„x .pie ce ne soit une agglomeralion pulilniue. 
M llovelac.p.e la -lélinie .. nue raison sociale ... c'est-à-dire une associa- 
tion ba.ée sur l'inl.M él. Je ne suis pas de cette opinion. Les C'rconstances. 
1 violence y ont la pL.^ fort.^ pa. L La P-'onvo c'est qu après 1 ère chré- 1 
iLne, l.nsqne tant .lempires prnei.t naissance, ce fut t.mjours à une I 
poign,^e de .'on.piérants qu'ils .lurent leur origine. Anjourd ,ui encre le | 
sort des nations est bvré aux ha^ar.ls .l'une bataille, aux chances dune 

J'en d<,nno la d.'.lin.ti.n M^^anle : La naluui ou la naht.nal.le est unt 
associalion ,>nlili.,u. .ngeiulrée par les cirr,.n>la.u:os, iavonséc par la con- 

(1) A.lrin, Halbi. Intn.L à l\Ula^ HhuoT'<irhi<,w' du iM'', t. I. Taris, IM'iG. 

(2) Max MuUcr. La taetice des reluj ions, l'vnii, ir^nç., \^>'i' 



I 



GÉNÉRAI.ITÉS. — ETHNOLOGIE ET ETHNOGRAPHIE. 213 

figuration du sol, l'unité de langue et l'unité de la religion, cimentée 
l>ar les habitudes, les souvenirs communs de gloire ou de soufl'rance et très 
accessoirement par l'intérôt. La notion de race lui est absolument 
étrangère. L'anthropologie n'a rien avoir avec les questions de nationa- 
lité. 

Fthnoioi^ie et F>fhiio<;:rapiiie. — Il me reste, pour clore ce chapitre, à 
m'cxpliquer catégoriquement sur la valeur comparée de ces deux mots 
dont j'ai traité toutes les idées afférentes dans les pages précédentes. Je 
puis donc être bref. 

Si l'on s'en tient à Tétymologie, il n'y a pas de doute sur l'acception à 
leur donner. Le radical cOvoç, commun aux deux comme au mot ethno- 
génie, signifie peuple, et nullement race, mot qui n'existait pas en Grèce 
et qui n'a pris naissance qu'à la Renaissance. Toute leur différence est 
dans le mot Xo'yo;, discours, science et ypapy), description, qui implique le 
premier une idée générale et le second une idée particulière. Ethnologie 
est donc la science des peuples, comme ethnographie est la description 
des peuples, comme ethnogénie est l'origine ou la généalogie des peu- 
ples (i). 

Mais les circonstances décident du sens des mots plus parfois que 
l'étymologie, ce qui est à regretter dans les sciences. A l'époque où le 
mot ethnologie apparut, créé de toutes pièces par W. Edwards, la confu- 
sion entre le peuple et la race était complète, on ne distinguait pas les 
deux notions. W. Edwards lui-même, quoique naturaliste, s'occupait non 
des races de l'histoire naturelle, mais des races de l'histoire ordinaire, 
des peuples de l'ère chrétienne dont il recherchait les restes. L'ethnologie, 
par le fait de W. Edwards, est ainsi devenue et est restée pendant cinquante 
ans synonyme de science des races. Une société a été fondée sous ce nom 
qui nécessairement lui a conservé ce sens. 

Eh bien, cette dernière acception je ne puis l'accepter, elle est arbi- 
traire, pleine d'inconvénients, et je m'en tiens à l'étymologie. Les races, 
qu'elles soient des conceptions de l'esprit ou des réalités palpables, peu 
importe ici, sont du domaine de l'histoire naturelle pure, et pour plus de 
précision de la partie de l'anthropologie qui s'occupe de l'animal. Les 
races sont les divisions naturelles du genre humain. On s'éclaire de tous 
les moyens pour les dégager, mais, on s'appuie essentiellement sur les 
caractères anatomiques. On ne peut donc séparer leur étude qu'artiticiel- 
lement et momentanément de celle du genre humain et de ses relations 
avec les autres groupes zoologiques. Elles appartiennent exclusivement 
au naturaliste préparé par ses connaissances spéciales aux discussions 
sur l'espèce, le genre et la place qu'elles comportent, dans la classiûcation 
zoologique. 
Assurément le peuple est le terrain dans lequel on va chercher les races, 

(1) « L'ethnogénie, ou étude des origines primitives des peuples et de leur généalogie, » 
dit Ampère. 



21 ^ CIIAIMTHM VIII. 

el il in'anivo st.iivrul ;\ rn<»i-nirinf (remployer le mol de race pour dù^i- 
gner tel on lel piMiple. .Mais e'esl un h. il (jui a des conséquences fùcheuses, 
une licence (jui j)erpitue la coulusiou dans réluile respective du i)eu|)le 
et de la race. l/aulhrop(dogie se réserve en toute propriété la pailie de 
riiisldiie ualurelle (|ui concerne la /.oolo^'ie brute, mais elle pai tuj^e lar- 
geuu'ul avec les spécialistes de tout f^enre, avec les opiils tle toute uatuie, 
ce (|ui reu'arde les jieuples, relhno^Mapliie. Klle adinet (|ue si son terrain 
central, l'animal humain dans son ensemble et dans ses races, impose des 
méthodes rij^onreuses avec lesqutdles on ne se familiarise (jue par une 
loiitîue station sur les bancs de IKcole de médecine ou du Muséum, son 
domaine accessoire, la vie des peuples, peut être exploité par des mé- 
thodes moins rigoureuses. En d'autres termes l'anthropologie est sévère 
et exigeante pour les races et facile pour les peuples. Aux ellinographes 
elle nie la compétence sur les premières. Le moteOvo; ne peut se partager: 
employé dans un certain sens par les ethnographes, il doit ôtre rejeté 
par les zoohtgistes parce que, avec les mots, arrivent les procédés d'étude 
et les tendances contre lesquelles ils ont à se défendre. 

Du reste le besoin d'un mot particulier pour désigner la partie de la 
zoologie de l'homme dans hujuelle on dégage les races du milieu où elles 
sont noyées, ne se fait nullement sentir. Hroca a cru devoir en faire une 
partie distincte sous le nom û'aiit/tropo/of/ic spéciale. J'accepte cette ex- 
pression parce qu'elle ne prête à aucun malentendu, mais surtout parce 
qu'elle remplace celle d'ethnologie, dont je ne veux pas dans ce cas parce 
qu'elle est détournée de son sens logique et devient une source de 
dangers pour l'anthropologie véritable. 

Le jour où je m'en servirai ce sera dans son sens logique, pour dési- 
gner ce qu'il exprime réellement, Vclhnographie géncrale^ ou la partie de 
l'ethnographie dans laquelle se traitent les questions communes qui in- 
téressent à la fois tous les peuples, et dans laquelle se dégagent les lois qui 
régissent l'humanité depuis son origine; en réservant le mot d'ethnogra- 
phie non suivie d'épithète pour les éléments particuliers de cette étude, 
la description de chacun des peuples au point de vue de son histoire, de 
sa répartition, de sa religion, do son industrie, de ses coutumes, de son 
génie propre, etc. (I). 

(1) Od m*a roprocliô quelques hésilatiuiis sur la thèse que je soutiens. Examinons si elles 
sont justiflcos. 

Dans la première édition de mon Anl/nofjoloyif, en 1870, je disais .rethnologio concerne 
le» peuples considérés au point de vue général, l'idée «le races en doit être exclue l'p. 90). 

Dans les deuxième et troisième, en IH77 et 1879, c'est la môme pensée. Il y a deux 
parties dans l'élude de l'homme : dans l'une on s'occupe de l'homme ri des races humaines, 
dans I autre on s'occup*; d(?8 peuples. Celle-ci se parlag»; vu ethnographie, qui est la des- 
cription particulière du rha»|UO peuple, de ses mœurs, coutumes, reiigions, traits physi- 
ques cl origines dans l'histoire; cl ethnologie, qui reprend les mêmes points de vue 
dans leur enscmhle, s'applir|uaiit à tous ou à plusieurs peuples (p. 9> 

Ces deux passages sont l'o» ho de la discnssinn r|U(' j'ai soiUenue h la Société dan'.hropo- 
logic dans les séances du 20 avril et «m !•' juin I87G, à la(|uellc prirent pari liroca, Quatrc- 
fagc», Daily, Lagneau, lluvclacque, Gaussin, etc. 



GÉNÉRALITÉS. '215 

ronoliisioiiR. — Do ces deux chapitres de généralités nous concluons qu'il 
est absolument nécessaire de maintenir la distinction fondamentale de 
l'anthropologie en deux branches, l'une qui s'occupe de l'espèce humaine 
et do ses variétés ou races au point de vue purement animal, essentiel- 
lement anatomique et physiologi([ue, et l'autre qui s'occupe des peuples; 
bien que les deux doivent ôtre réunies sous le nom général d'anthropologie 
parce qu'elles se complètent et ne peuvent vivre Tune sans l'autre. 

La première esiVant/n'opolofjlr proprement âite^ et ne peut ôtre logique- 
ment traitée que par des médecins et des naturalistes. La seconde est 
Vethnograp/iie, qui n'exige pas de connaissances anatomiques et zoolo- 
uMques et dont par conséquent les questions de races sont exclues. 

L'anthropologie proprement dite se divise à son tour en deux parties, 
V anthropologie générale qui embrasse l'espèce humaine dans sa totalité et 
par conséquent toutes les généralités du sujet (Broca), aiV anthropologie 
spéciale qui traite en particulier des races humaines (Broca) et par 
conséquent les dégage. 

Sous le nom d'anthropologie zoologique Broca séparait la partie de 
l'anthropologie générale qui concerne spécialement la comparaison de 
l'espèce humaine avec les animaux. Si cette dénomination n'avait pas été 
établie par mon illustre maître, j'avone que je l'eusse appliquée, d'une 
tout autre manière, à la totalité de l'anthropologie proprement dite, 
laquelle à égal titre dans ses trois divisions : zoologique de Broca, générale 



En 1880 je reprends la question dans la Revue d'Anthropologie (p. G73-677). Les matières 
dont se compose l'anthropologie, dis-je, se partagent comme il suit : 1» l'Anthropologie 
proprement dite divisée en Ai)thropologie générale, ou étude du genre humain, et Anthro- 
pologie spéciale, ou étude de ses races; 2° l'Ethnographie ou étude des peuples présents et 
passes, divisée en Ethnographie générale pour les questions communes, et Ethnographie 
spéciale pour les descriptions particulières de chaque peuple; 3° les Sciences annexes. 

Où est donc le point faible signalé par M. Wyrouboff, dans la Revue de Philosophie 
positive de mai-juin 1880, à la fin de mou Mémoire sur La notion de race en anthropolo- 
gie, parue dans la Revue d'Anthropologie de 1879, p. 589-000? 

Le mot ethnologie, pour désigner la science des races que je combattais, était employé 
par Broca, par habitude je pense, à la suite de sa création par W. Edwards; il m'était 
profondément pénible d'être en désaccord avec le maître dont je me suis toujours efforcé 
de répandre et de défendre les idées. Lorsque dans ce Mémoire j'aboutis à la conclusion 
que les races sont des conceptions de l'esprit et les peuples les réalités palpables sur les- 
quelles l'anthropologiste opère, je me fis cette réflexion : Mais alors, le mot ethnologie 
pourrait être conservé dans le sens de Broca puisque pour arriver aux races il faut passer 
par les peuples ; il désignerait ainsi la partie de l'ethnographie qui s'occupe de déga- 
ger les races des peuples. 

Ce fut une faiblesse momentanée, je l'avoue, et cela prouve contre le système de la con- 
ciliation en matière scientifique. 

Ou l'ethnologie concerne le peuple, ou c'est un mot détourné de son acception, il n'y a 
pas de milieu. Tranchons donc dans le vif et supprimons-le puisque nous ne sommes divisés 
que sur sa valeur. Les faits resteront, c'est-à-dire la distinction à établir entre l'étude des 
races faisant partie de létude du genre humain et l'étude des peuples faisant partie de 
l'étude de l'humanité. 

Lorsqu'on aura oublié le sens vicieux donné au mot ethnologie depuis Edwards, et qu'il 
se sera passé un temps suffisant, on pourra le reprendre, mais alors dans son acception lo- 
gique et non dangereuse, la seule à laquelle elle ait droit, celle d'ethnographie générale. 



216 



ClIMMillK IX. 



et sp<^rialt', phis mi nmiiis ailjiliairi's, est de la zoologie au premier elid' 
rien (jne de la zoologie. 

Le tableau ci-après rend pleinement ma pensée. 



AnTIIII"I'(II.(M.1K. 



, . ,. , \ L't'iM'talr. — l/»'>pr(r liiimaiuc. 

AnfAropo/ooif pioiMcmnil dit.' ou zooli»;.'nnio , , . , , , 

' '' ' ' '^ ' f spicial»'. — Lfs raci'S iniinaincs. 



Ktlinoijniph 



( f:»'iit'ial«'. — Oiicstions roiiirnuiirs à Ions l»'s jn'Upii' 
/ spt'-riak'. — hcNcrijdion p.irlicidiric tir'S peuples. 



.^CIK-Ni K-^ A.N 1 mil 'l'i»l 



/ Aiiatoiilie liumaiiu'. Kiid)rv<»f;t''iii«'. 
Ksseiilifllis. ' IMiysioiofçie huinaiiic. I^svchologie. Sociologie. 



Accessoires. 



Palliologie. Tératologie. 



Histoire. Arcli»''olof;ie. Préhisloriipi» 



I llisloue. Arcii»'olof;ie. iTeinsioriipit». 
\ I.iiiguisli(piL'. Mythologie comparée. 
j l).'ino^ra])hie anllin»])ologitpie et ethnograpiiiqu* 

i:i.-. 



ClIAPITlli: 1\ 

M i: T n D E s G É N !• R A L E S 

I)ivi'«ions des caractères pliysi(|Uos: Prognmmo do loiir (5tudo. — Ohser^'ations sur le 
vivant. — Hechorchos do laboratoiro. — Atitlirnpomc'trio : Méthodes des moyennes, de 
l'ordination, trinononiétri(|uo. — Comparaison (1rs mesures sur le sr|ueIeUo et sur lo 
vivant. — OAnioIn^i»; : Nomenclatuic, points crâniomélriqucs, cràniomélric. — Méthode 
figurative : Photographie 



Cesexplirali«)ns données sur les divisions de l'anthropologie, sur la part 
qu'y joue telle ou telle science accessoire et sur le sens des mots qui re- 
viennent le plus souvent, nous arrivons au corps môme de notre tAehe. 

Quel que soit le but particulier que se propose le débutant en anthro- 
pologie, qu'il veuille s'attacher à la distinction de l'homme avec les 
animatix ou à l'histoire des rares, il doit commencer par les éléments 
et étudier tout d'abord les caractères typi(|ues de l'homme, leurs va- 
riations naltirelles, les motifs de ces variations, leur étendtie,leur valeur. 
Il sera ensuite en mesure de songer aux types et d'aller au del;\. C'est à ces 
éléments que nous allons nous attacher, ainsi qu'aux méthodes par les- 



METHODES GENERALES. 217 

quelles on parvient i\ les connaître et à en tirer le plus grand parti pos- 
sible, tout en évitant les causes d'erreur. 

Une autre raison, dans l'état actuel do la science, rend particulièrement 
nécessaire ce genre d'étude analytique avant de passer à la synthèse an- 
thropologique, c'est la suivante. 

L'histoire de l'homme, quoiqu'ancienne comme on l'a vu et entrant 
dans sa période adulte, a procédé jusqu'à ce jour, dans sa partie 
technique surtout, par tâtonnement, sans programme bien net, sans plan 
de conduite arrôté. Ce programme, ce plan, j'ai essayé de le tracer dès 1876 
dans mon Anthropologie. Mais l'espace dont je disposais était trop res- 
treint, plusieurs chapitres sont restés insuffisants et la science a marché, 
elle a mûri pour moi comme pour Broca qui est mort, hélas 1 sans avoir 
pu livrer le fruit de ses longues recherches et de ses persévérantes médi- 
tations. 

Les préjugés d'école ou de tradition ont, d'autre part, singulièrement 
paralysé les premiers efforts d'émancipation de l'anthropologie, ses 
méthodes d'études ballottées entoussensn'ont pas été fixées, les idées qui 
les dirigeaient formulées. Une véritable anarchie règne en crâniométrie, 
la même mesure y est comprise autrement d'une frontière à l'autre, les 
nomenclatures diffèrent. Gomme il arrive dans toutes les sciences jeunes 
on a cru que tout était simple et facile, qu'il n'y avait qu'à regarder 
autour de soi, que les types humains tombaient sous les sens, que 
quelques crânes suffisaient pour les établir, qu'il n'y avait qu'à s'armer 
d'un compas, qu'enfin l'anthropologie technique était accessible à tous 
sans préparation. 

La notion de race, telle que l'ont propagée les anciens polygénistes, 
de races que l'on touche du doigt et que l'on classe comme des objets 
matériels, a été préjudiciable. Enfin, faut-il le dire, les conséquences de 
la grande hypothèse du transformisme n'ont pas encore pénétré sérieu- 
sement dans notre science, l'anthropologie ne s'est pas adaptée au mi- 
lieu nouveau, on y affirme plus qu'on ne prouve. Il y a donc à revoir une 
grande partie de ce qui se dit et s'accepte, et peut-être même à revenir sur 
des idées anciennes, réputées arriérées, qu'on a peut-être trop facilement 
critiquées. Pour cela il faut d'abord s'inquiéter des méthodes, les serrer de 
près, se rendre individuellement mieux compte de la valeur de ses propres 
études, reprendre une partie de ce que l'on croyait acquis et aller plus au 
fond des choses. Sans remonter ab ovo, il faut en revenir aux éléments, 
aux principes, aux commencements. 

Le présent volume me paraît répondre aux nécessités de la situa- 
tion. Il a pour but d'apprendre à travailler, et si de temps à autre il donne 
des applications, émet des opinions sur les résultats et se prononce avec 
quelque apparence de hardiesse, ce sera plutôt afin de retirer au sujet de 
son aridité. Ce seront des jalons livrés à l'appréciation générale. 
En somme je m'attacherai, dans les pages qui vont suivre, successive- 



218 CIIAIMTHK IX. 

mont aux caracli'ros los plus impoilanls i)Our la (l»'lorminalion des types, 
par rt)ust''(|nt'nt ;\ ceux tirés df la crAiûolof^ie et de ranlliropouiélrie, et je 
terminerai par les Instruclions pratiffues ;\ donner aux voyageurs. Ce qui 
me fournira l'oorasion d'aborder (;à et 1;\ et de traiter avec toute l'étendue 
voulue les (juestions de méthodes et de principes, sur le cadavre comme 
sur le vivant, que je considère dans l'état actuel de la science comme 
devant tenir le premier rang. 

n<>M tII>«»rMes HorloH «I«* rar:if*t<'rcs plijNiiiuos. — Ccs Caract^res, Ics SCUls 

dont nous nous occuperons iloiénavunl, ccjinportent une foule de divisions 
suivant le point de vue auquel on les considère. Ils se partagent d'abord en 
extérieurs ou j/iorit/iolnijiques si Ton veut et intérieurs ou nnatomif/ues. 

Les caractères morphologiques s'observent sur le corps entier, vivant 
ou étendu sui- une table. Tels sont la conji'ur de la [leau, l'état droit ou 
enroulé des clu;veux, la foiine du visage, du nez, des ouvertures palp<'- 
brales, les pi'oportions du (M)rps. Les caractères anatomiques se relèvent 
sur le cadavre ou le scpielelte, par consériucnl dans les laboratoires seu- 
lement; ils concernent les muscles, les viscères, le cerveau surtout, les os, 
le crAne en parlicnlier. 11 en est qui s'étudient i\ la l'ois sur le vivant et sur le 
cadavre coinnie l'indice céphali(iue, les dimensions du lliorax,(lu bassin, 
sauf à se demander après s'ils se correspondent dans les deux cas et 
peuvent se convertir les uns en les autres. 

Dès à présent nous émettrons à cet égard une proposition générale que 
la suite se chargera de prouver. C'est que les variations de ces caractères 
peuvent parfaitement servir de part et d'autre i\ la distinction des types 
humains et se confirmer mutuellement, quoique les chiffres qui les expri- 
ment ne se suivent pas rigoureusement. Les essais de réductibilité n'ont 
abouti à rien de suriisant; les indices céphalique et nasal, les longueurs 
de la main ou du pied, la taille sur le vivant ne doivent jamais être com- 
parés à ceux pris sur le squelette et réciproquement. 

A un second point de vue les caractères physiques se partagent en des- 
criplifs et midivnjtoDiélv'uiues. Autant les premiers ont quehiue chose de 
vague et de personnel, autant les seconds sont précis et scientifiques. 

Les caractères descriptifs, ainsi que leur nom le dit, sont ceux qu'on 
exprime par un mot, une phrase, une comparaison ou une longue des- 
criptiou. ils sont l'écueil de l'anthropologie, non pour l'anatomiste qui a 
l'habitude de voir, d'analyser ses impressions et de les rendre dans 
un langage précis, mélhodiciue, ne prêtant ;\ aucun malentendu, mais 
pour le v(jyageur appelé précisément i\ recueillir ces caractères et 
rarement préparé suffisamment à ces descriptions. Aussi est-il souvent 
difficile de s'y reconnaître dans celles-ci et de savoir ce qu'elles 
veulent exactement peindre. Les Sociétés d'anthropologie ont si bien 
senti de suite ce desideratum que toutes i\ l'cnvi ont publié des Instruc- 
tions s'efTorçant de prévoir les cas, de donner aux voyageurs les moyens 



MÉTHODES GÉNÉRALES. — SORTES DE CARACTERES. 219 

de remplacer le langage descriptif, et de fixer la valeur dos termes. Le 
défaut des caractères descriptifs est de se prôter outre mesure à l'apprécia- 
tion personnelle, poussée si loin chez les personnes à tendance artis- 
tique accentuée. Chacun dans ces appréciations apporte son tempéra- 
ment, les idées dans lesquelles il a été élevé, le milieu où il a vécu, la 
tournure d'esprit qui lui est propre, sans parler de son impressionnabilité 
du moment. M. Beddoe remarque que les Anglais, qui sont considérés 
comme blonds par les Français d'un ton plus foncé, sont regardés comme 
bruns par les Scandinaves d'un ton plus clair. Le voyageur vivant depuis 
longtemps au milieu de populations noires est enclin à considérer comme 
blancs des individus ou des peuplades qui ne sont que relativement 
claires. Le même voyageur, au milieu de nègres aux cheveux laineux, 
est disposé à voir des cheveux droits, là où il n'y a que des cheveux frisés 
et même laineux. Les idées préconçues exercent sur lui une grande 
influence; si l'on attire préalablement son attention sur un certain carac- 
tère, les yeux clairs, les pommettes saillantes, les paupières bridées ou 
les fesses proéminentes, malgré lui il en voit plus que de raison; quoi- 
que résolu à ne tenir compte que de la moyenne, ces cas sollicitent 
son attention. La taille fournit un autre exemple de ce genre d'erreur 
lorsqu'au lieu de la mesurer il essaye de l'estimer ; il compare les autres 
à lui-môme ; s'il est grand il trouve ceux autour de lui petits, s'il est petit 
il les trouve grands. La disposition du moment a aussi son action: l'un, 
dans des sauvages nus et errants voit des êtres disgracieux, chétifs, mal 
proportionnés, tandis que l'autre les trouve beaux, grands, nobles et 
fiers. Les mêmes femmes sont le matin attrayantes et parfaitement con- 
formées, et le soir paraissent hideuses et voisines du singe. Je ne parle 
pas des impressions générales sur les types; là, les tableaux sont mécon- 
naissables parfois d'un voyageur à l'autre. Nous reviendrons sur ces 
difficultés à propos de la manière d'observer. 

D'où la nécessité de moyens particuliers d'enregistrement des caractères, 
propres à eûacer la personnalité de l'observateur. 

Il va sans dire que ces moyens ne valent pas des mesures, et que leur 
principale objection est de donner des indications en lettres ou en nu- 
méros que Ton a beaucoup de peine ensuite à manœuvrer pour en obtenir 
la signification moyenne sur un nombre d'individus. Tels sont les figures 
typiques de telle et telle forme du nez, du visage, de la paupière bridée, 
tel et tel degré d'enroulement des cheveux en spirale, telle et telle couleur, 
nuance et ton. Telles sont les reproductions de la couleur par la peinture, 
de la forme du visage par le dessin ou du personnage entier, suivant cer- 
taines règles, par la photographie. 

Les caractères anthropométriques s'obtiennent avec des instruments 
de toutes sortes comme le ruban métrique, le compas, les goniomètres 
pour mesurer les angles directement, la balance, le dynamomètre, et 
concernent le vivant comme le mort, les formes extérieures comme le crâne 



220 CHAPITRE IX. 

on lo ba^^siii. Leur piôcisinn ost jurande, ils sont très favorables à l'expros- 
sioii ol ;\ l'analyse, comme A la synllièsc des caraet^^es, mais à la eoiidilion 
que le procédé opératoire soit suivi h la lettre ainsi (pi'il a été convenu, et 
que les points de ^ep^re soient bien fixés. D'où la nécessité d'Instructions 
précises aux voyageurs et nK^meauxinensurateurs de laboratoire afin qu'il 
n\v ait auiMiii malentendu. Ksl-ce la faute des Instructions, ou du voya- 
geur? c'e>«t ce que nous verrons })lus tard, mais il est certain (pTelles 
ne remplissenl pas pour le moment \v luit (ju'on se propose et que le 
môme sujet mesuré par diverses personnes donne des dilférenccs qui dé- 
passent souvent les difféiences possibles ou caractél•i^tiques entre les 
races ou les individus. Tels sont les cas par exemple du cubage de la 
cavité crAnienne, de la circonférence de la tôle sur le vivant et d'un 
grand nombre de mesures ayant trait aux prcjportions du corps. Il n'y a 
pas de milieu : les caractères antbropométriques sont féconds en consé- 
quences pralicpies rit;oureuses ou ils sont féconds en illusions. C'est une 
arme à deux Iraucbants. ils défendent contre la fantaisie des caractères 
mal décrits ou ils lucnt. Nous espérons prouver au lecteur que bien con- 
duits ils font de certaines parties de l'anthropolouMC une science presque 
malbématique. 

A un troisième point de vue les caractères physifjues se partagent en 
zo()/()f/if/iirs et anf/irnpolor/if^itcs, distinction capitale qui repose sur Tobser- 
vation suivante. Dans la distribution des êtres vivants par groupes subor- 
donnés en classes, ordres, familles, genres, espèces et races, i)lus un carac- 
tère est spécial ;^ un groupe et le distingue des groupes voisins, moins il 
présente dans ce groupe de dilléi-ences ({u'iju puisse utiliser pour y établir 
desdivi>i()ns. Ainsi en botaiiifjue les Ombellifèressont caractérisées par une 
inflorescence en ombelle composée, fi parlqueUpies genres cju'on y a laissés 
arbitrairement ; [)ar contre cette inllorescence caractéristique ne fournit pas 
ou guèie (le dillérences intrinsè(iues ;\ l'aide» desquelles on puisse recon- 
naître les génies et espèces contenus dans la famille. Les Labiées, Synan- 
tbérées, Orcbidées sont dans le même cas. Lu zoologie il en est de môme à 
cliafjue étape de la classification. De \h les faibles différences que l'on ren- 
contre cbez les diverses raee> bumaines, dans le volume et les circonvo- 
lutions du cerveau, ainsi que dans ses fonctions qui constituent la carac- 
téristique du groupe //omo, remarfjue faite avec joie, sans s'ôtre rendu 
com[)te de son motif par les ortbodoxes (jui l'ont invoquée en faveur de 
l'unité (lu genre bumain et de ses divisions. (Vest tout simplement l'ex- 
pression d'une loi générale en bistoiie naturelle ; (|ue l'bomme forme 
un genre ou une espèce, c'est correct. 

Les caractères zrxdogifpies sont ainsi excellents pour séparer le genre 
humain ou la famille humaine des autres genres ou familles voisins, 
mais mauvais pour séparer les races. Les caractères anthropologiques au 
contraire sont sans valeur pour différencier l'homme des animaux, mais 
bons pour différencier les races hiunaines entre elles. Exemple: l'angle 



MÉTHODES GÉNÉRALES. — SORTES DE CARACTÈRES. 221 

facial qui mesure la projecliou en avant de la mâchoire supéiieure. Il dis- 
lingue très Jjien les animaux entre eux, le cochon, le chien, les singes, et 
donne lieu à une échelle, à degrés assez écartés. De l'anthropoïde à l'homme 
notamment, un hiatus se remarque; puis dans les différentes races humai- 
nes les intervalles entre les moyennes s'amoindrissent au point de rendre 
leur constatation ahsolument illusoire. L'angle facial en un mot est un 
bon caractère zoologique et un mauvais caractère anthropologique. 

De même pour la position du trou occipital plus ou moins en arrière delà 
hase du ci'àne ; elle présente des différences notables d'un animal à l'autre ; 
de l'anthropoïde le ])lus élevé à l'homme le plus inférieur elle donne un 
hiatus plus grand encore qu'avec l'angle facial. La position du trou occi- 
pital est donc un excellent caractère zoologique du genre humain, en 
revanche il devient un mauvais caractère dislinctif entre ses races: les 
dilférences qu'il présente de l'une à l'autre sont inappréciables. 

Inversement, l'indice céphalique et la couleur de la peau qui n'ont au- 
cune valeur pour distinguer l'homme des animaux en possèdent une 
très grande pour distinguer les variétés humaines. Ils n'étaient que ca- 
ractères zoologiques, ils deviennent caractères anthropologiques. Le but 
de ces leçons étant moins de préparer à la connaissance du groupe zoolo- 
gique homo et à sa comparaison avec les autres groupes zoologiques que 
de préparer à la connaissance des différences entre races humaines, c'est 
aux derniers que nous nous attacherons le plus. 

Une autre division des caractères physiques a été imaginée par Broca, 
en se plaçant au point de vue non de l'homme uniquement, mais des 
Primates en général et des ordres venant au-dessous. Elle se trouve dans 
son mémoire sur le transformisme. C'est celle en caractères de perfec- 
Uonuemeyit, caractères sériaires et caractères indifférents, les deux premiers 
étant rangés sous le titre commun de caractère dévolution. 

Comme exemplesde caractères de peifectionnement^c'est-à-diredonnant 
un avantagea ceux qui le possèdent, Broca cite l'angle de torsion de l'hu- 
mérus augmentant dans la série des Primates de 90 à 180 degrés, l'élar- 
gissement croissant de la cage thoracique, la diminution et la disparition 
de l'antéversion des apophyses lombaires, le passage graduel de la position 
verticale du cœur adossé au sternum à sa position oblique, couché sur le 
diaphragme, etc., subordonnés à l'adaptation de plus en plus complète à 
l'attitude bipède. Comme exemples de caractères simplement sériaires, 
c'est-à-dire n'impliquant pas l'idée d'un avantage au profit de l'espèce, 
il indique la précocité de la soudure de l'os intermaxillaire à l'os maxil- 
laire supérieur, augmentant d'un genre à l'autre, et le développement de 
l'appendice iléo-cœcal sans utilité et plein de dangers, « très caractérisé 
chez l'homme et le chimpanzé, se dégradant du chimpanzé à l'orang et 
au gibbon pour disparaître chez les Pithéciens. «Comme caractères indif- 
férents il cite, chez l'orang, l'absence d'ongle au gros orteil, l'absence de 
ligament rond à la tête du fémur, l'os supplémentaire de la première 



222 CIIAl'lTHK IX. 

rangée du carpe et l'indivision du poiinion; clu'z riioininc la disparition 

apparenU'delaqueuc,c't'>t-î\-dirt' desvorlMirt'spcrci'e^ d'un iLouracliidien 

central. 

De ces aperçus nous ne C(»nserverons pour les appliiiuer i\ llioniine et 
à ses divisions ou races (jue les caraclc'res sériaires ou liiérarclii(iues dans 
celles-ci et les caractères indifférents ou cinpiriciues. Les premiers conti- 
nuent le mouvement de dévelopi)ement ou de modilication atténué, inter- 
rompu ou e.xagéré, en passant des animaux à l'homme, et disposent les 
races en une série, dent les termes les plus inférieurs se rapprochent de 
la dernière forme de ce caractère chez les animaux et dont les termes 
supérieurs s'en éloignent au maximum. Tels sont la longueur du memhre 
supérieur et celle en particulier de l'avant-hras, les degrés du pro- 
gnathisme, l'élargissement du thmax et du hassin. La plupart, dans 
cette catégorie, répondent au développement plus parfait d'une fonction 
propre à l'homme, comme l'accroissement de volume du cerveau et de la 
cavité crânienne et tout ce qui constitue une meilleure adaptation à l'atti- 
tude verticale. D'autres affectent une disposition sériaire répondant à 
celle que donnent d'autres caractères et les confirment sans que par eux- 
mêmes ils prouvent celte môme hiérarchie. Tels sont les degrés succes- 
sif> du cheveu depuis son enroulement maximum jusqu'à son état rec- 
tiligne et peut-être aussi la série s'élevant du nez le plus iilatyrrhinicn au 
nez le plus leptorrhinien. De l'échelle des races, ou mieu.x des types, ainsi 
constituée, sont nées les deux expressions très légitimes de races infé- 
rieures et de races supérieures, lorscpie non pas un seul caractère, mais 
un ensemhle de caractères s'accordent à ranger ainsi une race soit en bas, 
soit en haut de l'échelle. Nous disons un ensemhle de caractères, car il 
arrive (jue les caractères soient contradictoires sous ce rapport les uns 
donnant la supériorité, les autres l'infériorité. La portée de ces caractères 
doit même être prise en considération, car il peut arriver qu'un seul l'em- 
porte à lui seul sur tous les autres dans la balance. 

Kn opposition avec les caractères sériaires se montrent les caractères 
indillerents, tels que la couleur plus ou moins blanche des Européens, à 
fond jaunâtre des races dites jaunes, et plus ou moins noire des nègres; les 
orbites hautes dans les races anglo-scandinaves et les races jaunes,basscs 
dans les races préhistori(iues et mélanésiennes, et intermédiaires çà et là; 
ou la taille dans les dillérenles races. On n'est pas éh.igtié ou voisin 
du suige parce qu'on est blanc ou noir, (pi'on a des orbites hautes ou 
basses, qu'on est petit ou grand. 

La catégorie des caractères appelés rtccrsifs ne rentre ni dans les ca- 
ractères sériaires, ni dans les indillerents, ni, jx.ur remonter plus haut, 
dans les caractères anthropologiques jKMivaut distinguer les races. Ce 
sont des caractères individuels apparaissmt j.lus ou moins souvent dans 
certaines races; ils reproduisent inopinément un cara.tère qu'on re- 
trouve normalement soit dans la branche directe de l'arbre généalogique 



MÉTHODES GÉNÉRALES. — SORTES DE CAllACTÉHES. 223 

d'où riionime descend dans la doctrine de révolution, chez les singes, les 
carnassiers, les rongeurs et niCme chez les reptiles, soit dans nne branche 
latérale étrangère à la branche humaine, comme les oiseaux. Certaines 
anomalies musculaires de ce genre se rencontrent plus fréquemment 
dans les races nègres, tandis que la persistance de la suture frontale mé- 
diane se rencontre plus communément dans les races blanches; les pre- 
mières sont certainement des caractères réversifs individuels. La question 
se pose s'il ne faut pas considérer de la même façon la fréquence de l'os 
des Incas dans les races péruviennes, la perforation de la cavité olécrà- 
nienne, certaines anomalies des dents. 

Les caractères tératologiques comme la polydactylic, une paire de côtes 
ou nne vertèbre supplémentaire, l'albinisme partiel ou général, l'hyper- 
trichosis sont à plus forte raison des caractères individuels. 

Une division non moins importante que la précédente est celle en ca- 
ractères indépendants ou primaires et caractères sw/'orûfon^zes ou corrélatifs, 
harmoniques. 

Les premiers sont ceux que ne gouverne aucun autre. Exemples: la 
nature des cheveux quelle qu'en soit la raison anatomique ou microsco- 
pique, la couleur de la peau à l'abri du contact de l'air, la forme dolico- 
céphale ou brachycéphale du crâne dans les conditions normales, la 
capacité du crâne on mieux le volume du cerveau, le pied plat ou voûté, 
la stéatopygie des femmes boschimanes. Les seconds sont nombreux. 
Ainsi la forme dolicocéphale du crâne a pour conséquence, toutes choses 
égales d'ailleurs, de diminuer la largeur du front et celle-ci de diminuer la 
largeur du haut de la face; puis de rétrécir le diamètre temporal trans- 
verse en rapprochant les trous auditifs, les cavités glénoïdes et les points 
d'attache de l'apophyse zygomatique ; ce qui fait que la dolicocéphalie 
tend à rétrécir à la fois le diamètre bizygomatique et la mâchoire infé- 
rieure. La face ainsi gênée dans son mouvement latéral d'expansion tend 
par compensation à s'allonger, et aussi à se développer dans le sens 
antéro-postérieur, l'arcade alvéolaire par suite devient plus elliptique. Le 
crâne, plus dolicocéphale, tendra d'autre part à avoir un occiput plus 
saillant, à prendre plus de hauteur, à avoir un trou occipital plus allongé. 
La partie antérieure de sa base étant plus longue et par contre plus 
étroite le maxillaire inférieur qui s'appuie sur elle le sera aussi et l'arcade 
alvéolaire inférieure s'allongera comme a fait la supérieure. De là l'idée 
(les caractères corrélatifs ou parallèles et, à côté, des caractères com- 
pensateurs. Dans le crâne brachycéphale une harmonie inverse se produit. 
Au milieu de ce balancement et de cet entraînement général certaines 
parties résistent et obéissent à une autre influence première; il en ré- 
sulte alors, mais à titre exceptionnel, une désharmonie qui dans l'exemple 
cité peut se produire entre les diverses parties du crâne, entre les 
diverses parties de la face, ou entre le crâne et la face. De là les carac- 
tères fiairnoniqncs et désharmoniques qu'on retrouve partout au corps 



2îi CIIAIMTIU: I\. 

coinine dans \c ciAne, sur le vivant coninie sur le cadavre ou le scjuelelte. 
Sons It' nom i\e cum/ulifs, on cnlciid spécialement les caraclcies éloignés 
se développant en raison directe on en raison inverse, comme nliés par 
(jnelque lien my.stérienx. Telles sont la relation (pii s'observe dans l'état 
régulier des choses entre la coloration claire de la peau, claire des yeux 
et claire des cheveux s'explirinant jihysiologiquement, et celle si bizarre 
entre l'hyperlrichosis général congénital et le mauvais état des dents, ou 
entre l'excès de dévelojjpement des cheveux à la lOle et le défaut de dé- 
veloppement des poils sur le corps dans certaines- races. 

Sous le titre enlin de cumpinsntturs^ il est deux genres de caractères 
(ju'on pourrait conlondre. Lorscpie le ciàne par exemple est entravé dans 
son développement sur un point, il lait cllort sur des points voisins, 
généralement en l'ace du côté opposé et il l'autre extrémité du crâne du 
môme coté : les voussures ainsi produites sont des caractèies de compen- 
sation. Toute atrophie d'une moitié du vidage tend à amener une hyper- 
trophie de l'autre moitié, de même (ju'un sujet privé d'un bras arrive à 
l'aire remplir i\ l'autre les fonctions attachées aux deux, de même encoie 
qu'un hémisphère remplace l'autre lorscjue le premier est atteint. Le second 
genre de compensation n'est qu'apparent. Soit le buste des races jaunes 
plus long tandis (jue leurs membres inférieurs sont plus courts : les deux 
termes [jeuvent n'ùtre exacts (jue l'un par lappoit à l'autre et donner ad- 
ditionnés une môme somme; l'allongement et le raccourcissement se 
compensent et cependant le tronc ou bien les membres seuls ont pu être 
modiliés. 

Ces dibtinclions établies, passons il la fa(;on dont en principe général 
l'élude de tout caractère doit être conduite. 

Kttidp «leH oaracft're». — Tout Caractère est à étudier à certains 
points de vue généraux, toujours à peu près les mêmes. La preiuièi'e chose 
est de lixer le langage et la noinenclature qui s'y rapportent et d'établir la 
manière de l'observer: les parties de ce chapitre ne peuvent cependant 
être traitées complètement (|ue plus tard, lors(|ue les formes ou degrés 
qu'all'ecte le caractère sont connus. La seconde est de le connaître sous 
sa ftiniif fif/fif/iie chez l'ICuropéen piis pour étalon, chez l'adulte à son 
entier développement; dans (luehiues cas, il y a avantagea mener de 
Iront (It'iix foi nus de caractères afin de les opposer: ainsi chez l'Européen 
et le nègre. La troisièFue est d'en i)oursuivre les ffi/p'rcuces suivant les 
Ages, les sexes et les individus. 

Le preiniir de ces aspects a été fort négligé jusqu'ici, surtout en France. 
Les (jrgancs doivent être pris dans le sein même de la mère (l"" étape), 
suivis depuis la nais>ance juscju'à l'âge de trois ans environ, c'est-à- 
dire jusqu'à la lin de la ijrc.'nière dentition [2" étape), puis de ce moment 
à l'âge adulte loisqiie la secouiie dentition est terminée et la sutuic 
basilaire fermée en règle générale ,^3" étape), et repris plus tard dans 
la vieillesse [o" étape) Les caractères croissent avec l'dfje, quelquefois 



MÉTHODES GÉNÉRALES. — ÉTUDE DES CARACTÈHES. 225 

d'une fai^on progressive, d'autres fois en raison inverse, ou se trans- 
forment. Aussi doit-on écarter avec le plus grand soin les adultes des 
enfants et môme distinguer chez ceux-ci les étapes réduites au minimum 
de simplicité qui précèdent. Certaines manières d'être de l'adulte trouvent 
leur explication dans les lois de la croissance, tels sont les géants et les 
nains, et leurs proportions. 

Le sexe est un élément de premier ordre. La femme est, pour la forme, 
l'intermédiaire entre l'enfant et l'homme adulte et doit être mise à part au 
même titre que l'enfant. La négligence de beaucoup de voyageurs et même 
d'anthropologisles de profession, à cet égard, annule la valeur d'un grand 
nombre de documents. La taille varie de tant à tant, écrivent les premiers, 
sans se donner la peine de dire si les femmes sont comprises ou non dans 
leurs chiffres; ou bien : la moyenne est de tant, en mélangeant les sexes, 
sans ajouter combien de sujets il y a de chaque; il est évident que si 
sur 20 sujets il y a 5 femmes ou 15 la moyenne sera différente. 

Lorsqu'avec cela on ne tient pas suffisamment compte de l'âge, les 
chiffres deviennent plus nuisibles qu'utiles. Ainsi les orbites de l'enfant 
sont plus hautes et n'acquièrent leur physionomie typique qu'à vingt 
ans ; elles restent, d'autre part, plus hautes chez la femme adulte qui 
par là comme par beaucoup d'autres caractères conserve une physiono- 
mie enfantine. Or, chez un homme appartenant à un type aux orbites 
basses se rencontrent, je suppose, des orbites hautes. L'exception 
peut tenir à des causes multiples : à l'introduction dans la série d'un 
type étranger, à ce que le sujet n'a pas vingt ans accomplis, mais aussi 
à ce qu'il a gardé, ainsi que cela se voit souvent sur le vivant, pour 
toutes espèces de caractères, quelque chose d'enfantin, ou de féminin. 
Les arcades sourcilières se développent dans les mêmes conditions, avec 
l'âge chez l'homme ; et de même que la femme peut prendre un carac- 
tère masculin par le développement de ses arcades sourcilières, de même 
par une raison inverse l'homme peut rester enfant ou femme. C'est là 
toute une étude à exploiter. Ces cas particuliers importent peu dans 
une série nombreuse, mais lorsque la discussion roule sur un seul in- 
dividu ils sont à apprécier. 

Je ne m'arrête pas à démontrer la nécessité de se rendre compte de 
Vétendue et de la nature des variations chez les individus d'un même 
groupe réputé homogène, avant de passer à l'étude de ces variations dans 
les races. L'étude en est fort difficile, exige des méthodes délicates, mais 
elle n'en est pas moins utile. 

Après le point de vue morphologique, arrive le point de vue physiolo- 
gique où l'on cherche la cause des variations observées soit chez les indi- 
vidus, soit chez les races et leur mode de production. La croissance des 
organes et l'évolution des formes en sont déjà un chapitre important. 
Ensuite viennent les différences relatives à Vinfluence des croisements et 
à l'influence des milieux entendus dans le sens le plus large. 

ToPiNARD. — Anthropologie. 15 



.,.„•, ClUPITRE \X. 

"l.ràcé.U.mmoul jai m..nt,é .\ propos .l. llnTolil.'. ,•! d.. sa In.le c.mlrc 
la aissociation , lue U..UI ;^ produire .la„s u,„. niiaUou de .■araotfcrcs les 
unions entre familles de types aiiVérents .,ue certa.ns ;--;'-;;;;'' -■;^^ 
ou affaiblis par ces unions ont une te.ulance connue l, U), UO ou 10,000 
à se reproduire eh-'Z renfanl ou .laus le eours de son existence suivant 
le 1. iV de Ihérédi.é si bien analysées par Lucas. De i une d,v,s,on 
MU- r des earaelc^res. que j'avais oubUée. en A"''s ou/«,We.. Cesl un 

Hiul qui laisse ^ désirer .lans la science. Chez les uul.vulus nous no„. 
; " „, duu u,o., e-est une Uderie, disons-nous, une chance.^ Le frou, du 
Néauderlbal, après 10,000 géuéralious, dans lequel d ne s est pas reu^ 
co tré une ois apparaîtra tout duu ,oup. C'est de 1 alav.sme so.. 11 

Cit pourtant d'un caractère siuKubèren.eut allad.h : le père, la mère 
les au êtres avaient le front droit et haut ; ee front éta.t un caractère fort 
p.ur la l-auùlle. et cependant il ne s'est pas montre tel dans ce cas. Uan 

aces, pourquoi par le croiseu,eut d'une race aux cheveux la.ueux et 
au c"ne loliehocéphale avec une race aux cheveux dro.ts et au cr ne br - 
e veéohale se produit-il taulùt une race intermédiaire par les deux 
a te tantôt une race aux cheveux laineux et brachycéphale tantôt 
une ce a.'.x cheveux droits et dolichocéphale .' Mais je ne puis insister sur 
ces remarques sans m'étendre oul.e mesure. Elles sufhsent à montrer 
que l'étude de linlluence des croisements sur les caractères ne serait pas 

" n! q'ucslion de /. résùlance a,.x mUieux tant intérieurs qu-extérieurs se 
lie 'plus souvent qu'il ne semblerait à celle des caractères devenus for s 
par addition on accumulation dans un grand nombre de g nérat.ons 
e faibles dans le cas contraire. LUe se lie aussi à celle du développement 
du caractère en question pendant l'enfance, des causes physiologiques 
où n urelles de ses variations, de ses rapports avec les autres caractre 
voisins, c'est-.X-dire ,1e sa nature primaire, harmonique, corré at.ve. Klle 
com,"r;,d ludamment tout ce qui concerne la déformation des organes 
par des compressions syslé.iiaticiues ou inconscientes 
■^ Après le point de vue physiologique vient le point de vue pathologK.ue 
qui le coiii ilète, car la pathologie n'est qu'une déviation des ois physio- 
logi.iues. La tératologie en particulier ouvre des horizons lointains. 

l.'us lenuine la réi^arlition ,jc.„jn,,.l,ique des caractères dans le présent 
et dans le passé, sans se laisser distraire par la préoccupation des types 
e des race! à reprendre ultérieurement. Cheuiu. faisant cependant on 
peut .i.euler les motifs de telle ou telle forme de ce caractère suivant 
es altitudes, les latitudes, le degré d'aridité ou de richesse du terrain la 
couÏuration du sol. etc. Ce sera l'application .létadlee et la coidn, nation 
ou l'inlirmation des faits précédemment établis. 

Cette étude anaUti-pie poursuivie patiemment et sans i.lee précon- 
çue sur ce qu'elle peut donner, est la ^eiile mauère de faire progresser 
a cieuce. Après el e il ne reste plus qu'à rapprocher toutes les considé- 



MÉTHODES GÉNÉRALES. 227 

rations, tous les renseignements et à conclure sur la portée et la valeur 
dudit caractère dans les diverses circonstances où il apparaîtra plus tard. 
La méthode est cent fois préférable à celle qui consiste à planer de haut 
sur les questions, i\ en embrasser toutes les parties à la fois, à prendre 
pour discuter par exemple l'inlluence des milieux, tantôt un caractère 
et tantôt un autre, à commencer un syllogisme avec l'un et à le terminer 
avec un autre, comme on le fait souvent. L'étude du caractère terminée, 
les questions sont résolues : on sait dans quelles limites on peut compter 
sur lui pour caractériser ou aider à caractériser un type, une race; on 
sait dans quelles conditions il peut se transformer et dans ce cas com- 
ment il se comporte. 

Méthodes géuéraies. — Notrc intention n'est pas de nous perdre dans 
des généralités. C'est par des exemples que nous voulons procéder. 
Quelques mots d'ensemble doivent cependant trouver place ici. 

En anthropologie, comme dans toutes les sciences naturelles, qu'il soit 
question du cadavre ou du squelette, de l'individu vivant ou d'une collec- 
tivité d'hommes, tout se résume en deux phrases : 1° beaucoup observer ; 
2° bien interpréter. Les généralisations ne sont difficiles qu'avec des nom- 
bres insuffisants défaits ou avec des faits mal recueillis. C'est pour s'éviter 
une longue et laborieuse observation et obtenir une satisfaction immé- 
diate sans fatigue que la méthode à priori des philosophes de la nature 
a été inventée. 

La première indication à remplir pour une science en possession d'elle- 
même est donc de régulariser ses méthodes d'observation et de s'orga- 
niser de manière à n'avoir à compter qu'avec des faits certains. 

Il y a deux catégories d'observations en anthropologie : celles que le 
voyageur prend lui-même sur le vivant, sans être installé, en allant vite, 
afin d'emporter avec lui une notion plus ou moins exacte du type ou des 
types de la population au milieu de laquelle il est. Et celles que l'homme 
de laboratoire prend à tête reposée, muni de tous les instruments de pré- 
cision nécessaires. Je donnerai un aperçu rapide de la conduite générale 
que doit tenir le premier, me réservant d'entrer plus tard dans les détails 
sur la manière dont il doit procéder lorsqu'il sera en mesure de prendre 
des observations méthodiques avec les instruments voulus. 

Obserirations en voyage. — Le plus ordinairement, sinon toujours, 
le voyageur se trouve en présence de populations mêlées dans les- 
quelles s'entre-croisent des éléments divers se dégageant plus ou moins. 
Précédemment, afin de montrer les différences entre les mots de type, 
de race et de peuple, nous avons pris les populations de l'Algérie. Nous 
allons les reprendre, à titre encore d'exemple, au point où nous les 
avons laissées (1). 

(1) Voir pages 208 et 205. 



228 CllAlMTHK 1\. 

Le V()yaj;('iir désire rctraciT leurs types. Sun j)reiiiier soin sera de 
chercher le canton W \)\u^ avantaj^enx, la trihu la moins niôlée,je sup- 
pose, au point de vue du Herher. 11 s'arrùle, mêlions, au Foit-Nalional 
dans la grande Kabylie, c'est-à-dire dans une localité que les considéra- 
lii>n> tirées de la disposition des lieux et des renseignements de l'his- 
toire, de rarchéi>logie, de la liiiguisticiue, de rethnographie, etc., lui dési- 
gnent comme ayant des piohahililés de reuiermcrdes tribus kabyles aussi 
pures (pi'il peut en e-pérei'. 11 évite les plaines où les conquérants ont 
pénétré plus aisément, les grandes voies de couHiiunication où les étran- 
gers s'arrélenl volontiers; le roil-National est situé au faite d'une 
montagne cernée en avant par deux profondes vallées et en arrière 
par la barrière IVanrliissable seulement par des cols étroits, du liaul 
Djurjura. 

Nous admettons (ju'il ne sait rien des types (ju'il y rencontrera. Le 
premier jour il prend un simple a))er(,"u, se j»lace sur le chemin le plus 
fréquenté, va au marché, dans les lieux de rassefublemenl, s'habitue à 
ne pas se laisser iniluencer par le eosUime, les alluie.s et entrevoit déjà 
quelques ressemblances générales. Le secoml jour ses premières impres- 
sions se sont un peu casées dans sa tOte; à son réveil quelques traits 
principaux se dégagent déj;\ pour lui. H( prenant ses opérations il choisit 
un groupe de 10 ou 20 individus, s'allaclie à un caractère et en fait le 
pointage (lu'il inscrit; puis à un second, un troisième, ainsi de suite. La 
veille il avait vu les traits en masse, à présent il les détaille. 11 constate 
ainsi quels sont les caractères les plus fréquents, ceux qui s'asso- 
cient le plus souvent entre eux, et aboutit à plusieurs genres de 
moyennes. Le jour suivant il recommence et entre davantage dans les 
détails : il avait trouvé que les visages longs et étroits, les nez hauts et 
étroits, les yeux et les cheveux noirs, les tailles un peu au-dessous de la 
moyenne s'associaient le plus ordinairement pour donner naissance à un 
type prédominant. Il reprend le nez, je suppose, s'attache à la piofon- 
deur ou à lellacement de sa racine, à la disposition convexe, concave 
ou rectiligne du dos, aux ailes et narines. Le type général de la majo- 
rité étant lixé, il revient ;\ la minorité et lui fait subir les mômes opéra- 
lions; puis il s'attache à d'au 1res associations de caractères plus rares 
et enlin aux types de transition et tle croisement. 

Les caractères qu'on rend ;\ l'aide d'un numéro répondant à un échan- 
tillon typicfue ne sont après tout (lu'inie manière d'inscrire quelques-uns 
des caractères descrij)tifs. Car lorscpTon a devant soi une série de numé- 
ros pris sur une môme masse de sujets, l'un répondant pour les yeux, par 
exemple, à la dénomination de bleu clair, un autre à celle de bleu foncé, 
un troisiènu' au gris nuM'cn, un autre au noir foncé, (»n sera tout aussi 
embarrassé pour les mettre en valeur : ces nuiui'ros ne sont que des mots^ 
on ne peut (pie j).ir exception les additionner et en tirer une moyenne; 
on j)ourra dire : telle série se compose de trois ou de tant pour cent de 



MÉTHODES GÉNÉRALES. — ANTHROPOMÉTRIE. 229 

sujets aux yeux bleus clairs, de ciuq aux yeux gris, etc. C'est un mode 
de statistique dont nous reparlerons (1). 

(Vest li\ la façon rapide de procéder en voyage. Mais il y a les cas où 
Ton mesure chemin faisant ou bien où Ton s'installe, muni de tous les 
instruments nécessaires. Les opérations sont alors tout autres. Nous les 
décrirons amplement et terminerons môme par les Instructions h suivre 
en pareille circonstance. 

Rerherrhes île laboratoire. — Lcs observations qu'ou recueille à tôte 
reposée dans les laboratoires sont d'ordres divers depuis les examens au 
microscope de l'embryon, du cerveau adulte et du cheveu, jusqu'aux 
dissections ordinaires et aux mensurations. Ce qu'elles ont de particu- 
lier c'est de toujours s'efforcer de faire aboutir les procédés à des expres- 
sions numériques. Non seulement les anthropologistes pèsent et mesu- 
rent les muscles, les viscères, les os, mais ils mesurent le cadavre entier, 
sans parler du vivant à l'occasion, et sont appelés ainsi à établir les 
méthodes les plus appropriées dans les diverses circonstances. 

Anthropométrie. — J'ai, plusieurs fois déjà employé ce mot, qui a 
besoin d'être défini. Il a deux acceptions : l'une conforme à l'étymologie, 
l'autre établi par l'usage. Dans la première, il désigne l'application à 
l'homme de la méthode des mensurations, comme la zoométrie, moyen 
préconisé par Buffon et déjà avant lui, est l'application de la même 
méthode aux animaux. Qu'on mesure les os, les muscles ou les viscères, 
ou qu'on les pèse, c'est toujours de l'anthropométrie. 

L'autre acception a été employée pour la première fois, si je ne m'a- 
buse, par Quetelet, et concerne la mensuration des proportions du corps. 
Elle doit s'étendre également aux proportions du squelette qui sont la 
cause déterminante des premières. La céphalométrie, qui concerne la tête 
avec ses chairs, et la crâniométrie qui concerne le crâne sont donc logi- 
quement incluses dans l'anthropométrie. Toutefois l'usage encore a limité 
le mot à la mensuration du corps et du squelette dans leur généralité. 
C'est ainsi que nous ferons rentrer le rapport de la tête dans sa totalité à 
la taille, et les divisions principales du visage usitées dans les arts, dans 
l'anthropométrie qui devient ainsi le moyen d'établir le canon de l'homme 
typique et de ses races. 

Toutefois, dans le moment actuel, nous prendrons le mot dans son 
premier sens et entendrons par caractères anthropométriques, tous les 
<:aractères, quels qu'ils soient, s'obtenant à l'aide d'instruments de men- 
suration. 

Les caractères anthropométriques sont aussi précis et aussi faciles à 
manier que les descriptifs sont vagues et d'un emploi incertain. Leur 
point de départ est dans une mesure qu'on exprime en chiffres suivis de 

'\) P. Topinard, De la méthode d'observation sur le vivant {Bull. Soc. d'anthr.^ 1881, 
p. 517). 



230 r.ii.MMTiu: i\. 

décimales, avec lesquels on oblieiit ensuite à volonté des moyennes, des 
ordinations, des rapports avec une autre mesure prise comme terme de 
comparaison, des courbes praplii(|ues, etc. Leur valeur et leurs relations 
se saisissent en (luehjue surli* avec l;i vue parfois et l'on comprend la 
grande faveur dont ils jouissent partout. 

La première condition d'une bonne mesure est d'èlriMietle, précise et 
rigoureusement ré^'lée dans tout ce qui concourt ;\ lui assurer cette pré- 
cision. Hien absolumtMit ne doit y Mre laissé i\ l'arbitraire, et tous les 
anthropologistes dé>ir('U\ d'entrer en communication avec leurs collègues 
et de contribuer à l'ieuvre commune sont tenus, une fois la conduite à 
suivre décitlée, de s'y conformer exactement. 

Quoi que l'on fa-^r il persiste cependant, dans une même mesure prise 
par différents opérateurs et môme prise par le môme ii diverses reprises, 
des diveruences minimes, dont il faut se défier dans certains cas. Je 
veux parier de l'erreur individuelle. 

I/erreur ou l'cctirt indiritlur/, ({u'on admet en astronomie comme en 
antbropomélrie, tient ;\ [)lusieurs causes inévitables, telles que la ma- 
nière dont la lumière tombe sur les divisions du compas, la difficulté de 
voir ;\ un demi-millimètre ou i\ un millimètre près, la tendance à prendre 
le millimètre plein, rimperfeelion de l'instrument, etc. J'ai voulu me 
rendre compte de l'étendue de cet écart personnel en prenant une me- 
sure typique, le crûne où les causes de divergence sont moindres que 
sur le vivant, le mèuje instrument, la môme table éclairée de môme, etc. 
Les opérateurs étaient au nombre de quatre : M. Chudzinski, premier 
préparateur au laboialoire Hioca, M. Manouvrier second préparateur, 
M. Goldstein et moi-môme. Les mensurations ont porté sur cent crânes 
parisiens. Voici le résultat sur les diamètres antéro-postérieur maxi- 
mum et transverse maximum. La différence indiquée est l'écart total 
observé entre les quatre opérateurs. 

Ecart indiK'ulu-;l :>ur lOJ irdncs parisiens. 

Diimrlrc Diamètre 
aiit. - |ii.sl. tran»v. 

Divergences extrfiiiies. Nulles. M fuis. H fois. 

— df I niill. b'i — \1 — 

— 2 — Vf, — :is — 

— 4 _ ;{ _ — 

— 5 — 1 — — 

C'est-à-dire que la divergence moyenne totale (jui s'est produite entre 
les quatre opérateurs a été de l""",2r> sur le diamètre antéro-postérieur 
et de 1""",44 sur le transverse, autrement dit de O.Ji.'J et 0,72 dans l'un 
ou l'autre sens. Lu certain nombre de fois l'identité a été absolue entre 
lus (piatre personnes. Dans le cas unique de 5 millimètres d'écart le 



MÉTHODES GÉÎSÉRALKS. — ANTUUOPOMETIUK. 231 

maximum tombait en arrière sur un inion très développé; la règle, 
dans ce cas, est de prendre la base de Tinion, mais, dans la détermi- 
nation de celle-ci il y a de l'appréciation personnelle; une fossette 
profonde peut se trouver i\ sa place, comment l'éviter? On remarquera 
(ju'il s'agit de divergences entre quatre personnes et non entre deux, ce 
qui triple les chances d'écart. Broca était dans le vrai lorsqu'il portait 
l'erreur individuelle acceptable en cràniologie à 1 millimètre avec les 
mesures ordinaires. Sur le vivant elle est nécessairement plus grande. 
Si les instruments ou les méthodes laissent à désirer, si les divers opé- 
rateurs ne s'entendent pas sur les points de repère, si ces points sont 
laissés à l'appréciation personnelle les divergences s'accroissent encore 
ol peuvent atteindre des proportions désespérantes. 

La seconde condiiion d'une bonne mesure est de répondre à une idée, 
autrement dit d'avoir été choisie judicieusement de façon à donner un 
caractère réel. Ces idées varient, elles sont morphologiques, c'est-à-dire 
purement anatomiques, ou bien physiologiques, parfois zoologiques, ail- 
leurs philosophiques ou esthétiques. Ainsi les yeux découvrent une dif- 
férence marquée entre deux groupes d'individus ou de crânes, ou même 
entre deux individus; il s'agit de trouver la mesure ou les mesures qui 
isolées ou associées rendront exactement l'impression éprouvée. Si les 
chiffres obtenus sur une succession de cas, ne se disposent pas en série 
tels que les yeux les voient, en tenant compte des causes connues d'illu- 
sion, c'est que la mesure ou le rapport choisi est mauvais. Il faut le reje- 
ter et en chercher d'autres jusqu'à ce qu'il soit bien établi que l'impression 
était une erreur d'optique, ou qu'on ait trouvé l'expression juste. 

L'anthropométrie repose sur des bases anatomique et physiologique, 
mais elle ne récompense pas toujours, il ne faut pas se le dissimuler, 
de la peine qu'elle donne. Avant de mettre la main sur une bonne mesure 
il faut parfois en essayer vingt, et l'on ne sait si elle est bonne qu'après un 
long travail sur un nombre suffisant, c'est-à-dire considérable, de sujets. 
En anthropométrie la pratique prime tout. Les cràniologistes les plus 
clairvoyants imaginent des mesures logiques, les tiennent pour bonnes 
jjendant des années et ne reconnaissent que tardivement qu'elles ne 
valent rien. Je pourrais citer une suite de mesures que j'ai prises, 
confrontées, expérimentées sur des quinze cents crânes et que j'ai 
dû abandonner. Quelque logique que l'on apporte dans ses concep- 
tions premières, les déceptions sont fréquentes ; il n'y a que ceux qui 
se bornent à mesurer de petits nombres de crânes qui n'en éprouvent 
pas. 11 y a des difficultés invincibles, comme la mensuration sur le 
crâne ou sur le vivant de la largeur et de la hauteur des pommettes, 
et la détermination exacte du point où commence la cuisse sur le vivant. 
Malgré tout les mensurations ont une telle supériorité, de tels avantages, 
que fatalement elles sont et seront toujours l'objectif constant des anthro- 
pologistes désireux d'éviter les illusions des sens et de l'esprit et de com- 



232 CIIAPITHK 1\. 

niiini(iiuM' leurs ronviclioiis, (lu prouve sans répliciue avec les ca^ac•t^^es 
anlhr«»pouiélri(Iues, ou peut toujours f'tre soupcouué de rouiaulisuieavee 
les caractères descriptifs. En suivant avenglémcul les Instructions pres- 
crites, tons avec les premiers apportent leur pierre ;\ rédilice ; la valeur 
des seconds dépend de la connaissance personnelle (jne l'on a de l'ob- 
servateur et de ses aptitudes. 

La mesure prise et le caractère obtenu ne sont pas des termes syno- 
nymes : l'un est le moyen, l'autre le but. Une collection d'individus a 
en moyenne l^jGO et une antre 1",T0; ce sont des mesures, mais aussi 
par excepliim des caractères, parce que l'idée est tout entière contenue 
dans ces cbiiïres. De m^me pour le poids du cerveau à la rigueur, pour 
la capacité crânienne, et dans quelques autres circonstances. Il s'ensuit 
que la mesure brute peut être utilisée quelcjucfois directement sans pas- 
ser par aucune opération de mise en (cuvre, dans les sérialions comme 
dans les moyennes. 

Dans ces deux mômes collections d'individus, le tronc a une longueur 
de 55 centimètres chez l'un et de 58 chez l'autre. La diflérence est sen- 
sible et cepentlant ces chiirres ne rendent pas un caractère, ils ne pailent 
pas à l'esprit, 58 centimètres peut être beaucoup ou peu. Mais sachant 
que le tronc est le tiers de la taille, soit en nombres ronds de 33.3 pour 
cent de celle-ci, on est édifié lorscju'on dit que l'un de ces prroupes a 3i () 
et l'autre 35.0 La proportion ou le rapport du tronc i\ la taille en un mol 
est un caractère, tandis que la mesure prise n'en est pas un. 

Les rapports ou indices jouent ainsi un rôle de premier ordre en crA- 
niométrie, soit que Ton adopte un étalon commun pour lui comparer 
toutes les mesures, comme la taille pour les proportions du corps ou le 
module cràniométriquo de Schniidt i)our les mesures de la boîte crâ- 
nienne ; soit que l'on varie le terme de comparaison suivant les cas, 
comme dans l'indice céphaliijue et l'indice anlibracliial de Hroca. 

De là la distinction fondamentale des mesures en nbsulues et relatives, 
qui est le pivot de l'antliroixiinétrie. 

Un autre point capital de l'anthropométrie est le nombre des sujets. 
Onoifpie les traits individuels l'intéressent en sous-(Duvrc, sa proccupa- 
tion (•(>ubtante ce sont les traits collectifs, ceux (jui concourent en plus 
ou moins grand nombre à constituer le type cherché. Les chiffres de 
mensuration alignés à la fin de la descrijition d'un crAne isolé sont lettres 
mortes, môme comj)arés ;\ des listes analogues sur d'autres crùnes isolés. 
Le nombre est la condition sine qua non de toute anthropométrie. 

Soit une série d'individus, de crùnes ou de squelettes composée comme 
toujours de cas dissemblables, bien (ju'on y découvre avec (juel(|ue atten- 
tion un type prédominant. Soit l'un des caractères les plus tranchés de 
cette série exprimé par la mesure brute ou par un indice, trois choses 
sont à considérer : 1" l'expression moyenne généiale du caractère ; 
2** les variations de ses expressions nuniériciues particulières, dispersées 



MÉTHODES GÉNÉRALES. — MOYENNES. 233 

ré2:uli^^cmcnt ou irrégiiliCrement autour de la nioyenne ou d'un point 
central analogue, comme celui indiqué dans la définition du type par Isi- 
dore Geoffroy Saint-Hilaire (page 11)1); 3Mes groupements secondaires 
auxquels donnent lieu, naturellement ou accidentellement ces variations, 
et qu'on peut considérer dans le premier cas comme les centres d'autres 
types parallèles ou moins représentés. De là trois fac^^ons de traiter les 
mesures ou caractères anthropométriques sur lesquelles nous allons in- 
sister : la méthode des moyennes, la méthode de l'ordination ou de la 
sériation, et la méthode des groupements. 

Mrdioiie «io8 moyennes. — La moyenne (de médium, milieu), est la 
valeur qui est exactement intermédiaire entre plusieurs se répétant les 
unes plus ou moins souvent, les autres plus ou moins rarement, les unes 
grandes, les autres petites. 

Elle s'obtient en additionnant toutes les valeurs individuelles et divi- 
sant leur total par le nombre des cas. Pour les valeurs absolues, rien de 
plus simple. Pour les rapports, on s'est demandé ce qu'il était préférable : 
de prendre la moyenne des rapports individuels calculés à part, ou la 
moyenne obtenue avec les deux facteurs moyens. La première, qu'on 
appelle la moyenne des indices, serait plus correcte si l'on calculait le 
quotient jusqu'à la quatrième décimale par exemple. Mais la seconde, 
appelée Vindice des moyennes, est plus exacte parce que les décimales 
perdues dans le premier cas ne le sont pas ici, plus rapide parce 
qu'au lieu d'une suite d'opérations on n'en fait qu'une, et plus sé- 
duisante parce qu'il y a concordance, aux yeux du lecteur, entre les fac- 
teurs moyens publiés et l'indice ou rapport qui leur est adossé. 

La moyenne est une valeur réelle par hasard, mais elle peut ne pas 
exister dans la série étudiée, c'est-à-dire être virtuelle ou subjective. Dans 
une série composée de types divers, les caractères ou mieux les mesures qui 
en donnent les variations les plus fréquemment représentées ou les plus 
divergentes font compensation avec les plus rares ou les plus semblables 
et s'annulent réciproquement ; l'expression prédominante seule reste, 
c'est-à-dire ce que l'on cherche, absolument comme dans les opérations 
de tout à l'heure sur le vivant. L'observateur a une tendance à porter son 
attention spécialement sur les formes extrêmes du caractère, sur les tail- 
les très petites ou très grandes, je suppose; mais ce ne sont pas celles-là 
qui importent, la vérité est entre les deux ; la moyenne balance ces ex- 
trêmes l'un par l'autre et donne l'intermédiaire exact. 

Il en résulte que les moyennes provenant de races diverses sont sou- 
vent pâles à côté des impressions que celles-ci laissent à l'observateur. 
Un voyageur parle d'une population grande ou petite, demandez lui de 
préciser, toujours il vous donnera des chiffres exagérés dans le sens de 
son impression; il se souvient de ce qui l'a frappé et oublie ceux qui en 
étaient la contre-partie. Quand je dis que l'angle facial de Jacquart 
diffère en moyenne de la race blanche à la race jaune de deux degrés, 



21 V ClIMMTIli: IX. 

et «le la raro jaune à la rare nè^'re d'iiii (lenH-depr(^, on se reîjarde avec 
inrrt''(liiliU''. Kntre les individus l('^ dillérenres sont |)lus t:randes, mais 
ranlhrtipologisle ehcrche rcxpressicri du groupe et non de l'iudividu, il 
compare les ensembles et non les détails. 

La méthode des moyennes ne donne «lonr pas toujours une satisfaction 
complète; elle a une eerlaine hiiilalilé (pie u'ainiciil j)as les espiil>(pii 
ne veulent pas Otie désillusionnés. C est ce (lui en lait la valeur, elle tem- 
père heureusement les tendances de notre esprit à forcer la note dans le 
sens de nos désirs et de nos sentiments, et est par conséquent le meilleur 
palliatif contre les écarts de la méthode personnelle du diagnostic au 
juger. Aussi Broca, l'ennemi acharné de tout ce (jui prête au sentiment 
individuel, a-t-il fait de la méthode des moyennes et de tous les procédés 
qui permettent de l'étendre, la hase de toutes ses recherches en anthro- 
pologie. La lutte brillante qu'il a soutenue en 18GS-(il) ;\ la Société d'an- 
Ihropologie contre Pruner Bey n'était en réalité qu'une croisade contre 
l'introduction dans la science des procédés fantaisistes et des jugements 
rai)ides ne portant que sur (juehjnes pièces, en faveur de la méthode des 
séries suffisantes et des moyennes. 

Il y a utilité quelquefois fi recourir à ce qu'on appelle la vunjennc îles 
moyennes ou moyenne générale, c'est-à-dire fi combiner les moyennes 
diverses obtenues par d'autres anlhropologistes et à en calculer la résul- 
tante. Un procédé déplorable trop souvent suivi même par des hommes 
éminents qu'on s'étonne de voir ignorer combien il est défectueux, 
consiste :\ additionner simplement les diverses moyennes, comme s'il 
s'agissait d'individus, et à diviser par leur nombre. Le second, scienti- 
fique et très acceptable, consiste à multiplier chaque moyenne parle 
noml)re des cas sur lescjuels elle porte, ;\ additionner les sommes obtenues 
et î\ diviser le total par le nombre généial des cas. l'ne moyenne roulant 
sur dix cas n'a pas la même valeui-, en effet, (pie celle roulant sur cent; 
dans le résultat final chacpie moyenne ne peut intervenir (pie pour la 
part qui lui appartient. Le premier [)rincij)e de l'anthropométrie c'est cpie 
les résultats n'ont de valeui (jiic pioportionnellement au nombre d'ob- 
servations sur les(pielles ils s'appuient. (Juehiucs cas peuvent suffire dans 
certaines circonslances ; en général il en faut beaucimp et l'on ne saurait 
en avoir trop. 

Voici un exemple des divergences (pie donnent les deux procédés ; l'un 
mauvais, l'autre bon. 

jrr l'rocér/r. — Taille. 

1'* série, composée do 3 ras. MoyoniiP l'>0 

7* — 30 — — i(;o 

V — 300 — — 170 

Tolal 33;i cas. Moyenne des moyennes. ICO.O 



I 



MÉTHODES GÉNÉRALES. — SÉRUTION. 235 

'î^ Proccilé. — Taille. 

\^* série 3 cas. x lôO = 4 ')0 

2e — 30 — XlGOzr 4 800 

3e — 300 — X 1 70 =r :>! 000 

Total 333 cas. 50 250 

. . , 50250 X 100 ,^o „„ 

Moyenne gcnérnlo ^-r. =108.70 

333 

C'est une différence de taille de 9 centimètres entre le premier et le 
second procédé, celle entre les Anglais et les Napolitains. 

Nous donnons le second procédé comme correct et satisfaisant. Il ne 
l'est pas absolument cependant, au point de vue mathématique. Des 
séries formées d'observations en nombre différent ou môme semblable 
peuvent ne pas avoir la môme valeur, et, comme on dit dans le calcul des 
l)robabililés, le même poids. Ce qu'on appelle en mathématique l'erreur 
probable n'y est pas, en effet, la même en général. Cette erreur probable 
sur laquelle M. Goldstein a inséré un travail très remarquable dans la 
Itcvue (l anthropologie s'obtient par le calcul à l'aide de la méthode de la 
sériation dont il va être question. Plus la courbe à laquelle donne lieu 
cette sériation est correcte et symétrique, plus l'erreur probable dimi- 
nue, plus la moyenne de la série a chance d'être voisine de l'idéal. La 
moyenne des moyennes ainsi calculée prend le nom de moyenne générale 
(te plus haute probabilité. 

siéthoiie «le la sériation. — La moyenne ne doit pas être confondue avec 
le maximum de fréqueiice, qui est l'expression numérique se répétant le 
plus souvent dans la liste des individus observés, ni avec la médiane. Ce 
qui nous amène à la seconde méthode s'appliquant aux variations comme 
la méthode des moyennes s'applique à la masse, fondue en un tout et 
résumée en un mot. 

Sous le nom di' ordination, on entend l'alignement bout à bout en une seule 
file verticale de tous les chiffres individuels obtenus, en allant du plus fort au 
plus faible et réciproquement, et en tenant compte des fractions d'unité. 
Lorsque le même chiffre reparaît plusieurs fois de suite, on l'inscrit 
autant de fois. Par médiane (Cournot) on probable (Fournie et Broca), on 
désigne l'endroit ou le trait au-dessus et au-dessous duquel se rencon- 
trent le même nombre de cas individuels. Il ne répond qu'accidentelle- 
ment à la moyenne qu'on pourrait définir à ce point de vue, l'endroit ou le 
trait au-dessus et au-dessous duquel tous les chiffres additionnés donnent 
deux sommes égales. La médiane regarde le nombre de cas, la moyenne 
leurs valeurs. L'ordination n'est qu'un travail de cabinet; on ne peut pu- 
blier une longue liste ainsi disposée, laquelle ne permettrait pas d'em- 
brasser d'un seul coup d'oeil l'ensemble des variations et d'y voir de 
suite les différents groupes qui s'y succèdent. De là est née la méthode 
de la sériation dans laquelle on prend un module quelconque pour 



o;{G CMAriTHE IX. 

vim^cv en série les chillVcs de fréciiience (jiie donne chaque variation. 
Ainsi pour la taille on pruri'de de eentiinMre en eenliniMre ou de 
double cenliujèlre en double .cnliinMie, ce (jiii de l'",r)();i l", HO donne 
quinze étapes ou trente. Le module adopté ne doit i);»s élie trop faible, à 
moins (jue le groupe mesuré ne comprenui' un nombre considérable 
d'indi\idii-; il ue saurait dépasser :>() étapes ou cases en ^'énéral. Sans 
quoi la >érialion mantiue son but en ne mettant pas bien en relief la ré- 
partition des cas individuels. Le imuimum de friyuence est donné par la 
caseou le degré qui fournil le plus grand nombre de valeurs semblables. Il 
avoisine généraiemenl la médiane que l'on trace ici comme pour l'ordina- 
tion mais avec moins de rigueur, et la moyenne obtenue par le calcul (1). 
La niclhodedela sériation aiu-i comprise conduit aux aperçus les plus 
précieux et donne les éléments de dessins graphiques, qui parlent encore 
mieux aux yeux de certaines personnes. Une excursion avec Qaételet 
au dch\ de l'anthropologie nous la fera comprendre. 

Il s'agit de connaître avec une précision extrême la mesure du passage 
de l'étcjile polaire au méridien, 487 passages sont enregistrés par des per- 
sonnes différentes à l'observatoire de Greenwich; 82 obtiennent le même 
résultat, les autres en dillerent d'une demi à trois secoiides et demie en 
plus ou en moins. Le chiffre de 8:2 est la m.. venue typique et objective de 
IkMtillon (;Voy. note, plus haut) , c'est notre maximum de fréquence. 
La disposition suivante en donne la sériation : 

Erreurs d'uhscrialion de l'étoile polaire. 

- 3".') t cas. 

- 3 <! - 

-~ '2 :> l^ — 

_ '2 -n — 

- 1 :, :i<; - 

- 1 <;i - 

_ ;, ::{ — 

iM.ixiimiin <1"' frrqUPiin')- s'-' — 

-f o:. -■■^ - 

+ i ''■' - 

+ » •• ''^ - 

+ 'i "• - 

-f ^ :» •• - 

+ :» ' - 

4- 3"ô - 

(I) La moyenne», dans notre lanKapo, r.«p<»n(l îi la moyenne proprement iliie «le Ou.'t.lot, 
I» Vaverar di's An«lals cl m partiruli.-r de II.Tsrli.-U et à la mo^,eune ty}viue de Bertillon, 
celle-ci tantut ol.j.'divo pour cet auteur, cVst-h-dirc rorn-spondant à une valeur redlo 
existauî .lans la .^erie. tantôt subjective, c-est-à-din' virlu.ll.' uu ii.lrrniùdiaire à plusieurs 

valeurs réelles. , ,. , . 

Notre maximum de fréquence est la moyr;i;ie anlhméli>jue ,1e QuHelet, expression mau- 
vaise, car répitl.étc convient mieux îi la m.»ye..ue proprement dite (|ui s'obtient unuiuemetit 
par le calcul, lainlis que nc.tro maximum de fié(|uence sol)lient par un pointage, quoi, 
met ensuite en sériation ou qu'on exprime par une courbe graphique. Elle répoud au mean 
des .\nt;lais et à la moyenne lîvUce île Hertillon. 

.Noire médiane ne compurlc aucun lualcuicndu. 



MÉTHODES GÉNÉRALES. — SÉKIATION. 237 

Dans cet exemple les écarts successifs décroissent de fréquence dans les 
deux sens d'une façon régulière et symétrique suivant la loi dite de pro- 
babilité exprimée par la formule des coefficients du binôme de Newton. Si 
l'on transformait cette sérialion en un graphique, on aurait une courbe 
spéciale, en cône, dite binômiale, à côtés semblables, dont une étendue 
quelconque disparue pourrait ôtre reconstituée par le calcul ; c'est la 
courbe des probabilités. 

OrQuételet soutient que tous les phénomènes biologiques ou anthropo- 
logiques obéissent à cette loi, de même que les phénomènes physiques. 
Le tableau ci-après, qui lui est emprunté, en serait la démonstration. Il 
s'agit de 5,738 Écossais dont la circonférence Ihoracique a été mesurée 
[\ 1 pouce anglais près. La seconde colonne donne la sériation des cas 
individuels ; la troisième la répète, mais en chiffres proportionnels à 
leur nombre total pris pour 10,000; la troisième colonne est celle-ci 
corrigée , telle que la donne la courbe de probabilité obtenue par le 
calcul. 

Circonférence du thorax. — Soldats écossais. 



Pouces anglais (1), 



Nombres 
proportionnels au total = 10,000 



uiuui>iuus. obtenus par le calcul 

*'^®'^- des probabilités. 

De 33 à 34 3 5 7 

34 à 33 18 31 29 

35 à 3G 81 141 110 

36 à 37 185 322 323 

37 à 38 420 732 732 

38 à 39 749 1,305 1,333 

39 à 40 1,073 1,867 1,838 

40 à 41 1,079 1,882 1,987 

41 à 4-2 934 1,G28 1,675 

42 à 43 638 1,148 1,096 

43 à 44 370 645 560 

44 à 45 92 160 221 

45 à 40 50 87 69 

46 à 47 21 38 16 

47 à 48 4 7 3 

48 1 2 1 



Total 5,738 10,000 10,000 

Les difïérences entre la troisième et la quatrième colonne sont assez 
faibles pour qu'on puisse, suivant Quételet, regarder les variations présen- 
tées par la circonférence thoracique de ces Écossais comme conforme à ce 
que la formule du Newton indique. Quételet s'est ainsi trouvé entraînée à 
émettre d'autres propositions sur les mensurations anthropométriques que 
nous examinons, et finalement à y voir une preuve en faveur de la doc- 

(1) Le pouce anglais est égal à 25""°, 4. 



238 CHAPITRE 1\. 

triiu' (le ruiiilt' de l'espèce luiiiiaiue. C'est aller un peu loin; il n'est pas 
élalili quelesplu'UDinènes lji()li»f;i(juesse cornporleut avec cette simplicité. 
Les circonstances (jui font varier un caractère sont trop nombreuses, trop 
complexes pour (ju'une sériation oflVe d'une manière f,'én6rale une pa- 
reille régularité. Néanmoins ou peut tenir la prop(jsili()n pour à peu j)rès 
vraie dans les séries relativement homogènes. MM. hertillon et Lagneau 
ont cru pouvoirs'}' confier sullisamment pour être en droit de rétablir 
dans la liste des tailles des conscrits fran(;ais mise en série, les groupes de 
tailles omises des exemptés non mesurés. Pour cela cependant il laut 
un nombre imposant de cas et une suflisante homogénéité, d'autant plus 
nécessaire (jue le nombre de cas est moindre. 

11 en résulte qu'à l'aspect d'une sériation tant des cas rejetés aux extré- 
mités de la colonne (jue de ceux accumulés çà et là, on peut juger de la 
pureté du groupe et se livrer à des considérations sur les circonstances 
qui ont troublé la régularité de la courbe. C'est ainsi ([ue >rM. Bertillon et 
Lagneau, sur la constatation de deux maximums de fré(|uence plus ou 
moins écartés dans une sériation l'un qu'on peut appeler le premier 
maximum, l'autre le second maximum de fréquence, jugent que les 
bujets proviennent de deux races dilléreutes. C'est ainsi qu'en certains cas 
elle amène dans une certaine mesure à distinguer diverses catégories de 
variations, les unes habituelles ou phy>iologi(jues, les autres exception- 
nelles, moins communes, d'autres évidemment extraordinaires, anormales 
ou pathologiques, dues à quelque circonstance fortuite, comme un crâne 
étranger égaie dans la série. 

Cournot, (lui déjà a appelé médiane le point central au-dessus et au-des- 
sous diKiuel il y a un nombre égal de cas, propose d'appeler écart médian, 
le groupe central oscillant autour de celle médiane et comprenant la moitié 
de la totalilé des cas; celle moitié occupe approximativement en général 
le tiers moyen de la sériation verticale. 

A coté de l'écart médian de Cournot dans une sériation, il y a l'écart 
total ou l'étendue des \ arialions. Droca l'exprimait dans tous ses mémoires 
cràniométri^iues en reproduisant les chill'res extrêmes maxinmms et mi- 
nimums de la série. Parfois il donnait deux maximums et deux minimums 
dans la crainte (jue le premier ne soit un de ces cas anormaux dont nous 
avons parlé à mettre résolument de côté. L'indication de l'écart total ne 
saurait toutefois remplacer la sériation, si féconde en considérations mul- 
tiples (1). 

(I) Cjuélelet (Ad.), Théorie dei probatitilés, gr. in-8. Bruxelles, 18iG. Anthropométrie ou 
mesure des difTérentcs facultés de llioramc. Vol. iu-«. Bruxelles, 1871. — Bertilloii (Ad.), 
De la mcthoiie tn anthropolnrjie. Bull. Soc. antlir., 18G:1, p. T-Vi. Art. Moijenms du Dict. 
encycl. se. méd. I87<;, 2* série, t. X. — Bnira (P.), Instructions a i\niométriqucs. Bull. 
Soc. anlhrop., I87(J, p. 420, et Mém. Soc. antlirup., 1875. 2" série, t. II, p. I2(;, IGO et 174. 
— Topinard (P.), Sur If s moi/» mies. Bull. Soc. Anllir., 1880, p. 3?. Les lahomtoircs cl In 
crdnialofjie. Bcvue srieriiinciue, I8«2, V série, 2' année, p. i'J.'J. — Hobcrts i^C.li.), Mannul 
cf Anthroponielrij . 1878. Loudon. — Gould (B.-A. , Invfsli'jution in (fic nnlitarif (nul nn- 
thropoiogical Stutisttcs of American soldiers. .New York, 18G9, etc. 



MÉTHODES GÉiNÉRALES. — GROUPEMENTS. 239 

llétiiode des ffroiiiiomcMits. — Broca étendait la dénomination do sé- 
riation à la lioisièine niélhodo on de groupement dont je dois parler. 
Uanger une collection de chiffres, disait-il, en allant du plus petit au plus 
grand, c'est faire une ordination ; quand on veut analyser plus complète- 
ment, on fait de la soriation, c'est-iVdire qu'on divise la série en un cer- 
tain nombre de tront^^ons ou séries secondaires. Et il donnait pour 
exemple sa division de l'indice céphalique en cinq groupes inégaux. Je ne 
puis souscrire à cette manière de voir. Si les groupes étaient égaux, qu'on 
puisse comparer entre eux les nombres de cas qu'ils renferment, qu'en un 
mot le module soit simplement grand. Bien ! Mais avec des modules iné- 
gaux, le but de la sériation, ce qui en fait la valeur est manqué. Des divi- 
sions grandes, arbitraires, inégales, introduites dans les formes diverses 
d'un caractère, exprimées par des chiffres, ne sont que des groupements en 
vue de la pratique et pour la commodité du langage. Quoi qu'il en soit, ces 
groupes égaux ou inégaux donnent lieu à des modes d'études que nous 
montrerons par un exemple. Soit l'indice céphalique de l'une des séries 
les plus homogènes au point de vue de ce caractère, les 176 Auvergnats 
de notre laboratoire partagés en cinq groupes ; les nombres de cas 
contenus dans chacun peuvent être étudiés comme il suit. 

La première colonne indique les nombres absolus de cas, la deuxième 
leurs nombres proportionnels au total =: 100; la troisième les moyennes. 

176 Auvergnats {Nomenclature de Broca). 

, ,. ■ . ,. Nombres absolus Nombres proportionnels 

Indice céphalique. j^ ^^^^ ^^ ^^^^^ ^ ^^^^ Moyennes. 

75 inclus, et au-dessous. 2 1.1 73.5 

76à 77 inclus 2 1.1 76.0 

78 à 79 — 10 5.7 78.5 

80 à 83 — 69 39.2 81.8 

Au-dessus de 83 93 52.8 86.2 

L'objection, très sérieuse à la méthode de la sériation est d'exiger un 
nombre considérable de cas. Si avec vingt ou trente individus du même 
sexe, adultes, les vieillards exclus, la méthode des moyennes satisfaif, 
celle de la sériation, pour ne pas exposer à des illusions, en demande le 
double au moins. Il est bon néanmoins d'y recourir pour les petites 
séries où elle donne encore d'utiles renseignements. 

Il est une modification dans le système de la sériation, bonne en elle- 
même, contre laquelle nous devons mettre en garde. Elle consiste à ré- 
duire chaque nombre partiel et réel de fréquence en un nombre propor- 
tionnel à la totalité des cas pris comme 100, 1,000 ou 10,000, comme 
dans la troisième colonne du tableau précédent. Il est des auteurs 
qui l'appliquent à des séries minimes de 20 et 30 cas, peut-être plus, et 

(1) P. Topinard, De la méthode en crdniométrie {Bull. Soc. anthr., 1873, p. 851). 



2W ciiArrriΠi\. 

laissent involt)nlaireinent croire qu'ils opèrent sur des chiffres respecta- 
bles. I.e prenner devoir en toutes circonstances, lorscju'il s'af^it de 
moyennes, cl dans le cas présent, est d'indicjuer le nombre d'observations 
dont se compose la série sur laquelle on opère. On prévient ainsi le souj)- 
(;on de vouloir en iinjjoser au lecteur. 

I»luii «le conduite s^t'iiérale. — Avant de passer à d'autres mélhodes 
lechniiiues moins courantes, un mol sur la conduite à suivre d'une ma- 
nière générale en anthropométrie, dans l'état de la science, avec les don- 
nées précédentes. 

La méthode de la sérialioii est propre à l'analyse des caractères et de 
leurs variations chez les individus et commandée par les mélanges en 
proportions diverses de types physicpies (jui ne sont eux-mêmes, le plus 
souvent, que le mélanj^e de types ant«''rieurs. I^a méthode des moyen- 
nes répond à la nécessité de rendre d un mot l'expressicjn numéri(|ue 
dominante d'un groupe el donne seule le moyen de comparer largement 
les caractères dans toute l'étendue des races humaines, et à leur défaut des 
groupes de populations. 

Un caractère ou un indice répondant très exactement à un caracl»re dé- 
terminé, la face allongée ou dolicholaciale par exemple, n'a pas d'intérêt, 
sur un ou j)lusieurs gi(nipes de populations, si l'on ignore les chiffres 
anahjgues dans les popul. liions ou les races voisines (|ui par ce môme 
caractère contrastent le plus avec elles. Autrement dit, un caractère n'est 
connu, acceptable, acquis ii la science, que du jour où l'on connaît 
les variations de ses moyennes dans toute retendue de ce qu'on est dans 
l'habitude d'appeler récliellc des races. 

Une moyenne isolée, qu'elle repose sur un petit ou sur un grand nombre 
de cas, est stérile tantcin'elle n'est pas compai'ée à d'autres reposant sur 
des nombres de cas sullisants aussi, et disposées mélho(li(iuement en une 
colonne graduée et progressive. Les j)ersonnes qui j)rennenl l'anthropo- 
métrie comme une distraction dans leurs heures de l(»isirs et veulent en 
avoir l'agrément sans la peine, s'attachent volontiers à un petit groupe 
de crânes, ou publient les mesures d'une série d'individus, en font grand 
bruit et ne vont j)as au delà. Ces monographies sporadiques sont sans 
prolil, lors(ju'à côté de soi on n'a pas des listes de caractères distribués 
par moyennes suivant les races et les embranrhements de races, afin de 
juger de leurs différences avec ce qu'on vient de décrire. On admet que 
pour connaître le canon des proportions d'une race (luelconque de nè- 
gres, il faille le canon de l'Luropéen; réciproquement, on ne connaît 
le canon de l'Luropéen que par comparaison avec celui du nègre, du 
jaune, etc. 

On a beau [)roposer des caractères, fonder des méthodes pour les me- 
surer, inventer des instruments, imaginer des nomenclatures et môme 
en donner çà et là quehiues exemples numériques, un caractère n'a 
droit à être pris en considération et à être accepté que du jour où il 



MÉrnODlîS GÉNÉRALES. — LISTES D INDICES. 2',l 

est escorté de chiffres nombreux et où l'on sait ses écarts indivi- 
duels dans une suite de races et ses moyennes dans les diverses con- 
ditions où il se présente ; que du jour, en un mot, où l'on a tracé son 
histoire. 

Mais cette histoire demande du temps, de la patience et est relative- 
ment ingrate ; cette étude du caractère par les moyennes dans les races, 
suivant les sexes, les âges, ne semble pas brillante comme la description 
d'un petit lot de crânes où l'on avance ce que l'on veut, sans crainte d'ôtre 
contredit. L'histoire préalable des caractères anthropométriques c'est 
l'alphabet ; les monographies portant sur de petites séries sont le cou- 
ronnement. Les crâniologistes sont un peu comme les élèves au piano, 
les exercices préparatoires les ennuient, ils préfèrent les morceaux. Il 
faut avouer que la masse du public se laisse prendre aux monographies 
et s'intéresse peu aux travaux d'étude proprement dits. 

Dans l'état de la science, ce qu'il faut à l'anthropométrie comme à sa 
branche aînée, la crâniométrie, c'est un vademecwn^une sorte de diction- 
naire dans lequel l'anthropologiste qui ne s'intéresse qu'à quelques crânes 
et se restreint à l'ossuaire qu'il vient de découvrir trouve la liste des diffé- 
rentes moyennes dont il a besoin. Il y verra que dans tel canton où l'his- 
toire indique que telle race a passé ou séjourné, les indices nasal et cé- 
phalique sont de tant, et se fera ainsi une idée de la portée relative de 
ceux qu'il aura obtenus et pourquoi il s'y trouve des cas contradictoires 
qui en altèrent la moyenne. A défaut des renseignements de l'histoire, ces 
tableaux eux-mêmes lui en fourniraient, en montrant de quels groupes 
d'un pays voisin, d'une contrée lointaine, peut-être d'une race dispa- 
rue, l'élément principal qu'il constate par la méthode des moyennes et 
les éléments secondaires qu'il entrevoit par la méthode des groupements, 
se rapprochent le plus. 

La méthode de la sériation est essentiellement analytique, celle des 
moyennes est synthétique. Pour donner ce qu'elle doit, celle-ci a pour 
complément les listes de chaque caractère dont je parle. 

Les ouvrages les plus nécessaires aujourd'hui en crâniologie ne sont 
donc pas ceux qui décrivent des races, des groupes d'individus ou des 
séries de crânes; la science n'en est pas encore à cette étape avancée, à 
cette étape de satisfaction. Qu'elle s'essaye de temps à autre à ce genre 
de travail lorsqu'elle rencontre un lot suffisamment nombreux et authen- 
tique, c'est légitime. Mais ce dont elle a besoin en ce moment c'est de 
traités élémentaires, qui apprennent le commencement, qui disent com- 
ment il faut travailler avec fruit et qui renferment des jalons auxquels 
le travailleur peut recourir. 

C'est ainsi que j'ai compris la tâche qui m'incombait lorsque j'ai publié 
mon Anthropologie ; le public m'a donné raison par l'empressement qu'il 
a mis à en épuiser les éditions successives, quoique les amateurs d'an- 
thropologie technique soient peu nombreux. Ce nouvel ouvrage renfer- 

TopiNARD. — Antliropologic. 10 



242 CHAPiTRK IX. 

iiUTU donc aussi beaucoup de dociiuiLMils, df lahlcaiix, de chilFi'es ; 
niuiiis que je ne voudrais, car on craint toujours de lalif^ucr le lecteur, 
mais sufiisamnient pour qu'ils répondent à ce que je crois être le besoin 
le plus urgent de la science. Passons ;\ d'autres m<''th()(les. 

iifiiiode tri;;;uuoiui'trique. — L'anthropométrie opérant sur des nie- 

bures de toutes sortes, sur des angles et des poids, et alignant des chil- 

^-J^^ fres de toutes valeurs, il était naturel tju'on 

i |k songeât i\ lui applicjuer les lois et formule^ 

\JH ayant cours en mathématique. C'est enellel 

ce qui a eu lieu, liroca lui a appliqué les 

r^Yr-^g^ |H procédés de la trigonométrie; (Juetelet, 

îalâ M Bertillon, Broca, iM. Steida, M. Goldsteiii 

.. ^ÏB entre autres, ceux du calcul des probabi- 

lités. 

La première application de la trigono- 
métrie a été faite par iJroca en 1873 à la 
détermination de l'angle alvéolo- sous-nasal 
à l'aide de l'indice du prognathisme de 
môme nom, dont je venais de publier les 
listes, ainsi qu'à celle de l'angle bi-orbi- 
taire; ce fut par le procédé de la tangente 
et de la cotangente. Plus tard, en 1880, 
année néfaste pour l'anthropologie fran- 



ge. 



I 2_ 




ïig. 0. — Hèglo trigonoméiriquo Fig. 10. — Gonioiiu-lro d'inclinaison. 

moQtéc do Broca. 

t;:use, il l'appliqua à nouveau i)ar le procéd-' du sinus et du cosinus à la 



MÉTHODES GÉNÉRALES. — ERREUR PROBABLE. 243 

détermination de tout anp;le formé par l'inclinaison sur Thorizontale 
d'une ligne quelconque du crâne ou du squelette dans son attitude 
naturelle. A cet effet il imagina un instrument, le goniomètre d'inclinai- 
son, complélc par l'équerre Irigonométrique à l'aide desquels il mesurait 
directement tout angle désiré. Je renvoie à ses deux mémoires (1). 

Le Calcul des probabilités a dcs applications plus générales. Il est 
dominé par la question de l'erreur probable. 

On sait qu'il y a deux sortes d'erreurs : les unes constantes tenant à la 
persistance d'une même cause qu'on ne peut guère éviter, comme l'im- 
perfection des instruments et de la vue de l'observateur, auxquelles se 
ratlacbe l'erreur personnelle dont il a été parlé page 230; les autres, 
accidentelles, dues au hasard qui a rassemblé les crânes, à des façons de 
procéder différentes, à l'épaisseur des chairs sur le vivant, etc. L'erreur 
probable embrasse les deux. Elle est de deux sortes aussi, l'une porte sur 
la moyenne arithmétique d'une série d'observations, l'autre sur la séria- 
tion des observations individuelles ou la courbe que l'on obtient avec 
elles. L'erreur probable de la sériation est appelée indice d'oscillalion par 
M. Stieda, et celle de la moyenne indice de la moyenne par M. Goldstein. 

11 va sans dire qu'une sériation ou une moyenne a d'autant plus de 
valeur que son erreur probable est plus faible. Il y a donc un intérêt 
considérable à la connaître si l'on veut savoir le degré de certitude 
des résultats. 

L'erreur probable de la sériation r se calcule avec la formule suivante : 

lo est la somme des écarts par rapport à la médiane; n est le nombre des 

observations. 

r = 0.84o3 — 
n 

C'est avec elle qu'on obtient les éléments de la courbe de probabilité, 
ayant pour objet de corriger les irrégularités de la courbe brute obte- 
nue directement par la méthode habituelle. 

L'erreur probable de la moyenne R se calcule d'autre part avec celte 
formule : 

R = -^ 

\Jn 

Voici un exemple de son application. Soit les onze séries égales de lOo 
indices céphaliques chaque, obtenues par M. Ranke en Bavière. Leurs 
moyennes varient de 85.2 à 78.9. Le calcul établit que l'une de ces séries 
donne l'erreur probable la plus faible; la moyenne y est de 83.1. Elle a 
donc le plus de chances d'être le plus près de la moyenne absolue. Effec- 
tivement, la moyenne générale des onze séries est de 82.9 et, en mettant 

(1) p. Broca, Sur le plan horizontal de la VUe et la méthode trigonométrique, Hnll. 
Soc. anthr., 187-'^. — Méthode trifjonomé trique, le goniomètre d' indinaisoii et l'urthogone. 
Bull. Soc. d'antlir., 1880. 



•:u ciiAiMTiu: IX. 

<\o imMô la onzit'iiu' qui a une nutycnne du 78. î) et se présente dans des 
eondilions dilléri-ntes de jn'ovenanre, celle des dix séiies restant de 83.3. 

J'ai indiqué précédiininenl une aulic application de rcrrcur piohahle 
A 11 délerininatit)n de la moyenne ^'énérale de plus haute picdiahililé de 
plusieurs séries (lu'on réunit, ,1e m'en tiendrai ;\ ces exemples et renvoie 
au uiéiuoire sur le sujet de M. (joldstein (I). 

Nous ne parlerons pas, d'une manièie générale, des courbes et autres 
procédés graphiciues rendant visibles par les yeux les rappcjrts des nom- 
bres groupés par la sériation. Ils sont nombreu.x et varient presque à 
volonté. Ils sont applicables à toutes les parties de l'anthropologie, aussi 
bien aux caractères physicjues, physiologiques ou pathologiques (ju'aux 
phénomènes ethniques et sociaux. iNous aurons d'amples occasions, à 
propos des caractères pris en particulier, d'en donner des exemples. Du 
reste avec quelqu'habilude les sériations sullisent. 

C'oiii|)nrai*>on «leit inesureM nur le Nquolette <>t sur le \lfniit. — Jc ne 

dirai rien, dans ces généralités sur l'anthropométrie, des méthodes de 
mensurations elles-mêmes, ni de l'instrumentation. Je me réserve entiè- 
rement pour les chapitres où j'entrerai dans la technique soit des propor- 
tions du corps, soit du crâne ou du bassin. Un seul mot ici. 

L'anatomie est la base de la morphologie extérieure : avant d'étudier le 
nez on en étudie la chai'pente ; avant de chercher les mesures à adopter 
pour la longueur de la cuisse, on cherche les points de repère naturels 
<lans la mensuration du fémur. Nous pouvons, dès à présent, dire que 
les mesures sur les os ont une précision que ne possèdent pas, et que ne 
posséderont jamais celles sur le vivant. Il vient donc naturellement ;\ 
l'esprit que les premières doivent prendre le pas sur les secondes et les 
gouverner, et que les anthropologistes travaillant les uns sur le cadavre 
et le squelette et les autres sur le vivant, doivent i-éunir leurs efl'orts, se 
compléter et se contrôler les uns les autres. Pour cela on a cherché sur 
le vivant d'abord les points les plus accessibles du squelette, puis ceux 
donnant le moins d'erreurs à cause de l'épaisseur des chairs et enlin 
<'eux se prêtant le mieux à une conversion en mesures du squelette 
par l'addition ou la soustraction de cei'taines longueurs. Mais jusqu'ici 
les eflorts ont échoué; il semble que non seulement il faille renoncer 
aux règles de conversion, mais encore qu'il n'y ait aucun avantage ;\ cher- 
rher fl concilier les deux sortes de mesures par des points de repère sem- 
i)iables. (^e qui est bon d'une part est souvent mauvais de l'autre, et ;\ 
force de vouloir des concessions on Unit [)ai- a(faii)lir la valeur des deux. 
Il me parait donc que dans l'état de la science il y a lieu de laisser les 

(1) f.douard Goldstoin, Des Applications du rnlcul des prohnbUHês à Panthropoto;/ 
itevue critique. Hcvuo danthr., IHS.1. -- Voir aussi : I.udwif; Stioda, Uehcr die Anweudun'j 
'1er waUrscheinlichkt'itsrrchnunfj in dcr antmpoloqisrhen stalistik ; Archiv fttr Anthrop., 
I. XIX, 1«82. — Ad. IJertillun, art. Moi/eune, Dicl. oDcycI. se. niéd. 1870, ?' - •■ ' \. 
p. .'ilô. 



MÉTHODES GÉNÉUALES. — CRANIOLOGIE. 245 

deux sortes de mesures indépendantes, de ne les comparer qu'avec elles- 
mêmes, et de n'obéir pour chacune qu'aux indications des nécessités 
opératoires. Ce sont deux sources de renseignements dont les chiffres 
sont sans relation, mais dont les verdicts séparés se confirment ou s'in- 
firment. Notre science commence à ôtre assez riche de documents dans- 
chaque genre pour qu'ils se suffisent à eux-mêmes séparément. 

Les méthodes et les considérations qui précèdent concernent tous les 
caractères se prêtant i\ des mensurations. Nous insisterons un mo- 
ment sur ceux qui regardent en particulier le crâne, autrement dit sur 
la cràniométrie, et par la même occasion sur la cràniologie dans son en- 
semble. 

Crànioiog^ie. — C'est l'étudc du crâne par quelque moyen que ce soit: 
la crAniométrie est un de ces moyens. 

La crâniologie est dite zoologique lorsqu'elle porte sur les bêtes, et 
anthropologique lorsqu'elle porte sur l'homme. Elle est dite comparée 
lorsqu'on embrasse à la fois tous les vertébrés pourvus de crâne et qu'on 
s'occupe de les comparer. Sous le nom de crâniologie médicale^ doivent 
s'entendre les connaissances spéciales nécessaires dans l'art de guérir 
soit par la chirurgie soit par la médecine. Sous le nom de crâniologie 
anthropologique s'entendent de même l'ensemble des connaissances 
répondant aux besoins de l'histoire naturelle de l'homme et à toutes les 
questions relatives au crâne qu'elle soulève. 

Le crâne, à ce point de vue, doit ôtre étudié sur l'adulte sous sa forme 
typique, arrivé à son entier développement; puis chez le fœtus et l'en- 
fant, ensuite chez le vieillard, enfin suivant les sexes aux différentes 
époques, 11 doit ensuite être comparé au crâne des animaux les plus 
voisins de l'homme, puis dans les divers types humains d'ordre pri- 
maire, secondaire, etc. La physiologie du crâne et des divers organes 
dont il est le réceptacle est inséparable de son anatomie si l'on veut com- 
prendre le premier mot de la crâniologie. Certains chapitres de la patho- 
logie du crâne en sont le complément, comme la tératologie ou étude de 
ses anomalies congénitales et troubles de développement pendant la vie 
intia-ntérine; comme le rachitisme, la syphilis dans certains cas, l'hydro- 
céphalie, les synostoses prématurées, etc. L'étude des déformations crâ- 
niennes obtenues volontairement ou produites inconsciemment fait égale- 
ment partie de la crâniologie. Enfin ce qu'on peut appeler la philosophie 
de l'harmonie générale du crâne (d'autres ont préféré le mot architec- 
ture), de ses différences normales de conformation et de ses anomalies- 
est à déduire de toutes les connaissances précédentes, notamment de la 
filiation des formes générales et particulières de l'organe dans la série 
des vertébrés jusqu'à l'homme et de leur ontogénie ou développement 
chez l'individu. 

Le point de départ de la crâniologie est naturellement la connaissance 



2i6 CIlAl'lTlli: 1\. 

(lo chacun de ses os pris h part, de ses apophyses, ei-^les, portions aplaties 
DU squameuses, uiilices; de ses bords ai licnhiires nu lit:iies de jonction avec 
les os voisins appelées sutures, etc. ; puis du ci.\iie pris dans son ensem- 
ble, de ses réj;ions, fosses, cavités et parties osseuses qui y concourent; 
enlin des dénominations anatomicjucs s'appli(juant spécialement à l'an- 
thropologie, entre autres des points dits crâniométriques. 

Les personnes ([ui commencent feront bien d'avoir : !" une ti^te désar- 
ticulée ; -2" un crAne adulte du sexe masculin à cou[)e horizontale; 3" un 







v. 




r- j 



,y 



Fig. 11. — l'nJlil duiio Australicunc tic Camp iu llcavcn (1). 



crAnc adulte du sexe féminin \ coupe verticale ; i" un ciAnc d'enfant de 
trois à six ans à coupe horizontale. 

Le crâne, que l'on a l'habitude de considérer sans sa mâchoire infé- 
rieure, présente à considérer dans ces conditions: 1° une base où se re- 
marque d'avant en arrière l'arcade alvéolaire avec ses dents, la voûte 
palatine, les narines postérieures et en dehors d'elles les apophyses pté- 

(I) Extrait «le P. Topinanl. Mémnin' sur 1rs Tasmnnirns, ^Uu^. Soc. \iitlir. IH(V.). Cctio 
flgurc ayant été roproduim daits diverses publications sans f|U<' la pruvonancc ou ait àiô 
Indiquéo, rolto mention n>'a paru néccssaiip. 



MÉTHODES GÉNÉRALES. — CRANIOLOGIE. 247 

rygoïdes qui appartiennent i\ la face; le trou occipital, les condyles de 
l'occipital, les apophyses mastoïdes et, en arrière de cette ligne trans- 
versale, récaille de l'occipital qui appartiennent au crâne cérébral; 
2° une voûte dont les parties les plus frappantes sont deux sutures se 
réunissant en ï, la sagittale et la coronale, et quatre bosses, deux parié- 
tales et deux frontales qui réunies par des lignes donnent lieu au trapèze 
de Welcker ; 3° deux faces latérales essentiellement occupées par les 





Fig. 



Voûte du crâne. 



Fig. 13. — Base du cràue. 



Fig. 12. — Côté droit et milieu consacrés aux points cràniométriques. — 1, bregma ; 
"2, obclion; 3, stéphanion ; 4, point frontal minimum; 5, point orbitaire externe; G, gla- 
belle; 7, métopion. 

Côté gauche consacré aux indications anatoraiques : Pa, pariétal; Vp, bosses pariétales; 
€, crôte temporale supérieure ; Tp, temporal ; F, frontal ; B/", bosses frontales; O, apophyse 
orbitaire externe; z, suture zygoraatique. 

Fig. 13. — Côté droit et milieu réservés aux points cràniométriques. — 1, point al- 
véolaire; 2, point palatin; 3, point molaire antérieur; 4, point canin; 5, point jugo-maxil- 
laire ; 6, point alvéolaire postérieur interne; 7, point alvéolaire postérieur externe; 
8, point sous-temporal; 9, plérion ; 10, point glénoïdien ; 11, trou auditif ; 12, point jugu- 
laire ; 13, astérion ; 14, point occipital maximum; 15, inion ; IG, basion. 

Côté gauche réservé aux indications anatomiques : Oc, occipital ; Pa, pariétal ; Tp, tempo- 
ral ; -M, apophyse mastoide; i«, rocher ; C, condyle de l'occipital; 0, trou occipital ; G, cavité 
articulaire de la mandibule ou glénoïde ; S, sphénoïde ; T, crête sous-temporale ; P, apo- 
physe ptérygoide ; B, apophyse basilaire de l'occipital; N, narines postérieures; P^ pala- 
tin ; Mx, maxillaire supérieur: Ml, os malaire ou jugal. 



fosses temporales que limite en bas un pont qui, de Tos jugal ou malaire 
de la face, se porte à l'os temporal du crâne sous le nom d'arcade zygo- 
matique ; 4° une extrémité postérieure occipitale et une extrémité infé- 
rieure faciale. 



2ls CIIAI'ITUK 1\. 

Le crAnc est donc formé de deux parties bien distinctes : en haut et eif 
arrière le crAne proprement dit, encore appelé crâne cérébral ou boîte 
crânienne ; en l)aset en avant la face. Leurs points d'attache sont essentiel- 
lement au nombre de cinq ; en dehors un arc-boutanl, l'arcade zygomati- 
que dont il vient d'^^tre parlé; en dehors et plus haut un autre arc-boutanl 
plus court réunissant l'os malaire encore i\ l'apophyse orbitairc externe 
du frontal; en dedans et en avant un pilier, l'apophyse montante du 
maxillaire supérieur, s'unissanl i\ l'apophyse orbitaire interne; en arrière 
et en bas un solide point d'a|)pui, l'extrémité postérieure de l'arcade al- 
véolaire soutenue parles apophyses ptérygoïdesdu sphénoïde ; en arriére 
et en haut un autre solide point d'appui sur les jurandes ailes du sphé- 
noïde; enfin en arrière et ;\ la fois en haut et en dedans un dernier point 
tra|)pui moins iin[)(»i-tant sur les petites ailes du sphénoïde par riiiteinié- 
diaire de l'ethmoïde. 

La séparation exacte de la face et du rrîine en avant est difficile à déter- 
miner par le motif (lue le frontal, (jui est un os crânien par sa ])artie écail- 
leuse, un os commun h la face et au crAne par sa portion horizontaUî ou 
sus-orbitaire, est un os facial par touti' la pt»rlii»n antérieure et inférieure 
située à la rencontre des deux. Si l'on cherche celte séparation par l'inté- 
rieur de sa boîte crânienne, on trouve sur la ligne médiane une double 
fosse profonde dite gouttières ethmoïdales occupées par les bulbes ol- 
factifs, sur les côtés une convexité qui est la voûte des orbites et en dehors 
une surface horizontale qui presque aussitôt se relève oblicjuement. C'est 
d(tnc une ligne ondulée qu'on a, offrant lr<iis niveaux ; prolongée en avant 
à la façon d'un plan elle couperait la base du lr(»nt A des hauteurs diver- 
ses. Si l'on regartle en avant les (liflicultés sont d'une autre nature : les 
apophyses orbitaires externes appartiennent A la face; la glabelle, les ar- 
eades sourcilières sont des dépendances des fosses nasales creusées dr 
cavités qui s'élèvent parfois en empiétant sur la partie indiscutable du 
crâne. Cette séparation ne peut donc ôtre établie par un trait et déter 
minée avec la facilité que l'on voudrait. 

Le crAne cérébral a, dans son plan médian, (juatre points cardinaux 
l'occiput ou nucpie, le trou occipital, le vertex ou sinciput et le front. Si 
surface interne s'appelle l'endocrAne, sa surface externe l'exocrAne. Sa 
cavité interne ou cavité cérébrale se décompose à sa base en trois étages ; 
l'antérieur, le plus élevé, reçoit la face inférieure de la portion des lobes 
antérieurs du cerveau qui est en avant de la scissure de Sylvius ; h' 
moyen, sur lequel s'appuient les lobes sphénoïdaux; et le postérieur aj)- 
pelé aussi fosses cérébelleuses qui logent le cervelet. L'étage antérieur et 
supérieur est séparé du moyen par le bord postérieur de la petite aile du 
sphénoïde et plus eu dehors par le bord postérieur du frontal. L'étape 
moyen est séparé du postérieur et inférieur par le bord supérieur du lo- 
rherou portion pétreuse de l'os temporal. 

I.i face, à laquelle nous réunissonsici lamAchoire inférieure, est esscu- 



MÉTnODES GÉNÉRALES. — NOMENCLATURE. 2H> 

tiellemont constituée par l'appareil maxillaire. Entre les deux mâchoires 
est la cavité buccale complétée en arrière par les os palatins ; dans l'épais- 
seur des deux maxillaires supérieurs et entre eux sont les fosses nasales; 
sur les côtés s'ajoutent les os malaires qui avec les os maxillaires supé- 
rieurs et la portion faciale du frontal circonscrivent les cavités orbitaires. 
Le reste est de l'accessoire. 

:\oiueuciature crànioiojst^ique. — Aux idées nouvelles il faut des mots 
nouveaux. Une science s'affirme par son langage, par ses termes répon- 
dant i\ ses besoins. La crAniologie du dix-neuvième siècle trouvant les 
expressions couramment employées par les médecins pour désigner 
les os, proéminences, cavités, régions du crâne, les a naturellement 




l'iir. 14. 



A, point alvcolairo ; E, point spinal ; G, nasion; V, bregma ; L, lambda; I, inion ; A, as- 
tcrioii ; U, trou auditif; B, apopliyse mastoïdc; O, occipital ; P, pariétal ; T, frontal ; C, crête 
temporale ; R, stéplianion ; DS, ptérion ; J, os malaire; Z, point jugal; M, maxillaire ; N, os 
propres du nez. 



acceptées. Mais la science médicale est parfaitement indifférente à cer- 
taines particularités, à certains points dont l'anthropologie se sert jour- 
nellement. Celle-ci a donc dû se préoccuper de leur donner des noms et 
d'éviter ces longues périphrases qui alourdissent le style et obscurcissent 
la compréhension des choses. Ainsi les Allemands si rebelles à tout ce qui 
vient de France en sont encore à désigner le basi'on comme « le bord an- 
térieur sur la ligne médiane du trou occipital » ou Yaslé?'ion comme « le 
point de rencontre des trois sutures temporo-pariétale, pariéto-occipitale 
et occipito-temporale. » C'est un des services les plus importants que 
Broca ait rendus à la crâniologie d'avoir fondé une nomenclature simple 
et facile à comprendre, que tous les esprits non entichés de l'esprit étroit 
de nationalisme ont acceptée. 



»2:iO 



CIIAIMTIIK IX 



Je «iDiine ici la listt» doses points crAni()ni<''lri(iiH's avec leur élymolo- 
t;io, aliii (lue le lecteur puisse y recourir suivant le besoin. Il les appela 
(l'abord pnints sin^'uliers, parce qu'A l'origine ceux qu'il avait dénommés 
«'•(aient tous sur la liime médiane. Le terme ci-dessus est bien préférable. 

.l'engage vivement les antliropologi^tes à se familiariser avec ces mots, 
car on ne saurait croire combien ils facilitent l'expression et l'échange 
des idées. drAce à eux une mesure crAniométrique qui exigerait une ou 
deux lignes est rendue clairement en deux mots. Soit les éléments du 
triangle facial. Trois lignes le forment : basilo-nasale, basilo-alv««olaire et 
naso-alvéolairc. Dans les deux premières lignes je place le dérivé du mol 
basion le premier parce que je suppose que la clarté de la description 
demande cpie je les fasse partir du basion, comme l..rs(iue je fais allu- 




l-\'A. 1.). 

S, Rléplianic.n; M, point Iront.il minimum : B, bossos rrnniales; O, opliryon ; \, nasinn ; 
Z, point zyyomatiqun maximum; J, os malaire; F, apophyse raastoido; D, maxillairo ; 
A, point alvéolaire; K, point spinal. 



sion aux rayons faciaux basilo-nasal et basilo-alvéolaire. D'autres fois je 
[)uis avoir besoin de faire partir deux li,t;nes de la racine du nez, je les 
appellerais naso-basilaire et naso-alvéolaire ; l'angle qu'elles interceptent 
constitue l'angle du prognathisme de Welcker. 

La mC'me ligne dans ces deux exemples a donc deux dénominations 
anatomiques suivant le sens dans lequel on la prend : naso-basilaire et 
basilo-nasal. C'est l'nu (\v< avantages de la nomenclature de Broca qui 
apporte à la fois de la rlarfé dans l'exposition et de la brièveté dans le 
récit. Si les .Mlemands sont souvent si obscurs, c'est qu'ils sont rebelles fi 
la nomenclature et (jue lor^piils cèdent à la nécessité ils choisissent des 



MÉTHODES GÉNÉRALES. — NOMENCLATURE. 2î)l 

mots longs, peu euphoniques et peu maniables. Une bonnenomenclature, 
comme l'a prouvé Linné, est un signe de maturité. 

Je commence l'énuméralion par les points médians et impairs en pic- 
n.înt le basion, me portant en arrière et faisant le tour du crâne. 



IMMNTS CRANIOMKTRIQUES MliDIANS KT IMPAIRS. 

Basion (depa<n;, baso), bord antérieur du trou occipital. 

Opisthion (de sTrioOc, en arrière), bord postérieur du trou occipital. 

Inion (de iviov, nuque), base de la protubérance occipitale externe. 

Voint occipital maximum, point où aboutit, à l'extrémité de l'ovoïde crânien, le 
diamètre antéro-postérieur maximum du crâne, parti de la glabelle. 

Lambda, point de rencontre de la suture sagittale avec la suture lambdoïde. 

Ohclion (de ôêeXoç, trait, en latin sagittalis, sagittale), à la hauteur des deux 
trous pariétaux ou d'un seul si le second manque, là où la suture sagittale est 
momentanément simple, en général à la réunion du cinquième postérieur et des 
(piatre cinquièmes antérieurs de cette suture. 

Vertcx, ce n'est pas un point anatomique, mais l'endroit le plus élevé du crâne 
au-dessus du plan horizontal. Il varie donc suivant le plan horizontal adopté. 

Brcgma, point de rencontre des sutures coronale et sagittale. 

Métopion (de p.sTtoT:ov, front), entre les deux bosses frontales. 

Ophryon (de è^pû;, sourcil), ancien point sus-orbitaire ou sus-nasal, au milieu 
du diamètre frontal inférieur (ou minimum chez les Européens). 

Ghibelle, renflement entre les deux crêtes sourcilières, remplacé quelquefois par 
un méplat et exceptionnellement par une dépression légère. 

Nasion ou point nasal, sur la suture nasale, à la racine du nez. 

Point spinal ou sous-nasal, bord inférieur des narines antérieures, au centre 
virtuel de l'épine nasale. 

Paint alvéolaire, point le plus antérieur et le plus déclive du bord alvéolaire su- 
{iérieur. (Le point alvéolaire inférieur n'ayant pas d'usage en cràniométrie, l'épi- 
Ihète de supérieur ne s'ajoute pas habituellement au premier.) 

Point mentonnier, point à la fois le plus inférieur et le plus antérieur du 
menton osseux, 

POINTS CRAMOMÉTRIQUES LATÉRAUX ET PAIRS. 

Astérion (de àarr.p, étoile), point de rencontre en arrière et au-dessus de l'apo- 
physe mastoïde des sutures lambdoïde, temporo-pariétale et temporo-occipitale. 

Piérion (de TCTepov, l'aile du sphénoïde), région de la fosse temporale où se ren- 
contrent quatre os : le frontal et le temporal, ces deux généralement à distance, 
le pariétal et le sphénoïde. 

Stéphanion (de orv^d-ér., couronne, coronal), point où la suture coronale croise 
la crête temporale. 

Dacryon (de Jâxpu, larme), point où la suture verticale lacrymo-maxillaire ren- 
contre en T la suture naso-frontale vers l'angle interne de l'orbite. 

Point lacrymal postérieur, à quelques millimètres en arrière du précédent, avec 
lequel il se confond quelquefois; point de rencontre du prolongement de la lèvre 
postérieure de la gouttière lacrymale avec la suture fronlo-lacrymale. 



ori2 CllAPlTIU: IX. 

Point orbUmre extenv. Au poinl iiiaximiiin, en ilt'liors <iii somiml de Tapophyr..' 
..rl.itairf extiMiir. iiiiiiiraialriii.nl aii-.l.ssns ilc la snlun- fn.nlo-juK.iU*. 

Point juyal, somuiel de langl.» iiur forino le boni post.riour vertical de Vos 
maiaire avec le boni supérieur prolongé de l'arcade zyj^uinaliiiuc 

Point mnlaivi', Mir le lubenule de la face externe de lus ju-al on nialaire, et a 
son tb'faut au point eulininant d»* celte surface. 

Point jwjn-miuillnirv, sur le lubercule .pii est à revtr.' niil.'- inIViieun' de la 
suture de ce nom, a l'angle nnlén»-inr. rieur de l'os jti;^il. 

Gunion (de «rcuvia, angle), côté externe de langle de lamA.li..in' inférieure. 

point sous-temporal : à la face inférieure du crâne, à l'intersection de la suhnv 
sphénu-leniporale et de la cnMe sous-temporale. 

Point jwjuUiire, à la face inférieure du cràno, sur la suluie masluïdo-occipitale, 
au bord postérieur du sommet de l'apophyse transverse de l'occipital. 

Point olénoiMen, au cenln- .].• i. ■ .vit" l-I.'.u.uI.- du l.Mnp..ral, correspondant 
avec le suivant. 

Point coniyloidini, au milieu de la li^u'- tra!isvei>.' du ciuhl.- ailiculairede la 
mâchoire inférieure ou mandibule, au point culminanl. (Voiries figures 12à 15.) 

Ce sont ]h les dénominatiuns les plus utiles à connaître. H en est beau- 
coup d'autres qui se présenteront dans le cours de ce vdunie, les unes 
très répandues, les autres qu'on retrouve ^h et là. Je dunne la liste ci- 
après de celles qui concernent le crâne cérébral, avec l'élymologie de la 
racine variable. Les mômes racines s'appliquent dans d'autres circons- 
tances. Ainsi eurycéphale signide crâne lar.^e et eurygnalbe (yv^Oo;, mâ- 
choire) mâchoires larges; chamœcéphale signifie crâne couché, aplati et 
chainœprosope (:Tpoao)7:ov, visage) visage court, ramassé; dolichocéphale 
crâne allongé et dolicho-facial face allongée, etc. Les termes (lui suivent se 
retrouveront, certains à propos des déforniations du crâne, je pense néan- 
moins utile de les rassembler pour (iifuii puisse les y venir consultci. 



DÉNOMINATIONS DIVKUSKS. 



Acro-céphalc (à*?'-v, sommet), crâne Irés haul. 

ilypsi-céphale (&^&;, haut). 

O'xy-céphalo (^o;, pointu), crâne en pain de suci 

Platy-céphale (lîXa-rû;, plal). 

Tapino-céphale (taTrivô;, bas). 

Cbamœ cé|>hale (/.aaa(, à terre), cran-- l»a-. 

D<dicho-céphale {^O.v/i;, long). 

Hrachy-céphale (p?a/.ù;, court). 

Mégisto-céphale (ai>.aTc:, très long). 

Hrachisto-cépbale ({îpaxtoTo;, très court). 

Steno-céplmle (otivôç, étroit). 

Eury-céphale (»yfi>;, laru'o^ 

Leplo-céphale (ÀttiTi;, mince^, crâne <^lroil. 

Trocho-céphale (T?cy>«, tourner^ crâne rond. 

Mégalo-céphale (ui^*;, grand). 



MÉTHODES GEiNEUALKS. — A(iE LT SKM:. 253 

Maori>-cépliale ^fxaicpôç, grand). 

MiLTO-i't'phalo \u.t}coôç, pctil). 

Plagio-cépliale (-xà-^io;, oblique), cr;\ne oblique. 

Klino-cépUale ()cXtvo;, j'inclin(^), iràne en selle. 

Cynibo-céphale (/-uia^ô;, cavité), crâne en besace. 

Scapho-céphale (axacpoç, bateau). 

Sphôno-cépbale (acpr'v, coin). 

Trigono-cépliale (rpî-^tuvov, triangle). 

Parhy-c«'^pliale (noiyh;, épais\ crâne à parois épaisses. 

Lorsque l'élève a acquis les connaissances anatomiques et môme phy- 
siologiques les plus indispensables sur le crâne, il passe à la pratique. Le 
plus souvent il commence par la crâniométrie qui l'attire et lui semble 
plus facile. Il se croit volontiers cràniologiste le jour seulement où il tient 
un compas entre ses mains, comme l'étudiant en médecine qui se dit ana- 
tomiste lorsqu'il a tenu un scalpel et pratiqué une première incision à la 
peau. Logiquement c'est par la crâniologie qu'il devrait débuter. La pre- 
mière chose dont il ait à s'inquiéter c'est de reconnaître l'âge et le sexe. 

niag^nostic «le l'Agée et Un sexe. — Les âges se diagnostiquent aux dents 
el à quelques sutures accessoirement jusqu'à l'âge adulte; puis à l'usure 
de ces dents, à l'atrophie plus ou moins ancienne du bord alvéolaire consé- 
cutive à leur chute, après trente à trente-cinq ans environ; enfin dans 
une période sénile avancée, à l'atrophie de la voûte du crâne, spéciale- 
ment à deux affaissements ou dépressions avec amincissement qui se 
montrent symétriquement allongés d'avant en arrière sur chaque pariétal. 

Le sexe ne se reconnaît à aucun caractère précis infaillible, mais à un 
ensemble de caractères qu'on peut résumer ainsi. Les formes du crâne 
féminin adulte sont intermédiaires à celles de l'enfant et de l'homme 
adulte, elles sont adoucies, plus gracieuses, plus fines, les apophyses et 
crêtes d'insertions musculaires y sont moins fortes. Les points suivants 
doivent attirer de préférence l'attention : le front qui est, toutes choses 
égales, plus droit, à ce point qu'on a pu prendre dans un groupe de 
crânes les deux sexes opposés pour deux types différents; les arcades 
sourcilières et la glabelle infiniment moins développées, souvent nulles ; 
la voûte plus horizontale, plus élevée ; le poids du crâne et la capacité 
de la cavité crânienne moindres ; les apophyses mastoïdes, l'inion, les 
apophyses styloïdes et les condyles de l'occipital d'un volume moindre, 
les arcades zygomatique et alvéolaire plus régulières, les orbites plus 
hautes, etc. 

iMais pour le sexe comme pour l'âge il y a des exceptions qui défient 
tout diagnostic ou même qui trompent complètement. J'ai vu des crânes 
absolument séniles par l'atrophie de la voûte si caractéristique et l'atrophie 
des maxillaires, dont toutes les sutures de la voûte étaient aussi ouvertes 
qu'à vingt ans et réciproquement des synostoses sagittales des ptérions 
en train de se souder à vingt-cinq ans, les dents absentes et l'atrophie 



J'* CIIAPITUl- IX. 

(lu inaxillain.' très avancée ù ce inèiiie ù^e. liroca dans ses registres avait 
renoncé ;\ indiquer Tige probable du crâne cl n'inscrivait (|ne l'ûg»; de 
tel et tel caractère. Sur le vivant les cheveux blanchissent parfois à 
'2^'i ans, tandis que les facultés génitales persistent jusqu'à 1)0 et plus, ce 
(jui montre qu'on a des Ages diirérenls dans les diverses parties du corps. 
Les contradictions ci-dessus sont la répétition sur le crâne des mômes phé- 
nomènes. Ue même dans les sexes y a-l-il des anomalies que rien ne 
permet de prévoir en l'absence de renseignements. Un crâne réellement 
[uasciilin aura «les attributs féminins et réciprcrcjucmenl ; absolument 
comme sur le vivant un homme est imberbe, a la voix féminine et est peu 
enclin aux plaisirs sexuels de son sexe. Loi"s«jue (lan?> une >érie de crânes 
le crAniologiste met d'mie part tous ceux «jui lui paraissent décidément 
masculins, de l'autre tous vvux franchement féfuinins et dans une troi- 
sième les inccrlains, il peut y avoir des erreui's. .Mai^ elles ont moins 
d'incijnvénienls (ju'on ne pouirait le croire, les crânes méconnus étant 
réellement masculins ou féminins pour la morphologie comme les sujets 
(levaient lùlie :\ un dt^j^ic (iuelc()n(jue sur le vi\aiit poiii la physiologie. 

La lroiM('me chose (,'sl de reconnaître si un crâne est n(jrmal cl ne doit 
pas être écarté d'une série. La qualric'uie est d'en décriie les particularités 
dignes d'intérêt. Dans les deux cas, rien ne remplace l'expérience; il faut 
avoir manié des masses de crânes, les avoir retournés sur toutes leuis fa- 
ces, pris et repris. Assurément avec les Instructions de la Société d'an- 
thropologie il est facile de donner un numéro à tel degré de complication 
ou de soudure des sutures, ;\ tel relief de la glabelle ou de l'inion, à telle 
grandeur d'os wormiens, mais le premier venu peut le faire. l*our recon- 
naître qu'une particularité est à remarquer et dire en quoi elle consiste 
et diffère des dispositions ordinaires dans telle ou telle race, il faut plus, 
il faut mettre de sa personnalité, de son intelligence et de son savoir, il 
faut posséder la langue scienlilique voulue, celle qui est si claire et si 
précise dans les manuels d'anatomie et délie toute fantaisie. A la rigueur 
on peut sans grandes connaissances mesurer un crâne, il suffit de savoir 
ses points de repère et d'opérer aveuglément. Mais pour la cràniologie 
descriptive rien ne remplace le laboratoiie et le temps. 

Crànioin4'trie. — Après la crAuiologie descrij)tive vient la crûniomé- 
trie, trè> facile lorsqu'on se borne à prendre des mesures, à les addi- 
tionner, à en calculer les moyennes et à les ajouter à la lin d'un mémoire 
où peu vont les contrôler; trè> dillicile lorsrju'on veut en tirer parti et en 
extraire des idées. La crAniométrie n'est qu'un moyen, on l'oublie trop 1 
Lorsqu'on a pris patiemment les mesures les plus appropriées sur un 
nombre suffisant de crAnes, le principal reste à faire: les traiter parles 
méthodes que nous avons dites, les comparer à une, deux, dix autres 
séries de crAnes mesurées de même, les interpréter et en tirer des vérilcN 
certaines. 



METHODES GENERALES. — CR\NIOMETUIE. 255 

On croiU en j^énéral, et j'ai contribué pour ma part à répandre cette 
idée, atin de ne pas elIVayer les nouveaux venus, que la crâniométrio est 
une chose aisée. A mon grand regret je suis obligé de réagir contre cette 
croyance qui a dépassé son but. Être crâniologiste, pour beaucoup c'est 
avoir le droit de se dire anthropologiste ; on conquiert ses galons en 
commettant un mémoire bien bourré de chidres. Aussi voit-on les per- 
sonnes les moins préparées, beaucoup qui ne le sont pas du tout, 
acheter des instruments, prendre le manuel trop concis que l'on sait, 
immédiatement enfanter un travail de crâniologie, allant jusqu'à modifier 
les procédés admis, et demander que ce travail pèse à l'égal de ceux des 
maîtres de la science, à l'égal du Craniaethnica. Quanta nous, nous vou- 
drions que nul ne se croie apte à entreprendre un travail de cràniométrie 
sans avoir passé par l'un des deux laboratoires de Paris, pour ne parler 
que de ceux-là. 

Ces réflexions s'adressent aux novices qui ne sont ni médecins, ni natu- 
ralistes, mais elles s'appliquent aussi dans une certaine mesure à quel- 
ques-uns de ces derniers. Je citerai un exemple qui concerne l'anthropo- 
métrie. Un jour un médecin d'hôpital militaire se meta ma disposition pour 
mesurer cent sujets dans son cabinet afin d'avoir un étalon de compa- 
raison européen que nous ne possédions pas. J'accepte avec reconnais- 
sance, remettant au printemps le début de mes opérations. A cette époque 
je lui rappelle sa proposition et lui dis que j'irai, sous ses yeux, mesurer 
les premiers sujets pour lui donner la méthode, qu'il en mesurerait quel- 
ques-uns devant moi et qu'alors je le laisserais continuer seul; sur ce 
il se fâche, s'étonne que je n'aie pas de confiance en lui et déclare n'avoir 
besoin de personne et avoir l'âge suffisant pour savoir mesurer. Je le 
saluai. 

Eh bien, ce cas est commun. La plupart des médecins et naturalistes 
sont trop intelligents pour ignorer que les choses les plus simples doivent 
s'apprendre, ils mettent donc du temps et du soin à se préparer quand ils 
ne peuvent venir demander des conseils. Ceux-là rendent des services à 
la science ; il faut peut-être encore regarder de près à leurs premières me- 
sures, mais ils arrivent à faire bien. On peut se former seul en crànio- 
métrie; j'en ai des exemples éloquents. Mais à côté combien y en a-t-il 
qui ne doutent de rien et ont à peine touché un instrument qu'ils se 
croient en droit d'agir à leur guise, s'imaginent voir ce que nul n'a vu 
avant eux et critiquent, qu'on me permette cette expression, à tort et à 
travers. Il n'y a pas de science peut-être après la philosophie où chacun 
ne se croie plus rapidement en mesure de critiquer et d'affirmer. Or pré- 
cisément il n'en est pas où il faille plus de prudence et d'observation per- 
sonnelle. 

On parle du nombre colossal de mesures que préconisent quelques crà- 
niologistes. Il faut les réduire, dit-on. Sans aucun doute, mais on oublie 
que jusqu'ici la crâniologie a été dans une période de préparation, qu'on 



•256 ClI.MMTUb: IX. 

a cherrht' et (iiu* pcjiir savoir (lu'uiie mesure donne de bons résuUals il 
faut l'avoir expt'iiiuentée sur des centaines et plus de crAnes. (Chacun 
cherche avec ses idées propres. On ne peut donc faire un crime à la science 
de cet encombrement. Oui, il faut réduire au strict nécessaire les mesures 
à prendre par une personne qui parcourt les musées lointains et les rap- 
porte pour ôlre ajoutées h d'autres dans un laboratoire donné. Mais 
surplace, à un chercheur, il n'est pas interdit de multiplier les tentatives. 

Du reste pour exi)rimer un caractère, une seule mesure suflit rarement, 
la règle est d'en avoir deux, comme pour l'indice céphalique. Certains 
caractères en exigent plusieurs. Telle est la forme du visage qui demande : 
r une hauteur à laquelle seront rapportées les largeurs; 2" une largeur 
en haut, soit biorbitaire externe; 3'* une largeur au milieu, soit bizygo- 
matique maximum ; V' une largeur en bas, soit biangulaire de la mâ- 
choire. Telle est la forme de la V(»ùle palatine qui en veut quatre aussi. 
Ce (ju'il faut demander donc, ce n'est pas la limitation du nombre des me- 
sures dont chacun doit rester le maître, mais une entente parfaite sur un 
petit nombre répondant aux caractères ayant fait leurs preuves. C'est à 
obtenir cette entente (jne j'ai travaillé depuis (luebiues années ; elle semble 
près de se réaliser entre l'Allemagne, l'Angleterre, la Russie, l'Italie, etc., 
et nous (i). 

:\atiirc «les inomiros. — Les mesures crilniométriques sont des lignes 
droites, des courbes ou circonférences, des angles, des projections et des 
capacités que l'on prend avec des instruments divers. Elles peuvent se 
réfluire en trois groupes : les capacités de cavités crânienne ou faciale, 
les projections dans lesquelles le crine est placé dans l'attitude que l'on 
suppose qu'il présente sur le vivant, et les mesures courantes dans les- 
quelles on mesure le crAne dans n'importe quelle position comme un 
corps quelconjjue. 

La iiirthode des projections est absolument indiquée dans certains cas 
lors(|u'on veut comparer avec le vivant et que l'attitude importe réelle- 
mentà l'expression du caractère; elle est superflue dans d'autres. Klle re- 
pose sur la détermination et l'exactitude d'une ligne, ou d'un plan, d'après 
laquelle on oriente le crâne, et qui doit réunir trois qualités : i° 6tre en 
moyenne conforme :\ l'idée qu'on s'en fait, c'est-à-dire être horizontale ; 
'2" ne présenter que de légères variations individuelles dans cette hori- 
zontalité ; 3** ôtre commode dans la pratique, c'est-à-dire permettre la 
suspensi(jn du crâne, en même temps que les instruments tenus par l'opé- 
rateur circulent librement autour. 

Les projections n'ont de valeur, en effet, qu'à la condition d'être prises 
directement et avec une extrôme attention et non comme on le fait par- 
fois sur des dessins plus ou moins corrects, obtcinis à grand'peine. Les 

I) Depuis quo j'ai l'crit ces p.igos, un documonl a paru on Allomauno qui fait tombor 
relie Psp<i*aiico. Non. les Allt'mands no soni pas pn'ts ;i s'unir à /imis sur Ir H'irain scicn- 
tiflquo; iU n'admeitont aucune concession. 



MÉniOUES GÉNÉRALES. — CRANIOMÉTUIE. TSl 

dessins stéréographiques dont nous parlerons, quelle que soit la précision 
de l'instrument, et nous possédons aux laboratoires les meilleurs d'après 
trois systèmes différents, quelle que soit l'habileté manuelle de l'opéra- 
teur, ne valent rien pour la crâniométrie et ne sont bons que pour la crà- 
niologie descriptive ; ils ne permettent pas de pi^endre les mesures directement 
sur eux y ils ne sont jamais assez rigoureux. La méthode des projections, si 
précieuse à propos et la pi-emière née en crâuiométrie, ne saurait donc 
devenir une méthode courante de travail, elle est à réserver pour cer- 
taines recherches entre les mains de personnes expérimentées, fami- 
lières avec les difficultés *et les illusions de la cràniologie. Jamais elle ne 
contribuera comme l'autre méthode à la diffusion de la crâuiométrie. 
On ne peut la vulgariser sans danger. Elle ne permet pas lorsqu'on la suit 
sérieusement, comme elle doit l'ôtre, de procéder rapidement sur un 
grand nombre de crânes, ce qui est la première de toutes les indications 
à remplir afin d'effacer dans la recherche des types les variations indivi- 
duelles et de corriger aussi ses propres écarts de mensuration. Pour 
aboutir à ce nombre il faut en appeler à toutes les bonnes volontés et non 
pas seulement à des spécialistes. Une méthode aussi délicate que celle 
des projections ne peut donc être proposée pour les mesures fondamen- 
tales ouvertes à tous ou mieux exigées de tous. Les quelques mesures 
crâniométriques communes et internationales sur lesquelles les anthro- 
pologistes sont appelés à se prononcer doivent être simples, sans préten- 
tion, rapides à prendre et n'exigeant que des instruments ordinaires 
comme le compas d'épaisseur ou le compas glissière. 

Les qualités d'une bonne mesure crâniométrique, en dehors de l'idée 
scientifique qui y préside, se résumenten effet en un mot: l'identité entre 
les mains de tous les opérateurs les plus distants ayant ou non passé par 
les laboratoires d'enseignement. Ce qui dépend essentiellement de la net- 
teté des points de repère qui la déterminent et de l'aisance avec laquelle 
on leur applique les pointes de l'instrument. Un point de repère pour être 
bon doit être mathématique, c'est-à dire ne rien laisser à l'interpré- 
tation personnelle, rien au juger, rien à la sagacité ou à l'habileté de 
l'opérateur. Le crâniologiste qui poursuit une recherche personnelle a, 
certes, le droit d'inventer de nouvelles mesures, de modifier celles des 
autres et d'avoir des points de repère personnels dont il se rend compte 
et qui sont dans sa pensée. Mais s'il veut êtie entendu ensuite et compris 
et ne pas être isolé, s'il veut que ses mesures vivent après lui, comme 
les conclusions qu'il en tire, il doit mettre chacun en mesure de les con- 
trôler, c'est-à-dire avoir des points de repère se formulant, fixes, aisés 
à retrouver, à l'abri de tout reproche d'arbitraire. 

La pensée qui domine toute la vie de crâniologiste de Broca, c'est cette 

nécessité de faire de la cràniométrie avec piéci>ion, ou pas du tout. Sa 

grande discussion avec Pruner Bey roule au fond sur celte question de 

principe. Notre regietlé collègue de la Société d'anthropologie se faisait 

ToPiNARo. — Anthropologie. 17 



^^g CIlAflTlU'. IX. 

• I .,1 ,i,. lels ..t tels tvpps. ce q.ii «ait permis, et pivnail ses ...esures 
,in idéal .le Uls .1 uis i^ . i conlseanl ee (luil eul voUmtiei- 

avee .,uel.,.u. '^-^"<^'-;'^^'f^^;Z^Z ^'- •''- »'-l'"-'-^. 
appelé les erreurs .1 t . ■- - personnelle. On acl,.p.e 

,„,,,p,e résula ,.. sa. ^^ ^^^ ^^ .^ ,|.p,,,,aUlenu.nt. S. Ton 

;;:.':; i:^.::; .:• l-res ne so„t ... .. re«et ae nos idées précn- 

^'7% ^""rr^ial ::;:a !u:\:!"ranato„.i,ues parfaits s.,r lesquels 

„ 'v'^p^ d n :.e,.,U. pos'sible. SU y a .les dentelures . un os 

"rmien'nui Ïôneut à leur niveau on y pare fa^lemenl en IraQ-U av.. 

ner.Uc le trajet de eha.-.n.e des sutures qui viennent eoncounr à la fo, - 

l on eu point de ren .tre. Ces points peuvent donc se trouver par 

■ rd n endroit où ne sera pas la suture, mais ,1 jmpor le peu ■ 

' i elle t,u. le ,lé,..rM,iue,ont de n.6me. Le bas.on 1 ..p.stlM,,n 1 aste- 
;;Ïit^.a.en.ente.cellent t..pl.^..ep.^ 

,,.,„, 1. mtm. c... „^. , ,|,l,c,U.,n ,k. in.lr.i- 

' -'•"'■ ; ,., : ,.?1 ctin» r»n. d. ». première. néce..tt(. 

"""'■ trr""l . S t. po i repei, ... «..e en p...e..»» 

. ncl Mue dans le choix des méthodes et mesures à pre- 

''^'"''•'^^""*.". , „, ,i,mne des erreurs considérables et manq.ie .le 
'""' T "'eflud le st ".0 'Ô.n. orienter le crâne .,ui est la base 
;;:r;;::,.r:i: A nHi.r;n co,'.. .se servir d système 



MÉTHODES GÉNÉRALES. 



INSTRUMENTS. 



•250 



avec lequel il est absolument impossible de prendre, par exemple le dia- 
mètre antéro-poslérieur suivant la méthode affichée; c'est le système 
du compas î\ arc qu'on place de son mieux, au juger, en s'efforçant de 




Uhl:,.l,hlhlr,','//r-'W,^^',/ D 




Fig. IG. — Compas d'épaisseur ordinaire 
de Broca. 



Fig. 17. — Compas d'épaisseur à trois 
branches do Broca. 



r'-'''''''''''M''^4jwaBeiiiiii 




llil!l""l''llll!lllllllllHIIIII'.lllHllll!, 



'3 

Fig. 18. — Compas glissière de Broca. Le compas glissière de Topinard n'en diffère que 
par des dimensions plus grandes, particulièrement des glissières. La glissière anthropomé- 
trique du même, destinée aux mesures sur le corps, et représentée plus loin, en diffère 
par des dimensions plus grandes encore et par la mobihté des glissières qu'on allonge et 
raccourcit à volonté (I). 

lui donner une direction parallèle à la ligne horizontale allemande, 
l'œil se portant d'une ligne à l'autre alternativement, ce qui avec la 
plus grande habileté possible convertit la prétendue méthode géo- 



1) Ces instruments se trouvent chez M. Collin, ancienno maison Charrière, fabricant 
d'instruments de chirurgie, rue de lÉcole-de-Médecine, n" G ; chez M. Molteni, rue du 
Chàlcau-dKau, n« 4'i, et chez M. Mathieu. 



itîO CHAPITHK IX. 

métrique orthogonale eu iinHliode gL'omélii(|iie centrale. C'est aussi 
étrange que le système de mensuialioii de l'angle facial (jue j'y ai vu 
employer i\ l'aide tl'iiii triangle oblique (ju'on établit approximativement 
avec deux liges, en clignant de l'œil. Non ! toute opération de précision 
exige l'inslrumenl correspondant. Ceux qui emploient la méthode géo- 
métrique doivent posséder les instruments nécessaires. 

C'est cette question des instruments (jui domine peut-Mre tout le reste 
dans le choix j\ faire entre la méthode ntjuvelle allemande et l'ancienne 
méthude universelle. Aiilanl la première exige des instruments délicats 




l'ig. l'J. — (iràiiioplinre de lopiiiard, cuiiipi ruaiii (juatir pièces, pmir 1 application au cràno 
(ie la iiiôlhodo do la double équorro daii's les projections, lii plan postérieur gradué ol 
quelques autres pii'^ccs on sont le complénient. 



à maniei- et coiUeux, autant les instrumenls sont simples dans cette der- 
nière. Nous reviendrons sur celle aignmen talion. 

ll^uroiiK'tric «Ips craiii-H. — J'ai in(ii(iué l'erreur ou écart individuel 
lié ù la vue, aux insliiimeuls, etc., comme la seule admise. Il en est 
cependant une autre dont je dcjis dire un mot. Ce sont les variations rpie 
subissent les crânes eux-mêmes d'une saison ;\ l'autre. 

Lorsqu'on prend, je suppose dans les catacombes de l'aris, centcràuo. 
ils sont mous, friables, s'écraseut sur (jnelques points par le toucher el 
so déforment par la pre.>sion. Transportés dans une chambre sèche iN 
prennent peu à peu de la consistance, cl l'on esl étonné au bout de troi> 
mois de les trouver, ce qu'on n'aurait jamais osé espérer, aussi solides, 
dursetcompacte^ que les meilleurs crânes d'un musée. Toutefois les défoi 
mations persistent, c'est la defnrmation ftlastijue posthume des auteuis. 
Mais le dessèchement des crânes a un autre inc(jnvéuienl, c'est de les 
l'aire changer un peu de forme et de capacité. A un moindre degré, des 



MÉTnODES GÉNÉRALES. — PHOTOGRAPHIE. 2^1 

variations analogues se produisent dans nos vitrines; il n'est pas certain 
([ue pondant l'humidité de Thiver les mesures soient rigoureusement 
semblables î\ colles prises pendant la sécheresse de l'été. Broca a publié 
un travail remarquable sur l'inlluence de Thygrométrie sur la capa- 
cité du crâne (1). A cela il n'y a pas de remède, sauf de conserver les 
on\nes dans des salles moyennes comme sécheresse et humidité. Du reste 
ces alternatives ont les plus grands inconvénients sur leur conservation 
sous tous les rapports. Quel sera le sort à venir des crânes que nous ras- 
semblons à grand'peine? Le meilleur mode pour les préserver individuel- 
lement est de les stéariner ou de les stuquer. 

Méthode fi|ruratiYc. — La comparaison de l'homme avec les animaux, 
la recherche des différences que présentent les variations de proportions 
du corps dans le cours de la croissance avant l'âge adulte, la mensuration 
du squelette, la pesée des organes, la description des traits du visage, 
l'emploi de numéros conventionnels pour exprimer les degrés d'un carac- 
tère descriptif sont des méthodes. La représentation des objets partielle- 
ment ou en totalité parle dessin, la stéréographie, le système des lames 
de plomb pour "les courbes crâniennes, la photographie, les moulages, 
les empreintes dans l'argile (pas de l'homme), la stéréométrie de Sauvage 
en est une autre. Plus tard à propos de la méthode particulière des pro- 
jections crâniométriques nous parlerons des divers stéréographes en 
usage et des principes qui doivent présider à leur emploi. Nous ne dirons 
ici un mot que de la photographie. 

Photographie. — Elle est appliquée à l'homme dans une foule de cir- 
constances: à la reproduction des pièces anatomiques, du crâne, du sujet 
entier ou de la tête prise à part. Les plus belles photographies de crâne 
que j'aie vues sont celles que M. Moreno a exposées en 1876 et dont il a 
fait don au Laboratoire Broca; elles sont presque de grandeur naturelle. 
N'était cette question de la quantité dont elles ont dû être réduites, on 
pourrait prendre sur elles certaines mesures avec confiance. Assurément, 
par un système de grossissement mathématique, on pourrait obtenir des 
photographies de ce genre de la même grandeur exacte que l'objet. Le 
point capital à surveiller tout d'abord est la position du crâne dans l'atti- 
tude voulue, semblable à celle du vivant, ce qu'on obtient aisément avec 
le crâniophore représenté figure 19. 

Un crâne est facile à orienter, à placer symétriquement. Il n'en est plus 
de même du sujet nu et de la tête vivante. C'est cependant la condition 
première et sine qua non de toute photographie de cette nature : tête dé- 
■couverte et droite, les deux yeux regardant à l'horizon sans affectation, 
inaturellement ; le buste droit, les deux membres inférieurs tombants; 
une horizontalité parfaite de la ligne bi-iliaque prouvant qu'il n'y a nulle 
tendance à l'attitude hanchée d'un côté ou de l'autre, telle est la règle. 

(1) Paul Broca, Eludes sur les propriétés hygrométriques des crânes, considérées dans 
leurs rapports arec la crânioméirie. BuH. Soc. anthr. Paris, 187^i. 



'.»6'2 CIIAIMTUK 1\. 

I*renii(M'o j)hnlupra|)hic rigoureusenitMil île tace, seconde rigoureusemeul 
de prulil dans la lut'^ino allitude. 

Dans ces condilions la photographie est excellente. In «ril exercé peut 
niCnie retrouver des points de repère suflisanls et prendre (juehiucs 
mesures. l'n tout i-as elles sont utiles pour l'anthropologie pla^licjue au 
juger. 

Mais les photographies du crdne, de la tôte h i)arl, du corps nu ont un 
défaut commun. C'est de ne pas ôtre des projections orthogonales telles 
(jue les exige l'anthropométrie, mais des projections centrales, c'est-à-dire 
avee perspective, dans les(iuelles les objets placés plus en avant sont vus 
par rapport il ceux situés en arrière, plus gros et réciproquement. De 
même les objets placés soit au-dessus, soit au-dessous du centre de la 
ligure (axe de l'objectif et de l'oculaire de l'appareil photographique) 
sont-ils vus et paraissent-ils à la mensuration plus petits? Je ne crois pas 
qu'on puisse jamais remédier à cette défectuosité et par conséquent rem- 
placer les mensurations sur le vivant par des photographies comme 
quelques enthousiastes le voudraient, i/objection de la grosseur de 
l'image se réfute : nous tenons aux mesures relatives plus qu'aux mesures 
absolues. Mais la précédente est grave. 

Ouant au procédé de quelques photographes de placer à coté du per- 
sonnage un mètre vertical, je le considère comme absolument enfantin et 
sans la moindre utilité. Qu'on inscrive à côté la taille du sujet, cela suffit. 
Si les mesures rapportées au mètre photographié sont bonnes, celles 
prises sur l'image directement avec la glissière et rapportées à la taille 
prise pour 1000 le seront bien davantage. 

J'ai admis que le corps et la tète étaient bien campés, fermes, symé- 
triques. En réalité, il n'en est à peu près jamais ainsi et c'est la pire de^ 
objections à la photographie. La moindre inclinaison du bassin, le 
moindre exhaussement d'une épaule aux dépens de l'autre, la moindre 
rotation de la tète fausse une partie des résultats qu'on pouvait en espé- 
rer. A plus forte raison lorsqu'on laisse le sujet libre de prendre des 
poses forcées ou fantaisistes. 

Huant aux photographies avec costume, elles regardent l'ethnographie. 
De même (ju'un visage de trois (piarts, des deux tiers ou mal orienté, donne 
lieu à toute sorte d'illusions qui font voir les pommettes, par exemple, ab- 
solument semblables sur deux sujets alors qu'elles sont différentes dans la 
réalité, de même un visage ombragé ou encadré par une coiffure quel- 
conque prend un caractère particulier. Combien ne reconnaissent un Juil, 
un Chinois (jn'à son vêtement ou i\ sa coiffure. .\u congrès d'Algérie on 
aimait à se faire photographier avec le capuchon et le burnous de l'Arabe, 
beaucoup de ceux ayant île la barbe ressemblaient ;\ des Arabes. En les 
regardant au naturel on ne >>'y trompait pas, sur la photographie on s'y 
laissait prendre. 

Dans l'état actuel des choses la photographie appliquée h l'anthropo- 



CARACTÈRES USITÉS DANS LES CLASSIFICATIONS. 203 

logie rend des services, mais elle n'a aucun caractère de précision. Pour 
((u'elle acquière celte qualité, il faut qu'on en règle les moindres détails, 
jusciu'à la manière dont le jour doit IVappor, avec le môme soin que doit se 
régler le cubage du crAne ou la mensuration du vivant. C'est pour les 
caractères descriptifs surtout qu'elle sera utile et qu'elle l'est môme au- 
jourd'hui sous les réserves ci- dessus. 

Cet aperçu général des diverses sortes de caractères cherchés en anthro- 
pologie, du plan à suivre pour l'étude de chacun, des principales méthodes 
générales qu'elle emploie et en particulier de l'anthropométrie, avec ses 
méthodes des moyennes et de la sériation, et de la crâniologie, serait 
absolument insuffisant si nous ne le faisions suivre d'exemples qui nous 
permettront d'entrer plus avant dans le sujet. Ce sera l'objet des cha- 
pitres suivants. 



CHAPITKE X 



C\nACTÈREs USITÉS DANS LES CLASSIFICATIONS DE HACKs. — Types ct racGS tl'Isidore Gooffroy- 

Saint-Hilaire. 
Cheveu. — Système pileux : partie anatomlquo, partie descriptive, partie pliysiologique. — 

Nombre, longueur et grosseur. Euroulemcnt en spirale. Indice. — Types de chevelure, 

leur répartition géographique. — Applications à la classification des races. 
\e/. — Squelette : indice de l'ouverture nasale. Indice nasal de Broca. — Cartilages. — 

Types morphologiques. Narines. Indice nasal. — Comparaison du squelette et du vivant. 

— Applications à la classification. 



Quels sont les caractères que nous prendrons de préférence? La réponse 
se présente tout naturellement : les plus importants, un de chaque 
sorte, permettant d'agiter tous les sujets. Mais quels sont les plus impor- 
tants? La réponse est encore facile. Ceux qui ont les premiers fixé l'at- 
tention des anlhropologistes, qui ont servi de base à la distinction des 
principales races générales admises et à leur classification systématique. 
Examinons donc les caractères qui sont dans ce cas. 

Le premier voyageur, François Bernier, en 1864, qui ait donné une 
description des principales races de l'ancien continent, n'a insisté sur 
aucun caractère en particulier. La couleur cuivrée des Indous est un 
accident dû au soleil, dit-il ; les Asiatiques orientaux sont vraiment blancs, 
ajoute-t-il. Le second classificateur, Bradley, en 1721, prend en première 
ligne la couleur de la peau et en seconde ligne le système pileux. Buffon 
n'insiste guère que sur la couleur et la taille. Blumenbach, fout en 
accordant plus d'importance à la couleur, insiste autant sur une foule 
d'autres caractères. Ce n'est qu'avec Cuvier et son école qu'on voit la 
couleur de la peau prendre la suprématie qu'elle a conservée longtemps. 



264 CIIAI'ITIU-: X. 

!.e blanc, le jaune et le noir s'accordaient avec la division ternaire des 
111s de Noé, qut)i(|ue nulle part dans la Bible la conleur de la peau de 
ceux-ci ne fût indi(|uée. Dès lors tout pivote autour de ce caractère; 
Clo(|uot, LMi 18^."), ajoute trois races à colles de C.uvier : la cuivrée, la 
brune et la noirâtre. Umalius d'Halloy en admet cinq : la blanche, la 
jaune, la noire, la brune et la rouge. Flourens et après lui M. de Qualre- 
fages conservent la division ternaire de (Uivier d'après les mêmes données. 

Après la couleur, c'est le système pileux qui a eu le plus de succès. 
IJradley s'était appuyé sur le degré de pilosité. Bory de Saint-Vincent 
proposa la distinction des cheveux en droits ^lei(»triches), et crépus (ulo- 
Iriches , ces derniers pour les nègres, llamilfon Smith, en 1S58, à Edim- 
bourg, combina les vues de Bradley et celles de Bory. Isidore Geofl'roy 
Saiiil-llilaire, en isriS, ajoute la considération des limites de la chevehire 
au haut du front; Huxley, eu IH7I, dans son excellente division en c'nu[ 
races principales : les négroïdes, les australoïdes, les mongoloïdes, les 
xanlhochroïdes et les mél.mochroïdes, met en pieniière ligne les cheveux 
et accorde ensuite une large part à la couleur. Enlin, en 1H7.'J, M. Ilieckel 
se base enliî'rement sur les caractères tirés des cheveux en ajoutant une 
distinction (jue l'expétience n'a pas confirmée. 

Après la couleur et les cheveux sont venus les caractères crâniomé- 
triques. Ainsi Virey, en \H2\, classe les races d'après l'angle facial; 
Betzins, en 1850, en premifie ligne par l'indice céphalifjue, en seconde ligne 
par le prognathisme, et Broca, en 187G, par l'indice nasal_, pour leciuel 
du moins il témoigne d'une grande faiblesse. 

Mais l'anthropologistc qui a poussé le i)lus loin le système de classifi- 
cation des races ou de leurs types, en prenant successivement les carac- 
tères les plus saillants fjui s'y prêtent le mieux, est Isidore Geoffroy 
Saint-IIilaire. 

ISODORE GEOFFROY SAINT-HILAIRR. 

, Peau hianclic . . Cnucnsiat/r. 

I Nez saillant . . . • v , 

I ' — ruivreo... Aiiut. Noni. 



\ 



Peau cuivrée.. . \m( r. Sud. 

, \eu\unp«'uy , . .. I . 

( Imv.mx li«»<:,^. il-.— 'jasanéo.. Ilyporl)ornoiiii. 

*,()i'\<'ii\ iis"»'^-». . ,, . \ (lit iriiii*s I 

N./. depnmo., OD-iqui s.. . r _ jaunâtre Malaise. 

' Yru\ tr. > ohliqueN MonyoUfjue. 

Nez tn-s «lepriini'. \usiralicnne . 

\<z saillant . (^ilre. 

y M.-inhros j ,,^, . . 

<:»'Cvcuxr.VpMs.^ . ^.l.voloppés.!^"""'"'?" 

i Peau iioiif. ' ' 

\ 

I 



I I »:ai. non . 



.N. z irrs rjepnino ] f p^^.j^^ ^ Melanosieniio. 



Peau hasanre HoUentote. 



Telle est la classification, toute linuéenne, (ju'il exposait en 1858 h. ses 
<:ours. Il se servait donc en première ligne des cheveux à la façon de Bor\ 



CARACTÈRES USITÉS DANS LES CLASSIFICATIONS. 



265 



de Sainf-Vinccnl ; puis des caractères tirés du nez, qui attestent de son 
excellent coup d'œil ; enfin de la couleur de la peau et accessoirement 
de quelques caractères spéciaux ?i certains groupes. De plus il admettait 
des caractères confirmatifs que je n'ai pas indiqués, tels que l'abondance 
des poils du corps et de la barbe dans la race caucasique, sa rareté dans 
les races américaines, la petite taille dans les races hyperboréennes et la 
haute taille dans la race américaine du Nord, que nous désignerons cou- 
ramment sous le nom de Peaux rouges^ sans que cette dénomination 
préjuge de l'un de ses caractères en particulier. 

Eu 1858, il apporta quelques modifications à ce tableau. Peu satisfait 
de la couleur des Hottentots comme caractéristique, il la remplace par 
l'insertion des cheveux circulairement sur le haut du front, par opposi- 
tion à l'insertion en pointe dans le reste de l'humanité, et partage la race 
caucasique en brachycéphales (Slaves) et dolichocéphales (Ariens et 
Sémites). En même temps, laissant de côté les races, il les divise en 
quatre types généraux d'après le développement du visage dans un sens 
ou dans un autre, ainsi que le montre le tableau ci-après : 



ISIDORE GEOFFROY SAINT-IIILAIRE. 



Droit, ovalairc 
(ou orthognathe). 

Large, h pommettes 
proéminentes 
(,ou eurygnathe). 
Vidage/ Proclive 

(ou prognathe). 

Large et proclive (ou 
en môme temps 
eurygnathe et pro- 
\ gnathe). 



Type caucasique. Prédominance des parties supérieures de 
la tête (front). 

Typeraongolique. Prédominance des parties moyennes de 
la tète (partie supérieure de la l'ace). 

Type éthiopique. Prédominance des parties inférieures de 
la tête (mâchoires). 

Type hottentot. Prédominance des parties moy. et infér. 
de la tête (tout le visage). 



En somme, sans donner ici nos motifs qui ressortiront des études qui 
vont suivre, nous nous attacherons aux caractères ci-après : en premier 
lieu, les caractères tirés de l'examen du système pileux et du nez, entre 
lesquels il y a à hésiter comme caractères primordiaux d'une classifica- 
tion dichotomique des races humaines ; en second lieu , les caractères tirés 
de la couleur et de l'indice céphalique; en troisième lieu, ceux tirés de 
la taille, l'un des plus avantageux à titre de caractère confirmatif ou pour 
établir de nouvelles sous-divisions. 



Le système pileux est l'ensemble des poils répartis à la surface du 
corps. Lorsqu'ils acquièrent une certaine longueur, comme à la tôte, les 
poils prennent le nom de cheveux; réduits à un minimum, ils constituent 
le duvet ou les poils follets. 



1»GG 



ciiAi'iriU': \, 



Le poil est une sécrétion aualoj;iie aux ongles, aux plumes, aux cornes, 
filiforme, produite dans une dépression du derme appelée follicule. 
i.e follicule se compose, sur les poils bien développés, d'une cavité pro- 
fonde, luhulcuse, d'un fond retourné eu cul de bouteille appelé papille, 
muni de vaisseaux et nerfs, de parois formées par le derme de la peau et 
le prolongement très aminci de la couche profonde de l'épiderme, et 
d'un rolli'l ou ^oulut ilù i\ ramincissemenl moindre des éléments de la 
peau i\ ce niveau. Dans la cavité même, entre le poil et les parois, s'ou- 
vrent il une certaine hauteur une ou deux glandeè sébacées qui y versent 
une matière grasse destinée à luhrilier le poil. Le fond des follicules 
tubuleux dépasse quelquefois la lace profonde du derme. Sous le nom 
de follieules utriculaires, on désigne des follicules arrondis dont le fond 
n'atteint pas la face profonde du derme, dépourvus de glandes sébacées 




\ 



r 



2-t 



Fii:. '10 .'t 21. 



\, follicule ; 2, poil ; :?, giaudos soluicécs .simples cl lobuloe? 
Sappoy, Anal, doser.). 



et qui ne renferment que des poils rudimentaires. Entre ces deux formes 
se rencontrent des intermédiaires. M. Sappey décrit des follicules qui ne 
s'ouvrent pas à la peau, mais dans une glande sébacée. 

Le poil se compose de la ?acm>' ou portion incluse dans le follicule, de 
la tif/e et de la )>onite, la première un peu renllée i\ l'extrémité et en- 
Iraiiianl .!.■> drliris épidermiques lorsqu'on l'arrache, la seconde de largeur 
sensiblement égale dans toute sa longueur, la troisième eflilée au naturel, 
mais le plus souvent déchiquetée en librilles, lorsque le poil a été coupé 
d.'piiis peu et parle frottement des vêtements. La partie de la racine qui en- 
veloppe la papille ou organe sécréteur est le //t/Me ou organe sécrété, formé 
au contact de la papille de noyaux libres et de cellules cylindriques, côte 
à côte, et un peu plus loin de cellules polyédriques tassées, (pii chassées 
dans la direction du collet s'allongent peu j\ peu et se transforment en 
fibres longitudinales au nulieu desiiuelles se dessine le commencement 



CHEVEU. — ANATOMIE. 



267 



d'un canal médullaire. A la surface de la racine apparaît en même temps 
un épithélium qui s'indique de plus en plus en s'élevant et émergeant au 
dehors. La tige à son tour est formée d'un épidémie à cellules imbriquées 
de bas en haut, donnant, vu de profil sous le microscope, un aspect dentelé, 
et de face une certaine ressemblance avec le tronc d'un vieux palmier; 
d'une partie corticale formée de fibres allongées, défibres ou d'apparences 
de fibres transverses et de stries, taches ou amas granuleux allongés ; et 
d'une partie centrale ou canal médullaire contenant des cellules polyé- 
driques, des vacuoles, un liquide graisseux et coloré, et de l'air. Le canal 
occupe du tiers au cinquième environ de la coupe. 




h.. 



Fig. 22. — Coupe -microscopique du puii et de son follicule (Lattoux). 

/*, papille; g, vaisseaux qui s'y rendent; c, portion incluse dans le follicule de la tige du 
poil; c, cavité du follicule. 

aa, couche de jeunes cellules sécrétée par la papille et se continuanfavec'la couche pro- 
fonde ou de Malpighi de l'épiderme de la peau ; 6, couches de cellules polyédriques sq 
continuant avec la couche adulte de répidcrme de la peau ; /t, fibres du derme. 



La coloration du poil est la résultante de deux causes qui 'quelquefois 
se contrarient : la matière colorante et l'interposition d'air ou[de gaz. La 
matière colorante revêt la forme diffuse ou grenue et serait unie, suivant 
quelques-uns, à une matière grasse : les alcalis, en dissolvant^ cette 
graisse, décolorent le cheveu ; elle se rencontre à la fois dans le canal 
médullaire et dans les stries et amas de la substance corticale. Les glo- 
bules de gaz sont répartis de préférence dans le canal pour KoUiker, et 
dans l'écorce pour Riessner, et modifient les conditions de réflexion et 



mS <:ilAIMTRE \. 

do réfraction do la mati^ro coloraiiU'. Le canal mf^-dnllaire, sous le champ 
(lu niicroscopo, est visible dans les poils clairs et invisible dans les poils 
foncés où il est masqué par lo pitrment do l'écorce ; d'autres fois c'est 
l'air (pii le v<»ile. Loi-squ'on fait bouillir certains poils blancs avec de 
l'eau, de l'étber et de la térébenthine, cet air en est expulsé suivant 
KoUiker, et le cheveu reprend sa couleur. Reporté à l'air libre et séché, 
les globules d'air y rei)araUraient à nouveau et il redeviendrait blanc. 
Les vaiialions qui ré>nltent de ces diverses circonstances expliquent 
quel(|ues singularités qui avaient étonné Pruner Bey dans son travail. 
Klles montrent éLralenu'nt combien peu il est permis de se fier ;\ la cou- 
leur des cheveux dits, dans le lan<;age commercial, i/mrts, c'est-à-dire 
desséchés, des cheveux provenant d'anciennes sépultures et en parti- 
culier des {'heveux de momies. IClles diminuent notre espérance de savoir 
un jour si la rat^e qualiliée parmi nous de race de la pierre polie et qui 
remonte ;\ la pierre taillée était blonde ou brune. 

« Le nombre des jxjilscjui végètent :\ la surface du corps, dit M. Sappey, 
est à peu près le même aux difféients âges, dans les deux sexes, chez 
tous les individus et probablement dans toutes les races humaines; mais 
le nombre de ceux qui passent de la première h la seconde période de 
leur développement est très variable » (1). Ces deux périodes de M. Sappey 
sont indiquées par deux sortes de follicules. Kolliker (2) les porte à trois 
en admettant trois sortes de poils : 1° les poils longs et souples, comme 
filalôte; 2" les poils courts, raides et épais comme aux sourcils, aux 
cils, à l'entrée des fosses nasales et du conduit auditif externe ; 3" les 
poils follets, fins, courts et le plus souvent blonds, perçant à peine l'épi- 
derme comme sur la caroncule lacrymale et aux membres sous le nom de 
duvet. Le sein le plus blanc et le plus uni, dit encore M. Sappey, en est 
ombragé et hérissé sur toute sa surface. Cette division ne concerne donc 
que les poils considérés au moment de leur observation, car physiolo- 
giquement, accidentellement, ou d'une façon pathologique, aux divers 
Ages, d'un sexe à l'autre, d'une race à l'autre, les mômes poils se trans- 
forment et changent de nom. Les poils follets ne sont que des poils 
f(Ptaux ou des poils d'après la naissance qui sont restés rudimentaires. 
Les poils de la lèvre supérieure sont à la première période dans les deux 
sexes jusqu'à la puberté et passent à la seconde période chez l'adulte 
<lans les races jaunes, et dii-ectement à la troisième chez les Européens. 
Les poils de l'entrée du trou auditif passent de la seconde à la troisième 
période chez quelques personnes avancées en âge. Les poils follets pas- 
sent à la troisième période sans tiansilion sur le devant de la poitrine 
et des cuisses, à l'arrière des épaules et en d'autres endroits chez les Aïnos, 
les Australiens et une foule d'individus do race européenne. 11 y a fré- 
quemment une sorte de balancement chez les mômes individus dans le 

Ji Sappny, Traifé ttnnat. i/rscripl., t. III, 2" «'ffit., 187?, p. f.O.'.. 

(J) KollikiT. Klémftits fi'liislo/of/ie humainf, trad. fr., I8.'>G. Arlicif P<»ii>. p. Ii4. 



CHEVEU. — DÉVELOPPEMENT. 269 

(léveloppement çà et là des poils. Les personnes ayant des cheveux très 
longs en ont souvent moins à la barbe et aux organes génitaux. Le 
balancement est remarquable dans le sexe féminin, entre la tête et le 
corps, la femme ayant, dans toutes les races, mais surtout dans les races 
européennes, les cheveux plus longs et inversement le duvet du corps 
moins apparent. Les races jaunes, qui ont les cheveux les plus longs de 
l'humanité, ont inversement le corps si peu garni en poils visibles qu'on 
les a dites glabres. Une excitation cutanée directe ou par action réflexe, ou 
inversement une cause affaiblissante peuvent renverser la disposition na- 
turelle des choses en poussant ou non au passage à la troisième période. 

iiéveioppomeiit. — Les premiers rudiments de poils apparaissent chez le 
fœtus humain au front et aux sourcils ; les premiers poils percent l'épiderme 
à quatre mois et demi aux mêmes endroits, l'éruption se continuant par 
les membres et étant terminée au commencement du septième mois. Fins 
et blonds, ils foncent jusqu'à la naissance, quelques-uns tombent dans le 
liquide amniotique. A partir de la naissance la mue se fait, un nouveau 
follicule se développe dans l'ancien, et le nouveau poil chasse son prédé- 
cesseur. Le renouvellement est complet sur tout le corps, en quelques 
années, mais il se reproduit d'une façon insensible dans le cours de 
l'existence, particulièrement au printemps et sous des influences acci- 
dentelles, fait capital qui pourrait expliquer la transformation de cer- 
tains caractères de race tirés du système pileux. Cette mue chez l'homme 
est à rapprocher de celle qui se répète de diverses façons chez les 
animaux. Les poils secondaires sont plus foncés que les poils fœtaux et 
foncent aussi par les progrès de l'âge. Cette analogie entre les dents et 
les poils sous le rapport de leur division en primitifs et secondaires et leur 
commune origine aux dépens du môme feuillet du blastoderme rendent 
compte de la relation constatée entre les anomalies du système pileux 
et le mauvais état des dents. 

Le nombre des poils dispersés à la surface du corps chez l'adulte est 
très variable. W'ilhof, sur un homme moyennement velu, en a compté 
par quart de ligne carré 13 à la face antérieure de la cuisse, 19 à la 
face dorsale de la main, 23 à Tavant-bras, 39 au menton, 293 au synciput. 
Hilgendorf, sur la tôte seule, en a trouvé dans un centimètre carré 272 
chez un Allemand, de 252 à 286 chez les Japonais, et 214 en moyenne 
chez les Aïnos. Il ne faut donc pas confondre la pilosité de la tête avec 
celle du corps. La première va assurément en diminuant dans les types 
les plus inférieurs. La seconde ne semble pas différer de celle de l'Eu- 
ropéen chez les Nègres moyens, comme hiérarchie de type, qui servaient 
dans l'armée des États-Unis. M. Russell, sur 2129 d'entre eux, a trouvé 
la répai tition suivante. Le correspond au minimum observé ohez l'Eu- 
ropéen, le 10 au maximum (1). 

(1) B.-A. Gould, Invfistifjation m the Military and Anthropological statislics of American 
suldiers. New- York, 18(/J, p. .')C8. 



VTO rilAlMTHK \. 

Pilosité lien Séyres sur le corps (SlaliNli'juis aiiiéricaioes). 

N o 9 cas. 

I :i:. — 

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Kl 

Un cuiifoiid aisénient le iiunibre des cheveux ou des poils avec leur 
longueur. Celle longueur est considérable à la tôle dans les races jaunes et 
en particulier dans certaines, comme les Peaux- ilouges. Catlin les a 
vus atteindre 3"',"-iL* chez un Siuux, fraction des Dakotas ; si les Peaux- 
Ilouges s'épilent le corps et le visage, ils ont en revanche un grand 
soin de leurs cheveux auxcpiels ils laissent toute leur longueur (ii. 
Chez la femme européenne la longueur moyenne est d'environ 75 centi- 
mètres ; les exceptions les plus remarquables sont celles d'une Anglaise 
de lis ans, haute de l'",G5, où elle atteignait l'",î)2, et d'un Américain de 
Philadelphie, dont la barbe allait i\ 2",:28 (2^ Chez les iNègres les cheveux 
sont, dan> les deux sexes, plus courts que dans les races jaunes et 
blanches, et varient de 20 centimètres environ ((^afres) à 5 centimètres et 
moins (Poshimansi. Les nègres dOcéanie ont les cheveux plus longs que 
ceux d'Afri(iue. (juant aux poils du corps, ils peuvent atteindre des 
dimensions assez grandes; Duchaleau en a mesuré de 17 centimètres chez 
«les Aiiios. 

€;roHH«>ur. — (Juoique le cheveu soit en règle générale à la fois gros et 
long i\ la tèle dans les races jaunes, et fin cl court dans les races nègres, 
la relation entre ces deux termes n'est pas forcée. Par malheur, les ren- 
seignements donnés par les voyageurs sur la grosseur du cheveu sont 
va^'ues et insuffisants; ils confondent aisément la grosseur avec la dureté, 
la finesse avec la souplesse. LorscpTon V(jit une chevelure ondulée, soyeuse, 
légère, flottante, bien entretenue, on a de la disposition h la croire fine. 
Inversement les cheveux de nègres durs, emmêlés, enroulés ou zigzagues, 
paraîtront gros quoique fins. On ne peut donc se faire une juste idée de 
ce caractère que par une mensuration attentive, non de la tige mais de la 
coupe du cheveu. Le cheveu en efiet est elliptique et possède deux dia- 
mètres inégaux, l'un pouvant s'abaisser à n'être que le quart de l'autre. 
La tige sur la plaque du microscope se couche sur un coté ou sur un 

(I) Voir V Album de photographies des Indiens Pcaux-Rouges à la Société daniliropologi*' 
de Paris, 
(î] Revue (C Anthropologie, ISHO, p. WVî. 



CHEVEU. 



GROSSEUR. 



271 



autre, sans que ropérateur puisse discerner lequel, on ne sait ce que l'on 
mesure. Sur la coupe au contraire, dont nous parlerons bientôt, on 
mesure facilement chacun des deux diamètres et on en prend la moyenne. 
C'est le seul procédé correct pour savoir la grosseur du cheveu, aussi bien 
en médecine légale qu'en anthropologie. Malheureusementles micromètres 
qui sont dans le commerce laissent à désirer et étaient encore plus dé- 
fectueux il y a vingt ans. 

Les quelques exemples ci-après ont été calculés par moi avec les men- 
surations faites par le D"" Latteux sur les coupes dont il a fait don au 
laboratoire d'anthropologie. J'ai laissé tous les cas isolés et écarté les 
enfants et les coupes de barbe et d'autres poils du corps. Il ne s'agit 
((ue de cheveux d'adultes. Leur petit nombre nous interdit toute considé- 
ration. 



Largeur du cheve 



"( 



Grand diam. + polit diam, 



2 Malais Moy 

3 Indous — 

2 Chinois de Singapore.. — 
8 Fidjiens — 

4 Indo-Chinois — 

3 Australiens 



Millièmes 

de 
millimètre. 

117 
111 
108 
105 
100 
97 



2 



7 Mélanésiens Moy. 

4 Esquimaux -- 

4 Kabyles d'Algérie — 

5 Holtentots — 

,') Nègres ordinaires — 

3 Européens — 



Millièmes 

de 
millimètn; 



87 
75 
73 

70 

07 



Les poils s'insèrent dans la peau obliquement (Kolliker) ou perpendicu- 
lairement (Sappey) et forment généralement des séries linéaires simples 
ou doubles, parallèles, se bifurquant, courbes, en tourbillons, etc. Au 
cuir chevelu, à peu près à égale distance de la nuque et du bregma, se 
trouve le tourbillon le plus connu, donnant lieu à un épi rebelle de che- 
veux dressés. Ce tourbillon est généralement simple et médian ou double 
et latéral, quelquefois il est simple et latéral, mais à niveau constant qui 
répond à un point crâniométrique déterminé, l'obélion. Ce tourbillon chez 
l'orang est déplacé et répond à la septième vertèbre cervicale suivant 
M. Ecker. A l'opposé du corps en existerait un autre répondant au coccyx. 
A l'avant-bras et au bras les rangées de poils convergent vers le coude chez 
l'homme comme chez les anthropoïdes. Chez le fœtus humain les tour- 
l)illons et courants se dirigent à la fois vers deux centres, un de chaque 
côté au niveau de l'angle interne de l'œil. Cette disposition se retrouve 
dans cette singularité tératologique qu'on a appelée l'homme chien et qui 
n'est qu'une persistance chez l'adulte de l'état fœtal des poils avec 
accroissement. 

Le mode d'implantation et la distiibution linéaire, aussi bien que les 
contours des masses principales de poils, doivent cependant varier. Il est 
des sujets et même des races dont la chevelure et la barbe sont bien 
dessinées, fournies, à poils bien parallèles, belles, dit-on : chez la race 



Î72 CIIAI'IIUK X. 

hrune niériilionale |)ai- t'xcinpK', chez les anciens Assyriens, les l*ersans. 
La partie hlanclic du visage se détache chez eux el donne un bel aspect 
à l'enseinhle de la tôle. ()nel(|ues nègres d'Ariicjue, les Néo-Calédoniens, 
les Papous sont dans le niôiue cas, la limite de leur cuir chevelu s'arrôte 
court et forme môme comme une sorte de bourrelet. D'autres fois, la 
chevelure el la barbe sont irrégulièrement plantées, rebelles aii peigne, 
les poils sont hérissés, entre-croisés, c'e^t la chevelure et la barbe Im&hy 
des Anglais ou en broussailles; par exemple chez ceilains Australiens. 
A côté de ce genre citons la baibe olfrant (;;\ et là des solutions de 
continuité, des vides. C^es aspects divers difliciles à rendre et 1res variés 
constituent des caractères de famille et probablement de race. 

Par les progrès de l'âge le nombre des poils visibles à la surface du 
corps augmente du moins dans nos races, les poils de la première et 
de la deuxième sorte ou période s'allongent, ceux notauimenl des sourcils 
des oreilles, des organes génitaux, tandis que rien de semblable ne se 
produit à la tète, le nombre au contraire y diminue. 

Par les proj;rt>M «le rfige, d'autrc part, les poils se décolorent, c'est la 
canUie, et tombent, c'est la calvitie, qu'il ne faut pas confondre avec Valo- 
pécie qui est une calvitie accidentelle permettant encore aux cheveux de 
repousser. La canitie incomplète a été observée dans des circonstances 
pathologiques, c'esl-à-dire que les cheveux de bruns deviennent châtains. 
Elle se produit aussi par l'action du soleil ou de l'air seul: les cheveux 
jaunissent ou rougissent, ils s'éclaircissenL un peu; sui'une môme mèche 
en partie cachée par la coilfure, en partie exposée, les deux nuances sont 
très visibles. Ily a aussi une canitie artificielle très importante pour l'an- 
lhrop(jlogiste et donnant lieu souvent ;\ des erreurs : le cheveu, de noir, 
devient rougcAtre ou châtain par l'action des pommades et des lotions de 
chaux ou autres; telle est la cause ordinaire de ces prétendues cheve- 
lures blondes signalées (;i\ et là en Polynésie, en Australie et dans l'Afriiiue 
nègre. On sait (]ue par l'eau oxygénée le commerce eui'opéen (obtient la 
gamme entière des nuances et des tons que 1 on peut désirer. On ne con- 
fondra pas celle canitie avec celle qui est partielle sur une seule 
mèche ou générale, complète ou incomplète, liée à l'état général appelé 
albinisme dont il sera question à propos de la peau. Dans tous ces faits, 
il y a matière à réflexion pour la (jueslion de 1 influence des milieux sur 
la couleur des cheveux. 

La canitie physiologi<iue ou parles progrès de l'âge se fait progressive- 
ment, en règle générale de la base à la pointe, ou par îlots çà et là qui 
deviennent confluents, et (]uel»iuerois de la pointe à la base comme j'en ai 
montré des exemples. Le cheveu se nourrit par sa papille et la matière 
grasse de ses glandes >éba(!ées ; les licjuides s'élèvent de pioche en proche 
par capillarité et évapor.ilion à la surface du poil. Lorsque la vitalité di- 
minue, le cheveu lend à se dessécher et des gaz prennent la place des 
liquides, d'où, suivant les explications de M(jleschotl et de Kolliker, la 



CARACTÈRES USITÉS DANS LES CLASSIFICATIONS. 273 

couleur blanche. Ainsi, on comprend qu'une émotion violente agissant 
sur la papille et les glandes sébacées puisse faire blanchir les cheveux 
en une nuit ou quelques heures. Les exemples en sont nombreux depuis 
le célèbre cas de Marie-Antoinette à la veille de monter à l'échafaud jus- 
que celui de ce Cipaye de l'armée des Indes en 1859 dont l'observation 
a été publiée par le D"" Parry; c'est l'analogue de l'observation de Gubler 
et Bordier d'une dame qui était sujette à de violentes migraines, dont les 
accès duraient deux ou trois jours et dont les cheveux tombaient, repous- 
saient blancs et reprenaient ensuite leur nuance naturelle, le châtain. 

La canitie naturelle vient plus tôt dans la race blanche, plus tard dans 
les races nègres, plus tard aussi dans les races jaunes. Il y a quelques 
motifs de croire qu'elle répond assez bien sous ce rapport à ce que donne la 
calvitie sur laquelle on a des statistiques : celle des Etats-Unis pendant la 
guerre de la sécession portant sur plus de 10,000 blancs et 2,000 nègres et 
mulâtres. De 21 à 32 ans, 30 pour 1000 étaient déjà plus ou moins chauves 
parmi les blancs, 1 parmi les nègres et 12 parmi les mulâtres. De 33 à 

44 ans il s'en trouvait 203 pour 1000 chez les blancs, 25 chez les nègres 
et 24 chez les mulâtres. A 45 et au delà où le chiffre des soldats était 
moindre, on constata 100 pour 1000 chez les blancs, 71 chez les nègres et 
37 chez les mulâtres. La proportion à 45 et au-delà, moindre que de 32 à 

45 chez les blancs, s'explique en ce que la calvitie étant, en somme, un 
caractère de sénilité, ceux qui la présentaient avaient moins de chance 
d'être acceptés comme soldats. Les nègres en définitive perdent leurs 
cheveux plus tard. Quant aux jaunes, il ne s'est pas trouvé un seul cas de 
calvitie parmi les Indiens examinés et M. Gould cite un Chippeway de 
i05 ans qui avait encore tous ses cheveux noirs de jais, sauf quelques 
stries çà et là (1). 

Nous avons dit que les cheveux pouvaient changer sensiblement de 
couleur par des raisons pathologiques, et qu'une émotion vive les faisait 
blanchir en une nuit. De même peuvent-ils tomber dans des conditions 
analogues et inversement croître davantage sous des influences, les unes 
locales, les autres générales. Alibert cite une dame qui, après une fièvre 
puerpérale, de blonde devint brune, et une seconde qui après la même 
maladie eut partout le corps une poussée de poils atteignant un pouce de 
longueur. Graves cite cinq cas analogues : celui d'un Anglais atteint dans 
l'Inde de dysenterie, dont les cheveux blanchirent complètement et qui 
de retour dans son pays, étant redevenu fort et vigoureux, les vit re- 
pousser avec leur couleur noire primitive; un autre d'un homme de 35 
ans, qui à la suite d'un typhus vit ses cheveux blanchir et tomber et, un an 
après, repousser d'un noir d'ébène ; un autre, d'un vieillard de 67 ans dont 
le système pileux était autrefois très foncé et qui sur une surface dénudée 
par un vésicatoire eut une poussée abondante de poils noirs, etc. 

(1) B.-A. Gould, Investigations in the Militari/ and Anthropological statistics of American 
soldiers. New-York, 1869, p. oG2. 

TopiNARD, — Anthropologie. 18 



•J7V CIIAI'ITIIE X. 

Lesiiilluenccs locales sur riiypcrsécrélion des poilssonl du reslehiendé- 
nioulrées. Toute pommade ou lotion excitante, telles (jue les alcooliques, 
les canlliariiles, le tannin, l'ioilure de potassium, l'arsenic raclivent. Les 
poudres épilaloiies, généralement formées de cette dernière substance, 
ont unv semblable action. L'épilation répétée directe, en irritant la pa- 
pille et entretenant l'irritation, agit de mOme. L'action de l'air, le soleil, 
le printemps ont une iniluence analogue. Molescbolt dit que les cheveu.x 
poussent plus en été (ju'en biver. Hroca a signalé Ibypersccrétion des 
poils dans toute l'étendue de la peau en rapport avec l'aflluence d'une plus 
grande (pianlité de sang artériel dans l'anévrysme artérioso-veineux ou 
phlebartérie. Les poils sont plus longs autour des vieux ulcères; ils sont 
plus longs et plus nombreux à la surface d'un membre emprisonné dans 
un appai'eil plAlré. 

M. Kcker désigne sous le nom d'/ii///er(/'ic/iusis toute exubérance ou 
anomalie de siège ou de développement du système pileux. Dans un pre- 
mier groupe il place tous les cas (jui précèdent sous la dénomination 
d'by[)ei tiicbosis par irritation, ain>i (jUc les nœvus hypertropbiques ou 
pigmentaires, garnis de poil> solitaires et de petites dimensions, considé- 
i-ables, ou disséminés par plaques comme dans l'observation donnée par 
IJulIon et dans celle de M. Hardy où la pauvre femme dut se séparer. 
Dans un second il range les femmes à barlje tout à fait extraordinaires et 
Thypertricliosis par erreur de lieu comme dans ce cas présenté à la So- 
ciété d'anlbi-opologie d'une plaque énorme et bien délimitée de poils 
couvrant la région sacro-lombaire. Dans le troisième, sous le titre d'hy- 
pertricbosis générale, se trouvent les /lof/nnes chiens : tels sont les deux 
llusses, le père et le lils, exbibés en 187U fi Paris, et la célèbre famille velue 
de Birmanie comprenant trois généialions; nous en avons donné l'explica- 
li(»n plus baul 1). 

c iie%cii% «iroiiH et (>iiroiii4>M. — Nous avons réservé le caractère le jilus 
important (pie donne le poil, celui qui se prête le mieux à une premièie 
répartition de toutes les races du globe en un certain nombre d'embran- 
chements. Nous voulons parler de la direction rectiligue ou plus ou moins 
enroulée en spirale (pi'afreclent les cheveux, en rapport avec une con- 
formation anatomi(iue révélée par le microscope. 

Hérodote, ainsi (jii'il a été dit, divise les Kthiopicns noirs de l'ar- 
mée de Xerxès en occidentaux aux cheveux crépus, et orientaux aux 
cheveux droits. Bory de Saint-VincL*nt consacre cette distinction en 18:20, 
rempla(;ant le mot droit par celui de lisse : toutes les races pour lui se 
jjartagi'nl en lissotriches ou ;\ cheveux lisses, et ulotriches ou à cheveux 
laineux, l^ounpioi cette nouvelle dénomination? ilépond-elle aux impres- 
sions qu'on éprouve lors(juo les doigts plongent dans une chevelure 
soyeuse d'Européen ou dans une toison ludc de nègre? Bernier ne se 

r Eckrr, Du syitémc piUux et de ses anomalt>^. Aiialys»; dans la llr-vuc d'Aiitlir., 
I.SHO, p. 170. 



CHEVEU. — SON ENROULEMENT EN SPIRALE. 275 

sert ni d'un mot ni de l'autre dans sa classification des races de 1684; 
Bradley se sert de celui de droit dans celle de 1721, ainsi que Linnéc et 
Ulumenbach plus tard. Buffon, dans ses premiers livres, en 1763, et de 
Faw, dans ses u Recherches sur les Américains », en 1777, emploient au 
contraire celui de Ihse. Un autre synonyme apparaît, nous ne savons à quel 
moment, celui de plat, qui répond assez bien à l'aspect non d'un cheveu 
en particulier, mais de la chevelure des races jaunes, surtout des Améri- 
cains, qui tombe lourdement et plaque sur les côtés du front, comme si le 
sujet sortait de l'eau (voir PI. II, fig. 1). Avant la fondation de la Société 






/f 




Flg. 23. — Principaux types de cheveux ^{^randeur naturelle). 

1, cheveux droits; 2, cheveux ondulés; 3, cheveux laineux habituels ; 4, cheveux laineux 
>pires très étroites, du Boshiman. 



d'anthropologie de Paris, les cheveux n'étaient partagés couramment 
qu'en deux espèces : les cheveux droits, lisses ou plats, comprenant les 
Européens, les Jaunes, les Américains et les Lapons, et les cheveux crépus 
ou laineux concernant exclusivement les Nègres. Et cependant, entre les 
cheveux du Peau-Rouge ou du Chinois et ceux de l'Européen, il y a autant 
de différence, quoiqu'elle frappe moins le regard, qu'entre les pre- 
miers et ceux du nègre. La Société, répondant à cette indication, étabht 
cinq genres de cheveux: le premier droite c'est-à-dire rectiligne à la façon 
presque d'un crin de cheval; le second onde ou ondulé, lorsque se dessine 
une longue courbe ou spirale incomplète d'une extrémité à l'autre; le 



27C CIIAPITUK \. 

Iroisièine boucle, lors(Hic» la courbe ou renroulemenl n'est iiianifosle qw'tk 
l'cxlréiuiLé , le quatrième fnsé, Iofmiuu les tours de ^^pire sont bien ac- 
cusés, forment dos anneaux successifs, assez larges, d'un centimètre de 
(liamèlie ou plus ; et le ciu(|uiènie ci-t'/ju ou laineui, lorsque les anneaux 
sont nombreux, étroits, bien roulés et s'accrochent les uns aux auties. 
formant des toull'es ou rouleaux, le t(»ut rappelant un peu la laine de 
mouton. 

Mais ces divisions vraies et excellentes, lorscju'on s'arrOte aux types 
qui les représentent, s'aliaiblissent en présence des laits. Du cheveu 
rectiligne parfait au cheveu le plus laineux, ;\ tours de spires très étroits, 
se présentent une foule de degrés qu'on réduit à volonté à 5, 10 ou 
20 échantillons, comme une gamme de couleur dans laquelle, s'il est facile 
de détacher de distance en distance des types contrastant suflisammenl, 
on ne voit pas de différence sensible entre deux échantillons voisins. iJi 
cela le cheveu est comme tous les organes du corps, comnu' Imis les ca- 
ractères morphologiques; les caractères (|u'il donne passent de l'un à 
l'autre. Nos divi>ions de caractères, de types, de races sont dans notre 
esprit et non dans la nature. Le cheveu rigoureusement rectiligne est 
lui-môme un idéal; la chevelure la plus droite offre quchiues ondula- 
tions, comme les crins de la queue du cheval. 

Les Instructions de la Société d'anthropologie de Londres étaient 
donc fondées à réduire les cinq groupes sans ligne de démarcation ci- 
dessus en trois : deux extrêmes, (|ui sont incontestables, et un inter- 
médiaire. Il m'a paru cependant qu'on doit en admettre un (piatrième 
pour les cheveux frisés. De même qu'il y a le type onde ou ondulé, qui 
se rapproche du type droit, il y a le type frisé qui se rapproche du type 
laineux; le trait est au milieu de la série des quatre. Ainsi l'Australien, 
en moyenne, a les cheveux non pas droits, comme on le répèle, ni ondu- 
lés, il ne les a pas davantage laineux, c'est l'épilhète de frisé qui lui con- 
vient (Voir PI. H, lig. 3 et A). Celte impossibilité d'établir des lignes de dé- 
marcation absolues entre les quatre types que nous admettons pour les 
besoins de la pratique, se retrouve dans les caractères parallèles que 
donne l'examen niicroscopijiue, ce qui ne saurait étonner davantage. 

Forme île cheveu. — lleusinger, le premier, en lHi22, examina les che- 
veux de nègre et reconnut (jue leur forme était elliptique. Weber, en 
18^0, soumit les différentes soiles de cheveux ;\ une coupe transversale 
méthodique et conclut que leur forme est ronde l(jrs(|u"ils ne bouclent pas, 
et elliptique dans ce cas ; il prétendait qu'alors le dianu^^tre minimum peut 
descendre ;\ X\ et Iti pour 100 du plus giand. llenle, vers 1843, fait l'his- 
toire très détaillée du poil, et s(»ulierit (pie la frisure dépend de sa forme 
et que plus les cheveux sont \)\a[> plus ils seuioulent. En isr)3, {{rown, 
(le Philadelphie, publie dans l'ouvrage de Schoolcraft la mesure de nom- 
breux cheveux de toutes races, il admet aussi (pie l'enroulement en spiiale 
résulte de la forme aplatie, el (|ue chez l'iKjuHue les cheveux lisses sont 



CHEVEU. 



SON ENROULEMENT EN SPIRALE. 



Î77 



'Cylindriques. Vers 1855, Kœlliker insiste et montre l'enroulement s'opé- 
rant <buv le côté plat du cheveu. Enfin, Pruner-Bey, en 1863-()/i, entre 








* 







3 10 11 

Fie. 2i. — Coupes transversales du cheveu (Pruner-Bcy). 



la 



1, liottcntot; '2 et :î, papous de la Nouvcllc-Guincc ; 4, esquimau; .5, chinois; 6, guarani 
du Brésil; 7, australien; 8, lapon; 9, irlandais. Cheveux altérés : 10, thibétain ; 11, estiio- 
nien ; 12, momie égyptienne. 

prend un vaste travail, et aboutit devant la Société d'anthropologie de 
Paris aux propositions suivantes (1) : 

L'examen microscopique rend compte des diversités d'aspect que la 
chevelure humaine présente à l'œil nu; plus le cheveu est aplati et plus 
il s'enroule ; plus il est arrondi et plus il devient lisse et raide. Un seul 
cheveu, lorsqu'il présente la forme moyenne caractéristique de la race, 
suffit pour la caractériser. Les cheveux des races jaunes ou mongoliques et 
de celles qu'on leur rattache habituellement ont une forme plus ou moins 
arrondie; les cheveux crépus ou laineux d'Afrique ou d'Océanie ont une 
forme plus ou moins elliptique. Les Européens, les Finnois, les Austra- 
liens ont les cheveux de forme intermédiaire. C'est depuis cette époque 
que les profondes différences entre les races jaunes et les races nègres 
par ce caractère sont admises, malgré les défauts que présentait le tra- 
vail de Pruner-Bey. Ses mémoires sur ce sujet sont au nombre de deux; 
il est difficile de savoir combien de coupes il a pratiquées; je les estime à 
plus de 500. Son premier défaut est de ne pas donner la totalité de ses 
résultats individuels, de ne les reproduire que capricieusement en quelque 
sorte sans qu'on puisse toujours voir si les chiffres cités appartiennent 

;i) Webcr, Journ. complémenlnire du Dict. des se. méd., t. XXLX, p. 13S-1.jO. — Ilenlc, 
Anat. génér., I8i?,, t. I, p. .309 à .3i2. _ Kolliker, Histologie, trad. franc, do lS.',(i, p. 144 
à 171. — Pruner-Bey, M^m. Soc. Anilir., t. II, p. 78 et III, p. 1. — llamy, Hevuem Gaz. hebd., 
1868, p. 225. — Nathusius, Bull. Soc. Aîithr., 1808, p. 717. — Hcusingcr, Syst. d';r Histolo- 
gie, 1822. 



178 



CIIAPITHE \. 



A lin ni^nio sujet on à îles sujets dillérents. Ainsi, une fois il dit avoir 
exanjinL' 12 ehevelures de Kabyles, et dans son tableau on ne trouve 
reproduits que dix cas. En second lieu il donne ses chidres bruts en 
centièmes de niillimèlre sans en calculer le rapport centésimal ou autre. 
Entin, il ne donne pas de moyennes. Ce sont en somme des impressions 
([u'il apporte aux(juelles on serait obligé de se conlier aveuglément, si 
beureusement les moyens de les contrôler ne se trouvaient là en quantité 
suHisanle. Ur, j'ai fait le travail que Pruner-Iiey a négligé, j'ai calculé les 
rapports et les moyennes qu'il a ignorés et (jui auraient pu le contredire 
eomplMement. J'ai sur ce travail une opinion (jue lui-mOme n'avait pas 
le droit d'avoir. l"li bien! ses impressions étaient exactes; les cbillVe- 
qu'il a reproduit> brutalement ou naïvement et (jui pouvaient ùtre sa 
condamnation, sont au contraire sa justilication. 

Les moyennes ci-après que j'ai obtenues avec les cas individuels de 
même race, sufliï^anmient nombreux, en sont la preuve. Par exception 
pour des groupes où le moindre aperçu valait mieux (}ue rien, j'ai accepté 
(les moyennes de deux fi cpiatre sujets. Plus le rapport ou indice 
e>t élevé, et plus le cheveu se rapproche de la l'orme r(jnde, le chillre 
KKJ impliquant une forme ronde parfaite; plus il s'abaisse et plus le 
cheveu devient ellipli'iue. 

Imluf du c/t'-rru "u rapport t/f la larf^euf II II luiiijuew = 100 JM-uncrBcy). 



Exlnhncs individurly. 

Miiiiimini : un Papou 

— autre Papou 

Maxiiiiuiu friMiueul : rarcjauii 

Mot/etinrs. 
.'« Sainoyé«los 



•28 



100 



10 Japonais ^i 

i:j Malais 

*2 Aniérirains du noid 

8 Thibétains 

7 Chinois 

10 Sontlials de lliide 

<; Guaranis 

r> Us<iuin)au\ 

*2 Lapons 



8:5 

81 
80 
1'.) 



5 Finno-Ksihonions. 

Basques 

13 Australiens 

1 1 Lithuaniens 

Allemands nombreux , 

30 Irlandais 

10 Kabyles 

(irt»rs 



G'.» 

(Î3 
03 
Ci 



l 'i Polyncsieus Oti 

2 Tasraaniens (îO 

G Nt'^'res d'Afrif|U<' GO 

i N.-urit.- :.V 

G Cafros ^i 

11) Négresses .'>0 

i IL.ttentots . . iG 

.'» i*apons in 



L'écart individuel, comme l'on voit, esl de 12 unités, c'est-à-dire 
énorme. Dans les cas minimum, la largeur n'est (pie le (jnart de la U>n- 
gueur; dans les maximum, les deux sont égales, la coupe est tout à fait 
ronde. L'écart des moyennes est de 5U unités, ce qui est énorme aussi; 
on n'en rencontre pas de pareil dans les moyennes de caractères crânio- 
mélriques et anllnopomélricpies. Dan- un i.ivniier groupe de IH) à 77, il 



CHEVEU. — SON INDICE. 



270 



n'y a que des races jaunes. Dans le troisième groupe, de 60 à 40, il n'y a 
que des races nègres. Dans le groupe moyen, il n'y a qu'une série qui 
étonne, les Polynésiens, qui par ce caractère s'éloignent absolument des 
races jaunes; il importe cependant de ne pas se hâter de dire que c'est 
leur vraie place, car dans le nombre, de l'avis môme de Pruner-Bey, il 
doit se trouver des métis de Mélanésiens (nègres). Les Australiens 
aussi sont singuliers i\ coté des Basques et des Lithuaniens, mais c'est 
conforme à ce que donne l'aspect de leur chevelure à l'œil nu ; je dirai 
môme qu'elle est d'accord avec l'arrière-pensée que j'ai sur les Austra- 
liens, qu'ils sont le produit dans la nuit des temps d'une race se rat- 
tachant aux races jaunes et d'une race nègre locale. Nous ne voudrions 
pas dire d'après ce caractère que les Lapons et les Finnois se rapprochent 
plus des races jaunes que des races dites aryennes; mais il est certain 
que beaucoup de gens le soutiennent. Il n'y a donc pas un point noir 
dans cette liste, pas une réserve à apporter. 

Quelques auteurs, sur le vu d'un petit nombre de mensurations de 
coupes, se sont élevés contre les conclusions de M. Pruner-Bey, et parmi 
eux j'ai le regret de citer le docteur Latteux, dont j'estime cependant 
les travaux. Cet éminent micrographe a entrepris, sur ma demande 
précisément, une suite de coupes de cheveux dont je lui fournissais 
les échantillons. Mais il s'arrêta un peu vite au chiffre de 166 prépara- 
tions dont 92 seulement furent mesurées par lui, soit 25 de races 
jaunes, 24 de races nègres et 23 de races blanches, et le reste de races 
douteuses. Ces 92 cas se composaient pour la plupart de cas individuels 
de toutes provenances et de toutes races, de diverses parties du corps 
même, avec lesquelles il était difficile de former quelques séries suffisantes 
pour se créer une opinion. Du reste il ne l'a pas essayé et n'a recueilli 
que de vagues impressions, ainsi qu'on peut en juger par sa communi- 
cation au Congrès des sciences anthropologiques de 1878 et par la liste 
des 42 coupes de cheveux humains qui s'y trouve (1). Voici, en définitive, 
ce qu'il m'a été possible de tirer de ces 92 cas. 



Indice du cheveu (Latteux). 



4 Cambodge et Cochinchine. . 
4 Esquimaux du Jardin d'ac- 
climatation 

2 Malais 

2 Indigènes de Singapour 



.3 Indous 

-3 Australiens 

2 Nouvelle-Irlande. 



Moy. 88 

— 80 

— 79 

— 75 

— 68 

— GG 

— GG 



4 Kabyles d'Algcrio Moy. 60 

3 Européens — 65 

2 Arabes d'Adcn — 62 

8 Fidjicns — 62 

2 Papous de la Nouv. -Guinée. — Gl 

4 Néo-Calédoniens — GO 

5 Nègres d'Afrique — 53 

5 Hotientots — 48 



Eh bien, dans ces moyennes insuffisantes il n'y a rien de contradictoire 
(I) Latteux, Congrès inlernat. des Se. anthr., 1878. Paris, Impr. nat., p. 102. 



Î80 CMAPirUK X. 

avec la iloctrinf dr PiniitT-Hcy ; an iMiitrairt', si l'on iiUcrprète quelques 
clnlFres criard^. Dans le picmirr ^Mctupe compris dans les mômes limites 
<pic tout h riuMirc il n'y a que des races jaunes franches. Dans le dernier, 
et dans 1rs rnc^mes limites encore, il n'y a que des races nèj^res certaines. 
C'est dans le groupe moyen seulement (ju il y a deux ou trois chilTres 
<|ui pourraient ('■tonner, l'ont d'abord les A Indous; mais on sait (jue 
<lan^ l'Inde se rencontrent des Dravidiens, tels (|ue les Sonthals au che- 
veu rond, des Moundas au cheveu elliptique, et des Aryen^ au cheveu 
intermtSliaire; ces trois Indous sont de Calcutta, de la cote de Malahar et 
de la côte de (Icu'omandel, sans autre indication. Puis les Fidjiens et les 
indigènes de la Nouvelle-Irlande qui, à l'état de pureté, passent pour des 
Mélanésiens; mais dans leur zone les Polynésiens sont communs, s'ils ne 
sont prédominants sur la côte occidentale des Fidji. (Juant aux Kuro- 
péens, aux Arabes et aux Kabyles, ils sont bien î^i leur place. 

Kn somme les recherches très restreintes de M. Laiteux confirment 
absolument les propositions de Pruner-Bey, et les auteurs du (hiide de 
micrographie feront bien de biller leur page 808, dont les affirmations ne 
reposent (jue sur des impressions (i). 

nuoi(iu'il ne s'agisse que de cas uniques, dont il n y a aucune déduc- 
tion h tirer, nous reproduisons ci-après quehiues indices de sujets rares 
et curieux, obtenus encore avec les mensurations de M. Latleux. Ce sont 
■des observations d'attente. 



hi'/ice (lu cheveu. 



1 Kurnpccn albinos SS 

1 Abyssin 7't 

I Noir (h' Ponflirlicry dis- 

s(^qu«'' au lahoraloiro. . . (>(; 

1 I a»iinaiii"n (13 



1 Kaiïir du Kallirisian . . . . «>:{ 

1 Pars! Cl 

Miciuri'plialo Maxinio S6 

— Barthola «4 



Je me hfdiie à une lélh'xion sni" les deux microcéphales dont les deux 
indices sont si différents. Ce sont des Cafusos di' l'Amérlipie centrale, c'est- 
à-dire des métis d'Indien et de Nègre. I/iiifluence s'est donc traduite 
différemment dan^ les deux; le premier tient de llndien par le cheveu, 
l'autre tnid relaliNemcnt vers le .Nègre. 

Isxaiiieii «Iph roiipoM au inirroNropr. — Poui" que l'exameu microscopi- 
que du ( heveu donne les résullals qu'on v>l en di-oit d'en attendre, il 
faut s'astreindre à certaines règles que V(jici : \' non seulement les 
cheveux sont fré(juemment malades et déformés sur le vivant, mais ils 
peuvent se déformer par dessiccation et altération après la mort, comme 
par exemple sur les momies d'Fgyple ou du Pérou. Toute coupe de forme 
anguleuse, triangidaire, fendillée ou très excavéc d'un côté sera donc mise 

ij^ iW.aurcgar'l cl Galippo, Gint/c dr mtfrogrnjtfiie. Paris, 1880. 



CHEVEU. — TECHNIQUE DU MICROSCOPE. 2SI 

de côté, les formes concaves à la façon d'un haricot peuvent cependanl 
être considérées comme normales quoiqu'on puisse les expliquer par une 
incurvation des bords par dessiccation (n"'^ 10, 1 1 et 12 de la ligure 24). 2^ 11 
faut se garder de choisir dans une préparation les coupes plus conformes fi 
telle ou telle idée, mais mesurer successivement toutes celles qui sont ac- 
cessibles au micromi^tre et en prendre la moyenne. 3" La forme du cheveu 
varie probablement dans des limites et suivant des lois que nous igno- 
rons aux âges extrêmes ; il faut donc s'en tenir pour les questions de 
race aux cheveux de Tadulte, 4° La coupe du cheveu varie très probable- 
ment, mais dans une étendue moindre qu'on a présumée, non seulement 
sur les diverses parties du corps, au visage et à la tête, mais aussi sur les 
diverses parties de la tête; il faut donc en prendre en plusieurs endroits; 
plus tard on pourra convenir des endroits à adopter de préférence. 5°La gros- 
seur du cheveu, sensiblement égale dans toute sa longueur, diminue vers 
sa pointe; on peut supposer que sa forme varie en cet endroit; il faut 
donc pratiquer les coupes vers le milieu ou la base. 6° La forme du 
cheveu obéit à la loi universelle en anthropologie; elle varie dans une 
certaine limite d'un individu de même race à un autre, moins assuré- 
ment qu'on ne Ta cru; moins, j'en suis convaincu, que la plupart des 
autres caractères physiques, crâniométriques par exemple. Il ne faut 
donc rien conclure de moins de 10 à 12 sujets, davantage si l'on a affaire 
à des groupes très mélangés et contradictoires. Réduisons les prépara- 
tions sur un même sujet à trois : au bregma, à la bosse pariétale 
droite et à la bosse pariétale gauche; cela fait 30 à 36 préparations, peut- 
être faut-il ajouter, ce que j'ignore encore, sur des sujets du même sexe. 

C'est donc une opération laborieuse à laquelle tous ne savent pas se 
résigner. Mais la science ne s'acquiert qu'avec de la persévérance. 

On a objecté à Pruner-Bey que ses coupes avaient peut-être été mal 
faites; à cela je répondrai qu'elles ont été pratiquées, m'a-t-on affirmé, 
par M. Bourgogne, l'un des plus habiles préparateurs de Paris, faisant sa 
spécialité des préparations microscopiques. On a objecté d'une manière 
générale que le cheveu plie et s'incline sous la pression du rasoir et que 
la coupe de ronde devient ainsi elliptique. Evidemment, mais d'une part 
cette objection ne concerne pas les coupes trouvées rondes, et de l'autre 
elle est facile à éviter en suivant rigoureusement le procédé classique, 
avec lequel on devient familier en quelques jours. Du reste il y a toujours 
dans la préparation quelques coupes sur champ qui permettent de voir 
si la coupe est bonne et les deux sections bien parallèles. Voici le pro- 
cédé : 

L'opération se fait en cinq temps : 1° tension et fixation des cheveux; 
2^ préparation d'une plaque collodionnée qui les renferme; 3° fixation de 
cette plaque sur le microtome; A" section de la plaque et des cheveux 
inclus; 5° montage des coupes obtenues. 

Premier temps : deux gouttelettes de cire à cacheter sont déposées sur 



2fi2 CIIM'ITIIK \. 

une pliKiiie lio vorre, à 2 ctMiliini'lres du dislance ; rextrénnlé de cliafpic 
cheveu, un par un, est \\\éo à la rire on s'aidanl d'une aij^uille chaulléc. 
On laisse refroidir. (Iliaque cheveu est alors ti»ndu parallMcinent à son 
voisin, et son exlréinilé. encore lihre, llxée de niôuie i\ l'autre gouttelette 
de cire. Le lendemain, si (piehiues cheveux ont gliss('' dans la cire et se 
sont détendus, on les retend et fixe ù nouveau. 

Deuxième temps : on verse j)lusieurs couches de collodion épais (1) 
de façon à en engluer totalement les cheveux. Le lendemain, si le collo- 
dion est bien sec. on détache la [)la(iuo, on en coupe les deux extrémités 
et on la ciniscive dans l'alcool pour l'cmpôcher de se déformer. 

Troisième temps : le joui- où il plait, fixation de la plaque de collodion 
sec renfermant les cheveux verticaux, parallèles et tendus, sur le mi- 
crolome de Lelong avec la pince (|ui fait [)artie de l'appareil, la plaque 
étant adossée contre une petite planchetle de bois blanc. 

Oualricme temps : on fait jouer la vis réglant l'épaisseui' h couper. 
Sections successives avec un r\soir, en appuyant contre la petite plan- 
chette, sans scier, d'un coup sec et décidé. 

Cinquième temps : ti-ausporl des tranches obtenues sur une plaque de 
verre, et moulage du tout dans la glycérine ou le baume de Canada. 

iresl le procédé du D' Laiteux, facile et sûr (2). 11 ne reste plus qu'à 
examiner les quatre ou ciurj coupes qu'on a ainsi sur la même phujue, 
à en mesurer successivement la longueur et la largeur, et à en calculer les 
moyennes. Cette mensuration se lail diieclenieut avec ie micromètre 
ou sur des dessins obtenus à la chambre claire. 

La doctrine de \\'eber, llenle, Ktilliker et l*runer-Bey qui s'appuie sur 
le parallélisme constaté entre le degré d'enroulement du cheveu et son 
degré d'aplatissement ou de forme elliptique et y voit une relation de 
cause à ellel, a cependant trouvé des conlradicleurs. Suivanlles uns, c'est 
la linesse qui cause la frisure et la grosseur qui fait la rigidité ; il est en 
effet remarquable que ce soit le cheveu gros des races jaunes qui se main 
tienne seul droit et le cheveu (in des races nègres qui soit le plus enroule 
et que parmi celles-ci les Boshimans qui ont les cheveux les plus lins 
aient en n\ùme temps les tours de spire les plus étroits. Suivant les au- 
tres, MM. Nathusius i.'i), Ilœger, Ch. Stewart et A. Stuarl, c'est la forme du 
follicule'qui engendre la forme du cheveu qiielle qu'elle soit, u La portion 
du cheveu et du follicule contenu dans la peau du cuir chevelu, dit 
M. Stewart en 1873, est plus longue chez le nègre que chez l'Européen et 
est remar(iuablement incurvée au point de décrire un demi-cercle; » en 
général, ajoute M. Stuarl, la courbe ne décrit cependant qu'un quart de 
cercle (4). Knfin M. Sanson soutient que chez le mouton les zigzags 

(1) M. R«'ichort omploio h la plaro l«> puUa-porrIia <M M. Malassoz la gélatine. 

(2) LaUcux. Technique microsrojiiquf. Paris, 1883, p. '2',i\). 

(3) Nathusius, fiull. Soc Antftr., I8G.S, p. 7l7. 

(h) Anderson Stuart, Jouni. Anat. et l'fn/siol., vol. ,\\I, part. III. avril 1882. 



CHEVEU. — TYPES ANTHROPOLOGIQUES. 283 

qu'il assimile aux tours de spire sont dus i\ une série de rétrécissements 
provenant des alternatives de bonne et de mauvaise alimentation. Nous 
abandonnons la remarque de M. Sanson et nous posons la question : la 
cavité du follicule a-t-elle pris une forme spiroïde et sans doute aussi 
aplatie, parce que la forme du poil sécrété par la papille l'y a obligé ou 
bien le poil a-t-il pris cette conformation parce que le follicule la lui a 
donnée ? Le follicule n'est qu'un réceptacle, c'est la papille qui gouverne la 
sécrétion. Il nous est indiflerent, du reste, d'admettre que l'état des poils 
constaté au dehors i\ l'œil nu, confirmé par l'examen microscopique, 
existe déjà dans le follicule. 

Ce qui ressort de plus clair de tout ceci, c'est que le degré de l'enrou- 
lement est le véritable caractère général du cheveu et qu'il faut s'appli- 
quer à en mesurer les degrés ; c'est difficile sur les deux premiers types 
de cheveux, sur les derniers c'est facile. 11 faut chercher par toute la tête 
quelques anneaux non altérés et en prendre le diamètre. Je me suis de- 
mandé si la limite entre le cheveu frisé et le cheveu laineux ne serait pas à 
1 centimètre ou 8 millimètres de diamètre. En tout cas toutes les spires 
que j'ai mesurées, méritant sans aucun doute le nom de laineuses, 
s'échelonnaient au-dessous de ce chiffre. Ce diamètre en diminuant 
établit une véritable échelle de types, les plus inférieurs comme celui 
des Boshimans répondant à un diamètre de 3, 2 et peut-être 1 millimètre 
parfois. 

Types de cheTeiures. — La chevelure dans son ensemble se présente, 
en somme, aux yeux du voyageur sous les principaux aspects suivants : 

Premier type. — Cheveux noir foncé, raides, durs, sans sinuosités no- 
tables, plaqués sur les côtés de la tête (plats) ou tombant pesamment, 
longs chez les hommes. C'est la chevelure des races jaunes, c'est-à-dire 
des Américains du nord et du sud, des Esquimaux, des Samoyèdes, des 
Chinois et des Japonais (PI. Il, fig. 1 et 2). 

Deuxième type. — Cheveux ondes ou ondulés ou même bouclés, beaux, 
soyeux, souples, flottants. Les races blondes anglo-scandinaves et les ra- 
ces brunes ibéro-berbères en offrent des exemples, opposés par la couleur. 
Les Celtes, intermédiaires géographiquement et par la couleur, sont mal 
partagés pour la beauté de la chevelure. 

J'attire l'attention sur deux formes à étudier : la chevelure luxuriante 
de certains Polynésiens sinon de tous, bien que sous certains rap- 
ports ils rentrent dans les races jaunes et aient quelque rapport avec les 
Américains du nord, ce qui devrait leur donner des cheveux longs, sans 
doute, mais gros et durs; et la chevelure en broussaille dont j'ai parlé 
des Todas entre autres, de la plupart des Australiens, des Aïnos (PI. II, 
fig. 3, 4 et 5). Deux genres de chevelures s'observent chez les Aïnos : l'une 
caractéristique des races jaunes, lourde, plaquée, etc.; l'autre désor- 
donnée, qui appartient au vrai Aino. 

Troisième type. — Cheveux frisés dans toute leur longueur ressemblant 



W4 CHAPITRE X. 

de loin, siirltuit pour les gens non fanùlicis avec le sujet, ù des ebe- 
veux faiblement laineux. Les anneaux s'y retrouvent assez nettement 
pour (Hre nl(-^^r6s, avec un peu de patience. Cette chevelure se rencontre 
occasionnellement en Kurope et j'ai souvent pensé qu'elle devait repré- 
senter une race antérieure éteinte, qui comme autres caractères devait 
avoir les cheveux très noirs, le corps très pileux et une petite taille. Les 
auteurs anciens donnent aux Silures des îles Estroéménides (Sorlinpues 
(jui au mV siècle avant notre ère se jetaient en Ibérie, des cheveux frisés, 
bouclés ou entortillés, disent-ils; on les suit dans leurs pérégrinations par- 
tageant le sort des Ligures, des Sicanes et Sicules. Les Barabras ou Nu- 
biens du Jardin d'acclimatation piésentaient aussi une forme de cheveux 
se rattachant plus à celle-ci qu'aux précédentes. Les Australiens et les 
mulAtres à un certain degré la présentent aussi. 

C'est à ce type que se rattache la vadrouille frisée et hérissée qu'on cd)- 
serve parfois ;\ l'état sporadiquc chez les Européens, jusque dans les rues 
de Paris et qui est habituelle aux Cafusos de l'Amérique centrale, issus 
du croisement de l'Indien aux cheveux droits et durs et du nègre aux che- 
veux crépus et lins. Maximo et Barlhola, les deux microcéphales aztèques 
exhibés à Paris dont il a été parlé tout i\ Theure, étaient des Cafusos. 
Leur crinière formait une vaste boule autour de leur tête. (Voir leur 
portrait qucbiues chapitres plus loin. 

QuatrihiLt' type. — C'est la chevelure en vadrouille analogue à la précé- 
dente, mais laineuse et constituant le premier type à distinguer parmi 
les formes diverses que présentent les cheveux du nègre. Elle ne diffère 
réellement de la précédente que par ses anneaux plus arrêtés, plus nom- 
breux et plus étroits. Deux conditions sont indispensables à sa réalisation, 
une certaine bmgueur et un bon entretien des cheveux. Il y a des motifs 
de croire qu'elle est aux trois quarts artilicielle ou du moins qu'on a mis 
à profit une disposition particulière des cheveux fi se hérisser. On croirait, 
en regardant leur disposition, (ju'il y a comme une répulsion électrique 
entre chaque ciin. CiCs vio/t/fiu/s des Anglais forment de vastes boules dé- 
bordant le cuii- clievclii hriisfjnemenl de toutes parts de (i à 10 centimè- 
tres, ce (jui, si on allongeait le> tours de spire, donnei'ait une longueur 
totale très grande. Ils ont été signalés en Nouvelle-iiuinée, aux Fidji, à 
la Nouvelle-Guinée, chez les Gafres et dans le pays des Somalis, mais non 
sur tous les individus d'un groupe (PI. 111, fig. U et 10). 

On doit regarder comme un passage au type suivant les combinaisons 
inlinics de coiffures imaginées par les Néo-Guinéens, les Cafies de la Ca- 
freric et du (iabon, les Somalis représentés dans les livres de Duchaillu, 
(iuislain et Itévoil. Ces coillures indiquent toujours une race ou un mé- 
lange quelque peu supérieur dans la série des nègres, quoi(|ue la coquet- 
terie en soit le point de départ. Tout ce que la fantaisie peut inventer s'y 
voit : des cylindres, bourielets, j)laqucs, nattes, accumulés (;à et IJ\ pour 
produire des tours, des pyramides, des cornes, des chignons, des queues. 



CHEVEU. — TYPES ANTHROPOLOGIQUES. 285 

L'arl de nos Parisiennes est dépassé. Les deux conditions premières, 
comme dans la vadrouille, pour obtenir ces résultats, sont une longueur 





Fig. 25. — Coiffure do femmes Foulhas. Haut Scuégal (Corre, Mém. S. Anthr.), 



suffisante et une certaine abondance des cheveux et l'emploi persévéran 
du peigne et de la pommade. 

Cinquième type. — Cette forme de cheveux laineux est la plus répandue, 
avec la suivante, et semble naturelle. C'est celle que M. Hœckel a voulu 
désigner par le terme de toison^ les nègres qui la présentent étant ses ério- 
comes (PI. II, fig. 6 et PI. III, fig. 11). Il est aussi difficile de la distinguer 
dans certains cas des précédentes que de la suivante. 

Dans les formes artificielles précédentes dues à l'action réitérée du 
peigne, le doigt rencontrait une surface égale, arrondie ; il avait de la 
peine à pénétrer dans ce lacis de crins enchevêtrés et était repoussé par 
l'élasticité de la masse. Ici au contraire se détachent des intervalles, des 
paquets de cheveux s'enroulant sur eux-mêmes en s'isolant des voisins 
et, lorsque leur longueur le permet, formant des boucles, torsades, cor- 
delettes détournées, ou vrilles (PI. III, fig. 12). Les cheveux en un mot ont 
leur liberté d'allure et s'agglomèrent par petites circonscriptions. Dans les 
formes précédentes il était difficile de découvrir à la surface de la tête un 
anneau non déroulé ou déformé, intact ; ici on a l'embarras du choix. Tout 
à l'heure c'était à une laine cardée de matelas qu'il fallait comparer la 
chevelure (Néo-Calédoniens), à présent c'est à une toison de mouton ordi- 
naire (masse des nègres du golfe de Guinée). 

Sixième ty/je. — Nous arrivons au type le plus classique, le plus infé- 
rieur du nègre, celui dont la tête est rebelle au peigne ou qui est trop 
abruti pour s'en préoccuper, autrement dit, à la tête laineuse, telle que 
la nature l'a faite. Voici en quoi elle consiste. Les poils sont fortement roulés 
en spirale, les plus voisins s'accrochent les uns aux autres et se réunissent 
par amas qui, si les cheveux sont assez longs, forment une boucle, ou tor- 
sade, ou vrille allongée et étroite, et si les cheveux sont courts, forment de 



286 CIIAIMTUK X. 

petites boules plus ou moins grosses disséminées ;\ la surface de la tôte 
et lais>aut des intervalles (|iii semblent plus clairs. C est la chevelure en 
grains de poivre (PI. 111, li^'. 7 et H . 

Celte disposition a été remaicjnée pour la première fois par Barrow 
en IHIK); il ^'exprime ainsi à cet égard : « Les llollentols ont les cheveux 
d'une singulière nature, leurs cheveux ne couvrent pas la totalité de la 
léte, mais poussent par petites toulles à une petite distance les uns des 
autres. Lorsqu'ils sont couris, iU ressemblent aux [)inceaux d'une brosse 
à souliers avec cette différence (jue les touffes sont entortillées par petits 
paquets du volume d'un pois. » I^a seconde fois, ce fut par Buichell 
en 1815; il compare ces petits pa(|uets à des buissons disséminés dans 
une plaine. La troisième fois par Livingstone en ces termes : « Chez les 
Boshimans et Hottenlots la laine pousse sur le cuir chevelu en toufles 
avec des espaces glabres entre eux ; lorsque les cheveux sont courts, ils res- 
semblent à une suite de yrains de poivre piqués sur la peau, tout autre- 
ment (pie dans les masses frisées, noires (toison) qui garnissent la tôte des 
Maravis et des Balondas. » .Mais Livingstcjue, qui le premier avait em- 
ployé le mot glabre [bare), n'était pas familier avec la précision anato- 
niique. Ce qu'il dépeignait était une apparence vraie, mais rien de plus. 
Dès lors, sans y regarder de près, les vt>yageurs virent de confiance paitout 
des intervalles glabres en Tasmanie, en Nouvelle-Guinée, chez les .\nda- 
mans, en Cafrerie et surtout dans leur terre classique, chez les Boshimans. 
Un linguiste, Freidrich Millier, se crut donc autorisé, pour servir de base à 
sa classification des langues, à partager les nègres en deux catégories : 
ceux à cheveux laineux simples et ceux à clieveux en toufies. Ilœckel, de 
sa haute autorité, consacra la division en appelant les premiers des crio- 
comes ou en toison et les seconds des iop/tocotnes ou en touffes. 

Cependant Cuvier, si profondément observateur, n'avait rien décrit de 
semblable sur la Vénus boshimane ; Jelfryes Wyman, un naturaliste amé- 
ricain du plus haut mérite, rien de pareil non plus sur une Hottenlote 
qu'il a disséquée; Fritsh, qui a tracé le parallèle des (bâfres et des Boshi- 
mans sur place, rien encore. (\h et \h pourtant (juelques protestations 
s'élevèrent de la part des voyageurs Moseley, Micklucko-.Maclay, Meyer, 
(!omrie et Alberti dans la Nouvelle-Cuinée et d'autres lies de la Mélanésie. 
En iH(i7, Flower et Murrie s'étaient ainsi exprimés à propos d'une femme 
Boshimane (Iiss('(juée par eux : « Un examen attentif du cuir chevelu nous 
j)ermitde nous assurer (|ue les cheveux ne pou>saient pas par places sé- 
[)arées par des espaces glabres ainsi (piOn l'a prétendu, mais que leurs ra- 
cines étaient uniformément disséminées. » C'est alors qu'un nègre 
m'ayant été montré à la (^harilt'. (pii présentait au plus haut degré la che- 
velure en grains de poivre, j(î lis nommer une commission par la Société 
d'anthiopologie (jni coupa les cheveux avec des ciseaux et constata qu'il 
n'y avait aucune conciMiliation de j)oils sur un point (luelconcjue, que les 
poils s'agrégeaient enlic eux à la façon des poils de la fijurrure dite astrakan 



CHEVEU DES NÈGRES. 287 

el que, déinôlésavec le peigne, les petits paquets se reformaient sous d'au- 
tres combinaisons. D'autre part avec M. Ilamy je sortis de l'alcool deux 
entants boshimans au iMuséum : ni l'un ni l'autre n'avaient d'interval- 
les glabres. Enfin, sur ma demande, le commissaire du Cap de Bonne-Es- 
pérance i\ l'E.xposition de 1S78, M. Spencer Todd, fit à son retour une 
petite enquête sur le sujet et me répondit que les cheveux des divers nè- 
gres boshimans ou autres qu'il avait comparés présentaient tous la même 
disposition, c'est-à-dire une insertion continue des cheveux par séries li- 
néaires et parallèles, sans prédominance en certains points. La question est 
donc jugée et la classification de MM. Fr. Millier et Ileckel condamnée (1). 

Mais l'aspect par petites boules conserve toute sa valeur, la grosseur et 
le rapprochement de ces petites boules varient même au point que par 
elles on peut établir une véritable échelle de nègres. Les conditions qui 
favorisent en somme leur production sont les suivantes : l'étroitesse des 
tours de spire, la brièveté et le peu d'abondance des cheveux et par-des- 
sus tout le défaut d'emploi du peigne, toutes conditions réalisées au 
maximum chez les Boshimans, mais qu'on rencontre également chez d'au- 
tres nègres d'une façon isolée ou sur la pluralité d'un groupe. 

En résumé, le type général du nègre est caractérisé par les cheveux 
laineux ou crépus, et non par la couleur noire, contrairement à son 
élymologie [n'iger). On rencontre fréquemment à la surface du globe des 
races dont le visage est d'un noir intense et qui n'ont ni les cheveux laineux 
ni l'ensemble des caractères dits négritiques. Tels sont les Australiens, les 
Nubiens qu'on a vus au Jardin d'acclimatation et les Arabes Hymiarites de 
l'Yémen. Tel est le noir de Pondichéry disséqué au laboratoire, dont 
l'examen du cheveu figure dans le tableau des faits isolés de M. Latteux. 

Ces cheveux sont plus ou moins courts, plus ou moins enroulés en spi- 
rales de 1 à 8 millimètres de diamètre, plus ou moins abondants et donnent 
lieu sous ce rapport à une série hiérarchique. Mais le plus souvent l'obser- 
vation en est entravée par l'action du peigne; ils se disposent alors en une 
sorte de toison tout autour de la tête ou de boule compacte dont le terme 
extrême est la vadrouille. 

Quelle que soit la forme prise spontanément ou donnée artificiellement 
à la chevelure laineuse du nègre, il arrive un moment, surtout chez les 
métis, où son passage aux cheveux frisés se fait insensiblement. De même, 
plus loin, les variétés plus ou moins frisées de ceux-ci passent-elles 
insensiblement aux variétés du type ondulé, et enfin à celles du type droit. 
Les limites de ces types sont insaisissables, et cependant les types eux- 
mêmes sont incontestables et très distincts. 

Néanmoins, d'une part le type des cheveux laineux est un avec des gra- 
dations, de l'autre le type des cheveux dans l'humanité est un avec des 
variations, portant sur l'un ou l'autre de ses caractères particuliers : fri- 

(1) Topinard, Bull. Soc. d'Anthr., 1878, p. Gl et 90; 1880, p. TM 



288 CIIAIMTUK X. 

suie, longtieur, épaisseur, abondance, couleur, so réduisant anatomi- 
quemeiil à de> (jucslious de dévi-luppenient dans un sens ou dans un au- 
tre, et par conséqucnl physiologi(j»u'iiu'iil à des (jueslions do nutrition et 
d'exeilalion locale^ on f;énérales, plus uu moins l'aibles ou fortes. 

Par consripuMil rien ne répugne à croire (jue dans de certaines condi- 
tions, tel un Ici caractère tiré du cheveu, dont nous faisons une caracté- 
ristiijue de race, ne puisse se produire en apparence spontanément dans 
une suite de générations et, l'action de Ihérédité étant favorisée par 
lisolement et le croisement dans le sein des familles, se convertir en un 
caractère permanent. 11 n'est donc pas besoin d'aller chercher les explica- 
tions mécaniques et singulièrement fantaisistes des anciens monogénistes. 

Mais ce que nous entrevoyons comme une possibilité n'a jamais été 
pris sur le fait. De tout ce qu'on a avancé à ce sujet il ne reste rien. Les 
caractères tirés du système pileux se présentent à nous chaque fois que 
nous pouvons les suivre dans une suite de générations avec une cons- 
tance inaltérable. Ils sont permanentschez les races dans l'horizon acces- 
sible de notre observation directe. L'inlluence des climats et de la nourri- 
ture sur eux ne dépasse pas les individus. Les croisements seuls les 
modifient en les dissociant et les allolant. Ils nous échappent alors et 
nous devons croire qu'en cet état ils peuvent entrer dans de nouvelles 
combinaisons, et s'altérer de fait; ce dernier point n'est même qu'une 
probabilité non matériellement démontrée (1). 

Appiicutiou à la ciaNsiiication «les races. — Les Caractères tirés du sys- 
tème pileux étant permanents dans les races générales et s'associant 
môme avec une constance remarcjuable dans certaines races particulièies, 
il y a lieu d'en tirer parti dans la classification, s'ils donnent lieu i\ des di- 
vi>ions franches, conformes à ce que l'ensemble des autres caractères 
indique. Je m'expliipie. Lorsqu'on est appelé à établir une classification 
dichotomique afin d'aider la mémoire, le premier soin est de détermi- 
ner, avec tous les caractères (jue l'on peut réunir et dont l'union fait 
la force, les groupes que l'on veut ensuite classer en se basant sur ceux 
de leurs caractères qui s'offrent avec le plus de constance. Or ces groupes 
fnndamenlaux ou embianchement de races, (|u'on prouve par l'analyse, 
mais qu'on crée par une sorte de synthèse provisoire, sautent aux yeux, 
malgré les contradictions partielles. Ce sont ceux que, depuis Bernier et 
Bradley, tous les voyageurs et anthropologistes ont reconnus et admis. 

Les caraclèrtîs tiié>> des cheveux s'accordent-ils avec ces impressions do 

(1) EXPLICATION DES PLANCHES II ET III CI-CONTRE : 

1 et 2, chov«'U\ «liditH : Pi-aux rougOH (.\ll)uni Siiiitli.Honinii Inst.i; :i rt \, cheveux frisus : 
AuHtraliuns (cuil. Ilartinanii et cuil. Suc. Ânllir. ; ;i, cliuvuux <mi bruuKsaillc : Aino (Kxp. 
Se. .\iithr., I878j ; G, cheveux laineux ot» tui-ton : la.siiiauieii ^Brough Smytli). 

7 et 8, cheveux laineux on grains de poivre : llottentot et jeune nègre du Zaïubèse; 9, che- 
veux laineux en vadrouille : NcoCalédonien ; 11, cheveux laineux en toison : Néo-Calodo- 
nicn ; 10 el 11, variéiés do cheveux longs. 



TopiMiird, Aiilliroi."- I>. l'«n 



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CHEVEU. — LAINE DU MOUTON. 289 

tous, laissent-ils ensemble les races qui ne semblent pas devoir ôtre sépa- 
rées, en écartent-ils quelques-unes d'une façon choquante? Toute la 
question est là. Voici en résumé les divisions qu'engendrent les considé- 
rations tirées du système pileux : 

Cheveux droits ou sensiblemontrcctiligncs ^ ^^^^^ ^,^^.^ ^^ d'Amérique, 

— à coupe plus ou moins ronde / j.. . 

. ,, , , . \ dites jaunes ou rouscs. 

— h peine développes au visage et au corps ; 

Cheveux crépus ou très enroulés en spirale ) Races nègres d'Afrique et d'Océa- 

— îi coupe plus ou moins elliptique i nie. 

Ciieveux intermédiaires comme enroulement en spirale. î Races européennes, austra- 

— — comme coupe (ovale) i lienncs, nubiennes, etc. 

Évidemment deux de ces groupes sont corrects, si l'on ajoute que dans 
le premier sont compris 5. la fois les Esquimaux, les Peaux-rouges, les 
Sibériens, les Chinois, les Gochinchinois, les Malais et les Dravidiens de 
l'Inde, et que dans le second sont inclus tous les nègres sans exception. 
La seule réserve à faire pour le premier concerne les Polynésiens; il 
n'est pas encore prouvé qu'ils aient le cheveu rond et droit. Mais cela 
force à se demander si le Polynésien ne serait pas une transition à un 
autre groupe et s'il faut réellement le laisser avec les Asiatiques orientaux. 

Le troisième groupe, en revanche, ne satisfait pas. Cette réunion des 
Australiens aux Européens n'est pas naturelle; les Australiens sont si dif- 
férents, si négroïdes par la plupart de leurs caractères qu'on se résigne 
difficilement à les laisser côte à côte dans un même embranchement. 

Ne voulant pas ici traiter de la descendance de ces caractères, de ceux 
plus ou moins analogues qui ont pu les précéder chez les animaux, nous 
nous bornons, en fait de comparaison avec ceux-ci, à quelques mots sur la 
laine du mouton, à laquelle on a comparé celle du nègre. Il y a chez cet 
animal et sur la même fourrure deux sortes de poils, l'un en petite quan- 
tité, droit, raide et long, appelé la jarre, que les éleveurs cherchent à 
écarter par sélection, et l'autre fin, souple, plus long encore, dont ils s'ef- 
forcent de multiplier la quantité et qui est la laine à proprement parler. 
Les brins de laine sont onr/w/es, frisés et en zigzag, dans lesquels les sinuo- 
sités s'opèrent dans le même plan, alternativement d'un côté à. l'autre, ou 
vrillés, dans lesquels le poil s'enroule en spirale comme chez l'homme. La 
fmesse de ces brins est plus grande que sur le cheveu même du Boshiman ; 
ils présentent des dentelures produites comme chez l'homme par les débris 
de répithélium propre du poil. Leur coupe est elliptique suivant les uns 
et ronde suivant les autres, ce qui veut dire que les deux formes se rencon- 
trent sans doute. Réunis par mèches ondulées, en zigzag ou en spirale, 
ils donnent naissance à l'ensemble propre au mouton appelé toison et ana- 
logue i\ notre cinquième type chez l'homme. 

Darwin, s'appuyant sur la présence des poils rudimentaires en abon- 

TopiNARn. — Anthropologie. 19 



290 CIIAPlTHi: X. 

(lance chez \c fu'liis IniriKiin el sur \c ct)ri)s dt* l'adulli', ailinet que l'homme 
descend lie (luelque aiiinial né velu et resté velu pendant ti)Ule sa vie, et attri- 
bue leur disparition, ou mieux leur delaul de d< •^(•K.J)peuient sur le coi-j» 
de riiDUinie, i\ la séleetiun sexuelli' t»péiée en faveur de ce caractère par la 
fonnne. (iianl Allen pense que lusuie des poiU dans le décuhitus dorsal 
ouen s'appuyant le long des arbres a pu contribuera cetle dispaiilion. Ma- 
danu' Iloycr pense au contraiie (lue l'ancOlre de riioninie était ;\j)eau nue. 



.\e#. »'i ai>|i2ireil nasal. — Le clieveu était uu exemple de caractère 
de ceux qu\m observe sur le vivant à l'œil nu ou au microscope, et 



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1, cartilano latéral du nez, s'arliculant avec les os propres; .'», cartila^o df lailc roli.- par 
uru? série do runaux rartilaKin.'ux 7, 8 et 9. à la lame fil>rous(; du bord de l'écljaiirrurc 
nasale du maxillain' ; :\ et 4, cartilogos et noyaux acrcssoirrs. 

d'ordre descriptif sauf par quelques mensuialions rh et lu. Le nez, dont 
nous allons exposer les caractères utiles, nous met en présence ;\ la fois 
du vivant et du s(|uelelte, des caractères d'ordre descriptif et des carac- 
tères d'ordre anthropométrique. Lorsque Isidore (icoffroy Saint-Hilairc a 
pris comme caractère de elassilicalinn succédant à ceux tirés du cheveu, 
l'aplatissement ou la saillie du nez, il a fait preuve d'esijril praliijue, mais 



NEZ. — ANATOMIE. 201 

il n'a pas tiré tout le parti que lui fournissait cet organe. Nous prendrons 
les choses plus largement et en prolileruns pour montrer où conduit la 
méthode analytique s'attachant i\ un seul organe, et ce qu'est l'idée 
d'harmonie ou de solidarité des formes par un exemple limité. 

Le nez est distinct des fosses nasales. Clelles-ci sur le squelette sont l'en- 
semble des cavités principales et accessoires qui, revêtues de la muqueuse 
pituitaire et de ses prolongements, constituent la surface olfactive. Les 
deux cavités principales, séparées par la lame perpendiculaire de l'eth- 
moïde et le vomer, ont un double orifice postérieur appelé narines pos- 
térieures , et un orifice unique antérieur (sur le crâne) appelé narines 



f 



j' 




1, cartilago latéral droit s'articulant avec les os propres du nez du même coté; 3,3, bord 
aotérieur du cartilage de la cloison s'apercevant entre les deux cartilages latéraux ; 
'i, cartilages accessoires constants; 5, branche interne du cartilage de l'aile du nez; G, 
noyaux cartilagineux accessoires; 7, dépression au bout du nez entre les branches internes 
des deux cartilages des ailes. 



antérieures. Les cavités accessoires sont les sinus maxillaires, frontaux 
et sphénoïdaux. Le nez est l'espèce d'auvent formé par les parties molles, 
qui s'attache sur les côtés des narines antérieures osseuses ci-dessus et s'a- 
vance plus ou moins au milieu du visage, ouvert en dessous où sont les 
narines du langage courant. 

Dans le nez il y a à considérer le pourtour des narines osseuses et leur 
prolongement, par les os nasaux, jusqu'à la racine du nez à la suture 
naso-frontale ; les cartilages, qui sont la charpente propre du nez; et la 
forme générale de l'organe. Le pourtour dos narines en forme de cœur 



^^ CIIAPITUK X. 

(k' rarlf ;\ jniier chez l'Eurupéen est formé en bas par les deux os inlor- 
inaxillaires, scudés fl l'os maxillaire de bonne heure et offrant, sur la 
ligni' médiane, chacun une petite cpine. Les deux adossées forment 
l'épine nasale des auteurs, en apparence unique sur la plupart des sujets. 
mai<^ dont les deux parties constituantes s'écartent parfois. Klle est 
lungiie, curie, ou presque nulle, sa réduction constituant un caractère 
d'infériorité qui, à S(m minimum, rappelle la disposition propre à la gé- 
néralité des singes. De chatiue coté de celte épine sont deux échancrures 
;\ concavité supérieure dont les différences, très importantes à noter, se- 
ront décrites ailleurs. Les côtés mômes des narines antérieures sur le 
<quelelte sont formés par les apophyses montantes du maxillaire, et le 
faîte parles os propres du nez dont lalongucui, la lar-cur. le rapport de 
ces deux dimensions, le degré d'aplatissement, l'angle aigu en toit au- 
quel ils donnent li«Hi par leur rapprochement, donnent lieu à une sé- 
rie de caractères qm ne sont pas d'ordre assez général pour que nous 
nous y arrùtions ici. 

Indire de r«u.erture .ia«aie. - L'ouvcrture cllc-méme a uue forme 
très variable sur laquelle Williamson a insisté en 1857 et ([u'on peut 
réduire au rapport que.donne la largeur totale de l'orifice, à sa longueur 
prise pour 100. C'est r///^//Ve de l'ouverlure msale qui a quelque relation 
harmonique, mais éloignée avec l'indice nasal dont nous i)arlerons en- 
suite. En voici des exemples : 

Indice de l'ouverture nasale. 

l.riPK'Mir. llauleur. Rapport. 

f, iiciiaïuiais ri.:^ :».">• 3 03.7 

(; Valaquos '^':îl :»1-^ "•^•'^ 



(; Magyars 



•'3.:, 31 



i . ;: 



6 Annamites *^1». ^ 32 . 3 « 1 '» 

(; Néo-Calédoniens 'i5..'> 30.0 «ôO 

G Nôgrcs du Koi-dolan.. -.'7.8 30. S 'J0.2 

Ce serait, coninu' <.ii le voit, un caractère excellent. .Milhcureuscment 
l'extrémité inférieure des os propres est presque toujours cassée sur le 
crâne; il est rare qu'on puisse constituer une série suffisante à ce point 
de vue. Parmi les auteurs qui prennent cet indice je citerai .M . Shaaffausen. 

■ .niir,. uaHui du rrûne. — C'est le Caractère le plus en vogue parmi 
,eux qu'on tire de la charpente osseuse du nez, celui que Hroca a établi 
en 1872 et qui est accepté aujourd'hui par tous les crAniologistes. Carac- 
tère précieux non seulement par les excellents traits dislinclifs qu'il 
donne dans la série des races, mais parce qu'il est de ces mensurations 
rares sur le point de repère desquelles les crùniologistes sont unanimes. 
C'est le rapport de la largeiu- maximum des narines osseuses antérieures 
à la longueur naso-spinale, du centre virtuel de l'épine nasale, sur une 
ligne horizontale avec le bord inférieur des échancrures latérales voi- 



NEZ. — INDICE NASAL DU CRANE. 



29a 



sines, ou point spinal i\ la racine du nez, ou nasion. Voici les résultats. 
Les enfants nouveau-nés ont l'indice nasal plus élevé, c'est-à-dire la 
largeur des narines osseuses plus grande, ce qui s'explique. Les enfants 
ont la face plus courte, donc relativement plus large ; en vertu de l'har- 
monie des formes, le nez est par conséquent plus large. Les différences 
sexuelles d'un groupe à l'autre sont assez douteuses et contradictoires 
pour qu'on puisse môler les sexes dans ce caractère. Les extrêmes indi- 
viduels dans les registres de Broca, que j'ai sous les yeux, sont de 72 chez 
deux Hottentots à 35 chez un crâne de notre lahoratoire qualifié de 
russe. Suit une liste d'exemples divers de moyennes de race. La prove- 
nance est indiquée par les lettres suivantes : Br. pour Broca, Gr. Eth. 
pour Crania Ethnica, FI. pour Flower, T. pour Topinard. 

Indice nasal du crâne. 



Races nègres d'Afrique. 




8 Boshiraans, FI. et Cr. Eth 


60.2 


10 Hotteutots, — 


57 .3 


3 Hottentots Namaquois, Cr. Eth . . . 


61.7 


12 Gafrcs. — . . . 


57.8 


\h Guinée inférieure, — . . . 


58.8 


25 Guinée supcriourc, — . . . 


55.2 


3.S Sénécal. — 


55 1 


2j Fernando-Po, T 


53.7 


18 Kordofan, T 


55.4 


22 Nubiens d'El. Br 


55.1 


lioirs et nègres d'Afrique. 




iO Tasmaniens, FI 


57.4 


12 Fidjiens, FI 


57.1 


52 Australiens, FI 


56.9 


21 — Br 


55.9 


13 Néo-Caléd. (île des Pins), Cr. Eth. 


52.9 


51 ^ de Kanala 


51 4 


Races de Iramilion. 




14 Andaraans, FI 


50.9 


6 Veddahs, FI 


50.3 


33 Maravars, FI 


50.3 


10 Lapons, Br 


50.2 


Races jaunes. 




29 Javanais, Br 


51.4 


21 Annamites, T 


50.1 



16 Chinois, FI 

51 Chinois, Ïen-Kato. 

27 — Br 

40 Polynésiens, Br. . . 

48 - FI... 

11 Japonais, FI. et T. 

127 Américains 



49.8 
49.0 
48.4 
48.4 
47.7 
48.1 
47.2 



Races dites européennes. 

46 Bcrbcrs de Biskra, T 

28 Sardes, T 

72 Italiens de Lombardie, T 

122 Parisiens, Br 

17 Frisons, T 

88 Auvergnats, Br 

32 Anglais, FI 

1 7 Guanches, Br , 

54 Basques d'Espagne 



Paradoxaux. 



25 Esquimaux, FI. 
21 — Br 



Préhistoriques de France, etc. 

18 Caverne Homme-Mort, Br 

8 Dolmens Lozère, Br 

35 Grottes de Baye. P. polie, Br. . . 

34 Gaulois, Br 

76 Mérovingiens, Br 



46, 

46. 

46.2 

46.0 

44.2 

43.8 



43.7 
41.9 



45.4 

47.7 



45.8 
49.1 



Les extrêmes dans ce tahleau vont en nomhre rond de 60 chez les 
IJoshimans à 42 dans la série des Esquimaux de Broca. L'intervalle 
pour les cas individuels était de 37 unités, il est de 22 pour les moyennes, 
c'est-à-dire assez grand pour faire espérer que l'anthropologie y trouvera 



204 CIIAPITRK \. 

(les distinctions do rnro satisfaisantes. La inédiano on lo milion de la série 
des moyennes tombe entre ,'i() et ril. IJroca a ellectivemcnt placé son 
groupe moyen au point de vue de la moyenne de 4H inclusivement h 52.9 
inclusivement <mi :\:\ exclusivement, c'est-;\-dire h 2 unités et demie au- 
dessus de la médiane et :i unités et (h'Uiie au-dessous. C'est correct, ce 
sont ses tnésor/iiniens. Au-dessus sont les phifi/rhiuiens (nez large et plat) 
et au-dessous les leptovlmums ne/ mince nu étmin. VcMci du reste sa 
nomcnclaliire complète. 

lu'/ice nnsdl du crâne Broca), 

LcptorhiniL'iis à 47.9 cl au-dossous. 

Mésolijitii.'iis «le 48 à .J2.1) 

riat\rliini«'iis à .'^a et au-dossus. 

Or dans la li>>le picc«Mlenle on constate ce (jui suit : tous les nègres 
dWIriciuc sont leploi hiniens ^dans les moyennes, bien entendu). Tous les 
noirs (ju nègres d'Océanio é'^alement, moins les Néo (calédoniens sur 
lesquels nous reviendrons. Tous les groupes de races dites jaunes sont 
mésorbiniens, c\ l'exception d'un groupe que nous réservons encore. 
Tous les Européens, y compris les Berbers de Biskra, sont leptorbi- 
niens. Ces résultats sont assez nets pour qu'on en conclue de suite que 
l'indice nasal du squelette e^t un bon caractère pour séparer les trois 
grands embranchements les jjIms visibles de l'humanité. 

Mais il y a un groupe paradoxal, qui trouble l'harmonie, et des groupes 
de transition comme on en rencontre partout, qui ne modifient pas la 
conclusion. Le premier est le groupe esquimau; il est rejeté hors des 
races jaunes et est plus leptorhinien que les Européens eux-mêmes. Lors- 
(ju'on a vu un seul crâne esquimau, il n'y a pas à s'en étonner: essen- 
tiellement harmonique, il est long de crùne et long de face; l'appareil 
maxillaire, l'orifice nasal et les os propres du nez s'allongent en consé- 
quence. Les autres races jaunes sont au contraire brachycéphalcs et les 
mieux caractérisées ont la face plutôt courte. Malgré tout, cet indice en 
apparence paradoxal des Esquimaux demeure un fait curieux à noter 
qui le distingue au sein des races jaunes dont il e>t un échantillon 
typique sous tous les autres rapports. 

Les groupes de transition sont les suivants : i" les Néo-Calédoniens 
modifiés quant ;\ l'indice nasal par leur ci'oisement avec les Polynésiens, 
plus dans le groupe de Kanala (jue dans celui de 1 île des Pins, et dnnt 
le type primordial a dû ôtre le Fidjien ou l'un de ses congénères; 2° les 
Polynésiens peut être et les Aujéricains dont la mésorhinie des races 
jaunes touche :\ la leptorhiuie des races européennes ; notons le rappro- 
chement de ces deux groupes (jne nous letrouverons |)lus lard j)ar 
d'autres caractères ; 3° les quatre groupes (jue j'ai cpialinés de transition, 
les deux de l'Inde et les Négrilos, des races nègres aux races jaunes. 

(Juaiil aux distinctions secondaires dans les trois embranchements 



NEZ SUR LE VIVANT. 295 

francs, je ferai remarquer les suivantes: chez les Européens un premier 
groupe secondaire formé par les Berbers et les Italiens que quelques-uns 
réunissent sous le nom de race méditerranéenne ; un groupe central formé 
par les Parisiens, les Frisons, les Auvergnats et les Anglais et un groupe, 
le plus leptorhinien de tous, formé par les Guanchcs et les Basques, rap- 
prochement que Broca avait noté avec soin; dans les groupes préhisto- 
riques mis à part l'indice nasal le plus faible (leptorhinie) chez la race 
issue de celle de l'Age du renne qui ensevelissait ses corps dans la caverne 
de l'Homme-Mort (Lozère) ; l'indice se relevant avec la race des dolmens, 
s'abaissant à nouveau h l'époque gauloise pour se relever fortement avec 
l'apparition des Francs mérovingiens. 

J'ai dit que les points de repère pour la mensuration de l'indice nasal 
crânien étaient les mêmes pour tous les cràniologistes. Il n'en est pas de 
même de sa nomenclature. Les Allemands se séparent de la majorité. 
Voici par exemple la nomenclature de M. Kollmann : 

Indice nasal de Kollmann. 

Leptorhiniens de 42 à 47 inclusivement. 

Mésorhinions 48 î\ 51 — 

PlatyrhinieiJS 52 à 58 — 

Hyperplatyrhinicns. . . . au-delîi de 58. 

On doit donc se défier lorsque les Allemands parlent de la mésorhinie, 
il peut s'agir de platyrhinie. Broca a créé la première nomenclature 
de l'indice nasal ; pendant longtemps, il n'y en a pas eu d'autres. 
Pourquoi, en acceptant l'indice, en avoir changé le langage? C'est intro- 
duire de la confusion volontairement. 

:\'ez sur le TiYant. — Dans son ensemble il demande à être étudié de 
face et de profil et se compose des parties suivantes : en haut la racine 
du nez; en bas la base constituée au milieu parle lobule médian, sur les 
côtés par les ailes, en dessous par les narines que sépare la sous-cloison 
dont l'extrémité postérieure s'attache à l'épine nasale ; sur les côtés deux 
plans inclinés, limités par le sillon oblique naso-buccal prolongé; en 
avant, formant arête, le dos du nez composé de trois parties, une pre- 
mière répondant aux os propres du nez, une deuxième répondant aux car- 
tilages latéraux, la troisième répondant à l'intervalle des cartilages des ailes. 

Les cartilages du nez sont particulièrement importants à connaître en 
ce sens que par leur consistance, leur jeu les uns sur les autres, les bri- 
sures ou saillies qu'ils facilitent en un point ou en un autre, ils donnent 
l'explication des différences de formes du nez que nous exposerons. Ce 
sont le cartilage médian, les cartilages latéraux du nez et les cartilages 
latéraux des ailes. 

Le premier ou cartilage de la cloison, médian et impair, est une lame 
placée verticalement qui complète en avant la séparation des deux fosses 
nasales opérée en arrière par le vomer et en haut par la lame de l'eth- 



290 



CIlAPITnK \ 



moule ; en avant et en bas il vit'nl apparaître Mir \o dos du nez d'abord 
entre les cartilages latéraux dans leur partie inférieure, puis entre les 
cartilages des ailes pour cnnlrihucr ;\ former la sous-cloison et s'attacher 
à l'épine nasale. 

Les seconds ou cartilages latéraux, de forme triangulaire chacun, s'at- 
tachent aux bords des os propres et à la partie voisine du maxillaire dans 
une petite éleiuluc, se rapprochent en haut et en avant et forment en dé- 
linitive les jjlans inclinés latéraux du nez. 

Les troisièmes oucarlila^^es des ailes, d'une conformation très gondolée, 





I 



— . j 



^iJ 



I .^. ^s. 



1,1, cartilau'"- n.- i i i imn-'u . J, >un bi.rd postOrieur se cmiiiuuant avec la lame porpoiidi- 
culaire do l'etlimoiilr ; 7, son Ixjrd postérieur se fixatil au voiuer ; 8, prulungenient etri'it <|UC 
ro bord envoie enlr»' 1»^» deux latnos du vonior et (|U(' Sapp<\v a vu, ^ fois sur 22 ras, se pro- 
longer jusqu'au corps du sphénoid»-; (;, brandie interm' du cartilage de l'ail»' du nez; 12, petit 
cartilage accessoire sans nom (jui s'avance jusqu'à l'épine nasale point spinal de la ciânio- 
niclrie) entre le cartilage de la cloison en haut, le vomcr en arrière et le maxillaire en bas. 



se composent <!e deux branches, l'une interne, qui est séparée par le 
cartilage de la cloison de la branche homologue du cartilage opposé, et 
l'autre, externe, rjui coiffe la narine en avant et sur le côté et en forme la 
partie résistante; cette paroi de narine est conjplétée en arrière par du 
tissu fibreux, de petits cartilages accessoires sans nom et des grumeaux 
graisseux. 

Passons à la conformation générale. La racine du nez fournit déjà des 
caractères précieux sur lesquels nous n'insisterons pas ici, par sa profon- 



NEZ. — TYPES DE PROFIL. 



297 



deiir, sa largeur, l'acuité de l'angle que ses deu.x faces forment entre 
elles. Elle est quelquefois effacée par deux procédés différents: dans l'un 
son fond s'avance, en sorte que la ligne du front semble se continuer avec 
le dos du nez. Jamais cependant la ligne n'est absolument droite comme 
dans le type réputé beau des artistes grecs. On ne s'explique pas l'idée 
que ceux-ci ont eue en choisissant cette ligne de convention qu'on ne 
rencontre actuellement ni en Grèce ni en Italie. Nous y sommes habi- 
tués dans les figures artistiques, on trouve que c'est noble, mais dans la 
nature il nous laisse une impression qui n'a rien de favorable à la per- 
sonne qui en est affectée. 

Le dos, ou mieux le profil du nez, forme une ligne plus ou moins incli- 
née en avant, qui est convexe, droite, ou concave dans son ensemble, bus- 
quée, c'est-à-dire saillante à la rencontre des os propres et des cartilages 





Fis. 29. 



Fin. :5(> 



Fig. 29. — Sous-cloison nasale et narines chez l'Europceu. 

Fig. .30. — 1,1, bord inférieur du cartilage de la cloison; 3, branche interne; 4, branche 
externe du cartilage de l'aile ; 2, bout du nez où se réunissent les branches. 



supérieurs, ondulée ou sinueuse, c'est-à-dire présentant une première 
dépression là où tout à l'heure elle était busquée, et une seconde à la ren- 
contre des cartilages latéraux et de ceux des ailes. Cette dernière forme ré- 
pond à ce qu'on a appelé le nez de satyre et rappelle celui de François I". 
Le nez à dos convexe porte en général le nom d'aquilin et présente de 
nombreuses variétés. Dans une première, le dos du nez est très proémi- 
nent et étroit, il décrit une vaste courbe qui aboutit à la pointe même 
qu'elle abaisse au-dessous du plan des narines; en môme temps le lobule 
se détache nettement des ailes qui généralement sont minces et déta- 
chées. C'est le nez en bec de corbeau, de polichinelle, d'aigle (d'oii son 
nom), le nez crochu, le type sémite principal. Dans la seconde variété 
l'arôte du dos n'est plus tranchante, elle est comme empâtée, la courbe 
est courte et revient sur elle-même à la pointe, comme si celle-ci eût 
été écrasée ; toute la base est lourde, les ailes se confondant en une 
masse avec le milieu. C'est le type sémite grossier. 



298 CHAPITRE X. 

Les autres varit'-tôs empruiitt'iil à Tiin «)U ?l l'autre. Le nez ou profil 
convexe, ferme, saillant, e>t csscnlifllernent scMuite ou aryen ; (luehjues 
ne/, (le nègres ou de race jaune ont une ligne égaliMiicnt convexe, mais 



) 



f 





f 







\Jii^' 



I 








Fi;:. 31. — Types do nez, do prulil. 



Typps européens : 1, ti«z droit, plan (!«• la base regardant eu bas; 2, nez aquilin, plan 
do la base regardant en arrière; :i, nez concave, rotr«>uss(\ pl.in de la base rf gardant v\\ 
avant; 4, nez busquf ; .'», nez sinueux. G, Type onlinaire, lin «les races jaunes. 7, Type "rdi- 
naire de» races nègres dAfri«|Uo. 8, Type anstr.àlnid.. ou des races noires de Mélanésic 



habituellement i^i dos large, épaté ; ils eu ont imposé souvent aux voya- 
geurs fjin les ont fjualillés d'acjuilins. Ain^i cliez les .\shantis et môme chez 



NEZ. — NARINES. 299 

les Australiens on a parlé de nez aquilins et, il est vrai, aussi de nez 
romains; ehez les Papous également. La plupart des bustes de Tarchipel 
Salomon de la collection de VAsb-olabe ont réellement un nez convexe, se 
prolongeant môme en dessous sur la ligne médiane. On comprend donc 
que le voyageur puisse se tromper et ce qui a causé son illusion, cepen- 
dant facile à éviter. 

Le nezexactement droit est rare, toujours il y a trace de petites inflexions 
aux deux extrémités des cartilages latéraux: le nez kymri en est le type 
le mieux accusé. Le nez concave est de deux sortes : l'un dans lequel la 
concavité est médiocre, à dos grossier, comme dans le type celtique, l'autre 
où elle est plus accusée, surtout en bas dans le nez retroussé, qu'on ren- 
contre entre autres dans le bassin méditerranéen et plus souvent chez la 
femme. Est-ce le nez ligure ou le nez ibère? la façon seule dont la ques- 
tion se pose montre la difficulté d'y répondre. Le nez à la François V 
me paraît individuel. 

La base du nez regardée en dessous, c'est-à-dire les narines, fournit 
aussi des caractères importants. On peut comparer l'aspect de la sous- 
cloison à un sablier; ses deux parties en cône en sens contraire sont 
très longues dans les races européennes, s'écrasent dans les racc^ jaunes, 
et s'efl'acent dans les races noires aux cheveux droits ou aux cheveux lai- 
neux. 

La quantité dont les narines sont cachées ou découvertes sur le côté est 
à noter en second lieu. Puis le plan même de la base qui est horizontal, 
d'autres fois oblique en bas et en arrière, ou oblique en haut et en arrière. 
Mais le plus intéressant caractère dans cette région est la forme et la di- 
rection des narines elles-mêmes. Elliptiques, parallèles, allongées d'avant 
en arrière chez les Kymris les plus typiques, elles sont bout à bout trans- 
versalement chez les nègres les plus grossiers, tels que les Tasmaniens et 
les Guinéens; entre les deux types se présentent tous les intermédiaires : 
les narines élargies et ovales des Celtes, les narines irrégulièrement ron- 
4les, côte à côte, des races jaunes et les narines simplement obliques ou 
moins couchées des races nègres. Voir la figure 32. 

Il est regrettable que les caractères tirés des narines soient d'une obser- 
vation diflicile, car ils sont vraiment excellents, mais en relation exacte 
du reste avec ceux dont il nous reste à parler. 

La particularité du nez qui avait frappé Isidore Geoffroy Saint-Hilaire 
était sa saillie ou son aplatissement sur le vivant. Nous venons de voir 
que l'élargissement du nez par rapport à sa hauteur fournit un carac- 
tère excellent sur le squelette. Les deux termes, aurions-nous dû ajouter, 
varient en raison inverse, et par conséquent contribuent à accentuer leur 
rapport. Plus le squelette du nez se rétrécit, plus il augmente de hauteur 
et réciproquement. Eh bien, sur le vivant avec les parties molles, il en 
est de même, sauf qu'il n'y a pas de parallélisme exact entre ces phéno- 
mènes sur le squelette et sur le vivant. 



3(10 CllAlMTRE X. 

Il y a plus : un troisième facteur harmonique se produit, la saillie du 
uvi- plus elle augmente et plus le orùne tend à s'accroître en hauteur 
vu mCme temps (lu'il diminue eu largeur; plus le nez 8\iplatit, plus il 
décroît de hauteur eu uiO-uic [viu[)> qu'il s'élargit. C'est cette double re- 



II 




.^ 




/ 



y 



\ 




Fig. 32- — Orifkos (l»'s nariiic^ 
I ol 2, types européons; 3 ot 4, types de» races jaunes ; .. «i «., l\p'^ iMi^ros. 

lation qui, vraie dans l'ensemhle sans Ctre nialhémaliquc, fait que l'in- 
dice nasal du vivant ne réix.ud pas rig(»ureusenient dans ses variations 
à l'indice sur le squelette. 

Lorsque je fis ma première communication sur l'élude analytKiue du 



NEZ. — INDICE NASAL DU VIVANT. 301 

nez à la Société d'anthropologie, je créai deux indices pour le vivant : 
l'un, le rapport de la largeur à la hauteur ou indice nasal de largeur; 
l'autre, le rapport du diamètre antéro-postérieur fi la base ou de la saillie 
à la largeur ou indice nasal antcro-postérieur. Les résultats généraux aux- 
(juels on arrive avec les dcHx sont si semblables que j'ai renoncé au second 
comme superflu. 

Tout est harmonique dans les variations du nez : les artistes ont depuis 
longtemps dit que la largeur interorbitaire changeait comme la largeur 
de la base du nez, ce que nous verrons plus tard. Les narines en sont une 
nouvelle preuve : leurs formes elliptiques, allongées, parallèles l'une à 
l'autre, vont avec les nez saillants et étroits ; les narines bout à bout ou 
couchées obliquement avec les bases de nez courtes et larges, les narines 
intermédiaires avec les nez intermédiaires, si bien qu'étant donné un seul 
trait particulier du nez, on peut reconstruire tous les autres. On comprend 
par là la haute importance de l'indice nasal de largeur sur le vivant, qui 
reflète ce que j'appellerai, comme eût dit jadis Pruner-Bey, l'architecture 
du nez, ou comme eût dit Etienne GeoQ'roy Saint-Hilaire, le plan suivi 
par la nature dans la confection de cet organe incompris. 

Nous avons décrit tout à l'heure à l'aide du profil une série de types 
de nez plutôt européens, ayant un trait commun : la leptorhinie. Un 
second type général dans lequel je ne saurais établir de distinction est 
celui des races jaunes : nez petit, court, large à la racine, fin à la base, à 
lobule détaché, comme déprimé entre les deux ailes, à arête dorsale à 
peine indiquée. Un troisième type général est celui des races noires et 
nègres, très variable, mais toujours très platyrhinien, pouvant se réduire 
peut-être à deux types : le mélanésien et le nègre d'Afrique. Dans les 
deux les cartilages de la base sont mous et dépressibles, l'ensemble est 
large, plat et court; mais chez le type mélanésien dont la plus haute 
expression s'observe chez l'Australien et le Tasmanien, la base est lourde, 
massive, boursouflée, à ailes très développées, épanouies; tandis que le 
type d'Afrique est relativement petit et fin, et se rapproche un peu de 
quelques types des races jaunes. Voir les nez de profil de 6 à 8 de la 
ligure 31 et ceux de face de la figure 33. 

Quoi qu'il en soit, l'indice nasal du vivant rend les grandes distinctions 
que nous cherchons à rendre. 

Indice nasal du Tivant. — C'est le rapport de la largeur totale maxi- 
fnum de la base du nez, en dehors de ses ailes, à sa hauteur, de la racine 
au point d'insertion de la sous-cloison. La première mesure se prend î\ 
un demi-millimètre près ; on effleure la peau sans la déprimer. La seconde 
est plus délicate. En bas, on porte la branche du compas en arrière sur 
l'attache de la sous-cloison et, par un mouvement doux de bas en haut on 
l'appuie contre l'épine nasale qui en définitive est le point de repère. 
En haut, lorsque la racine est bien dessinée, rien de plus facile, on prend 
le point le plus profond sans s'inquiéter de chercher la suture, qui n'est 



302 



• II.MMIUK X 



polir licii dans co point de roj)î're; luis(|u'elle est iiiceiliiine et alloiim'u* 
VL'iliralement comme dans les races jaunes, et cliez certains nègres alri- 
cains et qu'on ne voit pas de suite où est l'endnHl le plus profond de la 
concavité, voici la conduite à tenir : 

De face, avec de l'attention, on distingue un |)li tiaFi>5ver>al impercep- 
tible (jui est toujours au-dessus, à li ou 4 millimètres, de l'axe trans- 
versal passant parles deux ouvertures palpébrales ; de prodl le môme pli 
se retrouve, on voit un changement de direction du profil, un endroit où 



f^>^' 




^0^^^^^i. 




1, i\oi kalmouck Kxp. Se. Antlir., ISTN : '2, ne/ habituel dfs races nègres (r.Vrri.|Uo; .'{, no/. 
au--lral'>ii|i'. 



la ligne d'obliciue en haut et en arrière devient oblique en haut et en avant. 
J'ai souvent, dans des cas difficiles, essayé ce système d'abord de face, 
puis de profil; les deux procédés aboutissaient au môme résultat. C'est 
avec le compas glissière qu'on opère, et de préférence avec le côté opposé 
aux pointes pour ne pas elTrayer le sujet. 

Dans quchpies cas très rares, et j'en ai trouvé parmi les Européens, la 
ligne dorsale du ne/, s'élève directement jus(iu'à la hauteur des sourcils 
et le pli dont j'ai parlé n'est pas ap|)arent. Il siiflit alors de faire froncer 
légèrement les sourcils par le sujet lui-môme ou d'appuyer le doigt de 
bas eu haut ^ur l'intervalle des sourciU. poui- (jue le pli se dessine, (juel- 



NEZ. 



INDICE NASAL DU VIVANT. 



303 



qiiefois il y a deux plis au-dessus de l'axe transverse des yeux; dans l'em- 
barras on prend entre les deux. 

Si j'insiste aussi minutieusement sur ce procédé opératoire, c'est que 
j'ai vu de nombreuses erreurs commises; la principale consiste à prendre 
une ligne oblique du bout du nez à sa racine. L'indice nasal du vivant 
({ue l'expérience a déclaré bon pour la distinction des races est le rapport 
de la largeur maximum de la base du nez à la hauteur du nez et non à 
sa longueur ; c'est donc une ligne verùcale de l'épine nasale à la racine du 
nez ou à son défaut au pli en question, qu'il faut mesurer et nulle autre. 

Voici des exemples des résultats obtenus. Parmi ces indices, les uns 
ont été pris sur le vivant, les autres sur des bustes ou des masques moulés 
sur nature. J'estime, d'après quelques comparaisons que j'ai pu faire, que 
les deux concordent assez bien. 



Indice nasal sur le vivant. 



Platijrhiniens. 



7 Tasmaniens 

1 1 Australiens 

4 Fidjiens 

Il Néo-Calédooiens et Hébridiens.. 

4 Archipel Salomon 



b'2 Nègres du Zambèze 

5 Hottentots et Boshimans 

24 Nègres de Tunisie (CoUignon).. . 

24 Nègres d'Afrique divers (musée 

Broca; 

7 Nègres du Sénégal 

MésorliinieJis. 

5 Américains du sud 

3 Mongols septentrionaux 



6 Kalmoucks , 

7 Araucans (Manouvrier , 

5 Chinois 

52 Annamites (Mondière) 

9 Peaux-rouges, Amer, du Nord, 



108 

107 

97, 

93. 

89. 

101. 
97. 
92. 

92. 



.G 



5 Kalmouks du Jardin d'acclimat., 

8 Fuégiens (Manouvrier) 

l'O Baltis, Cashmir (Ujfalvy) 

ïy Américains du nord, côte N.-O. 

1 Esquimaux 

7 Galibis (Manouvrier 

Leptorkiniens. 

68 Parisiens 

100 Celtes (Collignon) 

27 Galtchas (Cjfalvy) 

88 Sardes (G. d'Hcrcourt) 

184 Kabyles (Prengrueberj 

30 Français méridionaux (Collignon). 

50 Lorrains (Collignon) 

10 J Français du Nord 



Hors cadre. 



13 Polynésiens 

G Tsiganes . . . 

G Ossètes 

4 Géorgiens. , 



75.1 

74.8 
71.4 
70. G 
70.3 
G9.3 



69.4 
67.2 
66.8 
66. G 
66.5 
65.4 
65.0 
63.0 



89.8 
75.4 
71.4 
71.3 



Le nombre des cas n'est pas assez grand pour qu'on puisse considérer 
les relations de chacun de ces groupes comme définitives, mais dans leur 
ensemble les résultats généraux sont assez nets pour qu'on les accepte 
sans arrière-pensée. 

Tout d'abord en ce qui concerne les indices individuels, les extrêmes se 
rencontrent dune part pour l'Océanie, chez un Australien qui a 153, 
c'est-à-dire dont la largeur nasale à la base est d'une moitié plus étendue 
que la hauteur, et pour l'Afrique chez un nègre du Zambèze faisant partie 
delà collection Froberville du muséum, quia 141; et de l'autre en Europe 



noi « iiAiMTHi: X. 

clu'z un Parisien mesuré par moi, i\\n a 51.8, et chez un Galtcha mesuré 
par. M. de l'jfalvy, qui a 50.0. L'intervalle est donc de 100 en nombre rond, 
c'est-à-dire le plus colossal que j'aie rencontré dans aucun indice pris sur 
le vivant t)U sur le crâne, co qui apporte une preuve de j)remier ordre en 
laveur de ce caractère. 

Dans les moyennes ensuite l'indice va de 108. 1>, chez les Tasmaniens 
.1 (>.'{. chez les Français de la zone kynuicjui' de Ihoca, l'intervalle est 
donc un chiU're rond de -47. 

i)v, dans un premier groupe cpie nous ai)pellérons ifluti/r/iinien pour 
rappeler la dénomination de Hroca sur le crAne, se trouvent tous les 
nègres aus>i bien dWfrique (jue d'Océanie, avec les Australiens que nous 
avons déj;\ dit être nègres par tous k's caractères, saul" la chevelure. Il 
>'étend de 108.1» à 81). 1. Dans le ï?econd ou incsinh'mit)i, allant de 81.4 à 
i\\), il n'y a (|ue des groupes appartenant à ce (ju'on appelle les races jaunes 
et rouges. Dans le troisième ou lip(u//iinicfi allant de G'J à 03, il n'y a 
(jue des blancs. 

C'est une répartilion très correcte de toutes li!S races, à peu d'exceptions 
près, en trois embranchements, ceux que l'anthropologie est obligée 
d'admettre par l'ensemble de leurs caractères, quel que soit celui qu'elle 
juge ensuite plus avantageux de choisir comme caractéristi(|ue j)rincipale. 

L'indice nasal est donc un caractère excellent; il exprime le degré 
d'écrasement ou d'épatement du nez, d'une part, et son degré de saillie 
et de resserrement transverse de l'autre, la hauteur dans les deux cas 
étant en raison inverse. Lorsqu'on a sous les yeux une grande série de 
bustes de toutes races, comme celle du muséum et celle du musée Broca, 
avant même de les mesurer on est frappé de sa valeur. Uien n'indique 
mieux le degré de métissage entre deux races, l'une leptorhinienne ou 
platyrhinienne, et l'autre mésorhinienne, c'est merveilleux. La mensu- 
ration rend pailaitenient les impressions qu'on reçoit. 

Il est supérieur à l'indice nasal du crâne non seulement parce que le 
registre de ses variations de race est plus grand, et parce que les sépa- 
rations entre les races nègres, jaunes et blanches typiques sont plus pro- 
fondes, mais parce que la contradiction que cet indice offrait sur le crâne 
avec les Esquimaux y est corrigée. Ce groupe, l'un des plus légitimes des 
races jaunes, est ramené par l'indice du vivant dans le cadre de celles-ci. 

De plus, mieux que l'indice du crâne, il dispose les races inférieures 
en série comme les autres caractères nous les font comprendre. Kn Ucéanie 
ce sont les Tasmaniens et les .\ustraliens qui sont au bas de l'échelle. Il 
est vrai (ju'en Africjue les Ilottentots ont un indice moins fort cpie les 
nègres de l'intérieur; loin d'en ôtre gênés, nous y trouvons une remarque 
curieuse à faire, c'est que cette différence donnerait raison à Barrow qui 
trouvait que les Ilottentots offrent de nombreux points de ressemblance 
avec les races jaunes. 

La seule objection à adresser à l'indice du \ivanl, c'est de rejeter les 



NEZ. — INDICE SUR LE VIVANT. 30î> 

Polynésiens de rembranchement des races jaunes, et de les mettre à la 
suite des MtManésiens. Mais les Polynésiens sont l'un des problèmes de 
Tanlbropologie ù résoudre; certains des bustes compris dans cette petite 
série ressemblaient aux Peaux-Rouges par la courbe ferme de leur nez; 
d'autres en majorité rappelaient si bien le Mélanésien, qu'on ne pouvait 
se refuser à croire que le métissage n'y fût pour une forte part. On sait 
en effet combien cet élément a pénétré en Polynésie, aussi bien dans les 
archipels de 1 est que dans la Nouvelle-Zélande. 

Les trois autres groupes, mis hors de cadre, sont également des pro- 
blèmes. En ce qui concerne les Tsiganes originaires de l'Inde, leur indice 
est bien ce qu'on devait en attendre, la majorité des Indous rentre dans 
les races jaunes. Les Ossètes et Géorgiens, sur la limite de celles-ci et 
des races blanches, peuvent très bien aussi être à leur vraie place ; ils ren- 
ferment une forte proportion de blancs, mais aussi d'autres éléments 
inconnus plus ou moins touraniens. Nous avons laissé les Baltis à titre 
de Thibélains plus ou moins probables dans le groupe des races jaunes, 
auxquelles leur indice les rattache; c'est un groupe suspect. 

11 est intéressant de remarquer, dans les platyrrhiniens, la différence 
d'indices entre les Américains du Nord et ceux du Sud, qui indiquerait que 
ces derniers se rapprochent davantage des races jaunes, ce que d'autres 
caractères disent aussi; puis la diminution de l'indice en passant des 
Peaux-rouges, aux Américains du Nord-Ouest et aux Esquimaux; enfin 
le rapprochement de l'indice des Fuégiens et de celui des Esquimaux, 
qui remet en mémoire la thèse que j'ai soutenue, d'un élément esquimoïde 
ancien vers l'extrémité australe de l'Amérique du Sud. 

Dans l'embranchement des leptorhiniens, je fais ensuite remarquer 
la piésence des Galtchas, ces descendants les plus directs des anciens 
Iraniens dont les linguistes font les congénères des Européens, sans que 
les anthropologistes y fassent opposition ; puis la communauté à peu près 
d'indice entre les Sardes, les Kabyles et les méridionaux (Pyrénées-Orien- 
lales"), que je réunis sous le titre de race méditerranéenne; enfin la diffé- 
rence entre les Celtes et les Français du Nord ou Kymris, conforme à ce 
que l'observation de visu montre, cette différence constituant l'un de 
leurs meilleurs caractères distinctifs; et pour finir le rapprochement des 
Celtes et des Galtchas que j'ai déjà fait en me basant sur leurs crânes. 

On ne saurait donc récuser la haute Viileur de l'indice nasal du vivant, 
qui n'est autre que l'expression en chiffres du caractère nasal qu'Isidore 
Geoffroy Saint-Hilaire a adopté dans sa classification des races. Seul de 
tous les caractères qu'on pourrait prendre, il sépare et consacre les trois 
embranchements de l'humanité; ce que l'indice nasal du crâne ne fait 
pas lorsqu'il écarte l'Esquimau des races jaunes, ce que le cheveu fait 
encore moins lor>qu'il réunit l'Australien à l'Européen. 

En somme l'indice nasal sur le vivant, l'indice nasal sur le squelette 
pour les Esquiinaux, le nez busqué du Peau-Rouge, le type spécial du nez 
ToPi.NARD. — Anthropologie. 20 



dit anstral«iï(lc, et le type .Kpiiliri piTtuctlciit, d'aprrs le iicz seul, de classer 
les races cnnniie il suit : 

ITr^s lepto (vivant) K\ unis. 

„ . , 1 Non a(|uilin... C-lt-s. 

Nt(.ms Irpto. ... ,. . 

f A<jujlnj Semili's. 

, Leptu I crâne,. Ksquiinaux. 

i Ni/: ai)lall. •.*,-,,. . .... 

M.so I vivant . Harrs jauiios. . . ' ^éso (rrànc. . Jauues d Asii». 

( Nez saillant Peaux-Houges. 

. _ i Ni'z relativement fin. Nèurcs (rAfriïiuo, 

IMaty 'vivant . Races noires K ... .. 7 . • . 

' >cz gnjssicr, ailes énormes. . Mélanésiens ot Aus- 
traliens. 

Encore un avantap;e (jue possède le nez : il est le seul (•ala^t^I•o qui 
permette de classer le Sémite. 

Si les particularités que lournil ainsi le nez sunt tenaces et caracté- 
risli(jues dans les races franches, en revanche elles se modifient aisément 
dans le sens de la moyenne intermédiaire entre les deux races mères, nuus 
a-t-il paru, plutôt (|ue dans le sens de l'une d'elles. Il en résulte (ju'il faut 
s'attendre i\ trouver dans la morphologie du nez des types de transition 
tels que ceux que nous avons mis hors de cadre dans le tableau de lin- 
dice du vivant. Mais la valeur des types fondamentaux n'en est pas pour 
cela atteinte, il n'y a pas d'abîme entre les races, ni par un caractère ni 
par un ensemble de caractères, les transitions sont la règle partout. 

Ce qu'on peut affirmer, c'est qu'en dehors des croisements, il n'est pas 
df caiaclère moins altérable par les milieux et les agents mécani(iues (jiie 
la forme du nez. L'aplatissement du nez du nègre produit accidentelle- 
ment ou volontairement par des pressions mécaniques, suivant Barbot et 
Kiilbe, est une fable. Comme contre-épreuve, il faudrait que le nez kymri 
.lit ('té produit par une cause inverse. 

Donc, plus tard dans notre essai personnel de classification des races, 
nous mettrons les caractères tirés du nez et en particulier l'indice nasal 
du vivant en pi'eiiiière ligne. 

( (>iii|>araÎM<>ii tlv 1 iiiilice sur le vi>Hiif el Niir I<* rràiir. — J ai (lit daUS 

les généralités (ju'il n'y avait pas lieu, en principe général, de songer à 
convertir les mesures et indices sur le vivant en mesures et indices sur le 
crAne et réciproquement. En voici une première preuve. Broca sur dix 
tètes entières puis sur leurs crAnes, et moi-môme sur dix autres sujets. 
avons mesuré l'indice nasal du vivant et celui du sciuelettc. Voici les 
résultats généraux: 

\ naiit. C.riiie. 

Les 10 de Broca.. I.ari^fur nasale. . . :{(.2 2:1. ô 

Longueur — ... .'.O.s il). 3 

Ilapporl <;:..3 47. i 

Mo 10 Ur^'eur nasal.'. . . :r2.0 *J2.y 

Longueur — ... 4".>.3 ÛO.I 

Rapport 00.1 iS.7 



LA COULEUR. — ANATOMIE. 307 

La différence sur les premiers est de 17.9, et sur les seconds de :20.4, 
en plus chez le vivant. Entre les deux, laquelle préférer? L'écart est de i2.5, 
assez fort pour faire passer une moyenne d'un embranchement dans un 
autre. Supposons qu'on retranche la moyenne, c'est-à-dire 19.2, de ()5.7 
l'indice du vivant, savoir presque le tiers. Quelle confiance accorder i\ 
un pareil calcul, surtout lorsqu'on le transporte aux cas particuliers ? 

Les difl'érences que nous avons relevées dans les moyennes des deux 
indices, notamment chez les Esquimaux et les Américains, sont du reste 
sans réplique. 11 n'y a aucune correspondance entre les deux. La consé- 
quence, c'est qu'il n'y a pas à calquer les points de repère les uns sur les 
autres et à se gêner, et que le mieux est d'agir séparément dans les deux 
cas. C'est ce que j'ai fait, lorsqu'à la racine du nez j'ai adopté non la su- 
ture nasale qui est inaccessible au toucher, mais le point de repère le 
plus constant et le plus visible à la peau. 



CHAPITRE XI 

DE LA COULEUR 

Matières colorantes de l'organisme. Pigment cutané : Anatomie, physiologie et pathologie. 
— Nomenclature. — Variations. — Influence des milieux. — Types blond, châtain, roux, 
brun, jaune, noir. — Statistique de la coloration des cheveux et des yeux. — Classifi- 
cation par la couleur. 

La coloration de la peau, des yeux et des cheveux est le troisième ca- 
ractère à examiner pouvant servir de point d'appui à une classification 
(les races. C'est le plus ancien accepté à ce titre, et le plus populaire 
encore, ainsi qu'en témoignent les expressions par lesquelles nous dési- 
gnons, quoi que nous fassions, les trois embranchements les plus évidents 
de l'humanité : les blancs, les jaunes réunis aux rouges et les noirs. Il 
nous fera pénétrer en plein dans la question si longtemps agitée entre les 
monogénistes et les polygénistes, de l'influence des milieux. 

Matières colorantes de Tor^anisme. — La COuleur en général, et celle 

de la peau en particulier, n'est pas , ainsi qu'on se plaît à le croire, 
l'expression d'une seule cause anatomique, d'un certain pigment. C'est 
une résultante dans laquelle ce dernier joue le principal rôle, mais dans 
laquelle d'autres matières colorantes prennent leur part. Il y a en effet 
dans l'organisme humain trois sources de coloration. 

L'une, la moins importante, vient du foie, c'est la bilifulvine de la bile, 
à son maximum de démonstration dans l'ictère, ou jaunisse, soit or- 
dinaire, soit noir {tnelas). t^lle explique ce que le pasteur Monrad consi- 
dérait comme la caractéristique de la première période d'acclimata- 
tion des blancs dans les pays tropicaux, une coloration jaunâtre due évi- 



:i08 ciiAi'iTui: \i. 

tleinment à un fonclionnemciil plus grand inaccoutumé du foie. iNous 
verrons plus tard (]u'il y a des nègres dont la nuance tourne au jaune ou 
h l'olivâtre; on signale souvent, dans les autopsies de nègres, une teinte 
jaune du sang et des fiiuscles. C'est à se demander si c'est par rinlerven- 
tion de la malièic biliaire ou par le pigment seul. 

Il serait intéressant de savoir ce qu'est le foie, d "une part dans les races 
nègrt's, de l'autre dans les pays chauds. Est-il à l'élat j3liysi(dogi(iue, 
alors plus gros, plus lourd? En tous cas on ne saurait lui attribuer la 
coloration jaunAlre, dernier indice de métissage entre noirs et blancs, 
(|u'on observe sur la limite des ongles, ;\ l'angle interne de la sclér(jli(iue, 
dans le sillon naso-buccal, ;\ la voùle palatine et qui, au.\ Elats-Ur»is, si- 
gnale un préjugé persistant, la présence dans les ancêtres de sang noir(i). 

La seconde matière coloiante de l'organisme avec laquelle il faut comp- 
ter, mais cette lois laigement, e^t \ liémdUut' des globules du sang. Chacun 
^ait (ju'il n'est pas une partie du corps où, surtout au visage, une aiguille 
fine puisse pénétrer sans blesser un vaisseau et donner du sang. Suivant 
M. llayem, il y a 5 millions de globules sanguins par millimètre carré Ils 
circulent partout, et passent en s'allongeant jusque dans des capillaires 
de moins de 7 millièmes de millimètre. Ils prennent une part à la colo- 
ration cutanée, bien plus grande ({u'on ne le croit dans les races dites 
rouges, la part principale dans la race blanche, spécialement chez les 
l)londs, et sont seuls en cause chez les albinos complets et parfaits. 

Le sang est visible au visage dans les émotions, dans toutes les races 
lorsqu'il n'est pas masqué parle pigment noir. Les Esquimaudes et Fué- 
giennes du Jardin d'acclimatation rougissaient manifestement. Le sang 
contenu dans le système vasculaire de la face, associé à une petite quan- 
tité de pigment, joue son rôle dans les races auiéricaines à nuance brique- 
tée, surtout après une longue exposition à l'air; mais leur couleur rouge 
sombre habituelle empoche les émotions d'y ajouter leur rougeur propre ; 
d'où la placidité proverbiale du visage du Peau-Houge. Chez le nègre 
foncé, la rougeur des joues n'est aussi que masquée. 

La troisième matière coloranle se présente sous forme d'une substance 
grenue, amorphe, jaune, rouge ou noire, disait-on jadis, (jui en masse 
porte le nom de ffùjment. Elle se rencontre normalement ou anormale- 
ment en (juanlilé variable, suivant l'âge, le sexe, la race et les individus, 
à la peau, dans les yeux (choroïde et uvèe), dans les cheveux, à la mu- 
queuse visible des lèvres, des gencives, du palais, de l'anus, des parliez 
génitales sous forme de plaques irrégulières ou disséminées, à la con- 
jonctive sous forme de taches ou d'un cercle autour de la cornée, dans 
l'intestin, les broncher, les poumons, dans lu jjeritcune, dans les centres 
nerveux (Gubler, 1HG2 , «l jii>(|iie daii.^ le sang peut-être. 

Les granulations pigmentaues très légulièrement sphériques chez le 

I) KOllikor païUî (\f dépoli He niaticre colorante d«; la bile dans la cuuchc muquuusc d»; 
Milpiglii, chez lus Européens dits bruns. 



LA COULEUR. — ANATOMIE. 



.{09 



nègre, un peu inégales de volume, groupées autour du noyau, suspendues 
dans un liquide épais, sont déposées dans trois ordres de cellules : des 
cellules épithéliales, des cellules fibro-plasliques, t'usiformes ou ctoilées 
comme celles de la choroïde, et des chromoblastes semblables ;\ceux des 
animaux. Leur partie essentielle est la mélanine^ qui est insoluble dans 
l'eau, l'alcool etl'éther, et soluble dans la potasse. 
Atlachons-nous à la peau où la couleur nous intéresse davantage, en 




Fig. :ji. — (loupe de la peau. 

n, derme et siîs vaisseaux ; b, réseau muqueux de Malpiglii plongeant entre les papilles 
du dfM-ni.v ', rouelle ( ornée de l'épiderme ; d, conduits excréteurs des glandes (Latleuxi. 



commençant par la structure de celle-ci, qui est la même dans toutes les 
races. 

On piq^ment cutané, anatomie. — La peau présente Une surfacc pro- 
fonde creusée d'alvéoles en rapport avec le tissu adipeux dans lequel vien- 
nent plonger les glandes sudoripares et les follicules tubuleux des poils 
développés ; et une surface libre pourvue de plis, de papilles et d'orifices 
donnant passage aux poils et aux canaux excréteurs des glandes sudori- 
pares. Elle se partage en deux parties : le derme toujours incolore, et l'é- 
piderme divisé à son tour en une couche superficielle cornée, sorte de 
vernis inerte et translucide, et une couche profonde, molle, connue de- 
puis lf)64 sous le nom de réseau muqueux de Malpighi. Ces deux couches 
représentent les deux étapes de la vie de l'épiderme, la vieillesse d'une 
part, l'enfance et l'âge adulte de l'autre. 

Le réseau de Malpighi tapisse le derme et ses reliefs et intervalles pa- 
pillaires, comme dans la figure ci-contre et est formé : 1° d'une couche de 
cellules cylindriques, perpendiculaires, à noyau ovale; 2" d'une masse de 
cellules sphériques ou polyédriques serrées les unes contre les autres; 
3*> de cellules tendant à la forme aplatie. Brusquement une ligne horizon- 
tale apparaît au-dessus de ce réseau; ce sont les cellules vieillies qui ont 



310 CnAPITHE XI. 

perdu leur noyau, s'épanouissent en scpiaïues et donnent lieu à la couclie 
cornée, eouehe plus épaisse (jue la précédente et dont les parties les plus 
superficielles tombent sans cesse par le frottement des vêtements on d'une 
serviette. Les diverses parties de l'épiderme, en un mot, se composent 
d'un môme épithélium, cylindrique profondément, polyédrique au milieu, 
paviinenleux ;\ la surface. 

Chez le nègre, les granulatitius jjigmentaires sont déposées dans l'inté- 
rieur des cellules du réseau de Malpighi, autour du noyau, en quantité 




l'ig. -jj, — Luupc de la peau. 

a, (l(M-me et ses papilles; b, couche profonde pignieiitairo du réseau dii .Malpinlii ; '•. coni h.» 
supérieure de ce réseau; d, couche cornée de l'épiderme (kolliker . 

plus ou moins grandr : au maximum dans les cellules cylindriques, moins 
dans les poly<3driques ; et par exception dans les lamelles profondes de la 
couche cornée ; ces granulations sont brunes et ne paraissent noires qu'en 
masse. Chez le blanc elles n'en dilIV-rent que par le nombre, suivant la 
plupart des histologistes, et s'observent n(jn seulement sur les parties du 
corps où la coloration plus ou moins noirâtre de la peau est évidente 
comme le scrotum ou le mamelon, et chez les sujets cju'on qualifie de 
bruns, mais aussi sur les parties blanches et chez les blonds. M. Sappey 
pense autrement, il professe (ju'elles ne diffèrent (jue par la qualité; elles 
iraient, dans l'échelle des couleurs, en s'atrophianl, se déformant et per- 
dant leur rt'fringence et finiraient dans les races blondes par ne plus ôtre 
visibles, quoique existant encore. Dans les races intermédiaires, les gra- 
uulaliuns déposées dans les cellules présentent un état intermédiaire, en 
se rapprocliaiil tantôt du nègre, tantôt du i)laiic. Knfin, dans les varia- 
tions (|ue donne la couleur sur diverses parties du corps du môme sujet 
ou sous diverses inllueuces physiologiques et pathologiques, la visibilité 
des granules augmente et diminue de nH^'iuc par degrés, en sorte (juil y 



L\ COULEUR. — ANATOMIE. 311 

aurait des parties qui reproduisent en certains cas l'état anatomique du 
nègre ou du mulâtre, et d'autres celui du blanc, du blond ou du brun. Le 
noir, le jaune, le rouge, le blanc de la peau en nn mot, seraient unique- 
mont dus au degré de développement des granulations pigmentaires et à 
la fat^on dont elles décomposent et rélléchissenl les rayons lumineux. Le 






■m 

:.:16 








ç^'v.» 



■ . l 

c 

Fig. 3G. — Cellules plus ou moins imprégnées de granulations pigmentaires, 
du blanc et du nègre (Sappey). 

A, face dorsale de la main du blanc; B, scrotum du blanc; G, scrotum du nègre. 
1, partie extérieure de la cellule; 2, cavité centrale ; 3, noyau contrai; 4 et 5, cellules et 
noyaux isolés; 6, granulations pigmentaires éparses. 

type de la granulation est ainsi un, comme la structure de la peau est une, 
chez tous les hommes et dans toutes les conditions (1). 

La surface du derme qui sécrète les cellules de la couche de Malpighi, 
dans lesquelles sont logées les granulations colorées, est donc l'organe 
producteur du pigment cutané. Ce qui conduit à trancher une question 
résolue dans des sens très divers, celle des cicatrices chez le nègre. 

Lorsque la cicatrice implique une abrasion du derme, la couche sécré- 
tante ayant disparu, la peau est plus claire que les parties environnantes 

{\; Kolliker, Elém, d'histol. humaine, trad. franc., 185G. — Sappoy, Anat. descript., 
S*" édit.. vol. III, p. :i82 et 730, 1872. — Kuss et Duval, Cours dn pfn/^iologie, 187G, p. 448. 

— Dict. enct/cf. se. méd., 1869. Articles Mélanose, de M. Robin, Mki.ankmie et Maladie 
BRO.N/ÉK n'AubisoN, dc M. Bail. — Albinus B.-S.). Dissertatio de sede et causa coloris 
.Ethiopum, iii-4«, Leyde, 1737. — Lecat, Traité des seîis, uouv. édit. Amsterdam, 1744, et 
Traité df In peau humaine. Amsterdam, 17G5. — Mitchell John, An essajj upon the causes 
ofthe différent colours of people indiffèrent climates, Philos, transact., 1744. — Flourcns, 
Recherches sur te corps muqueux, Aun. se, nat., 2*= série, Zoologie, t. VII, p. lôG, 1837. 

— Henle, Du pigment, Anat. générale, trad. frauç., 1. 1, p. 292-308. — W. do IVJuUcr, Causes 
de la coloration delà peau. Stuttgart, 1853. 



.\\-2 CIIMMTHK \I. 

(»u l)lar>rlie. Lorsque la blessure ou l'irrilation (pii l'a produite a laissé 
la surface du derme iiitacte et la surexcitée, tiavauta^e vascularisée, hy- 
pertrophiée en quelque sorte, la cicatrice est plus foncée que les parties 
voisines, (le (|ui >ii;uili(» (|u i\ la >uite d'une plaie, d'une brûlure, d'une 
allVction cutanée, les deux ras peuvent se présenter, des parties plus 
blanches et d'autres plus noires (juaup iravant. A divcis <legrés, chez le 
nétire, le inulAlre, le biiin ou le blond, les niôines faits peuvent se 
produire. 

La niônie explication physiologi(juc, un accroissement ou une diminu- 
tion de nutrition ou d'excitation, directe ou indirecte de la surface du 
derme, sapplicjue ;\ toutes les vaiialions de couleur chez les indi\i(lus 
i\A\\^ (jut'l([iie race que ce soit, sous l'inlluence des milieux, de l'alimen- 
tation ou d'autres circonstances dont nous [)arlerons bienlùt. 

Mais ;\ ces causes locales de variation ne vient-il pas se joindre parfois 
des causes générales? Ln d'autres termes, entre l(;s divers dépôts de pig- 
ment n'cxiste-t-il pas une relation quelconque? 

Nous avons parlé, dans les cheveux, du pigment en plaques ou dissé- 
miné dans le canal médullaire et l'écorce, produisant, modilié par son 
mélange avec les globules gazeux, les diverses colorations de la cheve- 
lure. Aux yeux, ce sont les mômes granulations épanchées dans les cel- 
lules épithéliales et étoilées de la choroïde et de l'uvée, et au milieu des 
fibres musculaires de l'iris. Les muqueuses, n'étant que la continiiation 
de la peau dont la couche cornée s'amincit de plus en plus, n'exigent 
pas de description particulière. Lh bien, entre ces colorations noire, fon- 
cée ou intermédiaire des yeux, des cheveux et de la peau, s'observe une 
solidarité organi(iue ou nerveuse remaniuable, favorable à l'idée d'un sys- 
tème ou d'un organe principal présidant fi la ré[)artilion du pigment. Les 
organes internes seraient compris dans celte solidarité. Gubler a signalé 
chez les nègres, età un moindre degré chez les Européens bruns, une colo- 
ration noii àtre bistre du cerveau enveloppé de ses membranes, et de sa sur- 
face, augmentant aux approches de la protubérance et du bulbe; cette 
coloration ferait toujours défaut au contraire chez les blontls. 

D'autre part, il est une maladie générale dite d'A<ldison, (jui engendre 
une mélanodermie chez le blanc, ou col(»ration négriti(jue de la peau, s'ac- 
compagnant d'un accroissement sensible de la coloi ation des yeux et des 
cheveux, et même du pigment «lans certains des organes internes. Une 
autre maladie, a|)pelée nn/nnnuic. la complique parfois, dans larjuclle les 
granulations noires se généralisent dav.mlage et circulent avec le sang. 
Ces deux circonstances sont un nouvel argument en faveur de l'jinité du 
système pigmentaire dans une certaine me^ire, et font comprendre 
qu'une excitation directe delà peau puisse retentir >ur les yeux, et (ju'une 
inémt» iiilluencc organi(jU(î interne agisse à la fois sur les yeux, les 
cheveux et la peau. 

ii.->.-io|.|H'iiM'iii. — Le corps muijueux de Malpighi est visible dès les 



LA COULEUR. — DÉVELOPPEMENT. 3!3 

premières semaines chez le fœtus ; la couche cornée n'apparaît, comme 
de raison, que beaucoup plus tard. A la naissance, toutes les parties de 
la peau sont entièrement constituées dans toutes les races, mais le pig- 
ment chez celles qui doivent en avoir beaucoup est encore peu abondant. 
Chez l'Kuropéen, la peau est d'un rose vif i\ ce moment, comme soufflée 
et exubérante de santé ; les capillaires sont très injectés; cependant elle 
est jaunâtre en dessous (Bouchut). L'excès de coloration sanguine dispa- 
raît au bout de un à trois jours, et l'enfant devient terreux. Chez le nègre, 
la coloration initiale a été l'objet de discussions. Buffon, le premier, a écrit 
(ju'il naissait blanc, devenait jaune-basané au deuxième et au troisième 
jour, et n'était noir partout qu'au bout de huit jours. Camper, y regardant 
de plus près, vit que le bord des ongles et le mamelon sont déjà noirs à 
la naissance et que, trois jours après, le pigment est abondant au scro- 
tum (1). M. Giraud, du Sénégal, constata ensuite que le pigment de la 
surface du corps apparaît vers cette époque, d'abord à la nu({ue, aux ais- 
selles et aux aines. Broca admettait que la teinte véritable du nègre n'est 
acquise qu'à la fin de la première semaine, mais qu'elle fonce pendant 
une année et davantage. 

J'ai recueilli de nombreux renseignements des médecins dans les pays 
des nègres et vu plusieurs fœtus de cette race. La vérité est que le nègre 
n'est pas noir ù la naissance, mais d'un rouge sombre ou livide très diffé- 
rent du rose vif de l'Européen et qu'entre plusieurs nouveau-nés gisant sur 
une table tout le monde distinguera, sans jamais s'y tromper, les négril- 
lons des petits blancs. Cependant on ne peut dire qu'il soit encore noir. 
Le pigment n'est visible qu'au pourtour des ongles, à l'origine du cordon 
et au mamelon; peu à peu et incontestablement, sous l'influence de l'ex- 
citant naturel de la fonction du réseau de Malpighi, l'air et la lumière, il 
se développe, apparaît habituellement dans l'ordre indiqué par Camper et 
Giraud, et n'atteint non son maximum, mais un degré suffisant pour qu'on 
puisse classer l'enfant définitivement comme un nègre par la peau, qu'au 
bout de la semaine. Les mêmes faits se reproduisent, moins sensibles, 
dans les races jaunes. Les Botocudos seraient jaunes à la naissance et de- 
viennent bruns plus tard (prince de Neuwied). Les Américains du Sud n'ac- 
querraient toute leur coloration qu'à vingt ans (d'Orbigny). Peschel dit 
que les Australiens sont blancs ou jaune sale à la naissance; Darwin, 
que le pigment des yeux et des cheveux est en retard comme celui de la 
peau chez les nègres, et que leurs yeux sont clairs ou bleus et leurs che- 
veux marrons. 

La matière pigmentaire augmente de l'enfance à l'âge adulte, les che- 
veux de blonds deviennent châtains, de châtains, noirs; et les yeux ten- 
dent à foncer: ce qui fait que, dans toute statistique sur les enfants eu- 
ropéens, la proportion des blonds, et ici j'entends l'association à la fois 

(1) P. Camper, Mémoire sur Corigine et la couleur des nèf/res... Œuvres d'hist. nat., 3 voL 
Paris, I«0:}. — Buffon, Hist . nat. de l'homme, édit. in-12, Impr. roy., 1770, t. V, p. 227. 



:,14 CIIMMTHK \I. 

des cheveux et des yeux clairs, est troj) forte. Passé l'Age adulte, en allant 
vers la sénilité, un phénomène inverse dû à d'autres causes se produit : 
les cheveux blanchissent, les yeux s'éolaircissent ; cependant la peau est 
plus sensible aux divers accidents dont nous parlerons, (|ui aboutissent à 
une augmentation du pigment. Ilappelons sans y insister que cliez l'adwlle 
la quantité de pigment varie d'un point du corps à l'autre. Pour ne parler 
que des régions non exposées à l'air, la face dorsale du tronc et des mem- 
bres ainsi que les organes génitaux mâles et femelles sont plus foncés 
chezriMiropéen. Chez le nègre la plante du i)ie(l el la paume des mains 
semblent blanches par rapport i\ leur face dorsale. 

Mais avant d'aller plus loin, c'est-ii-dire de passer aux variations de la 
couleur physiologique et pathologique, procédons ;\ la description môme 
du caractère, c'est-à-dire, dans ce cas, à la nomenclature s'ai)pliquant 
aux individus ct)mme aux races. 

Nomenclature. — La couleur esl Timpression que produisent sur la rétine 
les rayons décomposés et partiellement rélléchis par lesobjets extérieurs. 
11 y a trois impressionsou couleurs fondamentales irréductibles: le jaune, 
le Vi.u-eetlebleu. Mélangées deux à deux, ces couleurs donnent naissance 
;\ trois couleurs secondaires, l'orange, le vert et le violet. En y ajoutant 
l'indigo, variété de bleu, on a ainsi les sept couleurs du prisme. Mélan- 
gées entre elles par deux ou trois en proportions diverses, elles donnent 
naissance aux nuances qui sont en nombre infini dans les arts et que Ghe- 
vreul a cru pouvoir réduire à soixanle-douzo principales. Si l'on ajoute à 
l'une quelconque de ces nuances plus ou moins de noir, c'est-à-dire qu'on 
la funce ou qu'on l'éclaircisse par l'addition de plus ou moins de blanc, on 
obtient une série ou gamme de tons. Le nombre des tons est considérable, 
Chevreul les a réduit à vingt par gamme il;. 

Or, dans l'organisme nous rencontrons le rouge du sang, le noir du pig- 
ment et le jaune de la bile; d'autre part le pigment, outre le noir, donne 
par réfraction du rouge, du jaune ou vert. Kn voilà donc assez pour se 
rendre compte i)ar leur mélange de toutes les nuances et de tous les tons 
signalés dans riuimanité. 

La première façon de s'exprimer à l'égard de la couleur de la peau ol 
celle oii l'on associe deux ou trois mots. Exemples : les Boshimans sont 
jaunes-bruns, dit Harrow; les Foulbes (Afrique centrale) sont jaunes- 
rougeàtres, dit Barth ; les Yololfs sont noirs-bleuàlres; les Polynésiens 
sont d'un brun olivâtre clair (Cook). Burchell dépeint un albinos calre, en 
disant ([lie sa couleur oflre un mélange de blanc pur et d'une petite (iiian- 
tilé de vermillon, sans addition d'autres couleurs. Le mot de brun revient 
souvent et semble vague ; il est indécis si Ton n'y ajoute pas une épithète : 
brun-rougeàtre ou jaunâtre; ce n'est en eilel (pie du non médiocrement 
foncé, inclinant vei ^ l'une ou l'autre de ces deux nuances. 

il CI.. nUur, liramm^itreUu df.iuu. Paris, IHTG. p. :>60. - Did. cncyd. se. mcd. .\ri 
CouLiun. 



LA COULEUR. — NOMENCLATURE. 315 

Mais une cause d'erreur commune se présente avec ce système. Je ne 
parlerai pas de l'infirmité individuelle appelée daltonisme ou achroma- 
tisme qui fait qu'on confond certaines couleurs comme le vert elle rouge, 
là il n'y a pas de remède. Je fais allusion aux habitudes prises. Un voya- 
geur dans l'Afrique centrale, vivant depuis longtemps avec des nègres, 
trouve blanc un nègre moins foncé ou d'une nuance différente des autres. 
Ainsi Stanley a parlé de blancs dans sa traversée de l'Afrique; pressé de 
questions par moi, il me répondit qu'ils étaient ocres comme les Coptes 
de l'Egypte. Par la même raison, comme je l'ai dit, les Anglais passent 
pour bruns aux yeux des Ecossais, tandis que nous les regardons comme 
des blonds. M. d'Abadie a jadis montré à la Société d'anthropologie un 
Abyssin du plus beau noir qui ne passait pas pour tel dans son pays. 

La seconde façon, que je préfère dans le langage courant, consiste à 
comparer la nuance à celle d'un objet connu. Exemples : les Boshimans 
sont couleur cuir neuf (Burchcll) ; les Foulbes sont couleur rhubarbe 
(Barth) ; les Indiens de la côte de Vancoover, couleur brique bien cuite 
(Pinard) ; les Mandingues, couleur chocolat. Les comparaisons avec le 
cigare havane, l'acajou, le bois de chêne vieux, le café au lait, le grain de 
café brûlé sont fréquentes, mais on comprend qu'il faille leur ajouter quel- 
que épithète, surtout pour indiquer le ton. Ainsi, il y a le havane clair, 
foncé, moyen, le café plus ou moins brûlé, la rhubarbe rougeâtre et la 
rhubarbe jaunâtre. Le mot olivâtre, qui veut dire comparable à la cou- 
leur de l'olive, exige de même un mot de plus: l'olive fraîche, brune, fon- 
cée n'a pas la même coloration. Le mot de café au lait appliqué à la peau 
des Makololos par Livingstone, et des Fans par Burton, est insuffisant, il 
n'indique pas davantage le ton . 

La troisième méthode ne se préoccupe pas du langage, mais seulement 
des observations à recueillir par les voyageurs et de l'unité que doivent 
avoir ces observations. C'est celle des échantillons typiques pourvus cha- 
cun d'un numéro d'ordre que l'on inscrit à la place d'un mot, ou des ta- 
liteaux chromatiques. Un seul tableau a été imaginé jusqu'à ce jour, celui de 
Broca, qui a cours dans le monde entier, excepté en Allemagne. Nous in- 
diquerons la manière de s'en servir lorsque nous en serons aux Instruc- 
tions aux voyageurs ; nous nous bornerons à parler du choix qui a été fait 
de ces échantillons et de la manière dont ils sont présentés et disposés sur 
le tableau chromatique. 

Dans une première manière on avoue l'impossibilité de disposer ces 
nombreux échantillons dans un ordre logique, et même d'en réduire le 
nombre, et on renonce à les classer logiquement. Telle est la partie du 
tableau de Broca qui concerne la peau et les cheveux, et comprend trente- 
quatre échantillons, ou mieux, en comptant ceux des yeux dont on fait 
usage aussi le cas échéant pour la peau et les cheveux, cinquante-quatre 
échantillons. Les Anglais ont jugé que les échantillons regardant les che- 
veux méritaient d'en être distingués et en ont séparé dix types, qu'ils 



;,|g l'.lIMMTllK XI. 

ont réunis en un petit cahier. Voi.-i les noms (pi'ils Um.i' donnent et qui 
sont inscrits au haut .le la page : trCs hl.ui.l, l.lun,l ,lor<^. roux, rouge 
brun hiun clair, brun, brun foncé, noir, hniu cl Uouv. Il c^t évident, en 
laissant de côté le choix et le nouilucdes types choisis, ^nr ces dcn,.mi 
nations sont confuses et ne sont pas luurcuses. 

Dans la seconde manière on a.linct ou .citain nombre de nuances 
fouda.nentales que l'on partage en tons. ïeUc est la partie <lu tableau de 
Broca qui concerne les yeux; elle comprend quatre nuances: le bleu, 
le vert, le marron et le jaune, chacune partagée en cimi t.ius; .e ((ui aboutit 
à vingt échantillons. 

Ouellc est en somme la n.éthode à préférer? J'ai longuement médité 
sur le sujet, je prépare au laboratoire les voyageurs à leur départ et j en- 
tends à leur retour leurs ol.jccli.ms: j'ai en main tous les originaux sur 
lesquels Hroca s'est guidé pour lairc son choix, eldes iiiilliersd'échantillons 
de cheveux ; pour ces derniers j'ai été en relation, à l'Kxposition .le 18-8. 
avec les premiers négo.ianls ,lu monde, .pii m'..nt fait venir et conlié toi.l 
ce que je leur ai demandé : je me crois le droit d'avoir une opinion faite. 
Fh bien ' je sais être l'organe de l'immense majorité en disant «lue le 
système des échantillons en fii-and nombre et ne se rattachant à aucun 
oVdre logique est incommode et imprali.p.e, tandis que celui qui est suivi 
pour le tableau des yeux est jugé bon par tout le monde sauf .|n .1 est 
plus com,.li(iué .lu'il n'est nécessaire. 11 est donc utile de réiormer le 
tableau ,les chevcuxet .le la peau surlcmodéle de celui desyeux. 1) autiv 
nart il faut (lue les indications du tableau soient traduisibles en langa;;,. 
ordinaire, .le fa.;on qu'on puisse en peu de mots exprinn^r le caractère d un. 
race on d'un groupe. Dans l'étal actuel .les choses, un voyageur revient 
avec cent observations de coloration rendue par des numéros; ces ob- 
servations restent lettre morte par l'impossibilité d'en faire la synthèse e 
d'en .xprimer la résultante dans un langage uniforme, compréhensib e el 
„e M, , '.tant pas à des malentendus. Au début du développement de 1 an- 
Ihr.M.olo^ie contemporaine, la couleur était en vogue, on sortait de ces 
dis.ussions interminables des monogénistes et des polygén.stes qui por- 
tai,.,.! presque tout entières sur les moindres nuances et les tons de la 
peau ; on ignorait ce qu'il y avait d'essentiel et d'accessoire .lans ceux-c, 
et ce .lue l'avenir répon.lrait. Aujourd'hui l'expérience est suibsanle, on 
sait ,„ '. ces nuances et t.ms infinis sont liés ^ l'individu. .1 1 action passa- 
g;.rc on prolongée des milieux, -lu'.l» n'.mt pas l'importance .i-i on s ,- 
niaginait .-..ninie caractère de race, et que .piatre ou cinq nuances et trois 
tons suflisent i\ tous les besoins .le la prati-iue, pourvu .pie le voyageur 
V apporte un peu de son jugement. Avec les statistiques -'■'to-t .,ue 
ion veut avec raison instituer partout, la réduction el la sm.plKlcation des 
types sont indispensables. 11 importe ess.nliellemenl qu aP-'^^ avoir ob- 
tenu laborieusement ces statistiques, on puisse s'en servir, ccsl-à-dire 
parler de ce qu'elles donnent. 



LA COULEUR. — NOMENCLATURE. 317 

Voici donc ce que je crois fi la fois le plus simple, le plus pratique et le 
plus en rapport avec la réalité. Je ne fais que suivre et perfectionner, à 
mon sens, les méthodes inaugurées par d'autres. 

Couleur. 

\ . iNoirs et foncés de toutes nuances. 

\ 2. Verts, ) , 
Yeux.... Ion, [ tons moyens. 

I 3. Marrons, S ^ 

\ 4. Bleus et clairs de toutes nuances, gris clair compris. 

/ { . Aoir absolu. 

[ 2. Brun foncé. 

l 3. Châtain clair. 

' , iaunâlre, 4a. 

Cheveux. l '' ^. r i 

i f T,^ A ) l'ougeutre, 4 6. 

\ 4. Blond { . . , 

J I cendre, 4 c. 

, très clair, 4d. 

5. Roux. 

4 . Noir absolu. 

2. Brun foncé rougeâtre. 

3. — jaunâtre ou olivâtre. 

4. Rouge, ) 
^ , v moyens. 

5. Jaune ou olive, S "' 

0. Blanc jaunâtre. 
7. — brun. 

^ rose, faiblement 8a. 
^' ~ f fleuri, 8 6. 
9. — avec éphélides. 

Cette liste se comprend. Dans la première les yeux clairs et bleus sont 
réunis par la raison que ces derniers ne sont que l'expression la plus 
accentuée des yeux très clairs. De même n'y a-t-il aucun motif de séparer 
les bleus foncés, verts foncés et marrons foncés des noirs ; ils ne peuvent 
ôtre distingués l'un de l'autre dans la pratique et cette séparation du reste 
ne conduit à rien dans la distinction des races. Quant aux verts et 
marrons ordinaires, ils représentent les tons moyens ou neutres à laisser 
de côté, lorsqu'on compare les extrêmes ; on peut cependant, si l'on 
veut, les mettre à part dans les observations, afin de savoir un jour ce 
que signifient les yeux verts. 

Dans le tableau des cheveux, le châtain clair répond à la coloration qui 
fait hésiter entre les cheveux foncés et clairs, c*est la médiane neutre, la 
catégorie à mettre à part lorsqu'on a à comparer les deux types op- 
|)0sés blonds et bruns, en rejetant de l'un les roux et réunissant dans 
l'autre les noirs et bruns. Il est bon de faire remarquer que le mot châtain 
est pris ici dans son sens rigoureux, celui de la couleur de la châtaigne... 



Peau. 



nfS CIIAIMTRK XI. 

de la tliAlai^iu' poussiLToiise. (î'est la nuance et le Ion (juc j'ai rencontrés 
sur qiiehjues milliers do paysans réunis un jour sous mes yeux, dans la 
cour du Kremlin, c'est celle qui domine dans les marchés desservis par 
les muntagiianls de la Forôt-Nuire. In peu plus luncée, cette nuance 
tombe dans le l)rmi foncé, légèrement rougeâtre ou légèrement jaunâtre 
si l'un y regarde de très près. Un peu plus claire, elle devient de suite du 
blond jaunâtre, rougeàtre, ou cendré. 

La liste des couleurs de la peau est plus longue, ;\ cause des compli- 
cations ((u'amène rohligalion de distinguer les parties cachées et les 
parties exposées à l'air. Soit un sujet de race jaune, il pourra mériter le 
n^' G ;\ l'avanl-hras, le T) au vi«^a,^e, et le .*{ sur la lace dorsale des mains. 
Le u" i> lue parait indispensable; ces éph«'lides, (]ui peuvent dépendre de 
l'action du soleil sur une peau n° 8, semblent caractériser une certaine 
race importante. Les numéros répondant aux blancs de nos pays sont le 7 
et le 8; le 7 désigne le teint de ceux que couramment nous appelons des 
hrtétis et dont la race méditerranéenne e>t un exemple, et le 8 répijud 
au teint rose, vermeil ou flcMiri {fair et florid complexion) des Anglo- 
Saxons et des Scandinaves. 

Dans cette triple liste je n*ai pas fait figurer les cas anormaux tels que 
les yeux lumineux des Albinos, les cheveux et la peau feuille-morte, et 
enfin les cheveux séniles gris ou blanc d'argent. 

11 en résulte que lorsque, dans l'étude des races blanches, on voudra 
comparer les types blonds et bruns et tenir compte de leurs trois éléments, 
on pourra additionner le nombre des cas correspondants dans chaque 
groupe et en prendre la moyenne: 1° Les yeux n** 4, les cheveux n" 4 et 
les peaux n" 7 donneront le type blond. 2** Les yeux n" I, les cheveux n"" 1 
et 2 et les peaux n" 7 donneront le type brun. 

En somme, ce sont dix-huit types, et en entrant un peu plus dans 
les détails vingt deux types, tous nettement définis, correspondant au 
langage généralement admis, et se prêtant à des réunions par deux, trois 
ou plus, suivant le point de vue où l'on veut se placer. Nous donnerons 
tout à l'heure des exemples de la façon d'opérer. 

L'un des avantages de cette nomenclature c'est, tout en permettant de 
continuer à se servir du tableau chromatique de Hroca, de pouvoir s'en 
passer. Le voyageur examine le sujet, comme je le dirai, sans chercher 
la correspondance précise entre sa couleur et l'un des échantillons; il se 
borne à se demander dans quelle nuance et quel ton elle rentre ou 
desfjuels elle se rapproche le i)lus. 

J'avais songé à donner ici un tableau chromaticiue rigoureusement 
conforme à cette nomenclature, mais il m'a semblé superllu. Du reste, 
l'impression des couleurs laisse encore à désirer; les échantillons de 
Broca sont des teintes plates rpii s'éloignent forcément de celles de la 
nature; elles s'altèrent avec le tciup> tl arrivmt à ne j)lus c^lre semblables 
dans deux tableaux, l'un sortant (!(.• riin|)i inierie, l'autre (jui a servi. 



LA COULEUR. — VARIATIONS INDIVIDUELLES. 319 

Certains de ces échantillons très différents à l'origine sont devenus iden- 
tiques dans la plupart des tableaux entre nos mains. 

Variations iiidiTiduciics. — Notre nomenclature ainsi établie, repre- 
nons 1 élude des variations offertes par la couleur chez les individus, avant 
de parler des races. 

Au point de vue anatomique elles se résument comme il a été dit. Le 
pigment de la peau, des yeux et des cheveux est le môme chez tous les 
hommes ; il ne varie que par la quantité de ses granulations, suivant les 
uns, par leur corpulence, si je puis ainsi m'exprimer, selon les autres, par 
les deux très vraisemblablement. 

Au point de vue physiologique, il y a deux sortes de pigmentation, 
l'une propre à la race, à la famille, à l'individu sortant du sein maternel, 
l'autre qui augmente et diminue avec l'exposition à l'air des parties, 
avec la saison, le climat, le régime, l'état de santé. Le premier, que j'ap- 
pellerai le pigment nécessaire, s'observe sur les parties du corps comme 
les bras ou les côtés de la poitrine qui n'ont jamais subi l'action des 
stimulants extérieurs. Le second est le pigment supplémentaire ou acci- 
dentel. 

Toute personne, en effet, à quelque race qu'elle appartienne, a d'une 
façon permanente, à l'âge adulte, les parties de la peau cachées par les vête- 
ments, plus claires que les parties découvertes. Dans les races à pigmen- 
tation moyenne, comme les races brunes d'Europe et les races jaunes, 
dont les parties du corps sont plus ou moins constamment exposées ou 
cachées, la coloration parcourt une gamme variée : la face dorsale des 
mains sera plus foncée que le visage, qui le sera plus que le bas des jambes, 
celui-ci sera plus foncé que l'avant-bras et ainsi de suite. La coloration 
de ces parties exposées, peut-être chez certains individus par action 
réflexe des parties cachées elles-mêmes, sera plus foncée en été qu'en 
hiver, à la campagne, sur le bord de la mer, sur les plateaux élevés, que 
dans les villes et endroits mal éclairés, mal ventilés, humides, bas. De 
même, toute personne bien portante, bien nourrie, tendra, toutes choses 
égales, à être plus foncée en couleur. Voilà la règle. 

Mais dans l'application s'observent de grandes différences. Chez les 
nègres les effets en seront peu visibles ; et cependant on a cité, et Broca 
entre autres, des nègres qui transportés dans nos pays ont pâli. A l'autre 
bout de l'échelle de coloration des races humaines, chez les blonds qui 
n'ont qu'une faible disposition à la pigmentation, ils seront peu pro- 
noncés. Cependant les Danois qui s'installent au Groenland brunissent. 
Les Anglais soumis au soleil de l'Inde ou de l'Egypte voient leur teint 
passer du rose fleuri au rouge brique ; leur peau, très sensible à l'air et 
à la lumière, se brûle plutôt que de se pigmenter franchement; leur épi- 
derme s'exfolie, des phlyctènes même se forment, c'est un véritable 
erythème ou exanthème solaire chronique ; ils acquièrent une sorte de 
masque, mais à la longue ; quelques-uns se couvrent de taches de rous- 



320 CHAPITRE XI. 

seur ou ^ph<^Ii(li's ijiii doiiiu'iit au visape uu aspect piqué ou marbré t't 
dévie uiu'ul eonllueules. 

C'est dans les racei moyennes, c'est-à-dire à un premier degré dans les 
races brunes d'Europe, et à un second degré dans les races jaunes, que 
rinlhicncc des conditions extérieures : saisons, climats, atmosphère mari- 
lime, air vif, est le plus sensible 11 suflil de (jueUiues jijurs pour qu'un 
brun de France prenne une teinte chaude bronzée uniforme, d'un bel as- 
pect, sans (jue la peau en souffre. Cette différence j)rofonde avec le blond 
est certainemcnl l'un des meilleurs caractères dislinctifs entre les deux 
races. Les Uullandais et les Portugais transportés dans le môme pays 
tropical seront affectés tout difléremment. Dans les races jaunes le pig- 
ment se développe d'une façon accidentelle avec une intensité considé- 
rable. Mais il y a des différences remarcjuables entre elles; chez les unes 
l'action de l'air pousse à une coloration noir olive, par exemple chez les 
indo-Chinois et les Malais; chez les autres, elle donne une niiance noire 
briquetée ou rouge sombre comme chez les (jûaranis, les Fuégiens. Il 
n'est, pas certain, par parenthèse, que même chez les Européens, par 
exemple chez les ouvriers travaillant au soleil fi demi nus, il n'y ait une 
tendance semblable au rouge sombre, sans (ju'ils appartiennent pour cela 
à une race blonde. 

Uu rote, dans un même groupe de population soumis aux mômes in- 
lluences, les vaiialions les plus grandes s'observent. Une action passa- 
gère, répétée d'année en année, soutenue d'une façon continue, ne pro- 
duira pas rigoureusement les niômes effets quoirpTelle aboutisse toujours 
à une au^^mentation du |)igment cutané. Tout individu est un métis dans 
leciuel entrent, par plusieurs de ses ancêtres immédiats ou éloignés, des 
doses variables de races diverses. Il peut avoir un caractère de la race 
blonde ou brune par la fa(;on dont sa peau se comporte au soleil, et ne 
pas posséder les autres caractères plus démonstratifs de ces races. Ainsi 
s'expliquent les cas contradictoires cités en faveur de telle ou telle doc- 
trine sur l'influence des agents atmosphéri(iues sur la peau. 

L'air ou, comme le présume quelque part M. de 0»''»l»erages. l'ozone, 
la lumière et la chaleur, sont les stimulants naturels de la sécrétion pig- 
mentaire, leur régulateur. Dès la naissance, ce sont eux qui développent 
la matière colorante du nègre; à l'état adulte chez le blanc, le jaune ou le 
rouge, ils agissent de môme. Affaiblis, ils aniènent un résulUit contraire: 
la décoloration chez les mineurs, absolument comme dans les salades 
que les maraîchers font blanchir dans tles caves; le vitiligo chez les 
Yuracarès visités par d'Orbigny, sur le versant occidental des Andes, 
dans des forêts touffues, humides, formant berceau sous lequel le soleil 
ne pénèlr»! jamais. 

Les excitants directs de toute nature des fonctions cutanées opèrent de 
môme d'une manière générale. L'emploi répété do sinapismes, d'huile de 
croton, de vésicaloires, laisse la peau plus foncée. Nous avons dit que les 



LA COULEUR. — ALBINISME. 321 

eczémas, les brûlures et ulcères n'ayant pas détruit le derme, laissent 
après eux des cicatrices superficielles ou de simples maculatures foncées 
dans toutes les races. Je ne parle pas des traînées violacées qui surmon- 
tent les veines variqueuses anciennes, elles émanent non du pigment, 
mais de l'hématine extravasée du sang. Toutes les causes qui activent la 
production des poils augmentent aussi le pigment, comme la phlébar- 
térie, certaines lésions nerveuses. 

Dans toutes ces actions sur l'individu, la nuance même de la peau est 
généralement respectée ; on la retrouve intacte sur les parties du corps 
bien protégées. On a dit pourtant que ces parties, de même que les che- 
veux et les yeux, pouvaient s'éclaircir ou se foncer dans une limite quel- 
conque soit par action réflexe ou solidarité, soit par la réaction de quel- 
que organe interne. Il n'y aurait rien là qui ne soit très physiologique ; 
mais il faudrait des faits précis. 

A la suite d'atteintes répétées, après que les causes ont cessé de se faire 
sentir, la peau souvent conserve des traces. Le vieux soldat, le marin, le 
laboureur aux champs se débarrasse difficilement de son teint brûlé ou 
hàlé, bien que dans ces traces on ne puisse reconnaître le soldat qui a 
guerroyé au Sénégal, en Algérie ou en Espagne. Mais la règle est que les 
effets dont nous venons de parler disparaissent avec la facilité qu'elles ont 
mise à se produire. 

Variations pathoios^iques. — Elles sont plus profondes, tendent la 
plupart à augmenter avec les progrès de l'âge, ne rétrogradent guère et 
portent sur les parties cachées aussi bien que sur les parties découvertes, 
sur les yeux et les cheveux aussi bien que sur la peau, ce qui témoigne 
d'une cause ou prédisposition générale interne et tout au moins d'une 
solidarité de système. 

Elles sont congénitales ou accidentelles ; par défaut (albinisme), par 
excès (mélanisme) ou par perversion (érythrisme). L'albinisme est général 
albinisme proprement dit) ou partiel (vitiligo), parfait ou imparfait sur 
les points atteints, suivant la distinction d'Isidore GeofTroy-Saint-Hilaire. 
Le mélanisme est de même général (mélanisme proprement dit ou négritie) 
ou partiel (njevus, éphélides, masque des femmes enceintes, etc.) et plus 
ou moins intense. 

L'albinisme congénital et général a le plus exercé l'imagination des pre- 
miers anthropologistes. Les Albinos étaient pour les uns un retour des 
nègres vers leurs formes antérieures blanches, ce que nous appellerions 
aujourd'hui un cas d'atavisme, et pour les autres la preuve du procédé 
par lequel, un beau jour, aurait pris naissance l'homme jjlanc aux dépens 
de son précurseur le nègre. On citait comme formant de véritables peu- 
plades les étranges individus connus sous le nom d'Albinos dans l'Amérique 
centrale, de Yeux de lune dans l'Amérique du Sud, de Donf/os au Congo, 
de Bedfhs à Geylan, de Kakrelus à Java, de Blafards, de Nègres blancs. 
Bufl'on dans ses premiers volumes représentait les Beddas de Ceylan 

TopiNARi). — Arilliropologie. 21 



332 ciiAi'iTHK XI. 

comme des sauvages, cachés dans les bois, vivant par familles isolées, 
n'ayant pas de maison, no cominiinifpiant avec personne et descendant 
sans donle de naufragés européen^. A la niônie époque cependant, 
de Paw écrivait (|ue personne n'avait jamais vu dix All)inos réunis sur 
le mOtne point. 11 est probable pourtant (jue dans certaines populations 
et dans certaines conditions de milieu, ils se présentent en très ^Mand 
nombre : ainsi chez les M()nbv>ultous de Scheinfuilh. On i)ense que les 
Leucéthiopiens de lUolémée pouri'aient bien avoir été une peuplade de 
ce genre. L'albinisme, comme le vitiligo du reste, se rencontre dans toutes 
les races ; mais il échappe moins à raltcnlion chez les nègres, puis 
dans les races jaunes, et a d'autant plus de chance de se produire que k' 
réseau muqueux de Malpighi fonctionne davantage, par conséquent dans 
les races colorées. 

L'albinisme parfait et général se recunnail aux traits suivants : la peau 
est décolorée, d'un blanc de lait, feuille morte ou craie blanche et laisse 
voir ses vaisseaux capillaires supeiliciels. Les yeux, et surtout leur partie 
centrale, ont l'aspect d'un globe dépoli de lampe : une couleur rouge 
diffuse y remplace la coloration normale de l'iris et de la pupille. Le 
duvet, les cils, les sourcils, les cheveux, sont d'un blanc de lin. Le reflet 
lumineux du globe oculaire tient i\ ce que les rayons qui pénètrent dans 
son intcrieur ne sont plus absorbés par le pigment absent de la choroïde, 
après avoir impressionné la rétine. Il en résulte des caractères physiolo- 
giques qui sont le critérium de la maladie. La lumière f.iit mal aux yeux, 
obscurcit la vue, le sujet la luit, il baisse la lôte, cligne des yeux, met sa 
main en abat-jour au-dessus des arcades sourcilières et y voit mieux la 
nuit, symptômes qui portent le nom de photophobie et de nyctalopie. Il 
semble myope, est stral)i(iue et son globe oculaire, incessamment agité, 
est atteint de nystagmus. La santé des Albinos est généralement mau- 
vaise, ils sont chélifs, anémi(jues, misanthropes et n'atteignent guère la 
vieillesse. 

L'union d'un .Vlhinos avec un sujet ordinaire est féconde et les rejetons 
sont simplement prédisposés soit à la forme parfaite et générale de l'albi- 
nisme, soit à ses formes partielles et imparfaites. On ignore ce qui se pro- 
duirait entre deux albinos. L'albinisme est un cas tératologique au môme 
titre (jut' le bec de lièvre ou la polydactylie, et se prèle aux mômes rai- 
sonnements relativement i\ la possibilité de sa perpétuation dans un groupe 
isolé. On en a cité des cas cependant, dans lestjuels la maladie s'est 
amoindrie par les progrès de l'Age. 

Si l'albinisme parfait est intéressant pour l'authropologiste, l'albinisme 
imparfait l'est davantage fi cause des erreurs aux^iuelles il donne lieu, 
si l'on n'a pas le soin d'examiner avec soin les phénomènes physiologiques 
que présente la vision. Dans toutes les races nègres, en effet, on a signalé 
des contradictions singulières avec les autres individus de la môme 
population, des nègres à la peau plus ou moins claire, café au lait, cuivré» 



LA COULEUR. — VITILIGO. 323 

auxyeiix bleus, verts, aux cheveux jaunâtres ou rougeâtres sinon blonds. 
En outre, on con(;oit que l'un des trois organes soit seul atteint à ce 
degré; s'il s'agit des yeux, le diagnostic est facile à cause des symptômes 
physiologiques; autrement il n'y a aucun moyen de contrôle. On ne con- 
fondra pas les chevelures incomplètement décolorées parce fait, avec les 
chevelures teintes ou décolorées à l'aide de lotions diverses, les rensei- 
gnements venant en aide; mais, en l'absence de ceux-ci, on est égaré. 
Nolons donc cette proposition si grave, c'est qu'au sein d'une population 
aux yeux noirs, aux cheveux noirs et au teint foncé, on peut avoir des 
affaiblissements de la couleur provenant de l'albinisme imparfait. 

Verijt/D'isme, c'est-à-dire la présence d'un roux au milieu d'une popu- 
lation différente, alors que rien dans la double lignée ancestrale ne l'ex- 
plique, est peut-être de cette nature. C'est sur l'apparition accidentelle 
possible dans toutes les races de chevelures rousses qu'Eusèbe de Salles 
se basait pour prétendre qu'Adam était roux. Une théorie plus anthropo- 
logique et s'appliquant aux races du continent européo-asiatique est 
la suivante. Ce seraient des cas d'atavisme d'une race aux cheveux roux 
et aux yeux gris ou verts qui aurait existé jadis dans l'ancien continent 
du Pacifique à l'Atlantique, et se serait éteinte; les annales de la Chine 
antérieures à l'ère chrétienne en font mention, et certaines considéra- 
tions portent i\ l'admettre en Europe, aux âges préhistoriques. 

La forme partielle de l'albinisme ou vitiligo est le plus souvent congé- 
nitale, mais quelquefois accidentelle et alors progressive. Elle est plus 
fréquente dans les races très pigmentées, pour les motifs que nous 
avons dits. Elle a été remarquée d'abord dans ce qu'on a appelé les nègres 
jiies, dont Buffon a donné une observation pour la variété congénitale et 
une autre pour la variété accidentelle. Dans ce dernier cas^ c'était une 
négresse du plus beau noir qui, vers quinze ans, vit apparaître au pour- 
tour de ses ongles, puis sur les côtés de sa bouche et sur divers autres 
endroits, des taches blanches qui allèrent en grandissant de proche en 
proche, d'une façon irrégulière, et devinrent çà et là confluentes. A qua- 
rante ans, les quatre cinquièmes de son corps offraient « une peau blan- 
che, douce et transparente comme celle d'une Européenne, laissant voir 
agréablement les vaisseaux sanguins. » En 1879, le D'' Smester a publié un 
cas analogue dans la Revue dtanthi'opologie : à quarante-cinq ans, les neuf 
dixièmes du corps étaient blancs, il ne restait que quelques lambeaux de 
noir; les seins étaient d'un blanc mat ; l'alvéole était rosée ; les cils, les 
sourcils étaient à peu prèfs blancs, ainsi que les cheveux. Nous n'avons 
pas besoin d'ajouter que, dans les cas de ce genre, les cheveux, quelque 
blancs qu'ils soient, restent aussi laineux qu'auparavant. 

La môme affection se rencontre fréquemment dans les races jaunes. Le 
l)"" Fusier a exposé en 1878 une photographie dans laquelle les mar- 
brures et îlots de décoloration occupaient presque tout le corps. D'Orbigny 
en a signalé la fréquence chezles Yuracarès des forêts sombres des Andes, 



324 r.HAiMTHK \i. 

mais sans se rendre compte de sa nature. Callin l'a n.)tée souvcmU chez les 
Indien, peaux-rou^-es de l'Am^rLine du Nord. Chez les Kuropéens tous 
les nu'Mleeins en ont vus. Luu dr nos regrettés collèp;ues de la Société d an- 
thropologie en était allrinl. Klle se conf.)nd aisrincnl avec \e. /nlynasis 
versirnlnrqyù est une allVclion parasitaire accidentelle et (pi'on guérit. 

Le vitilitînpcutMre Irrs localisé et alors est héréditaire avec une grande 
ténacité. U y a des exemples célèbres d'une méchc hlanche, solitaire au 
milieu de la tiMe, se léguant de génération eu génération. 

le mélanisme est moins fréquent que l'albinisme. Sa forme partielle 
est la plus commune. Klle comprend surtout les àj^héluli'^ ou taches de 
rousseur qui sont congénitales ou acci.lentcUcs, cidles-ci résultant de 
ro.xposition fréquente au soleil ou à l'air vif, ou étant dues aux progrès de 
l'âge ; elles u:evi ou taches de naissance. Ces na'vi, comme on le sait, 
sont des hypertrophies circonscrites de la peau sur un ou plusieurs points 
à la fois, dans lesquels l'élément vasculaire, l'élément pileux et l élément 
pi-Muenleux sont isolément ou eu môme temps en jeu. L'un des exemples 
les" plus frappants est celui quix donné Hulfon. .\libert racontait qu'un 
Italien séduit par le vi<age et les grâces d'une jeune femme, Tepousa, fut 
désagréablement surpris en voyant son corps presque entièrement couvert 
de taches noires et velues qui la laisaient ressembler à un chien barbet, et 
demanda le divorce, -inil obtint, à la honte des juges. 

Le mélanisme général, congénital ou spontané est rare. 11 se rencontre 
sur des individus isolés ou dans une môme famille. La teinte est diffuse et 
répandue également; sur les parties découvertes et cachées, elle ne de 



nasse pas au maximum celle du mulâtre et n a rien qui attire 1 attention. 
Ses Cluses et son histoire sont peu connues. Uuelques variétés accidentelles I 
en sont au contraire classiques. Tels sont la maladie des vagabonds de I 
Vo-t produite par la misère et la malpropreté et le mélanisme quiaccom- 1 
pignr le prurigo <-hronique du pediculuscorporis: le grattage que provoque 
la démangeaison irrite la peau, et par contre accroît la sécrétion dup.g- 
ment J'en ai donné un cas intéressant dans la /(erue ri anthropologie (I). 

Deux ou trois maladies générales, absolument accidentelles, se ratta- 
rhentà la question présente et jettent (inebine jour sur la physiologie 
de la sécrétion des matières colorantes. 

La m^lmwmie est la première. Elle est connue depuis une trentaine 
d'années à peine, par les travaux de Meckel, Virchow et Krerichs entre 
autres. Klle survient habituellement dans le cours de lintoxication palu- 
déenne à la suite surtout de lièvres pernicieuses. Les granulations noires 
se rencontrent par ordre de fréquence et d'intensité dans la rate, le foie, 
les ganglions Ivmphatiques, le cerveau, les reins ; elles circulent dans le 
sang et se retrouvent jusque dans les parois des vaisseaux. .\u cerveau, la 
substance dite grise revêt une nuance ardoisée et la sui)stanre blanche, 

I p. r-piiianl. Du tnr^lani^me nràdenOl. in Rovuo .l'.imlirop.. IHTS, p. U'I. 



LA COULEUH. — MÉLANODlillMll!:. 32:> 

une nuance grise; la matière s'accumule davantagele longdes capillaires. La 
peau a une teinte variant du cendré au jaune brun foncé, àla surfaceetdans 
toute son épaisseur, sans (pie le réseau de Malpighi renferme plus de granu- 
lations que d'habitude. C'est par cette coloration delai)eau (ju'on estniissur 
la voie de la maladie; le diagnostic se conlirme par l'examen d'une gout- 
telette de sang dans lequel on découvre des granulations noires circulant. 

Le peu de développement du pigment dans son siège habituel, opposé 
;\ sa présence partout où il y a des vaisseaux capillaires et du sang, est 
le faii i\ retenir. Les granulations sont noires, brunes ou rougeâlrcs, ar- 
rondies ou anguleuses, d'un volume variant de 3 à 12 millièmes de 
millimètre. 11 dériverait de l'hématine des globules dont il serait un 
résidu expulsé (Bail). 

La maladie d'Addison est tout autre, c'est essentiellement une méla- 
nodermie ayant pour siège le réseau de Malpighi. Découverte par 
un médecin anglais il y a trente ans à peine (18o5j, elle a passé longtemps 
pour une maladie des capsules surrénales; dans 279 cas de mélanoder- 
mie générale pathologique, 183 fois on a rencontré des lésions de ces or- 
ganes. Les granulations noires se rencontrent en outre parfois çà et là, 
dans le péritoine, les ganglions mésentériques, la rate, les poumons, dans 
les capsules surrénales elles-mêmes, dans la membrane externe des veines 
(Recklinghausen); mais il est possible qu'il s'agisse d'une complication 
avec la mélanémie précédente. La peau et les muqueuses en sont le 
siège principal. Sur les muqueuses la coloration anormale se présente 
sous l'aspect de marbrures, de taches noirâtres comme on en voit chez 
beaucoup de nègres, chez les anthropoïdes et dans certaines races de 
chiens. A la peau elle est générale, continue, bronzée, d'autant plus foncée 
(]ue la maladie est moins aiguë et plus avancée. La ligne de démarcation 
entre les deux couches de l'épiderme est plus accusée ; le supplément 
de pigment est cantonné dans la plus profonde; on ne l'a vu dépasser 
cette ligne et se répandre dans la couche cornée que dans deux ou trois 
cas. C'est bien, à ce degré, ce qu'on observe aux divers échelons de la ni- 
gritie ethnique, ou dans les mélanismes partiels. Les causes delà maladie 
d'Addison sont obscures. La mélanodermie simple se rencontre dans le 
cours des cachexies de toutes sortes, dans la phthisie, les aflections can- 
céreuses, les maladies du cœur. 

Sous le nom de mélanose enfin, le professeur Robin comprend toute 
coloration générale ou partielle d'ordre pathologique des cellules, tissus, 
surfaces ou tumeurs, produite par des substances métalliques ou char- 
bonneuses venues du dehors, ou des dépôts de matières biliaires, de mé- 
lanose hématique ou de mélanose mélaïnique ou mélanique proprement 
dite. La mélanémie de tout ;\ l'heure serait une variété de la mélanose 
hématique ; la mélanodermie d'Addison, une variété de la mélanose méla- 
nique, de même du reste que les nœvi et les éphélides (1). 

(1^ Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, Des anomalies de Vorganisation chez l'hoinmc et les 



3î6 illAriTUt \I. 

L'examen analyti<|iie de la riialii're colorante principale do l'orpanisnio, 
la seule (jui soil un pigment ;\ pioproment parlei-, conduit en définitive ;\ 
constater son unité anatonu(|ue ;\ tous les Apes, sur toutes les parties du 
corps et dans toutes les races : l'unité de ses variations physiologiques 
dépendant toutes du degré d'activité d'une môme sécrétion, sons l'in- 
fluence d'agents extérieurs qui agissent directement ou indirectement, et 
l'unité de ses altérations physiologiques, plus ou moins visibles suivant le 
fond coloié sur lc(iuel elles reposent, mais se réduisant toujours et par- 
tout ;\ des modifications de quantité et de siège, par suite de causes congé- 
nitales inteines ou de causes accidentelles exlci-nes. Dans cet ensemble, 
les races semblent s'effacer, on v(tit un type nniiine, le type humain, se 
modifiant par ses nuances dans les grou[)('s généraux et par ses tons dans 
les individus, sous l'influence des stimulants naturels delà fonction. 

liifliKMirr «h's iiiii